CHAPITRE IV
CIFLÂJIIIÀTION PARENGHYMATEUSE OU PHLEGMONEUSE DE L'ARRIÈnE-BOUCHE.
ANGINE TONSILLAIRE, AMYGDALrTE.
J l*^ — Pathogéiiic et étiologie.
Le tissu conjonctif sous-jacent à la muqueuse pharyngienne et le tissu inlerrtitiel des amygdales, qui, dans les inflammations catarrhales et croupales,
(1) On a souvent occasion d*obspn'er, à In suite des anfpnes pseudo-membraneuses, des accitatf paralytiques d*aulant plus fréquents que l'attention a été éveiUée sur ce point par une «me de travaux récents. MM. Trousseau et Lasègue, Morisseau, Maingault, Gubler, Roger, Weber, Ml publié de nombreux exemples de cette paralysie. Elle débute deux ou trois semaines ipièi la cessation de l'angine, par la |)aralysie du voile du iialais et du pharynx. Les malades MMonoit, ont de la gène dans lu déglutition, et les boissons reviennent par les fosses nasales.
tard et progressivement, la sensibilité de la peau des membres peut être troublée (ânesou analgésie), puis la contractilité musculaire peut être diminuée plus ou moins, mais nrenent jusqu'à la paralysie complète. Ce qu'il y a de particulier et de presque caractéristique de mte paralysie, ce sont les phénomènes qui se passent du côté de l'œil. Quelques malades devien ■m ftrabiqnes; mais un plus grand mmibrc perdent, ])ar iuite de la paralysie du muselé rt'/ûrfre, fcpanwtr é^Meommoder les yeux pour la rision des objets rapprochés (FoUin). Ces accidents sont Mi rarement mortels; dans les cas funestes, les autopsies n'ont rien révélé du côté des centres Mnren; mais en examinant avec suiii les nerfs moteurs du voile du palais, MM. Charcot et Hlpian ont trouvé dans un cas une dégénérescence granulo-graisseuse de la substance niédulkke des tubes nerveux {Sociélé de biologie, 1863). Ces accidents paralyUques peuvent s'observer
toutes les angines et même dnns la convalescence des maladies aiguës (Gubltr). V. C.
^ll'l )IALADIES DE l/AKlUÈnE-BOl'CHE.
sont le siéjrc (fuii si:iiple œdème, peuvent aussi éprouver des modifications de nature inflammatoire. Ces modifications consistent fréquemment dans une imbibition des tissus par un exsudât plus ou moins riche en fibrine, et dans une vé- (îétation du tissu ronjonctif; dans d*autres cas, les parties enflammées se fondent, des corpuscules de pus venant se former à leurs dépens dans le tiaw, et des abcès prennent naissance; bien rarement on obsenc une mortîficatioi diffuse et la destruction ganj^cneuse des parties enflammées.
Les mêmes causes, selon le degré de leur intensité ou la prédisposition de Fil* dividu soumis à leur influence, provoquent tantôt la forme parenchymalaue, tantôt la forme catarrhalc de Tinflammation de Tarriëre-bouche; nous renvojoa donc à Fétiologic de la forme catarrhale. L'angine parenchymateuse se distingM également par une grande disposition aux récidives; plus un malade en a M atteint, plus il est sujet h Tétre de nouveau. On voit des individus qui tous les ad en souffrent à plusieurs reprises. De même, des que l'inflammation s*est terminéi une première fois par suppuration, elle a une grande tendance à se terminer de la même manière par la suite, ce qui fait qu'après une première formatiofl d'abcès on a peu de chance de guérir les accès subséquents par résolution.
{j 2. — Aiiatomic pathologique.
Vangiup parenrhymateusp aiynP s'attache lo plus soiiVent aux amygdales. Tantôt unt^ scMile amygdale s'enflamme, tantôt les deux simultanément, tanlâ l'inflammation atteint l'une et plus tard l'autre. Les tonsilles infiltrées et boursouflées par Texsudat arrivent souvent à la grosseur d'une noix, leur suriaee parait bosselée; elles sont ordinairement d'un rouge foncé, recouvertes d'u exsudât visqueux ou de fausses membranes croupales. Quand l'inflammatiei passe à la suppuration, on voit une place circonscrite qui se ramollit et derieit plus saillante, enfin le pus finit par perforer la paroi amincie de l'abcès. —H est plus rare que rinflamnmlion paronchvmateusc aiguè se manifeste dansb tissu sous-niU(|ueux du voile du palais; dans ce cas, une tumeur dure au toucher se déclare en cet endroit, petit à petit la fluctuation s'y fait sentir, et finalemMt l'évacuation du pus a lieu, comme dans le cas précédent, h côté du pharynx.
Vinflamviadon paroHchiimateuse chronique de rairière'boHvhe a égalemeÉ son siège pres(ine exclusif dans les tonsilles; il peut arriver, quoique plus nrement, que la hu^tte ou le voile du palais devienne le siège d'un épaississemeri permanent par le fait de l'hypertrophie du tissu conjonctif sous-rouquen» comme conséquence des inflammations chroniques. L'hypertrophie du tissa if tei*stitiel peut fortement agrandir le volume des amygdales, et communiquer! ces organes une dureté considérable : leur surface est souvent inégale et bo^ seh'*e, et présente des facettes aux endroits on autrefois la suppuration «ni produit des pertes de substance. Kn même temps la muqueuse est peu cokik* même pâle; et dans les orifices béants des follicules muqueux on retrouve b auKis raséeux décrits antérieurement.
AXGINE PARENCHYMATEUSi:. /li5
J 3. — Symptttmes cl marche.
L*îii/Iitiiifiialton parenchymatêkêse aiguë dn phtirynv débute ordinairement ir une fièvre intense, qui peut môme être précédée d'un frisson violent; l'état inéral exprime une forte souffrance, le pouls est plein et très-fréquent, la teminture 8*élève à 40 degrés et plus. Nous n'avons donc pas affaire ici, comme lOft le catarrhe du pharynx, à une fièvre catarrhale, mais bien à une fièvre inimmatoire pareille à celle qui accompa{);ne la pneumonie et d'autres inflamma- 9118 d'organes importants. Seulement, dans quelques cas rares où la maladie ifc pen intense et d'une marche lente, la fièvre est également modérée. — Aus- HM que la fièvre se prononce, ou seulement le lendemain, les patients accusent ■e sensation de tension ou < d'écorchures » dans la goi^e, quelquefois aussi ei douleurs intenses, pongitives, qui s'irradient du côté de l'oreille; en même laq» il leur semble qu'un corps étranger occupe le pharynx, et ils se livrent à m efforts de déglutition continuels, malgré l'exaspération qui en résulte pour wn souffrances. Bientôt apparaissent tous les phénomènes de souffrance et .'angoisse que nous avons décrits au premier chapitre de cette section, comme ppartenant aux formes les plus intenses de la pharyngite catarrhale : non-seule- ■ent la déglutition devient douloureuse à un tel point que les malades connctent les traits quand il s'agit d'avaler simplement un peu de salive, mais, par ■te de rimbibition et de la paralysie des muscles du voile du palais et de ceux te pharynx proprement dit, les tentatives faites pour avaler des substances soidea ou liquides sont suivies du retour de ces substances par le nez ou dans la mdie, et enfin survient cet état lamentable que nous avons retracé (page /i06), tqn'amène l'impossibilité de faire avancer le bol alimentaire dans le pharynx. Knt surtout dans l'angine parenchymateuse que la sécrétion salivaire est souvent hMrmément augmentée; il suHit que le malade ouvre la bouche sans cracher jiir qu'il en sorte de la salive qui mouille les lèvres de chaque côté. La langue ^rtonvre d'un enduit épais; la bouche répand une odeur très-désagréable; à ces symptômes une modification très-caractéristique de la voix dont la nance s'altère; la parole devient gutturale ou nasillarde, caractère qui à lui M suffit souvent pour faire soupçonner la maladie. Un phénomène qui ca- PHfaise encore l'angine parenchymateuse, c'est la gène et la douleur que les Mdes ressentent en voulant ouvrir la bouche; quelquefois ils réussissent à Pihe à écarter les dents à quelques lignes les unes des autres, la tension ex- Mrdinaire du fascia buccinato-pharyngien parait être la cause qui in(*t obstacle
'écartement des mâchoires. La difficulté de respirer est un phénomène bien ha rare que celle de parler et d'ouvrir la bouche. Une dyspnée un tant soit ^ considérable, venant s'ajouter aux symptômes de l'angine parenchymateuse, ^^rttne toujours un symptôme grave et doit faire naître la crainte du déve- ^pement d'un œdème de la glotte. A l'examen de la bouche et du pharynx, ^Mm qui ne s'accomplit qu'avec difficulté, on trouve ordinairement les ton- ■^ tuméfiées à un tel point qu'elles se touchent réciproquement, ou enclavent
C|uelque sorte dans leur milieu la luette œdématiée. Dans les cas d'inflam-
iMei
(|16 MALADIES DE L'ARRlàRE-BOUCHE.
mation (l*une seule amVgdale, on voit souvent la luette entièrement côté opposé ; déjà vers le milieu de la bouche on rencontre le voi! poussé en avant. A Tendroit du cou qui correspond à Tamygdale, par en arrière et au-dessous de Tangle du maxillaire inférieur, on sent ment dur et douloureux. Dans Fangine parenchymateuse, plus souvent dans Fangine catarrhale, Tinflammation, accompagnée de douleurs ; propage à la trompe d'Eustache et à la caisse du tympan. — Penda ou quatre premiers jours, au fur et à mesure que lea phéuomi augmentent d'intensité, la fièvre qui les accompagne a^accroU et se de quelques symptômes d'hypérémie cérébrale; les malades se p forts maux de tète, sont privés de sommeil ou tourmentés par de quiétants, ils tombent dans le délire. — Si Tinflammation doit sa ti résolution, les symptômes locaux et généraux décroissent ordinaire] peu vers la fin du premier septénaire, et la guérison se fait après hu: plus tard quinze jours. — Si la maladie se termine par suppuration < d* abcès, il se fait une rémission subite au moment où les symptômes leur plus haute intensité. L'ouverture de Tabcès se reconnaît souvc ment au soulagement subit que le malade éprouve, le pus étant aloi qui peut le faire passer inaperçu; dans d'autres cas, l'ouverture est r même temps à l'odeur fétide et à la coloration jaune des matières i ne s'explique pas la cause de cette odeur exlraordinairement fétide est enferme de tout côté et à l'abri de tout accès de l'air. La guér généralement très-vite après l'ouverture de l'abcès.
L'inflammation parenchymateuse aiguë du voile du palais provoqua tomes subjectifs très-analogues à ceux de l'angine tonsillaire aigu^ men local seul peut nous renseigner sur l'existence de l'une ou de Ta
Uangirie parenchymateuse chronique est ou le résultat d'un accès aiguë qui a traîné en longueur, ou bien elle natt insensiblement et nière indépendante. Les souffrances déterminées par cette forme minimes, les douleurs à peu près nulles; l'augmentation de la séc queuse tient au catarrhe concomitant; mais sous l'influence des moiD de maladie, la forme chronique repasse à la forme aiguë. L'hyper amygdales produit souvent une altération de la voix; dans d'autres c sion sur la trompe d'Eustache engendre une surdité incomplète et p La luette hypertrophiée et allongée-peut irriter l'entrée de la glotte i ner par là une toux convulsive habituelle.
îl V — Traîlcmeiit.
On a conseillé les saignées générales et locales contre Y angine jH teuse aiguë. Les premières, employées par Bouillaud, selon la f( saignées coup sur coup, ne sont jamais indiquées par la maladie ell rarement par les complications. Les sangsues appliquées au cou ne qu'un faible soulagement, et même la scarification des amygdales ne aux espérances de succès qu'elle avait fait naître.
AFFECTIONS SYPHILITIQrES DE L* ARRIÈRE -BOUCHE. 617
Appelé auprès d'un malade dès le premier ou le deuxième jour, ou peut wIlFe en usage le moyeu proposé par Velpeau, el qui consiste à toucher deux a trois fois par jour les parties enflammées avec de l'alun pulvérisé, et à connHer en même temps au patient de se gargariser très-fréquemment avec une nhUion d'alun (12 à 15 grammes d'alun sur 200 grammes d'eau d'orge.) A la iKe de Talun on a recommandé le crayon de nitrate d'argent pour couper la Mbdie. **
Toutes les fois ]^ue Ton est appelé plus tard auprès du malade, on ne doit lus rien espérer d'une médication abortive. Dans ces cas, l'emploi énergique a froid constitue un procédé aussi rationnel qu'approuvé par l'expérience. On ecommandera au malade de sucer de petits morceaux de glace et de recouvrir ) cou de compresses froides qu'il faudra renouveler souvent.
Dès que la fluctuation se manifeste, on doit faire appliquer des cataplasmes hmds sur le cou, prescrire des gargarismcs d'infusion de camomille, et ouvrir le bonne heure l'abcès qui s'est formé. Dans ce dernier but, on emploiera soit in bistouri entouré de sparadrap jusqu'à la pointe, soit l'ongle du doigt indiateur.
Les vomitifs ne sont pas indiqués par la maladie elle-même et doivent être mployés tout au plus dans les cas où il serait impossible d'ouvrir l'abcès d'une litre manière. Mieux vaut ordonner de légers laxatifs, surtout contre les signes le rhypérémie cérébrale, quand ils viennent à se prononcer.
Les dérivatifs, les sinapismes, les bains de pieds, et d'autres moyens recom- ■indés comme spécifiques, tels que la teinture de boucage {(inclura pimpi^ Mite), le borax, le gaTac, restent sans influence sur la marche de la làaladie.
Dans Yangine parenrhymaleuse chronique, il ne faut rien espérer des médi- Mients internes. Tant que le gonflement des amygdales ne dépend que de la înple imbibition, on peut les toucher avec des solutions d'alun, de nitrate d'arfSoX ou avec de la teinture d'iode étendue d'eau, et faire appliquer en même Mps des compresses froides, auxquelles on laissera le temps de se réchauffer ir place. L'opération seule peut remédier à l'hypertrophie permanente des mygdales, consécutive à l'angine tonsillaire chronique.