Anatomic pathologique
Le pigment qui se trouve dans le sang du cœur et des vaisseaux d'individus atteints de mélanémie est noir; il est plus rare de trouver, indépendamment de celui-ci, un pigment brun ou jaune brun, plus rarement encore un pigment janne rouge. Soumise à l'influence des acides et des alcalis caustiques, cette substance montre la réaction caractéristique, constatée par Virchow pour les pigments pathologiques en général; les produits les plus récents pâlissent et finissent par perdre entièrement leur couleur, tandis que les anciens résistent longtemps à l'action de ces réactifs (Frerichs). Les petites granulations pigmentaires ont une forme irrégulièrement arrondie. Presque toujours, comme cela avait déjà été constaté par Meckel, le premier observateur du pigment dans le 8ang, un nombre plus on moins considérable de ces granulations se trouve réuni par l'intermédiaire d'une substance incolore, en masses arrondies, fusiformes ou irrégulières. Les cellutes pigmentaires ont on la grandeur et la forme des corpuscules sanguins incolores, ou elles sont plus grandes et paraissent renflées en massues ou fusiformes. Dans ce dernier cas, elles ressemblent aux cellules fusiformes que l'on a trouvées dans la pulpe splénique, et qui sont considérées par Kôlliker comme étant les cellules épithéliaîes des veines liénales. Indépendamment de ces formes, Frerichs a observé de petits amas pigmentaires plus grands, de forme irrégulière, ainsi que des corps cylindriques paraissant moulés sur les ramifications fines des vaisseaux.
Avec le sang, le pigment arrive dans tous les organes du corps et produit une coloration plus ou moins foncée des tissus, selon qu'il est accumulé dans lés capillaires en quantité plus ou moins considérable. D'après les indications de Planer et de Frerichs, c'est dans la rate que le pigment se trouve toujours eu plus grande quantité, ce qui communique à cet organe une teinte ardoisée et souvent noirâtre. — Après la rate c'est le foie où cette substance abonde le plus, puis le cerveau, surtout la sid)stance grise. Le foie montre souvent une coloralion gris d'acier ou noirâtre, la substance grise du cerveau une couleur chocolat ou semblable à celle du graphite. — Souvent aussi on aperçoit une accumulation de pigment plus considérable dans les reins, accumulation qui communique ordinairement à la substance corticale de ces organes un aspect ponctué de gris. Dans les vaisseaux pulmonaires, surtout dans les petits, le pignuînt se rencontre quelquefois en très-forte quantité. Dans les vaisseaux des autres tissus et or-
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guieSy le pîgmeot u esl jamais accumolé, il est Trai, eo ffimitilé eilfjutiiuiârc^ cependant la peau, les moqueuses, le tissu cellulaire, les {landes li^phjtifMS, montrent aussi une coloration grise plus ou moins appareille. FrctkiB wtsmmt les modifications analomiques de la mélanémie dans la phrase suhante : c Dans les formes bien prononcées de la maladie* on trouTe le pipnent partovt où anite le sang, et Ton en trouve d'autant plus que les capillaires des orfanes iool pfan étroits, que par conséquent les masses sont retenues plus tadlemenL »
^ 3. — Sjmplûiiies et nurthe.
Bien des cas de mélanémie n^occasionnent aucun trouble apparent dans les fonctions des organes surchargés de pigment, et Ton peut rencontrer cette anomalie dans les cadavres d'individus qui ont succombé aux maladies les phs variées. C'est ainsi que les choses se sont passées dans plus d^nn tiers des os observés par Planer. — D*un autre côté on voit souvent des malades succomber rapidement à des phénomènes cérébraux graves, et Ton trouve à Tantopsie les signes de la mélanémie, surtout une accumulation de pigment ^xas les vaisseau cérébraux, et quelquefois en même temps de nombreux petits extravasats sanguins dans le cerveau. Les obsenrations déjà anciennes d'une forte pigmentatioa de la substance cérébrale chez des individus morts de fièvre intermittenle comateuse, et plus tard les observations rapportées des pays chauds, d'après lesquelles on trouverait une coloration remarquablement foncée du cerveau chez la plupart des individus morts de fièvres rémittentes graves d'origine paludéenne, voilà des faits qui ont acquis de Timportance, dès l'instant où l'on a su que h coloration foncée du cerveau dépend d'une accumulation de pigment dans les vaisseaux de l'organe; c'est alors aussi que Ton a compris que l'obstmetion des vaisseaux cérébraux (avec ou sans rupture consécutive des parois capillaires) doit être la cause des phénomènes cérébraux dans les affections graves de malaria. Cette manière de voir, déjà exprimée par Heckel, parait confirmée par les nombreuses observations de Planer et de Frerichs. Chacun de ces deux observateur a décrit des cas de mélanémie, dans lesquels des phénomènes cérébraux graves s'étaient manifestés chez les individus malades : c'étaient soit des céphalalgies violentes accompagnées de vertiges, soit des délires, soit des convulsions, mais surtout du coma. Les cas observés par Frerichs se présentaient tous au moment d'une épidémie maligne de fièvre intermittente; les accidents "cérébraux se développaient quelquefois après des accès de fièvre intermittente très-simples; ils montraient une marche irrégulièrement intermittente ou rémittente et cédaient en partie à la quinine; en général ils offraient complètement l'image d'une fièvre pernicieuse maniaque, épileptique, comateuse, apoplectique. — Malgré tout cela^ de fortes raisons s'opposent à ce que l'on considère les phénomènes cérébraui dans les fièvres pernicieuses de malaria comme dépendant constamment d*uoe obstruction des vaisseaux du cerveau par des masses pigmentaires. Frerichs fait ressortir, contre l'hypothèse d'une causalité semblable, l'absence de tout trouble circulatoire, constatée dans bien des cas où la coloration du cerveau était foncée, de plus l'absence, souvent remarquée, des phénomènes cérébraux malgré U
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coloration foncée du cerveau, et enfin l'existence de phénomènes cérébraux graves en Tabsence de toute pigmentation cérébrale (sur vingt-huit cas de fièvre intermittente céphalique, observés par Frerichs, la teinte foncée du cerveau a fait défaut six fois). — Une objection tout aussi sérieuse contre l'opinion de ceux qui voudraient faire dépendre ces symptômes d'oblitérations pigmentaires, me parait consister dans la marche typique des phénomènes et dans les succès obtenus souvent à l'aide de la quinine. On ne conçoit pas en effet comment l'oblitération peut exister pendant les accès pour disparaître pendant l'apyrexie, et l'on ne conçoit pas davantage que la quinine puisse exercer une influence favorable sur l'oblitération des vaisseaux cérébraux.
Ce qui vient d'être dit prouve que Tétai actuel de la science ne nous permet pas de dire quelque chose de certain sur le lien causal entre la mélanémie et les troubles cérébraux. Il est bien possible que l'empoisonnement du sang par le miasme paludéen, dans les fièvres intermittentes pernicieuses, provoque des accidents cérébraux en même temps que le pigment s'accumule dans les vaisseaux de Forgane et sans qu'il y ait entre ces deux derniers faits un rapport de cause à effet.
Dans une autre série de cas, Penner et Frerichs ont remarqué que la mélanémie s'accompagnait de certaines anomalies de l'activité rénale; quelquefois la sécrétion urinaire était complètement supprimée, d'autres fois il y avait de l'albuminurie, et parfois même de l'hématurie. Les mômes objections qui s'élèvent contre la théorie en vertu de laquelle les accidents cérébraux dépendraient d'une oblitération des vaisseaux du cerveau, ne permettent pas non plus que Ton considère l'oblitération des vaisseaux des reins comme la cause constante des troubles fonctionnels dont ils sont le siège. Frerichs a vu, entre autres, survenir de l'albuminurie sans que les reins fussent pigmentés, et réciproquement il a vu manquer ce symptôme dans cinq cas de pigmentation évidente, quoique faible, de ces organes. Mais lorsque l'albuminurie existait, ce même observateur remarquait pendant l'accès de fièvre une augmentation considérable de l'albumine dans l'urine, augmentation qui diminuait ou disparaissait complètement dans l'apyrexie. L'analogie d'autres maladies miasmatiques ne permet certainement pas de contester que Tinfection du sang par des miasmes paludéens puisse troubler la nutrition et les fonctions du rein en dehors de toute oblitération de vaisseaux.
Enfin, Frerichs a observé, dans la mélanémie, des hémorrhagies intestinales épuisantes, des diarrhées profuses, des épanchements séreux, aigus, dans la cavité péritonéale, et une suffusion sanguine de la séreuse intestinale. Il paraît également difficile d'attribuer ce phénomène à des oblitérations vasculaires dans le foie, et à une stase du sang dans les racines de la veine porle; car, quoique dans tous les cas observés par Frerichs, le foie montrât, après la rate, la plus grande richesse en pigment, les phénomènes qui paraissaient annoncer un trouble dans la circulation des racines de la veine porte n'étaient nullement constants et, à beaucoup près, pas îiussi fréquents que les phénomènes cérébraux. Il faut ajouter à cela que précisément les hémorrhagies intestinales observées dans trois cas par Frerichs, offraient des intermittences évidentes, et qu'après avoir résisté
aux moyens directs dirigés contre la perte de sang, elles cédaient à rinftuence de la quinine à haute dose. Frerichs croit môme que l'un de ces trois cas s'est terminé par la mort, parce qu'on avait négligé d'administrer la quinine à temps. — Dans ces cas encore, on a de la peine à croire à une oblitération intermittente des vaisseaux.
Après les objections que nous avons fait valoir contre l'origine mélanémique des symptômes que nous venons d'énumérer, il en est bien peu que nous sachions appartenir positivement à la mélanémie elle-même, et qui ne soient pas la conséquence immédiate d'une infection de malaria. Parmi ces symptômes propres à la mélanémie il faut citer, avant tout, la coloration de la peau, occasionnée par la richesse en pigment des vaisseaux du derme, ainsi que la présence du pigment dans le sang, constatée au microscope. Le teint est un d'un gris de cendre dans les degrés légers, et jaune brun dans les formes graves. Lorsqu'un teint semblable se rencontre chez un individu qui, à une époque plus ou moins éloignée, a souffert d'une fièvre intermittente opiniâtre et violente, ou bien, si l'on apprend qu'une pareille fièvre intermittente appartenait à une épidémie maligne et -s'était présentée sous l'aspect d'une fièvre pernicieuse, alors le soupçon de l'existence d'une mélanémie doit être fortement éveillé, et l'on doit procéder à l'étude microscopique du sang.
8 4. — Traitement.
A la prophylaxie et à l'indication causale correspondent les moyens que nous recommanderons, dans le second volume, pour le traitement des fièvres intermittentes pernicieuses. — Nous ne sommes pas en état de remplir l'indication morbide, parce que nous ne connaissons aucun médicament capable d'éloigner le pigment du sang. — L'indication symptomatique peut réclamer, dans les cas récents, l'administration des ferrugineux et un régime analeptique, parce que, comme Frerichs le fait très-bien observer, la destruction d'un aussi grand nombre de corpuscules sanguins rouges a pour effet un état chlorotiquc du sang en même temps que la mélanémie. La première peut souvent disparaître par la suite, taudis que la dernière continue d'exister. Dans un cas soumis à mon observation, des mois se sont passés avant que le malade fût rétabli par l'usage du fer. Plus tard il exécuta les travaux les plus fatigants et n'offrit d'autres anomalies que la singulière coloration de la peau. Après qu'il eut succombé, quelques années plus tard, à une pneumonie, on reconnut, à l'autopsie, des signes toujours encore très-apparents de mélanémie.
riN i)U 1>K£M1EU VOLUME.
TABLE DES MATIÈRES