CLASSIFICATION NOSOLOGIQUE DE CET OUVRAGE
Toute bonne classification des maladies doit être appuyée sur des bases pathologiques, comme nous l’avons dit plus haut. Les groupes les plus généraux doivent être formés d’après les analogies les plus tranchées et les plus générales des maladies entre elles ; les groupes secondaires doivent être constitués par des analogies d’un ordre inférieur. Mais sur quoi doivent porter ces analogies? Est-ce sur les causes, sur les symptômes, sur les lésions anatomiques ou sur le traitement?
PATHOLOGIE GÉNÉRALE
A notre avis , c’est sur toutes ces circonstances réunies. Toutes les affections qui sont provoquées par des influences du même ordre, qui se dénotent a l’extérieur par des troubles fonctionnels des mêmes appareils, qui réclament des moyens thérapeutiques dont le mode d’action est analogue, sont de la même famille et doivent figurer dans la même classe , quelles que soient d’ailleurs les différences secondaires et accessoires qui puissent les séparer-, car ces affections sont de la même nature, tiennent aux mêmes éléments pathologiques, à ce que nous avons appelé des diathèses. La plupart des nosologistes ont eu le grand tort de vouloir trop restreindre le nombre des maladies, dans le désir d’être plus simples, plus clairs, et d’éviter la confusion. Il en est résulté qu’ils ont réuni dans leurs groupes les plus généraux des affections si disparates, si dissemblables entre elles, que les points d’analogie qui avaient servi a les rassembler ne pouvaient plus être d’aucun secours soit pour l’étude, soit pour la thérapeutique. Quelle utilité , je vous le demande , peut-on retirer de la classe des lésions organiques de Pinel? Ces maladies sont entièrement différentes par leurs causes, leurs symptômes et leur traitement. Les points de prétendue analogie, c’est-à-dire les changements dans la structure des organes, offrent encore moins de ressemblance entre eux que leurs caractères fonctionnels.
Je pense que si l’on veut arriver a une nosologie vraiment naturelle, a une nosologie qui éclaire le traitement en même temps qu’elle simplifie l’étude des caractères des maladies, il faut faire autant de classes qu’il y a d’affections d’une nature différente, c’est-à-dire réunir dans le même groupe général ou classe toutes les maladies les plus analogues par leurs causes, leurs symptômes, leurs lésions anatomiques et leur traitement. On forme ainsi des sortes de familles qui ont entre elles les plus grandes affinités et auxquelles s’appliquent d importantes notions générales qui leur sont communes et qui jettent le plus grand jour sur leurs signes et leur méthode curative. Il est vrai qu’en procédant ainsi on multiplie beaucoup le nombre des classes de maladie; mais, d’un autre côté, on diminue celui des divisions secondaires, puisqu’il y a plu-
NOSOLOGIE
sieurs de ces classes qui, dans le lond, ne renferment qu’un genre et un petit nombre d’espèces.
11 semble, d’après ce qui précède, que nos classes auraient du avoir pour unique base les maladies primitives ou élémentaires que j'ai appelées diathèses. C’est effectivement ce que j’ai fait pour un grand nombre d’entre elles -, mais pour plusieurs autres j’ai été obligé d’abandonner cette marche, par les raisons suivantes : un assez grand nombre d’affections, quoique de nature ou de diathèses différentes, présentent des symptômes qui ont entre eux une telle analogie, qu’on les réunit généralement sous le même nom spécifique. Les séparer et en faire des maladies entièrement isolées eût été et plus logique et plus conforme a l’esprit de cet ouvrage ; mais cette marche, tout a fait inusitée jusqu’ici, offrait dans une foule de cas particuliers des difficultés immenses pour débrouiller toutes les diathèses dont peuvent dépendre les maladies complexes : elle obligeait 'a remplir des lacunes qui existent dans la science et qui probablement ne seront comblées que par de longs et nombreux travaux; de plus, il arrive quelquefois pour la même maladie qu’après avoir été sous la dépendance d’une diathèse pendant une partie de son cours, il en survient vers la fin une autre qui est entièrement opposée a la première, ce qui aurait obligé d’en faire des maladies différentes. C’est ainsi, par exemple, qu’une hémorrhagie qui commence par être active et sous l’empire de la diathèse inflammatoire peut devenir passive en se prolongeant et offrir alors la diathèse atonique.
J’ai donc cru devoir classer les maladies qui peuvent présenter plusieurs diathèses, comme les fièvres, les névroses, les hémorrhagies, etc., d’après leurs analogies symptomatiques. J’ai ensuite cherché a déterminer pour chaque maladie en particulier les diathèses dont elle peut dépendre , et c’est sur cette distinction que j’ai, autant que possible, appuyé leur traitement.
Voici maintenant ma classification :
. J’admets vingt et une classes de maladies, que j’aimerais mieux appeler des familles, attendu que les différentes espèces
PATHOLOGIE GÉNÉRALE
qui composent chaque groupe ont entre elles des affinités nombreuses, tandis que les classes admises par les auteurs sont ordinairement constituées par un petit nombre de rapports éloignés. Je conserve cependant l’expression de classes pour me conformer au langage, généralement usité en nosologie.
Le tableau suivant présente l’ensemble de cette classification, ainsi que les divisions de la pathologie générale. Je n’entrerai dans aucun détail sur les caractères généraux des familles ou classes , ce qui sera l’objet de la pathologie spéciale.