CHAPITRE X
8ALIVATI0.N, PTYALISME.
Rien ne semble à la vérité nous autoriser à décrire le ptyalisme comme maladie spéciale et idiopathique, — attendu qu'il n'est qu'un symptôme lppl^ tenant en commun aux maladies les plus diverses; — mais nous nous cooibr* mons ici à l'usage consacré en pathologie, d*accorder un chapitre à part â cA anomalie de sécrétion. La quantité de salive qui dans l'espace de vingl-qHllv heures est versée dans la bouche, et que l'on évalue généralement à 300 ni 360 grammes, offre des variations considérables dans les limites de la santé. D convient le mieux d'appeler, avec Wunderlich, sntiratiim ou sécrétion anonv-
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ornent exagérée de la salive, un état dans lequel le produit de la sécrétion n*arive plus insensiblement dans Testomac avec les ingesta seulement, maiss*écoule a partie au dehors, tandis qu'une autre partie est rejetée ou avalée à dessein et »lément, dans le but d'en débarrasser la bouche.
La plupart des formes de la salivation trouvent leur application dans les lois e la physiologie, quelques-unes cependant échappent à ce genre d'explication.
1* La salivation est due aux irrilaliom directes de la mnqtie^ise buccale et phafngimne. C'est pourquoi l'introduction dans la bouche de substances irritantes ent Taire naître la salivation ; c'est pourquoi aussi cette dernière se manifeste omme une conséquence de la plupart des maladies de la bouche traitées aux hapitres précédents, ainsi que dans presque toutes les maladies chirurgicales e cette cavité. D'après les belles expériences faites pcir Ludwig, la sécrétion slivaire est augmentée par l'irritation de certains nerfs tels que le lingual, ranche du trijumeau, le neiY facial, le glosso-pharyngien; cette augmentation encore lieu lorsqu'on fait la section du nerf lingual et du nerf glosso-pharynien, et qu'on irrite leurs bouts centratur. Dans ces cas, il faut nécessairement ;ae l'irritation se transmette des nerfs coupés aux fibres nerveuses qui président la sécrétion salivaire, et que la surabondance de cette sécrétion soit considérée omme un phénomène réflexe. De la même manière, il nous est permis de conidérer comme phénomène réflexe la salivation qui se produit à la suite de l'irriition des expansions périphériques des deux nerfs susmentionnés, par le moyen lugesta irritants, de blessures ou d'ulcères dans l'intérieur de la bouche. La alivation qui coïncide avec des névralgies dans le domaine du trifacial, reconnaît leut-étre une cause analogue. Même l'augmentation de la sécrétion salivaire lendant l'usage des mercuriaux et des préparations iodées ne paraît pas être le impie résultat du mélange de ces substances avec le produit de la sécrétion, nais bien plutôt la conséquence de l'irritation que l'excrétion plus ou moins ongtemps continuée de ces substances provoque dans la cavité buccale. Ces subs- ■nces peuvent être prises pendant un temps assez long avant que la sécrétion iilivaire soit sensiblement augmentée. Ce ne sera qu'une fois que la bouche sera devenue malade par la longue durée de ce contact que le ptyalisme commencera. Ce qui conGrme cette manière de voir, c'est la découverte de Lehmann, qui a trouvé qi]*au début de la salivation mercurielle la matière excrétée ne consistait pas en silive, mais en un mucus contenant des lambeaux entiers d'épithélium de la muipeuse buccale. Les préparations iodées, qui produisent bien plus rarement h stomatite, donnent aussi plus rarement lieu à la salivation, quoique leur présence se décèle de très-bonne heure dans la salive. En est-il à peu près de même de la salivation qui suit l'usage du chlorure d'or et de quelques autres substances minérales ou végétales? c*est ce qui reste encore à savoir.
2* La salivation parait dépendre^ dans beaucoup de cas, d'irritations qu'éprounml la mu^teuse de Vestomnc^ celle de F intest in, ])eut-Hre même Vutéf^us et ftMres organes. Le fait d'une irrittition de la muqueuse stomacale venant Ugnienter la sécrétion des j:;laiules salivaires a été cxpérinientalement constaté ir Frerichs : en introduisant par une ouverture fistuleuse, pratiquée dans l'es- )mac d'un chien, des substances alimentaires, Frerichs vit aussitôt une sécrétion
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profuse de salive; en introduisant par l'ouverture du sel de cuisine pulvérisé, il ht écouler une grande quantité de salive de la bouche de Tanimal. Ces expériences semblent prouver que Tirritation des nerfs de Testomac se réfléchit égaleneat sur les nerfs qui président à la sécrétion salivaire, et elles expliquent d*une nuniëre satisfaisante l'hypersécrétion de ce liquide dans beaucoup d'états pathologiques de l'estomac, tels que les ulcères et le cancer, hypersécrétion qui précède également chaque vomissement, qu'il soit provoqué par un vomitif, par une avcharge alimentaire ou par n'importe quelle maladie de l'estomac. Je ne nii pas éloigné d'admettre que, d'une manière toute semblable, on puisse expliqur ce ptyalisme qui accompagne ordinairement les accès de coliques déterminées parla présence des helminthes dans le tube digestif. Nous sommes moins fondes d'attribuer ce genre de salivation, qu'il n'est pas rare de rencontrer dans les pnmiers mois de la grossesse et chez les femmes hystériques, à un phénomèie d'irritation réflexe partant des nerfs du système génital pour se transmettre i ceux qui président à la sécrétion salivaire.
3* La salivation dépend de certaims infitiences psychiques. Nous voyons q« le dégoût et le désir d'aliments augmentent d'une manière notable la sécrétioB des glandes salivaires. L'observation du fait d'une augmentation directe de h sécrétion salivaire par une excitation anormale du cerveau, gagne de TintérM par cette circonstance que les physiologistes sont forcés de faire remonter Torigine des nerfs qui président à la sécrétion salivaire jusqu'au cerveau : VN irritation du trijumeau et du facial, même là ou ces nerfs n'ont encore nçi aucune fibre du grand sympathique, par conséquent au-dessus des ganglions, détermine également une hypersécrétion salivaire.
U"* On prétend que la salivation se présente dans le cours de plusieurs mélodies telles que le typhm^ la fièvre intermittetitey satis qu'on puisse lui assi§i0 une came appréciable; on a même été jusqu'à accorder à son apparition dus ces maladies une signification critique. Nous manquons de toute donnée poiithe pour expliquer ces cas qui, il est vrai, ont encore besoin de confirmation.
Chez les aliénés atteints de démence et les vieillards, l'écoulement sponUnè de la salive ne parait pas dépendre d'une sécrétion augmentée, mais simpkment d'un manque de déglutition de ce liquide produit en quantité normale.
§ 2. — Analoinie pathologique.
Les modifications anatomiqucs que subissent les glandes salivaires dans TéUt d'hypersécrétion nous sont inconnues. Rarement on voit dans les saliratîoBS longues et considérables une légère tuméfaction de la glande parotide. U preuve qu'un engorgement des vaisseaux, qu'une hypérémie des glandes saK" vaires qui en provoquerait aussitôt l'infiltration séreuse et le gonflement, n'est pas la seule condition favorable à une sécrétion exagérée, c'est que l'irrititivi des nerfs peut encore produire une sécrétion après que le cœur a cesK A battre.
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)j 3. — Syniptômos et marche.
Un endolorissement de la bouche, un gonflement douloureux des ganglions l]fmphalhiques voisins, tels qu*on les observe dans la salivation, ce sont là des Uto qui relèvent des diverses formes de la stomatite par lesquelles la salivation ■ été provoquée; la salivation par elle-même ne détermine aucune douleur, nais btigue les malades au plus haut degré ; l'accumulation du liquide qui se imoavelle constamment dans la bouche, les force de cracher continuellement : wavenl ils ne parviennent pas à dire deux mots sans interruption. Le repos de la nuit même en est troublé et par la salive qui s'écoule et mouille l'oreiller, et pu* celle qui, suivant un autre chemin, arrive dans le pharynx et le larynx. Le liquide rejeté, dont la quantité peut au bout de vingt-quatre heures s'élever à 3 et même à li kilogrammes, a été trouvé par Lehmann ainsi que par d'autres observateurs, au commencement plus muqueux, plus trouble, d'un poids spécifique plus considérable et plus riche en éléments solides (cellules épithéliales jeunes et anciennes) que la salive normale. Le liquide a une réaction alcaline, contient beaucoup de graisse et peu de ptyalinc, rarement des quantités appréciables de sulfocyanure de potassium. Plus tcird, le produit de la sécrétion se darifie et contient, tout comme la salive obtenue par Ludwig au moyen d'une initalion prolongée des nerfs qui président à cette sécrétion, moins d'éléments ièlides que la salive normale. Encore alors le liquide a une réaction alcaline, aat riche en graisse et en corpuscules muqueux et ne contient pas de sulfocjamire de potassium. Quelquefois, après une durée plus ou moins longue, on a yn constater dans le liquide la présence de l'albumine. Pendant la salivation les naïades maigrissent; la perte d'éléments aqueux et organiques y entre pour peu, mais les individus, à raison de la difficulté que la stomatite oppose à la mastication, ne prennent que peu d'aliments, et ceux qui passent dans leur estomac ne sont qu'incomplètement assimilés, à raison des grandes quantités do salive qui, une fois avalées, nuisent à l'action digestive de l'estomac.
^ 'i. — Traitement.
Vindicalion causale exige, dans les cas où quelque maladie de la bouche provoque la salivation, un traitement convenable de la maladie principale. La salivation due à l'abus des mercuriaux doit être combattue par l'usage répété de laxatifs doux. Cullerier appelle la constipation c une des causes déterminantes iea mieux connues de la salivation > ; et en effet, il est rationnel de chercher à éloigner par des purgatifs les préparations mercurielles que les glandes salivaires font pénétrer dans l'intérieur de la bouche, d'où elles sont ensuite nvalées, plutôt que d'exciter dans ce but, comme on Ta également recommandé, les sécrétions cutanée et rénale. — Les salivations déterminées par les maladies de l'estomac, de l'intestin, de ruiérus, s'amendent également le mieux sous l'influence d'un traitement rationnel dirigé contre la maladie principale. Dans d'autres formes de la salivation, il est impossible de satisfaire à l'indication causale.
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Pour répondre à V indication morhide, on a préconisé les dérivatifs, les bains généraux, les vésicatoires et les sinapismes sur le cou et la nuque, les col- Iuloires astringents à l'alun, au sulfate de zinc, ou bien composés d*une décoction de feuilles de sauge ou d'écprce de chêne. L'administration de l'opinin eit le moyen qui mérite la plus grande conGance. Il est toujours heureux que h théorie et la pratique soient parfaitement d*accord du moment qu'il s'ygit de fixer les bases d'une méthode de thérapeutique, comme cela arrive dans le cm présent. L'administration de l'opium contre le ptyalisme est recommandée fur les premières autorités en fait de médecine pratique; et comme la salivation est provoquée par une excitation de nerfs, il semble rationnel d'employer contre l'exagération de la sécrétion des médicaments qui, comme les narcotiques, amortissent l'excitabilité neneuse.
SECTION IL
HAIiABieS DB Ii*ABBIEBR-B*UC«B (1)