‹ Eléments de pathologie médicale; ou, Précis de médecine theórique et pratique, écrit dans l'esprit du vitalisme hippocratiqueChapitre 43 sur 86 · DES SIGNES EN PARTICULIER · texte numérisé non relu

DES SIGNES EN PARTICULIER

§ 1er. Signes fournis par les causes.

Parmi les nombreuses circonstances capables d’éclairer sur l’espèce , le caractère et la nature des maladies , les causes tiennent sans doute le premier rang. Nous venons de voir que des maladies fort différentes en réalité se manifestaient souvent 'a l’extérieur par des symptômes semblables ou du moins fort analogues , et qu’en nosologie on était obligé de désigner sous les mêmes noms ces maladies cependant si diverses. Nous avons fait sentir l’importance qu’il y avait, dans ces cas, pour établir un bon diagnostic , de remonter aux maladies élémentaires ou diathèses qui donnent lieu aux mêmes lésions fonctionnelles, aux mêmes apparences symptomatiques. La recherche attentive des causes est ordinairement le meilleur moyen, et souvent l’unique, pour arriver a cette importante distinction. La raison en est simple : ce qui établit la différence réelle des maladies ou troubles fonctionnels, sous le rapport du traitement qu’elles réclament, comme sous celui de leur nature, ce sont leurs diathèses, c’est-à-dire, comme nous l’avons plusieurs fois expliqué, les maladies élémentaires dont elles dépendent ; or, ce qui engendre ces maladies élémentaires ou ces diathèses , ce sont des causes spéciales et propres a chacune d’elles. De la la nécessité, pour arriver a un diagnostic solide et a un traitement convenable, d’étudier ces causes avec la plus sérieuse attention. Quelques exemples rendront ce précepte clair et évident :

Deux enfants sont tout a coup atteints de fièvre, de toux, de céphalalgie, d’éiernument et de larmoiement; en apparence, la maladie est la même chez les deux , car elle offre les mêmes symptômes-, cependant elle est bien différente dans l’un et

PATHOLOGIE GÉNÉRALE

dans l’autre. En remontant aux causes qui ont agi sur ces enfants, le médecin apprend que l’un d’eux n’a eu aucune communication avec d’autres enfants , mais qu’il a éprouvé la veille un grand refroidissement • il prononce que ce malade a une fièvre catarrhale ou une bronchite. On lui annonce que l’autre enfant a joué , quelques jours avant , avec d’autres enfants atteints de la rougeole , et il juge que ce second malade est dans la première période de cette fièvre éruptive.

Huit femmes sont atteintes de tumeur au sein, dure, indolente et chronique. L’aspect seul pourrait faire croire qu’on a affaire a la même maladie 5 le volume de la tumeur , sa dureté, la couleur de la peau, l’absence de sensibilité au toucher, ne diffèrent pas sensiblement chez les unes et les autres, et cependant , en examinant avec soin la constitution et le tempérament de ces femmes, en les interrogeant sur les maladies de leurs parents, sur les causes qui ont agi sur elles peu de temps avant le développement de la tumeur, on arrive a cette conclusion, que les influences qui ont fait naître cette affection ont été différentes chez toutes -, qu’au lieu d’avoir a traiter une seule maladie , comme auraient pu le faire penser l'analogie et la ressemblance des symptômes, on a affaire a huit maladies élémentaires ou diathèses différentes; c’est-a-dire que la tumeur est cancéreuse chez une malade , tuberculeuse chez l’autre, lymphatique et scrofuleuse chez la troisième, syphilitique chez la quatrième, fibreuse chez la cinquième, enkystée chez la sixième, laiteuse chez la septième, et une inflammation chronique chez la huitième. De la un traitement différent dans chacun de ces cas.

Ces exemples , que je pourrais multiplier h l’infini , suffisent pour montrer combien l’étude et la recherche des causes est importante pour le diagnostic et le traitement des maladies. Il ne faut négliger aucune de ces causes, qu’elles soient prédisposantes, spécifiques ou occasionnelles; mais on doit se souvenir que les deux premières espèces sont celles qu’il importe le plus de déterminer, parce que ce sont celles qui éclairent le plus sur le caractère et la nature des maladies et sur leur pathogénie, c’est-k-d ire leur développement et leur génération.

SÉMÉIOTIQUE.

§ 2. Signes fournis par les symptômes des maladies.

Les symptômes sont les phénomènes de réaction de l’organisme malade ; mais ils 11’ont une valeur réelle qu’autant qu’ils deviennent des signes, c’est-à-dire qu’ils indiquent au médecin le siège, l’espèce, la nature du mal, la marche qu’il doit suivre ultérieurement et les moyens de le combattre. La conversion des symptômes en signes, c’est-à-dire l’interprétation de l’organisme malade, la connaissance de l’état morbide intérieur, d’après l’état morbide extérieur , est une des plus difficiles opérations de l’intelligence; elle exige une connaissance approfondie de l’organisation et des fonctions de l’économie a l'état sain , des phénomènes et des causes des maladies, des lésions anatomiques qu’éprouvent les organes, des modifications que les médicaments peuvent produire dans l’état des forces vitales et des fonctions. C’est d’après toutes ces données que le médecin s’élève , par une série de raisonnements, jusqu’à la véritable connaissance de la maladie, travail intellectuel dont peu d’hommes sont capables. Pour le grand médecin, tous les phénomènes morbides sont des signes; pour le praticien ordinaire , il n’y en a qu’un petit nombre ; pour le médecin ignorant , les symptômes frappent ses sens sans rien dire à son esprit; ils n’ont aucune signification , à peu près comme celui qui lit un livre dans une langue qu’il ignore aperçoit des mots qui ne réveillent aucune idée dans son esprit.

Faire connaître la signification de tous les symptômes dont nous avons présenté plus haut le tableau succinct , ce serait dépasser les bornes que comporte cet ouvrage, presque entièrement consacré à la pathologie spéciale. Je me bornerai à indiquer les principaux signes, en suivant le même ordre que j’ai adopté précédemment pour les symptômes.

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