‹ Eléments de pathologie médicale; ou, Précis de médecine theórique et pratique, écrit dans l'esprit du vitalisme hippocratiqueChapitre 44 sur 86 · X. Signes fournis par les fonctions de relation · texte numérisé non relu

X. Signes fournis par les fonctions de relation

1° Habitude extérieure.

L 'attitude du corps est d’autant plus mauvaise qu’elle s’éloigne davantage de la situation que le malade a l’habitude de

prendre. Le décubitus sur le dos et dans l’immobilité, indique Tassoupissement, ou un grand affaiblissement; l'agitation continuelle est un signe de douleurs intérieures. Le coucher sur un seul et même côté est souvent un indice qu’un des organes du côté opposé est malade; la flexion des cuisses sur l’abdomen et des jambes sur les cuisses annonce que le malade souffre du ventre; vouloir quitter son lit, se découvrir d’une manière indécente , sont des signes d’une grande anxiété ou de délire.

La complexion du corps fournit plusieurs signes importants : une taille élevée avec un corps mince et fluet est un signe de constitution faible; une poitrine plate avec des épaules saillantes et un cou long annonce une prédisposition a la phthisie pulmonaire; une constitution robuste et replète et un cou court font craindre l’apoplexie. Un amaigrissement considérable indique ou un défaut de nourriture , ou une affection morale, ou une fièvre de longue durée, ou une maladie chronique d’un des viscères thoraciques ou abdominaux.

La couleur de la peau est d’un grand intérêt en séméiotique : la rougeur indique la pléthore ou un afflux de sang vers la tête, la rougeur circonscrite des pommettes annonce la prédisposition a la phthisie pulmonaire; la pâleur est un signe d’un sang peu abondant , pauvre , séreux, de faiblesse et surtout de chlorose; une couleur bleue générale prouve le mélange du sang artériel avec le sang veineux (cyanose); des taches ou des plaques bleues â la surface du corps sont des signes d’une altération profonde du sang et surtout du scorbut ; une coloration jaune annonce une maladie du foie ; un teint jaunâtre indique une affection chronique des viscères abdominaux. Toutes les colorations morbides de la peau et les éruptions qui se développent à sa surface sont des signes d’une altération du sang; la peau est véritablement le miroir du sang. Nous avons annoncé et prouvé ce fait général nouveau dans un mémoire qui a pour litre : Y a-t-il un signe des altérations du sang dans les maladies? Il est cité un peu plus loin.

Les altérations des traits de la face ont des significations très-variées et très-nombreuses, qu’il serait trop long de faire

connaître en particulier. Bornons-nous a trois plus saillantes que les autres : la face vullueuse annonce une forte congestion de sang vers la tête ; la face grippée, l’existence d’une péritonite; la face hippocratique, la lin prochaine du malade.

2° Organes des sens et sensations.

CEil et vue. Le resserrement des pupilles et la difficulté de supporter la lumière indiquent une grande excitation de la sensibilité; la dilatation, lorsqu’elle n’est pas l’effet de l’obscurité, peut annoncer une compression du cerveau, l’amaurose ou une réaction sympathique intestinale ou gastrique occasionnée par des vers ou un embarras saburral. Le strabisme qui survient tout a coup est un signe d’affection cérébrale ou d’une irritation consensuelle de l’estomac ou des intestins, dépendant, comme la dilatation des pupilles, de la présence des vers ou de matières saburrales dans ces organes. Le regard fixe, étonné, hagard, désordonné, dénote un désordre dans les facultés intellectuelles. L’obscurcissement de la vue est un indice de congestion cérébrale, de syncope imminente ou d’embarras gastrique. L’affaiblissement de la vue est un signe de faiblesse générale ou d’amaurose commençante.

Ouïe. Une vive sensibilité de l’ouïe, douloureusement impressionnée par le bruit et par tous les sons un peu forts, dénote une irritation du cerveau ou une grande excitation du système nerveux. L’affaiblissement de cette sensation est un signe d’affection de l’oreille ou d’une fièvre continue. Les tintements et les bourdonnements d’oreilles prononcés annoncent une congestion sanguine vers les organes auditifs internes.

Odorat. La perte de l’odorat est un signe d’affection catarrhale des fosses nasales ou d’une maladie nerveuse portée à un haut degré. Le saignement de nez est souvent une évacuation critique très-salutaire; mais il peut être le symptôme de diverses maladies.

Goût. La perte du goût indique les mêmes causes que celles de l’odorat. Sa dépravation est un signe d’affection nerveuse du système digestif. La perception d’une saveur anormale a

une signification variable suivant le caractère de cette saveur.

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Tact. Les différentes espèces de démangeaison ou prurit et les sensations de froid ou de chaleur sont les principaux signes que présente le sentiment cutané. La prurit est le plus souvent l’indice d’une éruption aiguë ou chronique; lorsqu’il survient sans aucune trace d’exanthème, il dénote ordinairement, du moins dans les lièvres, ou qu’une éruption va se montrer, ou qu’une sueur critique se déclare. C’est encore un indice d’humeurs âcres qui irritent la peau. L’insensibilité de la peau , bornée a certaines parties, annonce ou une lésion cérébrale ou une affection nerveuse ou une stase sanguine. Le sentiment de froid, dont les divers degrés portent les noms d’horripilation , de chair de poule, de frisson, de tremblement, est l’indice certain d’une fièvre qui commence , continue, si le froid ne se montre qu’une fois au début, intermittente, si le frisson se reproduit périodiquement. Le froid qui survient dans le cours d’une fièvre continue annonce soit une complication d’une fièvre intermittente, soit l’invasion d’une phlegmasie, soit le passage à la suppuration , si l’inflammation existait déjà , soit enfin le commencement d’un travail critique. L’augmentation de chaleur dans les maladies est le signe de l’accélération de la circulation et des mouvements vitaux. Une chaleur locale vive dénote une congestion ou une inflammation de cette partie.

Sensations intérieures. Les sensations anormales si variées que présentent les maladies sont toutes des nuances de la clouleur, signe le plus commun de la souffrance des organes ; aussi la trouve-t-on dans la séméiotique de toutes les maladies. Entrer dans des détails â cet égard , ce serait dépasser de beaucoup les bornes de cet ouvrage. Dans les inflammations, la cessation subite des douleurs indique la terminaison par gangrène ou une métastase.

3° Facultés intellectuelles et affections morales.

Le trouble des facultés intellectuelles et des affections morales prend le nom de délire. Le délire est l’indice d’une affection de cerveau: mais sa valeur séméiotique varie beaucoup, suivant qu’il indique une lésion idiopathique ou sympathique de cet organe, suivant que cette lésion est inflammatoire, ner-

SÉMÉIOTIQUE.

veuse , spécifique , etc. Le délire idiopathique avec agitation et fièvre annonce l'inflammation des enveloppes du cerveau -, le délire calme, avec assoupissement et autres signes de débilité, indique l'affaiblissement de cet organe (typhus, épanchements séreux et sanguins dans le cerveau). Le délire essentiel , sans fièvre et avec désordre des affections morales, est le signe de l'aliénation mentale. Le délire sympathique a le plus souvent sa source dans l’estomac ou le canal intestinal irrités par des vers, des matières bilieuses et saburrales ou des poisons.

Les facultés, le sentiment et le mouvement sont quelquefois diminués ou suspendus; c’est ce qu'on nomme apoplexie , maladie qui indique le plus souvent une congestion sanguine ou un épanchement dans le cerveau. Elle diffère de la syncope en ce que, dans celle-ci , le pouls, les battements du cœur et la chaleur participent a cet affaiblissement ou a cette cessation et sont le point de départ de tous les autres symptômes.

4° Mouvements musculaires.

Le trouble des mouvements musculaires se manifeste principalement par des tremblements, des convulsions et la paralysie. Le tremblement est un signe de faiblesse, d’affection nerveuse ou de pléthore. Les convulsions sont des contractons involontaires des muscles; on les appelle spasmes lorsque ces contractions sont permanentes, et convulsions proprement dites lorsqu’il y a alternative de contraction et de relâchement. Les convulsions indiquent toujours une affection du cerveau , mais cette affection peut être idiopathique , c’est-â-dire avoir son origine dans cet organe même; c’est ce qui arrive lorsqu’une excitation trop vive de la sensibilité nerveuse , de l’encéphale, l’épuisement des forces, une congestion sanguine, un cancer, des tubercules, etc., dans cet organe, donnent lieu aux convulsions; ou sympathique, c’est-â-dire ayant son siège hors du cerveau. Dans ce cas, elle peut dépendre de la présence de matières saburrales dans l’estomac, de vers dans les intestins, d’une irritation éloignée quelquefois assez légère, d’une affection purement nerveuse.

La paralysie, c’est-â-dire l’affaiblissement ou la privation

PATHOLOGIE GÉNÉRALE

du sentiment et des mouvements volontaires, annonce le plus souvent une lésion du cerveau ou de la moelle épinière ; quelquefois, mais bien plus rarement, elle indique une affection bornée aux nerfs de la partie paralysée.

5° Sommeil.

Le sommeil prolongé, accompagné de délire ou de convulsions, soit que le malade se réveille sans cesse pour se rendormir de nouveau ( coma vigil ), soit que rien ne puisse le réveiller (coma, carus ), dénote une affection grave du cerveau, ordinairement une fièvre typhoïde, le typhus, une méningite ou une encéphalite. L’insomnie est un signe d’excitation cérébrale nerveuse ou inflammatoire, idiopathique ou sympathique.

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