PHLEGMASIES DES ORGANES DE NUTRITION
Ier Genre. Fhlegmasies des organes digestifs.
Aphthes ou Stomatite aphtheuse.
Définition. Les aphthes sont de petites vésicules qui se développent sur la membrane muqueuse qui tapisse l’intérieur de la bouche , et auxquelles succèdent des ulcérations superficielles plus ou moins douloureuses. On en distingue deux espèces principales : les aphthes qui surviennent a tous les âges, après les premières années de la vie, et qu’on appelle improprement aphthes des adultes, et les aphthes des nouveau-nés ou muguet.
Aphthes des adultes. — Causes. Us se manifestent à la face interne des lèvres et des joues, sur les gencives et la langue, plus rarement dans le pharynx et plus rarement encore dans l’estomac. Leurs causes sont le plus souvent fort obscures. Us peuvent se montrer à tous les âges , mais ils sont plus fréquents chez les enfants qui ne sont plus a la mamelle et les adultes qu’aux autres époques de la vie. Ordinairement sporadiques, ils peuvent devenir extrêmement communs et en quelque sorte épidémiques dans certains climats humides et marécageux , comme en Hollande. Us paraissent parfois dépendre d’un état saburral de l’estomac, d’un mouvement fébrile dont ils sont un symptôme ou une sorte de crise , de la suppression des sécrétions cutanées, de métastases rhumatismales et catarrhales, d’une altération générale des humeurs.
PHLEGMASIES.
Symptômes. Les aphthes commencent par une petite vésicule transparente, blanche ou grisâtre, de la grosseur d’un grain de millet ou de chanvre, qui ne tarde pas a s’entourer d’un petit bourrelet dur â sa hase, lequel lui donne l’aspect d’une pustule. Cette vésicule se rompt vers le troisième jour, donne issue à un liquide diaphane, et est remplacée par une petite ulcération grisâtre et douloureuse. Cette ulcération persiste plusieurs jours , et quelquefois même une, deux semaines et plus. Elle se cicatrise ensuite, sans laisser de traces de son existence sur la membrane muqueuse.
Les aphthes présentent deux variétés bien tranchées. Tantôt ils sont discrets , solitaires, très-rares et ont une marche rapide. Ils se terminent ordinairement au bout de quatre, six ou sept jours, et ne sont nullement accompagnés de fièvre, malgré la douleur parfois assez vive â laquelle ils donnent lieu 5 tantôt, au contraire, ils sont très-nombreux et presque confluents ; ils occupent la bouche , les fosses gutturales , quelquefois le pharynx ; ils peuvent même s’étendre jusqu’au canal intestinal-, la déglutition est douloureuse. Ils sont précédés de frissons, de céphalalgie, de vomissements et d’une fièvre qui diminue après l’éruption des aphthes, mais qui persiste sous forme continue; leur marche est lente et stationnaire; ils peuvent durer douze, quinze jours et plus. La première variété est plutôt une incommodité qu’une maladie; la seconde se termine presque toujours par la guérison ; on a cependant vu des exemples d’issue funeste, ce qui est, au reste, extrêmement rare.
Traitement. Le traitement des aphthes , lorsqu’ils sont douloureux, consiste dans l’emploi des gargarismes adoucissants, tels que ceux d’eau de mauve, de guimauve, de graine de lin, de pavot, de laitue, etc. Aussitôt que la douleur des ulcérations est calmée, on suspend les topiques émollients pour en venir aux astringents, aux toniques, ou même aux caustiques légers. Dans ce but, on a recours à une solution de sousborate de soude édulcorée avec le sirop de mûres ou de coing, â de l’eau acidulée avec l’acide hydrochlorique associé au miel rosat, â une solution d’alun, ou même de nitrate
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d’argent. Ces moyens suffisent lorsque les aphthes sont trèsrares; mais s’ils sont nombreux et qu’il y ait de la fièvre, la diète, les boissons délayantes, telles que beau d’orge, l’eau de veau, le petit lait, la limonade, quelques laxatifs sont indiqués. Les bains peuvent être aussi très-utiles dans cette circonstance.
Aphthes des nouveau-nés ou Muguet (millet, blanchet , mal blanc). — Causes . Cette maladie , parfois sporadique , est souvent épidémique ou endémique dans les maisons destinées aux nouveau-nés. Quatre causes se réunissent pour rendre celte affection fréquente dans ces asiles : l'allaitement artificiel et les nourritures par lesquelles on le remplace souvent encore; l’insalubrité de l’air que respirent ces petits êtres, trop souvent entassés dans des locaux trop étroits et mal aérés; la malpropreté, et probablement aussi la contagion. Dans les maisons particulières, le muguet est souvent l'effet des succions inutiles et répétées sur un sein vide qui les épuise en vains efforts, d’un lait de mauvaise nature, d’une nourriture qui ne convient pas à leur âge, etc. — Cette affection s’observe principalement chez les enfants d’une constitution faible.
Symptômes. — Première période. La membrane muqueuse de la bouche devient très-rouge , très chaude et plus sèche que de coutume ; elle est sensible au toucher du mamelon, et l’enfant se décide avec peine à le saisir ; la peau est sèche et chaude. Cette période constitue quelquefois a elle seule toute la maladie ( stomatite érythémateuse , Billard) ; mais le plus souvent elle continue a se développer.
Deuxième période. La membrane enflammée se couvre d’aphthes qui paraissent sous forme de points blancs derrière les lèvres , a la pointe de la langue , etc. Ces points se multiplient, s’étendent â tout l’intérieur de la bouche, et forment en se réunissant des plaques blanches de forme irrégulière. Tantôt celles-ci restent isolées les unes des autres , tombent et se renouvellent â diverses reprises; elles constituent des aphthes discrets; tantôt elles s’élargissent, s’épaississent, se rapprochent par leurs bords et s’unissent de manière 'a représenter
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une couche ou fausse membrane continue qui tapisse Tintérieur de la bouche et s’étend même souvent jusqu’au pharynx et a l’œsophage -, ce sont les aphthes confluents. — Les aphthes discrets se détachent par flocons et se reproduisent pendant un certain temps , mais enfin , au bout de huit, douze, quinze jours, quelquefois un mois, ils disparaissent entièrement, et la guérison arrive le plus souvent sans que la maladie ait présenté de gravité, surtout lorsqu’elle est sporadique. — Les aphthes confluents sont bien autrement graves : la couche couenneuse s’épaissit graduellement, elle passe de la couleur blanche a une teinte jaune -, la bouche de l’enfant est brûlante, les lèvres s’appliquent avec douleur et difficulté sur le mamelon , qui s’excorie, la déglutition est très-gênée , la fièvre forte ; il survient des vomissements ou une diarrhée verdâtre qui affaiblit promptement les petits malades; l’abdomen est tendu, l’anus est rouge et parfois excorié. L’enfant est très-faible, assoupi, abattu. Dans quelques cas, la couche couenneuse passe du jaune à une couleur brune presque noirâtre, et la maladie paraît se terminer par gangrène. — Le muguet confluent a le plus souvent une issue funeste.
Traitement. Un air pur, la propreté, l’allaitement maternel ou une bonne nourrice, des aliments proportionnés a l'âge des enfants â la mamelle et la fuite des maisons où règne le muguet, sont les meilleurs moyens de prévenir cette maladie. Lorsqu’elle est développée, son traitement varie suivant la période où elle est parvenue et son degré. Dans la première période, avant la formation de la couche albumineuse , on se borne â prescrire des boissons aqueuses et mucilagineuses, peu sucrées , telles que l’eau de graine de lin ou de coing , de mauve, de guimauve, le lait, le petit-lait, etc. Les bains émollients pourront être très-utiles, en ayant soin d’éviter le refroidissement. S’il y a des signes évidents d’irritation de Testomac ou des intestins, on conseille des lavements émollients et mucilagineux , des cataplasmes sur le ventre , ou même une ou deux sangsues a l’épigastre ou a l’anus. — Lorsque l’exsudation albumineuse est formée, si l’irritation locale et générale est légère ou si elle s’est calmée sous Tinfluence
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des adoucissants, on joint a ces moyens des lotions légères avec les acides, principalement les acides végétaux, tels que le vinaigre, les sucs de citron, de groseilles, d’orange, de grenades, étendus d’eau et édulcorés, suivant le besoin , avec le miel rosat ou avec le sirop de mûres. On touche les points malades de la bouche h l’aide d’un petit pinceau fait avec du linge effilé, attaché a l’extrémité d’un petit morceau de bois. Celte opération doit être renouvelée de cinq a dix fois par jour. On augmente peu a peu la force de ces acides , en les mêlant a une moindre quantité d’eau. Lorsque l’enfant paraît s’affaiblir, on lui fait prendre des boissons plus nourrissantes, telles que la tisane d’orge, de riz ou de mie de pain mêlée avec du lait ; sa nourrice lui fera couler son lait dans la bouche, en comprimant légèrement son sein. Enfin, lorsqu’un état prononcé d’adynamie fait craindre une funeste issue, on a recours a des toniques tels que les sirops de quinquiua, d’œillet, d’écorce d’orange dissous dans une suffisante quantité de boissons adoucissantes 5 on fait en même temps sur la peau des lotions et des fomentations’ avec des infusions amères, aromatiques, spiritueuses.
Oreillons.
Définition. On donne le nom d 'oreillons ou de parotides a l’inflammation de la glande parotide.
Causes. Les oreillons attaquent principalement l’enfance et la j eunesse, mais ils peuvent survenir a tous les âges j ils sont souvent occasionnés par un froid humide-, ils n’atteignent ordinairement le même individu qu’une fois dans la vie, et régnent souvent d’une manière épidémique. L’inflammation des parotides se montre encore de temps en temps comme complication ou symptôme du typhus.
Symptômes. Les oreillons débutent ordinairement par des frissons suivis de chaleur et de fréquence du pouls ; il se manifeste en même temps ou peu après, sous l’une ou les deux oreilles , un gonflement plus ou moins considérable , qui s’étend parfois jusqu’aux parties latérales du cou et de la face ,
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et qui s accompagne de douleur , de chaleur et de tension. Cet état augmente jusqu’au quatrième ou cinquième jour; il diminue ensuite et disparaît en quelques jours avec la fièvre légère qui l’accompagnait. La résolution coïncide souvent avec une sueur locale ou générale. Les oreillons peuvent encore se terminer : 1° par suppuration , qu’annoncent l’intensité des symptômes, des douleurs lancinantes et pulsatives et la fluctuation; 2° par induration; 3° par métastase. Cette dernière terminaison n’est pas rare. Dans ce cas , une inflammation des testicules chez l’homme et des seins chez la femme , succède a la disparition prompte et prématurée du gonflement des parotides. Cette affection consécutive se résout ordinairement assez facilement ; elle peut cependant se supprimer a son tour, et être suivie d’une métastase vers le cou, le cerveau, etc.
Traitement. L’expérience ayant appris que les émissions sanguines sont plus nuisibles qu’utiles dans cette maladie, on se borne en général a entretenir une bonne chaleur autour des parotides enflammées , en les couvrant de flanelles chaudes ou de cataplasmes émollients, et a maintenir le ventre libre a l’aide de lavements ou de légers laxatifs. On diminue en même temps les aliments et on prescrit des boissons gommeuses et délayantes. Les applications émollientes sur les testicules ou le sein sont indiquées , dans le cas de métastases sur ces organes. Hamilton conseille l’application d’un vésicatoire sur la région parotidienne, pour prévenir une métastase imminente ou pour la faire cesser, surtout si c’est le cerveau ou un autre organe important qui est menacé. — Lorsqu’il survient une inflammation consécutive, on la combat par les moyens qui lui sont propres.
Angine simple.
Définition. On désigne sous ce nom l’inflammation de la membrane muqueuse qui tapisse le voile du palais et ses piliers , les amygdales et le pharynx , caractérisée par la rougeur et le gonflement de ces parties, et accompagnée d’une douleur plus ou moins grande en avalant.
Causes . L’angine attaque tous les âges et tous les tempéra-
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menls, mais elle est plus commune dans l’enfance et la jeunesse et chez les personnes d’un tempérament sanguin ou lymphatique sanguin ; elle est fréquente au printemps , en automne et pendant les vicissitudes atmosphériques. Ses causes occasionnelles les plus ordinaires sont l’impression du froid lorsqu’on est échauffé, surtout le refroidissement des pieds et de la nuque , et un courant d’air frais qui frappe le cou , des boissons froides prises pendant qu’on a bien chaud, l’impression de substances âcres et irritantes sur la gorge, des courses â pied ou â cheval faites dans une direction opposée à celle du vent, des cris, des chants forcés, la suppression d’évacuations habituelles. Elle règne sporadiquement ou épidémiquement.
Symptômes. Ils offrent quelques différences suivant que l’in- Hammation a son siège aux parties latérales de l’isthme du gosier qui comprend le voile du palais , ses piliers et les amygdales ( angine gutturale ), ou suivant qu’elle occupe le pharynx ( angine pharyngée ).
L’angine gutturale débute quelquefois par un léger frisson et de la chaleur; bientôt la déglutition devient plus ou moins gênée, difficile, douloureuse; en faisant ouvrir la bouche au malade , on voit que le voile du palais, la luette, les piliers, les lonsilles sont plus rouges qu’a l’ordinaire, luisants , secs et sans humidité, plus ou moins tuméfiés. Ce gonflement, ordinairement léger sur les premières de ces parties, est souvent très-considérable aux amygdales, qui font alors une forte saillie derrière la langue (angine tonsillaire) et resserrent singulièrement le passage des aliments et des boissons. C’est surtout dans ce dernier cas que l’accent de la voix est nasonné, et que les boissons refluent par les narines. La luette est parfois si gonflée qu’elle touche la base de la langue et provoque des nausées et même de la toux. Les parties latérales du cou au-dessous des mâchoires sont souvent sensibles au toucher; il y a parfois un mouvement fébrile très-marqué. La secrétion muqueuse d’abord supprimée , augmente ensuite beaucoup ; les malades crachent des mucosités filantes et visqueuses; les tonsilles se couvrent souvent d’un mucus grisâtre ou de concrétions blanches et sébacées. Cet état dure depuis quel-