SYSTÈMES
Il y a deux sortes de médecine : la médecine empirique et la médecine rationnelle. La première est une réunion de notions qui nous viennent de l’observation et de l’expérience seules , sans avoir entre elles un lien systématique qui les unisse 5 la seconde est un ensemble de connaissances médicales coordonnées par le raisonnement de manière a former un tout dans lequel les causes et les effets s’enchaînent et se déduisent logiquement les uns des autres.
L’empirisme est aussi ancien que les maladies -, il est né du besoin qu’ont les hommes de chercher du soulagement a leurs souffrances et a celles de leurs semblables. Longtemps borné 'a des moyens simples, trouvés dans l’intérieur des familles et transmis, par tradition, des pères aux enfants, il s’enrichit peu a peu des remèdes et des procédés que le hasard , l’analogie ou d’heureuses recherches avaient fait découvrir.
La médecine rationnelle prit naissance du jour où l’on voulut lier et coordonner ces connaissances expérimentales et expliquer les faits observés, car les systèmes et les doctrines ne sont autre chose qu’un moyen d’explication et de classification. Les choses pouvant être envisagées sous des aspects trèsdivers, on conçoit qu’il a dû y avoir bien des systèmes, c’est-àdire bien des médecines rationnelles.
Plusieurs siècles avant Hippocrate, 011 avait déjà cherché à lier et à expliquer les connaissances d’observations ; il y avait des doctrines médicales, car il dit lui-même que la médecine est établie depuis longtemps. Il n’a donc point créé la science, comme le pensent beaucoup de médecins, mais il l’a ramenée à l’observation de la nature vivante ; il l’a purgée des subtilités philosophiques qui l’offusquaient-, il l’a enrichie, perfectionnée, et il a fondé une doctrine qui est restée debout quoiqu’elle remonte à plus de quatre cents ans avant notre ère.
Certes si les médecins célèbres qui se sont succédé pen-
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dan t vingt-deux siècles, depuis le père de la médecine jusqu a nous, s'étaient attachés a conserver et à développer les grandes vues qu’il nous a transmises au lieu de les proscrire, nous posséderions aujourd’hui l’édifice médical le plus majestueux et le plus complet. Mais il n’en fut point ainsi : plus de vingt systèmes ont tour a tour envahi, dominé et nous pourrions dire ravagé la science depuis Hippocrate jusqu’à nous, systèmes plus ou moins faux et exclusifs, fondés la plupart sur les idées régnantes alors en philosophie, en physique, en mécanique, etc.
C’est ainsi que les fils, les élèves et les premiers successeurs d’Hippocrate, repoussant la voie lente mais sûre de l’observation et de l'expérience que l’oracle de Cos leur avait ouverte, ne suivirent d’autre règle que le raisonnement et fondèrent le Dogmatisme , dont les bases étaient empruntées ’a la théorie des nombres de Pythagore, à la physique de Platon et au stoïcisme.
Dans le siècle suivant, Philinus , de Cos, dégoûté sans doute des éternelles discussions de l’école dogmatique sur les causes premières, créa V Empirisme , qui lui est diamétralement opposé. Rejetant tout raisonnement et toute théorie et surtout toute recherche des causes , cette doctrine faisait profession de n’admettre que les résultats de l’expérience. L’observation, l’histoire et l’analogie , tels étaient les trois moyens dont elle faisait usage pour augmenter le répertoire des connaissances médicales. Quoique cette école, principalement vouée à la thérapeutique, soit bien souvent tombée dans des idées superstitieuses et dans une confiance aveugle en des remèdes dont l’efficacité n’était pas prouvée, on ne peut nier cependant qu’elle n’ait rendu d’importants services à Part de guérir. Cette école, qu’on ne saurait appeler un système, puisqu’elle ne cherche point à lier et coordonner les faits d’observation , n’a jamais cessé de régner parmi les hommes livrés à la pratique de l’art, et nous lui devons certainement plus de reconnaissance qu’à tous les systèmes qui se sont partagé l’empire de la science dans la suite des temps.
Cinquante ans avant notre ère, parut à Rome le fameux
Asclépicide, de Bithynie, dontle talent et la renommée jetèrent le plus vif éclat. C’était le moment où Lucrèce venait de populariser le système d’Épicure dans son poème célèbre sur la nature des choses. Asclépiade, repoussant avec mépris la doctrine hippocratique, qu’il appelait une méditation de la mort, créa un système qui a pour base la théorie corpusculaire du philosophe grec. Le corps humain est composé, comme tous les autres êtres, de pores et d’atomes qui dans l’état de santé circulent librement et facilement dans leur cavité. Les maladies n’ont d’autre cause qu’un trouble mécanique de cette circulation, et d’autre moyen de traitement que ce qui peut rétablir la régularité de ce mouvement circulatoire.
T hémison , de Laodicée, le plus illustre des disciples d’Àsclépiade, fonda le Méthodisme au commencement de l’ère chrétienne. Ce système célèbre, que Broussais a renouvelé de nos jours , fait dériver toutes les maladies de trois états différents des solides vivants, du resserrement ( strictum ), du relâchement ( taxum ) et de l’état intermédiaire (mixtum) ; delà aussi trois sortes de moyens thérapeutiques.
Pendant que l’école méthodique jouissait, a Rome, de toute sa splendeur, Athénée , d’Attalie en Cilicie, établissait dans la même ville un nouveau système, le Pneumatisme , dont l'idée première était empruntée a la philosophie d’Aristote. Suivant cette théorie, tout dépend dans l’économie saine ou malade, du bon ou du mauvais état d’un principe particulier aériforme, le pneuma , qui réside et circule dans les vaisseaux.
Afjaihinus , de Sparte, disciple d’Athénée, s’éloigna des principes de son maître, qu’il chercha â concilier avec ceux des empiriques et des méthodistes. C’est pour cela que l’école dont il est le fondateur prit le nom d 'éclectisme, mot qui signifie choix, parce qu'il avait la prétention de choisir tout ce qu’il y avait de bon dans les écoles pneumatique , empirique et méthodique.
Dans le deuxième siècle parut Galien , le plus grand génie de la médecine antique après Hippocrate , esprit universel , imagination brillante , â qui nous devons une véritable encyclopédie médicale. Le Galénisme ou le système de Galien a exercé
une longue et prodigieuse domination sur le monde médical, puisqu'il ne s’est éteint qu’au dix-septième siècle, c’e»t-k-dire près de quatorze cents ans depuis la venue de son fondateur. Cesystème, quoique composédesdébris desanciennes théories, forme cependant un ensemble bien coordonné. Il est impossible de résumer ici en quelques lignes la doctrine du médecin de Pergame. Nous dirons seulement que cet auteur regardait le corps humain comme composé par les quatre éléments, le feu , l’eau , l’air et la terre. Chaque élément a une qualité première qui lui est propre : le feu est chaud, l'eau humide, l’air froid et la terre sèche. Les éléments en se mêlant intimement forment les trois sortes de parties du corps humain , savoir , les parties similaires , les organes et le corps entier ; il y a en outre quatre humeurs, le sang, la pituite, la bile jaune et la bile noire ou atrabilaire. Le sang est chaud et humide, la pituite froide et humide, la bile jaune chaude et sèche, l’alrabile froide et sèche. Les maladies sont produites par un excès ou un défaut de chaud, de froid, de sec ou d’humide des parties du corps, ou par une altération des humeurs qui peuvent pécher par excès, par défaut ou par cacochymie. Leur traitement consiste a seconder la nature ou a les combattre parleurscontraires, c’est-a-dire le chaud par le froid, le froid par le chaud , le sec par l’humide, et l'humide par le sec ; de la quatre classes de médicaments, les rafraîchissants, les échauffants, les humides et les desséchants. Les humeurs ont d'autres médicaments contraires aux altérations qu’elles ont éprouvées.
Nous passerons sous silence la médecine des Arabes , espèce d'humorisme galénique surchargé de formules empiriques et superstitieuses, ainsi que les extravagances des Alchimistes et de Paracelse , pour arriver a Van Helmont , qui vivait au commencement du dix-septième siècle.
V an Helmont , le plus puissant adversaire du galénisme, frappé de la coordination des actes de l’organisme vers une fin, créa des êtres intelligents pour présider a cet ordre. Tous les phénomènes vitaux sont sous la dépendance de l 'archée, principe particulier, recteur et monarque de l’économie. L’archée
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a sous ses ordres des archées secondaires qu’il appelle blas et qui sont situés dans les viscères. Les maladies sont produites les unes par une lutte qui s’établit entre l’archée général et les archées secondaires, les autres par des ferments acides ou alcalis. Ce système, puisé a la fois dans la chimie et dans un naturisme hippocratique altéré, donna naissance à V Humorisme cliimiulriqiie de Sylvius de le Boé et a Y Animisme de Stuhl.
Sylvius (au milieu du dix-septième siècle) expliqua toutes les fonctions de l’organisme sain ou malade par la chimie. Les maladies ont leur siège exclusif dans les humeurs et sont produites par des âcretés acides ou alcalines. Pour les guérir, il faut évacuer ces âcretés ou les neutraliser par des réactifs chimiques.
Stalil , à la fin du même siècle, fit dépendre tous les phénomènes vitaux et organiques de l’intervention directe et immédiate de l’âme raisonnable. C'est l’âme qui gouverne toutes les fondions nutritives , qui est atteinte par les causes morbifiques, qui réagit a son tour et qui guérit les maladies en provoquant la fièvre, des hémorrhagies, des sueurs etc., pour expulser la cause du mal. On voit par la que si l’on substitue la nature a l’âme, la doctrine de Stahl n'est au fond que la doctrine hippocratique. Mais ce profond observateur exagéra hors de toutes limites l’autocratie médicatrice de l’âme, en réduisant l’art presque tout entier a l’expectation.
Les exagérations d’un système jettent souvent dans un système opposé. C’est ainsi que I bumorisme exclusif de Sylvius de le Boé fit surgir en quelque sorte le Solidisme de Baylivi. Cet auteur regarda les liquides comme inertes et passifs; les solides seuls sont actifs; les maladies dépendent de l’augmentation ou de la diminution du ton des fibres qui les composent; les phénomènes de l'organisation sont eux-mêmes sous la dépendance de la force vitale. Au reste, Baglivi admit en même temps tous les dogmes du vitalisme hippocratique, dont il peut être considéré comme un des commentateurs les plus justement célèbres.
C’est encore dans le dix-septième siècle que parut une autre théorie, le Mécanicisme , que ses auteurs tirèrent des
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sciences physiques et mathématiques appliquées a l’économie vivante. Borelli, Bellini, Pitcarn et leurs élèves expliquèrent les fonctions et les maladies de l’homme par les lois de l’hydraulique, de la statique, de la mécanique et du calcul. C’est aussi a ce système que sacrifia Boerhaave, un des plus vastes et des plus brillants génies qui aient illustré la médecine. Mais ce célèbre auteur appartient à la doctrine hippocratique par les premiers écrits de sa jeunesse, comme par les derniers de sa vieillesse, et il paraît aussi que sa pratique n’avait pas d’autre base.
Les trois théories que nous avons maintenant a indiquer ont la plus grande analogie entre elles et rappellent, les unes et les autres, l’antique méthodisme. Comme lui, elles sont tirées des lois de l’économie animale et non des sciences étrangères 5 comme lui aussi , elles sont dichotomiques , c’està-dire qu’elles réduisent toutes les causes prochaines des maladies à deux états différents et opposés. Ces systèmes sont ceux de Frédéric Hoffmann , de Brown et de Broussais.
Frédéric Hoffmann, l’un des plus grands médecins des temps modernes, contemporain et rival de Stahl, développa avec un talent supérieur une théorie mécanico- dynamique séduisante qui expliquait toutes les affections morbides par le spasme et l 'atonie. Ce système compta parmi ses défenseurs, au dix-huitième siècle , le célèbre Cullen , qui fit surtout jouer un rôle considérable à l’influence nerveuse dans tous les phénomènes organiques.
Le système de Brown , élève de Cullen, parut à la fin du dernier siècle. Il reposait sur un petit nombre de principes généraux très-simples. La vie, suivant le réformateur écossais, était le résultat de la faculté que possède l’organisme d’être affecté par les choses extérieures ou intérieures, faculté qu’il appelait incitabilité. Ces choses elles-mêmes se nommaient incitants ou stimulants; et l’incitabilité mise enjeu par les incitants prenait le nom d’ incitation . La santé et les maladies ne différaient entre elles que par le degré de l’incitation. Les maladies n’avaient que deux sources, deux causes prochaines, qui constituaient deux modes opposés d’altération
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de rincitabilité : ou l'incitation était augmentée et portée au delà de son degré normal, et alors il y avait sthénie ou excès de force, ou bien elle était trop faible, et il y avait asthénie ou diminution de force. Sur cent maladies, trois seulement étaient sthéniques; les quatre-vingt-dix-sept autres étaient asthéniques. Il en résultait deux sortes d'indications et de moyens thérapeutiques, les antiphlogistiques et les débilitants contre les premières, les toniques et les stimulants contre les secondes.
De nos jours, Broussais n’a fait que retourner ce système en changeant seulement les termes. Il appelle excitabilité , irritabilité ce que Brown nommait incitabilité, et excitation ce que le médecin écossais désignait sous le nom d’incitation. Lorsque les modificateurs externes agissent avec trop d’énergie dans un ou plusieurs organes , ils y font naître de Yirritation et par suite de Y inflammation, et cette cause est le principe de presque toutes les maladies; si, au contraire, ces agents extérieurs n’impressionnent pas l’organisme avec assez de force (ce qui est fort rare), il y a ce que le réformateur nomme abirritation, c’est-à-dire affaiblissement d’où naissent quelques maladies, mais en très-petit nombre. Presque toutes les maladies sont donc irritatives et inflammatoires ; un très-petit nombre sont ab-irritatives : de là l’indication presque constante des antiphlogistiques et des affaiblissants, et l'indication fort rare des fortifiants. On voit par là que le broussaisisme est le contre-pied parfait du brownisme. Ce système, qui de 1816 à 1825 avait fasciné peut-être la moitié des esprits en France et à l’étranger , est tombé aujourd’hui dans un tel discrédit qu’on aurait peut-être de la peine à lui trouver un seul partisan.
Dans les seizième et dix-septième siècles, beaucoup de médecins avaient déjà ouvert des cadavres et consigné l’examen nécroscopique à la suite des histoires particulières de maladies qu’ils avaient publiées; mais ces faits étaient épars dans un grand nombre d’auteurs, et l’importance des lésions anatomiques était loin d’être établie d’une manière générale. Théophile Bonet rassembla toutes ces histoires individuelles auxquelles il ajouta ses propres observations. Le volumineux ouvrage où il les re-
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cueillit, et qu’il publia sôus le litre de Sepulchretvm anatomicum , donna naissance a une science nouvelle, l'anatomie pathologique, destinée h rendre de grands services au diagnostic et au pronostic des maladies. Morgagni refondit entièrement cet ouvrage dans son immortel traité : De sedibus et causis morborum, et fit oublier la riche compilation du médecin de Genève, par l’esprit de critique qu’il mit dans les matériaux de son livre, non moins que par la multitude de faits nouveaux qui lui sont propres. On sentit dès lors la nécessité de s’éclairer sur les altérations que les maladies apportent dans la texture des organes et des tissus. Le commencement de notre siècle est surtout remarquable par Uimpulsion extraordinaire donnée a ces travaux. De nos jours, l’anatomie pathologique s’est enrichie et perfectionnée par les travaux de Corvisart, de Bayle, notre oncle, de Laennec, de Dupuytren et d’une foule d’auteurs morts ou vivants dont la liste serait trop longue pour figurer dans ce coup d’œil rapide-, car l’on peut dire qu’il n’est pas une seule maladie qui n’ait été soigneusement scrutée sous le point de vue anatomique.
Cette étude et les grands travaux qu’elle a fait naître ont jeté une vive lumière sur le siège des maladies , leur marche , leurs terminaisons, leur diagnostic et leur pronostic; ils ont donné à la pathologie un degré d’exactitude et de précision dont les travaux des anciens étaient dépourvus. Mais on n’a pas tardé a abuser de ces connaissances nouvelles, et un nouveau système, VAnatomo-pathologisme ou mieux Y Organicisme, est né de cet abus.
Ce système, universellement répandu de nos jours, ne tient aucun compte de la force vitale dans l’explication des maladies, et fait profession de n’admettre que ce qui frappe les sens. Les nécropsies révélant le plus souvent des altérations anatomiques dans les organes, il en conclut que ces altérations sont toujours la cause des symptômes ou troubles fonctionnels observés pendant la vie-, il établit ainsi comme un fait général ce qui n’est vrai qu’en certains cas et cherche dans le cadavre la solution du problème de l’homme malade; de lk sa tendance a ne voir partout que des affections locales , ou a n’admettre
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des maladies générales que comme une localisation étendue a des organes généraux, tels que le système vasculaire, le sang, etc.
Oui sans doute, il est beaucoup d’altérations matérielles des organes qui sont l’origine et la source des symptômes 5 mais ce fait est bien loin d’avoir la généralité qu’on lui donne. Il n’est pas très-rare de ne rencontrer a l’ouverture des cadavres aucune altération appréciable 5 les organiciens de bonne foi en conviennent, mais c’est, disent-ils, parce qu’on a mal cherché ou parce que nos moyens d’investigation ne sont pas assez parfaits ; c’est-à-dire que, dérogeant, pour le besoin de la cause, à la philosophie sensualiste dont on fait profession, on suppose des lésions lorsqu’on ne peut en découvrir.
Dans les cas même où les altérations anatomiques sont évidentes, c’est mal raisonner que de conclure toujours de leur existence à leur caractère de causes productrices des phénomènes morbides; car, parmi elles, il en est qui sont les effets d’une maladie générale que la nature localise par une suite d’efforts critiques et conservateurs-, d’autres ne surviennent qu’à la fin des longues maladies; d’autres encore sont des reliquats de la perturbation des fonctions qui arrive à l’agonie. Est-il d’ailleurs d’une saine logique de remonter , dans des explications pathogéniques , d’une lésion telle que l’autopsie la révèle, jusqu’aux premiers symptômes d’une maladie commençante, époque où cette lésion était toute différente ou 11’existait pas? Mais la plus grave erreur des organiciens, c’est de vouloir tirer les indications thérapeutiques et le traitement des maladies d’une seule source, les altérations matérielles des organes.
Toutefois ne soyons pas injustes envers l’organicisme et reconnaissons que l’esprit d’observation patiente et laborieuse qui l’anime lui a fait découvrir une foule de faits nouveaux et importants qui resteront comme des progrès considérables de la médecine dans ce siècle. Qu’a-t-il à faire pour être dans le vrai et pour devenir la véritable doctrine médicale? C’est de cesser de n’envisager qu’un seul côté des maladies, le côté matériel , de reconnaître les lois de la vie qui dominent tout l’or-
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ganisme, de proclamer la force vitale, son unité, son activité et sa tendance médicatrice. Alors, sans abandonner aucune des découvertes matérielles qu’on lui doit, il les mettra a la place qui leur appartient, et une vive lumière se répandra sur les grands travaux qu’il a faits comme sur ceux qu’il entreprendra dans l’avenir. S’il entre dans cette voie, il rendra des services bien autrement importants a la science que ces vitalistes, qui ne savent que se perdre dans des dissertations métaphysiques sur la nature du principe vital , sur son alliance avec l’âme et sur les maladies de celte alliance , oubliant trop souvent que si l’homme a une force vitale et une âme, il a aussi des organes matériels dont il faut tenir compte.
Si l’on excepte l’école organique ou anatomique dont nous venons de parler, toutes les théories que nous avons passées en revue et qui se sont succédé pendant plus de deux mille ans sont tombées les unes a la suite des autres, après une domination longue ou éphémère, et il n’en reste plus de traces. Ce qui prouve combien était frêle la base sur laquelle elles reposaient.
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