‹ Eléments de pathologie médicale; ou, Précis de médecine theórique et pratique, écrit dans l'esprit du vitalisme hippocratiqueChapitre 40 sur 86 · I. Caractères principaux des diathèses · texte numérisé non relu

I. Caractères principaux des diathèses

L’histoire complète des diathèses trouvera sa place dans la pathologie spéciale , puisqu’elle résultera des descriptions que nous donnerons des divers groupes de maladies qui sont sous leur dépendance. Cependant, comme il existe un assez grand

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nombre d’espèces de maladies qui , tout en portant le même nom , tiennent a plusieurs diathèses , nous croyons utile d’exposer ici les principaux caractères de ces dernières.

1° Diathèse inflammatoire. Tous les âges y sont prédisposés, mais principalement les personnes jeunes et d’un tempérament sanguin. Elle est ordinairement provoquée par des causes extérieures qui agissent avec énergie. Elle est caractérisée , tantôt par une réaction primitivement locale avec rougeur , chaleur, gonflement et douleur de la partie malade (inflammations), tantôt par une réaction générale de l’organisme avec augmentation de la chaleur, de la fréquence et de la force du pouls et trouble de la plupart des fonctions (plusieurs fièvres continues et surtout les fièvres inflammatoires) , tantôt enfin par un aflïux de sang attiré dans quelque organe par un stimulus quelconque (congestions, hémorrhagies actives). Cette diathèse est principalement combattue par les antiphlogistiques , c’est-à-dire par les moyens qui ont pour but de diminuer l’excitation et la chaleur.

2° Diathèse nerveuse. Elle consiste dans un trouble quelconque de la sensibilité, de la motilité , des facultés intellectuelles et de Tinnervalion ou influence nerveuse, sans fièvre et sans lésion locale perceptible aux sens, lorsque les malades succombent. Cette diathèse comprend toutes les névroses ou réactions du système nerveux. Son traitement consiste dans l’emploi des antispasmodiques , des anodins et des narcotiques ou médicaments qui calment les mouvements convulsifs et la douleur.

3° Diathèse périodique ou intermittente. Elle consiste dans la disposition qu’ont certaines maladies a cesser et h se reproduire alternativement pendant un certain temps , avec ou sans fièvre , et à des intervalles plus ou moins longs, réguliers eu irréguliers. Les maladies qui composent essentiellemeut cette diathèse sont les fièvres intermittentes, simples, pernicieuses et larvées. Nous possédons dans le quinquina un médicament héroïque pour les combattre.

4° Diathèse rhumatismale. Elle se distingue par des douleurs accompagnées de fièvre ou apyrétiques , ayant leur siège dans

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les muscles ou les articulations , dont elles rendent les mouvements difficiles ou impossibles, augmentant souvent par la pression, se déplaçant avec une grande facilité pour se porter soit dans d’autres parties des systèmes musculaires et fibreux extérieurs ou intérieurs , soit dans des organes d’une autre espèce. Cette diathèse reconnaît pour causes des influences extérieures, mais surtout le refroidissement et l’humidité.

5° Diathèse goutteuse ou arthritique. Cette diathèse , souvent héréditaire, se développe dans l’âge mûr chez les individus qui font peu d’exercice et qui sont adonnés à la bonne chère. Elle se manifeste par des douleurs avec rougeur et gonflement des petites articulations, mais surtout de celles du pied. Ces symptômes, accompagnés ou non de fièvre et de dérangement des fonctions digestives, cessent après quelque temps et reviennent ensuite par accès à des intervalles plus ou moins éloignés. La goutte peut, comme le rhumatisme, changer de place, se porter sur les diverses articulations, sur le système musculaire et sur les organes intérieurs; elle revêt alors des formes symptomatiques extrêmement variées. 11 se forme chez les individus qui en sont atteints des tumeurs de volume divers autour des articulations , et quelquefois dans d’autres organes , tumeurs nommées concrétions tophacêes , et qui sont composées d urate de chaux.

6° Diathèse gastrique ou bilieuse. Elle dépend surtout d’une sur-activité de la sécrétion de la hile , qui est plus abondante que dans l’état normal et qui peut pécher aussi par ses propriétés physiques ou chimiques. Cette diathèse a pour principaux caractères un enduit jaunâtre de la langue, la bouche amère , l’anorexie , le dégoût , des nausées et quelquefois des vomissements de matières bilieuses , une teinte légèrement jaunâtre de la peau , etc. ; elle peut compliquer diverses maladies qui exigent alors le traitement de celte diathèse. On combat celle-ci par les vomitifs et les purgatifs.

7° Diathèse atonique. Elle est occasionnée par une diminution dans l’action des excitants naturels de l’organisme et caractérisée par une faiblesse quelquefois locale, plus souvent générale, qui se manifeste par la petitesse et la lenteur du pouls , la pâ-

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leur de la peau , des mouvements musculaires peu énergiques, une grande disposition à la fatigue, l'amaigrissement, l’œdématie des extrémités, etc. Les hémorrhagies passives, l'asthénie sénile, certains ulcères, etc., sont le produit de cette diathèse, qui a les plus grands rapports avec les diathèses scrofuleuse, tuberculeuse, scorbutique et chlorotique. Son traitement consiste dans l’emploi des toniques, des stimulants et d’une alimentation substantielle.

8° Dïatkèse scorbutique. Elle survient chez les individus soumis a une humidité froide et prolongée , a un air concentré et impur, et surtout a une mauvaise nourriture principalement composée de viandes salées et dépourvue de végétaux frais, comme cela arrive aux marins. Ses principaux caractères sont une sorte de débilité générale , des dents branlantes , des gencives pâles, boursouflées et saignantes, des engorgements sanguins durs et indolents dans les membres, des ecchymoses dans diverses parties ou des pétéchies , des ulcères qui saignent avec la plus grande facilité, des hémorrhagies passives, un sang dissous et pauvre en matière fibrineuse, etc. Les principaux moyens employés contre cette diathèse sont un air pur, sec et renouvelé, l’exercice, une bonne alimentation, des végétaux frais , les acides et surtout les sucs des plantes crucifères dites antiscorbutiques.

9° Diathèse scrofuleuse. Provoquée comme les deux précédentes par toutes les causes débilitantes, comme un air froid , humide et non renouvelé , par une alimentation de mauvaise nature ou insuffisante , par l'origine de parents affectés de la même maladie ou très-délicats , cette diathèse offre les signes suivants : une peau pâle, luisante et sujette ’a s’infiltrer, des tumeurs indolentes, plus ou moins volumineuses et ayant leur siège dans les ganglions lymphatiques, des ulcères succédant à ces tumeurs et donnant issue â une sérosité purulente et abondante, des gonflements des extrémités articulaires des os, des déformations variées de ces derniers organes, une grande disposition â l’œdématie , etc. On combat celte diathèse par les toniques , le régime animal et par certains médicaments spéciaux , comme les préparations d’iode.

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10° Diathèse tuberculeuse. Très-voisine de la diathèse précédente, qui lui donne souvent naissance, la diathèse tuberculeuse reconnaît pour cause prochaine la formation spontanée des tubercules. Les tubercules sont des productions morbides de forme variable , d’un blanc grisâtre , de la consistance du fromage , d'un volume qui varie depuis celui d’un grain de millet jusqu’à celui d’une noix* pouvant se développer dans la plupart des organes de l'économie , mais se formant le plus souvent dans les poumons et le mésentère. Ces corps accidentels , après être restés un certain temps à l’état qu’on appelle cru, c’est-à-dire durs et offrant les caractères que nous venons de décrire, se ramollissent et se transforment en un pus grisâtre et grumeleux dont l’écoulement ou l’absorption laissent des excavations plus ou moins profondes dans le sein des organes où ils avaient leur siège , donnant lieu à des symptômes qui diffèrent suivant les organes. Le traitement curatif de celle diathèse est encore à trouver.

li° Diathèse cancéreuse. Elle consiste dans le développement d’une matière accidentelle appelée cancer ou corps cancéreux, et qui se présente sous la forme de tumeurs dures , inégales , bosselées, irrégulières , d’un volume si variable qu’elles peuvent égalera peine la grosseur d’un pois ou être aussi grosses que le poing ou même la tête d’un enfant. Elles peuvent se former dans le tissu ou à la surface de tous les organes de l’économie. Quand on les incise pour examiner leur structure , on voit qu’elles offrent deux principaux aspects : 1° tantôt elles ressemblent par leur couleur grisâtre homogène , leur consistance et leur luisant à la substance du lard ( cancer lardiforme') 5 2° tantôt elles sont d’un blanc mat parsemé de légères stries rouges et ont la plus grande analogie avec la matière cérébrale (i cancer cérébriforme ou e ncéphaloide) . Les cancers restent durs pendant un certain temps et prennent alors le nom de squirrhes ; ils se ramollissent ensuite et s’ulcèrent en donnant lieu à des élancements nommés douleurs lancinantes et à divers autres symptômes qui diffèrent suivant les parties qui en sont atteintes. Ils sont mortels et incurables.

12° Diathèse syphilitique. Elle résulte d’un virus particulier

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appelé syphilitique, qui se transmet dans le coït par le contact des personnes alïectées de syphilis a celles qui en sont exemptes. Les principaux caractères de cette diathèse sont les suivants : 1° des ulcères a surface grisâtre, â bords taillés â pic, qui se manifestent peu de temps après le contact impur et dans les lieux de ce contact ( ulcères primitifs ), ou bien dans des organes qui n’ont point éprouvé ce contact et après un temps assez long (ulcères consécutifs )• 2° des tumeurs des ganglions de Laine appelés bubons; 3° des végétations sur les membranes muqueuses des organes genito-urinaires (condylomes') , 4° des caries et des tumeurs des os avec des douleurs dites ostéocopes ; 5° des pustules, des boutons, des croûtes, des exanthèmes de diverses formes â la peau (syphilides) ■ 6° des lésions extrêmement variées des autres organes de l’économie. Cette diathèse reconnaît dans les sudorifiques et les préparations de mercure un traitement spécifique héroïque.

13° Diathèse gangréneuse. Elle consiste dans la disposition d’un certain nombre de maladies â se terminer par la mortification des parties, ou à présenter des gangrènes plus ou moins étendues, dès leur début même ou pendant leur cours, soit que ces affections tiennent â un principe septique introduit dans l’économie , soit qu’elles dépendent d’autres causes inconnues dans leur nature. Cette diathèse se rencontre dans la pustule maligne, l’ergotisme dit gangréneux, la peste, certaines fièvres putrides , etc.

14° Diathèse chlorotique. Elle dépend d’une altération du sang qui devient plus fluide , plus séreux , moins coloré , moins fourni de matière fibrineuse. Ses principaux phénomènes sont une décoloration générale de la peau, surtout de la face , qui est très-pâle , l’anorexie, le dégoût ou un goût dépravé, de la dyspepsie, des palpitations, de la disposition à l’œdématié, un sentiment de lassitude dans les jambes, etc. Cette diathèse cède presque constamment a un traitement spécifique, l’emploi des préparations de fer.

15° Diathèse cholérique. Due probablement â un principe contagieux particulier , qui exige pour se transmettre certaines dispositions peu connues, soit individuelles, soit atmosphé-

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riques. Cette diathèse est caractérisée par une diarrhée liquide, blanchâtre et analogue â une décoction de riz , par des coliques et des vomissements répétés, par un ralentissement et une grande faiblesse du pouls et des battements du cœur, par un refroidissement général du corps et même de la langue, par une coloration bleuâtre et même bleue de la peau et surtout de la face, dont les yeux sont creux et enfoncés 5 par des douleurs et des crampes dans les membres, etc., symptômes qui se terminent promptement par la mort dans plus de la moitié des cas.

16° Diathèse hydrophobique. Elle est occasionnée par un virus qui se développe spontanément chez le chien enragé, et qui se transmet a l’homme par la morsure de cet animal ou par celle d’un autre homme. Elle se manifeste par des accès dans lesquels il y a horreur de l’eau et de tous les objets qui peuvent la rappeler : salivation, soif, délire, agitation et mouvements convulsifs , fièvre , etc. Ces accès se renouvellent fréquemment et sont suivis de la mort au bout de peu de jours.

17° Diathèses herpétiques . Nous désignons sous ce nom les diathèse d’où dépendent les maladies chroniques de la peau communément désignées sous le nom de dartres. Il est prouvé aujourd’hui, depuis les travaux de Willan et de Bateman, que celte expression renferme plusieurs maladies différentes auxquelles ces auteurs et ceux qui les ont suivis ont donné des noms particuliers. On en trouvera la description dans la pathologie spéciale. D’après cela, l’épithète d’herpétique est impropre et défectueuse , puisqu’elle renferme plusieurs diathèses qu’il faudrait distinguer • nous ne nous sommes décidé 'a l’employer qu’à cause de l’ignorance où nous sommes de la nature des maladies chroniques de la peau. La difficulté de guérir ces maladies , leurs fréquentes récidives , leur caractère évidemment dépura toire dans beaucoup de cas, nous portent à penser que ces affections sont ordinairement et peut-être toujours le résultat d’une altération particulière du sang , dont l’organisme se débarrasse en déposant à la peau la matière morbifique, par suite de sa tendance à éliminer tout ce qui nuit.

18° Diathèse vermineuse. Elle consiste dans la présence de di-

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verses espèces de vers dans l’appareil digestif et dans d’autres organes , présence d’où naissent des troubles variés des fonctions qui constituent les maladies vermineuses.

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