‹ Eléments de pathologie médicale; ou, Précis de médecine theórique et pratique, écrit dans l'esprit du vitalisme hippocratiqueChapitre 49 sur 86 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

AOSODOCllD, OU OU LA CLASSIFICATION ODS 7IADA1I1DS.

Après avoir étudié les maladies d’une manière générale sous les rapports de leurs causes, de leurs symptômes, de leurs lésions anatomiques, de leurs signes et de leur traitement, il reste à établir l’ordre dans lequel on doit en faire la description successive; c’est la ce qu’on appelle les classer, c’est-àdire les distribuer méthodiquement dans un cadre général, de manière à rendre leur étude plus claire, plus prompte et plus facile. Cette classification est l’objet de la branche de la pathologie générale que Ton nomme nosologie.

Pendant des siècles, on ne chercha pointa classer les maladies d’une manière régulière*, on les étudiait à peu près comme elles se présentaient à l’esprit , ou bien en parcourant les différentes régions du corps, de la tête aux pieds. Ce n’est guère qu’à Félix Plater que commencent les premiers essais de nosologie. Enfin Sauvages publia une classification régulière. Il partagea toutes les maladies en dix classes sous les noms de vices , fièvres , pklegmasies, spasmes, anhélations, débilités, douleurs, vésanies , flux et cachexies. Chacun de ces groupes fut subdivisé en un nombre considérable de genres et d’espèces qu’il serait superflu d’exposer, puisque celle nosologie est depuis longtemps abandonnée.

Linné, Sagar, Vitet, Yogel se bornèrent à faire éprouver quelques modifications à l’ordre de Sauvages, dont ils adoptèrent les bases.

La classification de Cullen est une des meilleures qui aient été faites, et nous devons même avouer que sous quelques rapports elle est supérieure à celle de Pinel , qui lui succéda. Le nosologiste écossais admit quatre classes : les pyrexies ou maladies fébriles, les névroses, les cachexies et les maladies locales. Dans la première classe se trouvent les fièvres, les phlegrnasies, les exanthèmes ou fièvres éruptives, les hémorrhagies

NOSOLOGIE

et les flux • dans la deuxième les comata , les adynamies , les spasmes , les vésanies ; dans la troisième les marcores (amaigrissements), les intumescences, les impétigines; enfin dans la quatrième (maladies locales), les dysæsthésies, les dyscinésies, les aporénoses, les épisclièses, les tumeurs, les ectopies et les dialyses. Les sept genres qui composent la classe des affections locales sont relatifs aux maladies chirurgicales et moins réguliers que les autres , de l’aveu de Fauteur.

Pinel, conservant une partie des divisions de Cullen, partagea les maladies en cinq classes,. savoir : les fièvres, les phlegmasies, les hémorrhagies, les névroses et lésions organiques.

Les fièvres sont subdivisées en six ordres : fièvres inflammatoires, bilieuses, muqueuses, adynamiques, ataxiques et pestilentielles. Chaque ordre comprend des genres et des espèces fondés sur le type continu ou intermittent de ces maladies et sur leurs complications.

Les phlegmasies embrassent cinq ordres : les phlegmasies cutanées, muqueuses, séreuses, cellulaires et parenchymateuses et musculaires.

Les hémorrhagies sont partagées en quatre ordres : hémorrhagies muqueuses, séreuses, cellulaires et cutanées.

Les névroses comprennent cinq ordres : les névroses des sens , des fonctions cérébrales , de la locomotion et de la voix , des fonctions nutritives, de la génération.

Les lésions organiques (5e classe de Pinel) se subdivisent en deux ordres : les lésions organiques générales et les lésions organiques particulières.

Telle est la classification de Pinel , qui , malgré sa simplicité et sa clarté, offre de nombreux défauts : le premier, c’est d’avoir morcelé la classe si tranchée des fièvres intermittentes , en les partageant en autant de genres qu’il y a de fièvres continues , au milieu desquelles elles se trouvent en quelque sorte confondues et noyées-, le second, c’est d’avoir entièrement perdu de vue le caractère fébrile des exanthèmes et d’en avoir fait de simples phlegmasies cutanées, au lieu de les placer, comme Cullen , dans les pyrexies, sous le nom de fièvres érup-

PATHOLOGIE GÉNÉRALE

tives; le troisième, c’est d’avoir placé dans les névroses plusieurs maladies qui , évidemment, ne peuvent en faire partie; telle est, par exemple, l’apoplexie, qui ne peut figurer que dans les hémorrhagies; le quatrième et le plus grave de tous s’applique a la classe des lésions organiques ou altérations de la texture des organes. Cette classe nous paraît entièrement a refaire; d’abord parce que les changements dans l’organisation des tissus, sur lesquels Pinel a cru devoir la fonder, étant aussi variés que les genres de maladies qu’elle embrasse, ne peuvent point servir de base de classification ; en second lieu , et ceci est le plus grave, parce qu’un grand nombre des affections de cette classe n’offrent réellement aucune lésion de structure; telles sont la syphilis, la plupart des byd ropisies , les anévrismes du cœur, le diabète, les calculs biliaires et urinaires, les maladies vermineuses, etc.

Un dernier reproche que nous devons faire a la nosologie de Pinel, c’est d’avoir passé sous silence un certain nombre de maladies qui ne pouvaient point entrer dans son cadre. Nous citerons seulement la chlorose et l’anémie.

Depuis la nosographie philosophique, il a paru plusieurs ouvrages où l’on propose de nouvelles classifications des maladies , les unes fondées sur la doctrine physiologique de Broussais, les autres sur l'anatomie; bases nosologiques également fausses et dangereuses. Je ne crois pas devoir réfuter ici les premières, parce que la théorie de l'irritation sur laquelle elles reposaient est aujourd'hui généralement abandonnée. Quant aux secondes, les nosologies anatomiques ou par ordre d’organes, qui paraissent jouir dans ce moment d’une grande faveur., elles ont de si grands défauts qu’on ne s’explique point comment elles ont pu être adoptées. D'abord il est de toute évidence que les principes de classification d'une science doivent être puisés dans cette science, et non dans une autre, sous peine de jeter la confusion et le désordre dans les objets qu’on veut coordonner. La base de distribution méthodique des maladies doit donc être pathologique, c'est-à-dire qu’on doit chercher dans ces maladies les analogies les plus générales pour en faire des classes , et les analogies plus particu-

NOSOLOGIE

lières pour en constituer des ordres, des genres et des espèces. Les organes peuvent cependant fournir des éléments à une distribution, mais ce n'est jamais que pour les divisions secondaires. En suivant l’ordre anatomique, la classe entière des désordres généraux de l’organisme (les fièvres) se trouve rayée ; car on ne peut les rallier a aucun organe en particulier. Les classes si vraies et si naturelles des pblegmasies, des hémorrhagies, des névroses n’existent plus; il devient dès lors impossible d’exposer la description générale de ces maladies qui aide cependant si puissamment l’étude de chacune des espèces particulières dont ces classes se composent. Les affections dont le siège n’est pas encore déterminé se trouvent forcément rattachées a des organes; enfin, et ceci n’est pas le moindre des vices d’une pareille nosologie, les maladies qui peuvent atteindre un grand nombre ou la plupart des organes de l’économie se trouvent morcelées et divisées en autant de parties qu’il y a d’organes susceptibles d'en être atteints ; il n’y a plus dès lors de description complète des maladies rhumatismales , goutteuses, syphilitiques, cancéreuses, tuberculeuses, etc. ; mais bien de petites histoires partielles du rhumatisme, de la goutte, de la syphilis, du cancer, des tubercules du cerveau, du foie, de la peau, etc. Il n’y a plus de nosologie, et ce prétendu ordre anatomique ou physiologique devient un chaos pathologique. C’est dire assez que nous n’imiterons point les auteurs qui ont suivi une pareille marche.

Page 1