II. Signes fournis par les fonctions de nutrition
1° Digestion.
Bouche. Les lèvres et la langue ronges indiquent la fièvre ou une irritation de l’estomac -, la langue couverte d’un enduit jaunâtre dénote la présence de matières saburrales dans cet organe; les lèvres et la langue dures, sèches, brunes, noirâtres, les dents couvertes d’un enduit grisâtre, brunâtre, noirâtre ( fuliginosités ) sont les signes d’une fièvre typhoïde ou du typhus.
Déglutition. La difficulté d’avaler peut être le signe d’une angine, d’un spasme du pharynx, d’un obstacle mécanique ayant son siège dans cet organe , ou de la rage.
Faim et soif. L’anorexie ou défaut d’appétit dénote la présence de matières saburrales dans l’estomac, la faiblesse ou une maladie de la structure de cet organe ou l’existence d’une fièvre. Un appétit excessif (faim canine) peut être l’indice d’un défaut d’assimilation, d’une irritation nerveuse de l’estomac occasionnée par des vers, par l’hystérie, la grossesse, etc. L’appétence vive pour certains aliments est quelquefois une sorte d’instinct organique qu’il importe de satisfaire. Une grande soif annonce un besoin d’eau dans la masse du sang, une cha-
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leur interne, la sécheresse de la bouche et du pharynx, une matière âcre dans l’estomac, etc.
Digestion stomacale. Le vomissement, état convulsif de l’estomac, est le signe d’une irritation idiopathique ou sympathique de cet organe. Le vomissement idiopathique annonce l’inflammation de l’estomac , l’existence de matières indigestes , âcres , irritantes dans sa cavité, une affection purement nerveuse; le vomissement consensuel ou sympathique est l’indice de la grossesse, delà péritonite, de l’hépatite, des calculs biliaires et rénaux, d’une commotion ou congestion cérébrale, de la méningite, etc.
Digestion intestinale. La diarrhée, ou déjections alvines plus ou moins liquides et abondantes, est le signe d’une irritation de la membrane muqueuse des intestins par des matières nuisibles, âcres, irritantes. Cette irritation peut être l’etïet d’une inflammation de ces organes, d’une exaltation nerveuse de leur irritabilité, d’ulcérations de leur membrane muqueuse, de la présence de vers dans leur cavité, etc. La diarrhée peut encore être l’indice d’une frayeur, de la suppression de la transpiration , d’un état d’atonie du canal intestinal , de la colliquation , d’une crise , etc. Les selles blanchâtres et incolores indiquent l’absence de la bile-, celles d’un brun foncé la surabondance de cette humeur ; la diarrhée verte chez les enfants à la mamelle est un signe d’irritation d’entrailles et souvent aussi d’acidités gastriques. La constipation , ou diminution des évacuations, peut annoncer l’atonie des intestins, la diminution de leur irritabilité, de la sécrétion biliaire, un état spasmodique du canal digestif, la trop grande sécheresse du résidu des aliments par suite de l’ingestion de boissons trop peu abondantes , des lésions organiques , etc. Les coliques sont des signes d’une irritation nerveuse ou inflammatoire des intestins ou de la présence de matières âcres dans leur cavité.
2° Respiration.
Une bonne respiration est toujours un excellent signe; aussi Hippocrate a-t-il dit avec raison : Respiratione bonâ, semper sains speranda est , eliamsi reliquia non bona essent. En effet, l’exa-
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men de cetle fonction fait connaître jusqu'à quel point l'air pénètre et dilate les poumons, les obstacles à l'expansion pulmonaire qui peuvent se rencontrer dans ces organes mêmes ou dans la trachée-artère, l'état de l’air extérieur , du système nerveux, de la force vitale et de la circulation. 11 y a, en général, dans l’état normal et même dans beaucoup de lièvres, quatre pulsations pour une inspiration. Un changement dans cette proportion est un signe sérieux.
La respiration fréquente est un signe d’accélération de la circulation du sang ; la respiration fréquente et grande , de la faiblesse des poumons ; la respiration fréquente et petite, d’un obstacle à l'expansion pulmonaire, comme on l’observe dans la pneumonie, l’hydrothorax , etc. La respiration grande et rare annonce la faiblesse ou un état nerveux et spasmodique. La vitesse de la respiration indique que la dilatation de la poitrine provoque des douleurs thoraciques et abdominales qui portent le malade à raccourcir les mouvements inspiratoires, ou bien qu’il existe dans les poumons un obstacle qui gêne et diminue leur expansion. La lenteur extrême de la respiration marque beaucoup de faiblesse.
La respiration difficile (dyspnée, orthopnée) est le signe d'un embarras plus ou moins grand à la libre pénétration de l'air dans les poumons et, par suite, du mouvement circulatoire. Elle tient à un trouble organique ou purement spasmodique des organes respiratoires. La respiration sifflante annonce un rétrécissement spasmodique ou inflammatoire des tuyaux bronchiques. La respiration stertoreuse est l’indice d une accumulation de crachats, de sang ou de pus dans les conduits aériens, accumulation dont le malade n’a pas la force de se débarrasser; c’est le raie des mourants. La respiration chaude est le signe d'une grande accélération de la circulation. La respiration fétide peut indiquer la carie de plusieurs dents, un état saburral de l’estomac, une affection scorbutique de la bouche, la gangrène du poumon.
La percussion et l’auscultation de la poitrine fournissent plusieurs signes importants. Un son clair rendu par le thorax qu’on frappe avec deux doigts indique que les poumons con-
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servent leur légèreté, leur perméabilité, que les plèvres ne contiennent aucun épanchement. Un son sourd, mat, comme celui que rend la percussion de la cuisse, dénote que les poumons sont engorgés et endurcis, comme cela arrive dans la pneumonie, ou bien que la plèvre est remplie de sérosité (pleurésie , hydrothorax).
Les râles ou bruits anormaux qu’entend l’oreille appliquée sur la poitrine ont des significations diverses. Le râle crépitant est un signe de pneumonie; le râle muqueux, dû au passage de l’air a travers des mucosités, annonce la bronchite ou catarrhe pulmonaire -, le râle sibilant ou sifflant est un caractère de la même maladie ; le gargouillement annonce que des mucosités ou un autre liquide obstruent les grosses bronches ou la trachée.
L’auscultation donne encore d’autres signes non moins utiles a connaître : 1° l’égophonie, résonnance chevrotante de la voix , qui indique le faible épanchement de sérosité qui se fait dans la poitrine dans la première période de la pleurésie-, 2° la pectoriloquie ou retentissement de la voix et de la parole comme si le malade parlait par la poitrine -, elle est le signe d’une excavation presque toujours tuberculeuse des poumons ; 3° la bronchophonie ou retentissement de la voix dans les gros tuyaux bronchiques; elle est un des signes de l’hépatisation des poumons ; 4° le tintement métallique qui dénote l’existence du pneumothorax; 5° la respiration amphorique, qui annonce une caverne pulmonaire.
La toux , ou effort subit des muscles expirateurs que la nature provoque pour expulser quelque chose qui irrite les organes respiratoires, a des significations très-diverses. Lorsqu’elle est idiopathique, elle est un signe de toutes les maladies pulmonaires inflammatoires , nerveuses et organiques ; lorsqu’elle est sympathique, elle peut avoir son point de départ dans l’estomac ou dans un autre viscère abdominal. La toux sèche ou sans expectoration peut annoncer une bronchite qui débute, une maladie nerveuse, goutteuse, rhumatismale, la présence de tubercules crus dans les poumons et beaucoup d’autres maladies; la toux brève, sèche et fréquente est propre a la rou-
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geôle. La toux humide varie suivant la nature des crachats. Les crachats muqueux, blancs, opaques, homogènes, indiquent le catarrhe pulmonaire 5 les crachats visqueux, sanguinolents ou rouilles, la pneumonie; les crachats purulents, la phthisie tuberculeuse. Dans les phlegmasies pulmonaires, les crachats cuits, épais, jaunâtres, analogues h une émulsion épaisse, sont le signe d’une crise locale très-salutaire.
3° Circulation.
La circulation , fonction la plus importante de la vie, fournit aussi les signes les plus considérables pour reconnaître l’état de la force vitale , le caractère et le danger des maladies. On les tire de l’état du pouls : qui n’estaulre chose que le contrecoup des contractions du cœur et de l’impulsion du sang, ressenti par l’artère radiale que les doigts du médecin compriment.
Le pouls indique donc la puissance du cœur et, par elle, le degré d’énergie de la force vitale. La force de la pulsation est la mesure et le thermomètre de la force de la vie et des contractions du centre circulatoire , de même que sa faiblesse est l’indice de la faiblesse du cœur et de la vie. Il indique encore le mode d’irritabilité des systèmes vasculaire et nerveux, et jusqu’à un certain point, la quantité, la qualité du sang et les obstacles qui peuvent gêner la circulation.
Dans les maladies, le pouls apprend s’il existe de la fièvre et si cette fièvre est continue, rémittente ou intermittente; si la maladie est sthénique ou asthénique , ou si elle a un caractère nerveux. Un pouls fort, dur, résistant, dénote la force; lin pouls mou, qui se laisse facilement déprimer, est presque toujours un signe de faiblesse; un pouls inégal et variable annonce une maladie nerveuse.
Dans les fièvres, plus la vitesse du pouls augmente, plus la maladie s’aggrave, et vice versa. Plus le pouls est inégal et intermittent, ou faible et fréquent , plus aussi le danger est grand. Plus au contraire le pouls se rapproche de son état naturel, plus le malade se rapproche de la santé.
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Signes tirés des espèces de pouls.
Dans l’état normal, et sauf des exceptions individuelles, le pouls des adultes bat environ soixante-dix fois par minute et celui des enfants au-dessous de deux ans quatre-vingt-dix fois. Le pouls est fréquent, lorsque les pulsations sont plus nombreuses que dans Tétât naturel 5 rare , lorsqu’elles sont moins nombreuses ; vite, lorsqu’elles sont plus courtes et plus promptes - lent, lorsqu’elles durent plus longtemps.
La fréquence du pouls est le signe le plus commun des fièvres 5 elle indique une réaction générale de l’organisme contre une cause qui l’affecte d’une manière vive, réaction accompagnée le plus souvent d’une augmentation de la force . vitale, et d autres fois d’une diminution. Celte fréquence peut être idiopathique, c’est-à-dire due a des causes qui agissent directement sur le système sanguin, telles qu’un sang trop irritant ou contenant des principes miasmatiques, la pléthore, etc. ; ou sympathique, c’est-à-dire provoquée par des causes placées hors du système vasculaire , telles que des irritations diverses et des inflammations. Le pouls excessivement fréquent (cent cinquante à deux cents pulsations) est un signe de faiblesse extrême ; lorsqu’il est en même temps petit et intermittent, la mort est imminente.
La rareté du pouls (qui est naturelle exceptionnellement chez quelques individus) dénote une grande diminution de l’irritabilité du cœur et du sang et s’observe dans la vieillesse, la convalescence, à la suite de fortes hémorrhagies, etc.
La vitesse du pouls annonce un état nerveux ou une grande faiblesse. La lenteur du pouls décèle un épuisement de la force vitale, et s’observe surtout dans les fièvres typhoïdes graves et dans les compressions du cerveau.
La dureté du pouls peut annoncer une grande énergie des contractions du cœur , la tension des tuniques artérielles ou un commencement d’ossification de ces tuniques. La mollesse du pouls est l’indice d’un état opposé.
La force et la faiblesse du pouls s’observent lorsque le pouls
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frappe avec énergie ou faiblement le doigt. La première annonce la force et la seconde la faiblesse de la force vitale. Cependant les pneumonies et les phlegmasies intestinales font parfois exception a cette dernière règle. Le pouls y est quelquefois petit et faible en apparence , quoique au fond l'irritabilité soit augmentée. Le pouls fréquent, fort et dur décèle toujours la fièvre inflammatoire et indique la saignée.
Le poids est grand lorsque l'artère se distend foiiement à chaque pulsation -, il est petit lorsque son impulsion est trèsfaible et se fait sentir dans une très-petite étendue. Le premier annonce l’énergie des contractions du cœur, l’extensibilité des artères et l’abondance du sang; le second est un signe de faiblesse ou de spasme.
Le pouls petit et dur annonce un état nerveux et spasmodique de l'artère qui l’empêche de se dilater suffisamment sous l’impulsion du sang. Le pouls petit et mou décèle une grande faiblesse vitale du cœur qui ne peut chasser convenablement le sang dans le système artériel.
Le pouls plein indique la pléthore. Le pouls inégal , c’est-adire dont les battements sont inégaux en nombre, en force ou en durée, annonce un spasme ou un défaut d’énergie du cœur, quelquefois une gêne de la circulation. Le pouls intermittent indique le plus souvent un spasme du cœur dépendant ordinairement d’une maladie abdominale (de la diarrhée , par exemple), quelquefois une lésion organique de ce viscère.
Les ; palpitations du cœur sont le plus souvent nerveuses et les effets d’affections morales , de l’hystérie , de l’hypocondrie , d’une irritation sympathique vermineuse ; elles peuvent indiquer un état pléthorique ou tenir 'a des pertes abondantes de sang, a la chlorose ou a une lésion organique du cœur.
L’auscultation du cœur fait entendre dans certaines maladies divers bruits anormaux, savoir : 1° 1 e bruit de soufflet, que son nom caractérise suffisamment. Il dénote presque toujours un trouble de l’innervation et se remarque surtout chez les sujets nerveux, hypocondriaques, hystériques, chlorotiques, etc. ; on l’observe aussi dans les gros troncs artériels. Il peut encore être occasionné par les hypertrophies, les
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dilatations du cœur et les rétrécissements de ses orifices • 2° le bruit de râpe; c’est le signe d’un rétrécissement d’un des orifices du cœur *, 3° le bruit de cuir; il indique la péricardite chronique et parait tenir au frottement que les parois du péricarde devenues rugueuses exercent les unes sur les autres pendant les contractions du cœur ; 4° le frémissement cataire, bruit analogue au murmure que fait entendre un jeune chat qu’on flatte. Il peut être de nature nerveuse ; mais le plus souvent il indique un rétrécissement d’une des ouvertures du cœur.
Signes tirés de l’état du sang.
Le sang, fluide vivant et nourricier du corps, est le réceptacle où aboutissent les causes d’une foule de maladies; mais nous n’avons aucun moyen direct de connaître les principales modifications morbides qu’il éprouve. Quelques-unes cependant portent une altération appréciable dans les matériaux qui le composent, et ce sont celles-là dont nous allons indiquer les significations.
Le sang retiré d’une veine se coagule promptement et se divise en deux parties : une partie séreuse et aqueuse qu’on appelle le sérum, et une partie solide et molle qu’on appelle le caillot; le sérum est de l’eau contenant de l'albumine et divers sels en dissolution. Le caillot se compose de fibrine, de sérum interposé et de globules dont une partie comprend la matière colorante.
Le sang trop consistant, contenant très-peu de sérum, indique une disposition aux inflammations. Lorsque ce liquide se coagule très- promptement , que la sérosité est rare, et que le caillot se couvre d’une croûte d’un blanc grisâtre très-consistante {couenne inflammatoire ), c’est un signe de phlegmasie aiguë. Le sang trop fluide, dont le sérum est trop abondant, décèle la faiblesse , une diathèse hydropique ou chlorotique. Le sang très-foncé en couleur, â caillot ferme, annonce une constitution forte, comme celui qui est pâle et séreux indique une constitution faible.
Si, faisant abstraction de la vie qui anime le sang et qui le
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constitue ce qu’il est , on veut ne l’envisager que sous le rapport chimique , on peut le considérer comme un fluide composé d’une grande quantité d’eau, qui tient en suspension les globules visibles a l’aide du microscope, et en dissolution de la fibrine, de l’albumine et des sels (chlorures de potassium et de sodium, carbonate et sulfate de soude, phosphates alcalins, etc.)
On a voulu savoir les proportions relatives de ces divers éléments organiques dans l’état de santé et de maladie. Voici les résultats qu’ont obtenus, a cet égard, MM. Andral et Gavarret : dans l’état sain et en moyenne , le sang de l’homme contient sur 1000 parties, 3 parties de fibrine, 127 de matière globulaire, dans laquelle l’hématosine ou matière colorante entre pour 2 1/2; 68 d’albumine, 12 d’autres matières organiques ou inorganiques, et 790 d’eau. Ces quantités peuvent éprouver de nombreuses variations sans sortir de letat normal, et il n’est pas facile de décider où commence l’état pathologique. En général , l’augmentation des globules et de la fibrine et la diminution de l’eau se lient à la force et a l’augmentation de l’énergie vitale, et au contraire la diminution des globules et de la fibrine et l’augmentation de l’eau sont des signes d’affaiblissement de la force vitale , des constitutions faibles, lymphatiques, appauvries, et des maladies asthéniques.
On conçoit , du reste , combien des analyses de cette espèce sont délicates, difficiles et , par conséquent, inapplicables dans la pratique.
Signe général des altérations du sang dans les maladies.
J’ai découvert ce signe en comparant entre elles les différentes maladies où celte altération est évidente. Je donne ici, h cause de l’importance du sujet, le mémoire que j’ai lu a l’Académie de médecine, le 29 mai 1835 *, lequel n’est que l’extrait d’un travail très-étendu et inédit :
Gazette des hôpitaux du 31 mai 1S55.
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Des observations nombreuses et exactes de pathologie humaine et comparée , des expériences sur les animaux, des analyses chimiques et microscopiques ont établi de la manière la plus positive que le sang peut présenter des variations nombreuses dans sa composition et la proportion de ses éléments , et s’altérer primitivement ou consécutivement dans les maladies. Plusieurs des modifications morbides auxquelles ce liquide est sujet sont admises par une induction légitime, quoique des expériences directes ne puissent les prouver. On comprend , en effet, que l’analyse d’un sang extrait d’un vaisseau et privé de vie soit souvent incapable de déceler les altérations que ce fluide peut subir pendant qu’il est vivant et circulant. La chimie ne saurait donc nous donner la solution du problème qui fait le sujet de ce mémoire : !r a-t-il un signe général des altérations du sang dans les maladies?
La pathologie seule peut nous apprendre si ce signe existe ; et dans le cas où nous parviendrions k le découvrir, on sent facilement quelle pourrait être son importance pour le diagnostic, le pronostic, et surtout le traitement des maladies.
Il semble , en quelque sorte, que pour résoudre une pareille question , il faudrait presque voir le sang pendant qu’il circule. Si la chose est impossible d’une manière directe et immédiate, ne pourrait-on pas y arriver d’une manière indirecte et médiate , comme nous arrivons par l’auscultation a écouter médiatement ce qui se passe dans le cœur et les poumons? N'existe-t-il pas un organe général , la peau, où le sang arrive sans cesse avec abondance, et où il réfléchit , en quelque sorte, comme a travers un voile , sa constitution et sa vie?
Voyons donc ce qui se passe à la surface de la peau dans les maladies où le sang est évidemment altéré.
Commençons par les ficm'es continues graves. Dans les fièvres typhoïdes , il survient a la peau des taches roses lenticulaires, des pétéchies, des bulles, des ecchymoses et des exanthèmes très-variés. La fièvre jaune se fait remarquer par une teinte jaune de toute la surface du corps, le choléra-morbus asiatique par une couleur bleue des téguments.
Dans les fièvres éruptives, où l’infection passagère du sang est
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prouvée par l’absorption des miasmes spécifiques qui développent ces maladies, nous voyons la peau se couvrir, après quelques jours d’une fièvre d’invasion , de petites taches rouges dans la rougeole , de larges plaques écarlates dans la scarlatine, de boutons ombiliqués dans la variole, de petites vésicules transparentes dans la suette miliaire , etc.
Voilk donc deux classes de lièvres où un mode quelconque d’infection du sang est établi par des recherches positives, admises aujourd’hui par tous les médecins instruits, et dans lesquelles nous remarquons, comme caractère général et commun , une coloration morbide ou une éruption a la surface des téguments. La coïncidence constante de ces deux ordres de faits (l'infection et l’éruption) dans des maladies aiguës nombreuses ne doit-elle pas induire a penser qu’il y a entre eux une corrélation de cause a effet?
Continuons le même raisonnement, et voyons si les maladies chroniques, dans lesquelles on est généralement d’accord pour reconnaître une altération du sang, ne présenteraient pas en même temps un changement correspondant dans la coloration de la peau, ou une forme quelconque d’éruption. Si cela
était, ne semble-t-il pas que la forte présomption à laquelle nous sommes arrivés sur le signe que nous cherchons se changerait en certitude?
Parcourons successivement les maladies syphilitiques, chlorotiques , cancéreuses , scorbutiques et saturnines.
La syphilis est certainement une des affections chroniques où se montre de la manière la plus frappante le signe que nous avons trouvé dans les lièvres. L’infection humorale ne saurait être révoquée en doute ici par les esprits les plus sceptiques ^ tout le monde y croit. Eh bien, c’est aussi dans la syphilis un peu ancienne et devenue constitutionnelle que les éruptions cutanées se montrent sous toutes les formes. La peau se couvre de taches d’un rouge cuivré , de vésicules , de phlyctènes, de pustules, de tubercules, de papules et d’écailles.
Depuis longtemps on regardait la chlorose et l’anémie comme produites par un appauvrissement du sang. Cependant les personnes dilïiciles a convaincre, et qui veulent tout comp-
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ter et mesurer, pouvaient peut-être faire encore des objections contre ce fait. Cette ressource ne leur est plus permise depuis que MM. Andral et Gavarret ont prouvé par l’analyse chimique et microscopique que le sérum du sang était augmenté et que ses globules étaient diminués dans ces maladies. L'état de ce sang aqueux ne se voit-il pas en quelque sorte à travers la peau, qui est pâle, décolorée et couleur de cire blanche qui a vieilli?
Les maladies cancéreuses ont deux périodes sous le rapport de l’état de la peau. Dans la première , celle-ci n’est pas modifiée dans sa coloration générale ; mais les organes qu’atteint le cancer sont le plus souvent sous-cutanés, et les téguments finissent toujours par être affectés. Dans la seconde période, celle de cachexie , toute la surface de la peau prend une teinte jaune paille qui est vraiment caractéristique.
Les maladies scorbutiques présentent constamment, a une époque de leur cours, des taches bleuâtres, livides ou noirâtres, et souvent des ecchymoses plus ou moins étendues. Il n’est pas rare de voir la peau s’ulcérer, et ces ulcères devenir le siège d’hémorrhagies abondantes.
Enfin les maladies produites par l’intoxication saturnine ont pour caractère une pâleur particulière qui ne ressemble nullement a la pâleur chlorotique.
Ainsi , toutes les maladies aiguës ou chroniques dans lesquelles le sang a éprouvé une altération primitive ou consécutive sont accompagnées d’une coloration morbide de la peau, ou d’éruptions dont les formes sont très-variées. Ne puis-je pas en conclure très-légitimement que ces deux faits sont liés entre eux, et que l’infection sanguine est la cause de l’affection cutanée?
Donc, le signe général des altérations du sang dans les maladies que je viens d’examiner consiste dans une coloration anormale, ou dans des éruptions de la peau, et les signes particuliers de chacune de ces altérations correspondent â des nuances et a des formes diverses de cette coloration et de ces éruptions.
Il nous reste à expliquer le rôle que jouent ces lésions cutanées dans la palhogénie des maladies aiguës et chroniques i. s
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ou elles se montrent, et les conséquences qu’on peut tirer de ce qui précède relativement aux exanthèmes aigus et chroniques , dont je n’ai point parlé jusqu’ici.
Le rôle de ces affections survenues a la peau diffère beaucoup suivant les maladies, car tantôt elles sont purement symptomatiques, tantôt elles sont critiques.
La coloration jaune de la peau dans la fièvre de ce nom , la couleur bleue des cholériques, la pâleur de cire vieillie des chlorotiques, les pétéchies et les ecchymoses des scorbutiques, la teinte jaune paille des cancéreux ne sont qu’une des formes symptomatiques diverses par lesquelles ces maladies se révèlent à nous; mais elles ont cela de particulier qu’elles nous indiquent les altérations que le sang a subies. Ce fiuide, dans sa circulation perpétuelle de l’intérieur à l’extérieur, passe sans cesse dans la peau , d’où il retourne au centre circulatoire. Pendant ce mouvement, cette enveloppe demi-transparente réfléchit en quelque sorte, par les désordres de coloration qu’elle éprouve, les graves transformations du liquide nourricier. Ainsi, comme je l’ai dit plus haut, nous voyons ici, jusqu’à un certain point, le sang lui-même d’une manière médiate , comme a travers un voile.
Les choses se passent tout autrement dans les éruptions cutanées critiques, quoiqu’elles révèlent aussi les altérations du sang. On ne saurait bien comprendre ceci qu’en remontant à ce grand principe de vitalisme hippocratique si bien formulé par Sydenham : « La maladie, dit-il, n’est pas autre chose » qu’un effort ou une réaction de la nature (e’est-â-dire de l’or- » ganisme) qui , pour sauver le malade, travaille de toutes ses » forces a détruire la matière morbifique. » Car il ne faut pas croire que cette force vitale qui préside a révolution du germe, au développement des organes et a la conservation du corps dans l’état de santé, l’abandonne lorsque des causes morbifiques du dehors ou du dedans viennent â l'assaillir. « Non, » ajoute l’Hippocrate anglais, la nature emploie alors une o méthode et un enchaînement de symptômes pour expulser » la matière morbifique, qui sans cela porterait bientôt un » coup mortel à l’économie. » C’est-à-dire qu’elle développe
une fonction pathologique accidentelle, qui a pour but et pour tendance la guérison du malade.
Ces principes admis, voici comment s’expliquent les éruptions cutanées critiques, signes d’une altération du sang. Voyons d’abord ce qui se passe dans les fièvres éruptives.
Lorsque les miasmes contagieux de la rougeole, de la scarlatine et de la variole ont pénétré dans l'organisme, absorbés par les poumons ou par la peau , ils ne décèlent d’abord leur présence par aucun trouble des fonctions; ensuite surviennent des malaises, des lassitudes et des frissons : ce sont les premiers signes de l’action de la cause morbifique qui affecte passivement l’économie ; bientôt commence la réaction générale; elle se manifeste par la fièvre, l’éternument, la toux, le larmoiement, l’angine, les vomissements, etc. Nul doute alors que le sang ne soit altéré par son mélange avec le principe contagieux qui circule avec lui et dont la nature cherche a le débarrasser par toutes les voies. Au bout de quelques jours, elle parvient a le chasser a la peau ; l'éruption se montre, et l’on voit la fièvre se calmer ou même cesser entièrement. Cette diminution ou cette cessation de la réaction générale par l’apparition de l’exanthème n’est-elle pas une preuve que la maladie s’est améliorée en se localisant a la peau, que le poison miasmatique n’est plus dans le sang, mais qu’il est à la peau, où il doit subir une série de transformations qu’il n’est pas dans mon plan d’examiner? Tout ce que je veux prouver, c’est que l’exanthème des fièvres éruptives est critique, c’est-à-dire le résultat de celte force médicatrice qui tend à expulser les causes morbifiques, et en même temps qu’il est un signe d’une infection préalable du sang.
La plupart des éruptions qui se montrent à la peau dans les fièvres graves sont sans doute aussi le résultat du même effort éliminateur de la nature ; mais ce sont des efforts incomplets, insuffisants et qui n’ont rien de curatif; ils n’ont qu’une signification certaine, celle d’une affection sanguine.
Maintenant nous nous demanderons quelles conséquences on peut tirer de ce qui précède relativement aux maladies aiguës et chroniques de la peau, considérées par beaucoup
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d ailleurs modernes comme des affections purement locales.
Certainement nous ne possédons aucune preuve directe de l'altération du sang dans ces maladies ; l’analyse chimique et microscopique n’a rien appris et ne devait rien apprendre sur des lésions probablement légères du liquide vital ; mais l’analogie ne peut-elle pas nous servir en quelque sorte de guide et de boussole? S’il était prouvé, comme je crois lavoir fait dans ce mémoire, que, toutes les fois que le sang est altéré d’une manière prononcée dans les maladies, cette altération se traduit à la peau par un trouble dans sa coloration ou par des éruptions diverses, ne semblerait-il pas probable qu’il doit en être de même dans plusieurs et peut-être dans la plupart des maladies cutanées? Je me borne 'a cette preuve pour rester dans le sujet de ce mémoire -, mais il en existe un grand nombre d’autres que je crois devoir passer sous silence. Cela nous ramènerait, il est vrai, a cette pathologie humorale qui a tant excité les dégoûts de notre célèbre Pinel et de son école; mais qu’y faire? Amiens Plato, sed mugis arnica veritas.
Quant a moi , je crois à cette altération ou mieux a ces altérations du sang dans la plupart des maladies cutanées, altérations qui constituent autant de diathèses différentes, et je trouve dans les principes du vitalisme hippocratique de Sydenham une pathogénie vraiment satisfaisante des dermatoses.
Voici cette explication en quelques mots :
Les causes héréditaires, constitutionnelles ou extérieures, auxquelles on attribue les maladies de la peau, produisent un trouble, une modification anormale du sang, soit directement, soit indirectement, par le mélange de ce fluide avec un chyle de mauvaise nature. Alors l’organisme, en vertu de cette loi qui le fait réagir contre toute cause morbifique pour la chasser au dehors, sépare du sang ce principe nuisible par un effort critique et dépurateur qui échappe a nos sens et le pousse à la peau. La cette matière morbide , de nature âcre et irritante , devient la source d’un travail local, souvent inflammatoire, d’où naissent les formes diverses des éruptions cutanées, les rougeurs et les taches, les phlyctènes, les vésicules, les pustules, les papules, les squames et les tubercules.
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Il résulte de la que la plupart des dermatoses sont des maladies générales qui se localisent à la peau, des signes locaux d’une affection du sang, des résultats d’un effort éliminateur de la nature, qui parfois parvient a purifier entièrement le fluide nourricier si la crise a été complète , et qui le plus souvent laisse ce fluide plus ou moins infecté si le mouvement dépurateur est insuffisant et incomplet, ou si les causes du mal ne cessent point d’agir.
Nous conclurons donc ce mémoire en disant :
Dans les maladies , les colorations morbides de la peau et les éruptions qui se développent à sa surface sont les signes des altérations sanguines : la peau est le miroir du sang.
4° Exhalations et sécrétions.
Sueur. La sueur est la plus commune et la plus complète des crises, c’est-à-dire des voies par lesquelles l’organisme expulse la cause morbifique. Les sueurs critiques, dans les maladies aiguës, arrivent surtout à la fin des septénaires, c’est-à-dire vers les septième , quatorzième , vingt et unième jours; elles sont chaudes, vaporeuses, plus ou moins abondantes : elles durent plusieurs jours et sont accompagnées d’une diminution ou de la cessation de la fièvre.
La sueur peut être purement symptomatique d’une autre maladie, telle que la suette, la phthisie pulmonaire, l’embarras gastrique, une grande faiblesse, etc.
Sécrétion urinaire. L’urine est le meilleur thermomètre pour faire apprécier l’état du sang et des actions de chimie vivante qui s’opèrent dans l’organisme-, on sait, en effet, qu’il y a des substances ingérées qui passent dans ce liquide avec leurs caractères distinctifs.
L’urine rouge, avec fréquence du pouls, est un signe de fièvre primitive ou d’inflammation-, l’urine claire, aqueuse, assez souvent accompagnée d’envies fréquentes d’uriner, annonce l’état nerveux et spasmodique; l’urine jaune, safranée ou verte , dénote le passage de la bile dans le sang , ce qui arrive dans les cas de calculs biliaires et dans l’ictère; l’urine purulente indique une suppuration interne, vésicale, rénale
PATHOLOGIE GÉNÉRALE
ou autre 5 burine muqueuse ou mucilagineuse , une affection catarrhale de la vessie ou des calculs-, burine très-abondante et sucrée annonce l’existence du diabète ^ l’urine trouble, épaisse et sanguinolente fait craindre la colliquation du sang; l’urine épaisse et noire annonce la putridité ou le passage d’une inflammation à la gangrène ; l’urine avec des gouttelettes huileuses, la fièvre hectique fort avancée.
L’urine critique est très-importante a distinguer des autres espèces d’urines morbides; car elle indique que la nature emploie cette voie pour éliminer le principe morbifique qui trouble ses fonctions. 11 y a évacuation critique, lorsque l'urine, après avoir été claire ou légèrement trouble, dépose vers les septième, onzième, vingt et unième jours un sédiment blanc ou grisâtre , léger , homogène, qui peu de temps après l’émission tombe au fond du vase, et forme â peu près le quart, le cinquième ou le sixième de tout le contenu du vase. Le sédiment n’est pas critique, mais symptomatique lorsqu’il est livide, épais, pesant, irrégulier, déchiqueté et si abondant qu’il remplit la moitié du vase; le sédiment rouge et briqueté est un signe de fièvre intermittente ou de maladie rhumatismale ; le sédiment blanc , crayeux, avec une urine épaisse , d’une maladie goutteuse ou de calculs urinaires; le sédiment obscur, brun , noir, d’un état putride.
ARTICLE III