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riode sont ceux qui appartiennent a la manie, c’est-à-dire un délire plus ou moins général avec prédominance d’idées ambitieuses, et un état d’exaltation, d’agitation ou de fureur, avec quelques traces plus ou moins sensibles de paralysie incomplète. Les malades extravaguent sur tous les points, mais ils sont entièrement dominés par des idées de fortune, d’opulence, de grandeur ; ils ne s’occupent jamais d’autres objets, et il est impossible de donner un autre aliment à leurs divagations et à leurs idées incohérentes. Leur agitation est continuelle ; ils parlent sans cesse à haute voix et avec une grande volubilité ^ souvent ils chantent , d’autres fois ils crient ou vocifèrent. Ils ne savent ni où ils vont , ni ce qu’ils font; souvent ils déchirent leurs vêtements, brisent et cassent tout ce qu’ils rencontrent. Dans cet état d’agitation , on ne remarque aucune trace de paralysie, mais dans les moments de rémission , leur prononciation est plus ou moins embarrassée , leur démarche fréquemment gênée. Au milieu de cette perturbation, l’appétit est bon , le pouls naturel , l’embonpoint se soutient, excepté chez les malades extrêmement agités, qui maigrissent assez rapidement. — La durée de cette période est très-variable.
Troisième période ou période de démence. Cette période n’est pas toujours la suite de celle que nous venons de décrire. 11 n’est pas rare de la voir succéder à la première. Cette troisième période peut présenter trois degrés.
Premier degré de la troisième période. Le passage de la seconde ou de la première période à la troisième a souvent lieu d’une manière lente par l’afFaiblissement graduel des facultés et des mouvements; d’autres fois il arrive après une attaque subite de congestion cérébrale. Les malades tombent et perdent connaissance d’une manière complète ou incomplète, avec paralysie locale ou générale. A l’aide des moyens qu’on met ordinairement en usage en pareil cas, les facultés et les mouvements reviennent , mais restent très-faibles , l’agitation cesse ou diminue. La mémoire est si altérée que les malades ont oublié les principaux événements de leur vie; ils ne comprennent que les questions courtes et claires. Leurs idées, trèsbornées et incohérentes, sont uniquement relatives a la for-
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lune et aux grandeurs, comme dans les premières périodes 5 ils sont presque toujours calmes et tranquilles ; ordinairement ils parlent peu et restent dans un silence apathique-, d’autres fois ils parlent seuls de leurs trésors et de leurs titres; ils éprouvent parfois des paroxysmes d’agitation et de loquacité qui sont d’assez courte durée. La paralysie incomplète et générale est beaucoup plus prononcée : leur prononciation est lente, difficile, hésitante, traînante, bégayée; ils sont peu solides sur leurs jambes; ils marchent en vacillant, quelquefois en traînant les pieds, comme les personnes ivres; ils lâchent de temps en temps leurs urines dans leurs vêtements. Ce degré est ordinairement très-long. 11 survient assez souvent dans son cours des attaques de congestion cérébrale avec privation plus ou moins complète du sentiment et du mouvement. Les malades reviennent à eux au bout de quelques heures ou d’un jour, mais a la suite de chaque attaque la démence et la paralysie font des progrès.
Deuxième degré de la troisième période. Tous les symptômes sont plus prononcés: les facultés sont presque abolies, les connaissances sont bornées à quelques idées entièrement isolées , et principalement relatives aux aliments, nulle réponse aux questions, ou réponses monosyllabiques, calme parfait. La langue est si paralysée , que la prononciation est extrêmement difficile et souvent inintelligible. Les membres faiblissent sous le poids du tronc; les malades marchent plus ou moins courbés sur un côté du corps et en décrivant des zigzags, ils traînent les pieds sans les lever du sol et font des chutes continuelles; bientôt même ils ne peuvent plus se soutenir sur leurs jambes. Les sphincters se relâchent et toutes les excrétions deviennent involontaires ; la déglutition est très-difficile, et quelques malades meurent en mangeant, suffoqués par le bol alimentaire qui, ne pouvant franchir l’isthme du gosier, tombe dans la glotte et le larynx. Dans cet état, la sensibilité générale est si affaiblie, qu’il se forme fréquemment des escarres gangréneuses au sacrum , aux trochanters , aux coudes, etc.
Dans le premier et le deuxième degré de cette période , les
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fonctions nutritives s’altèrent progressivement : l’appétit dégénère en une faim vorace que rien ne peut satisfaire -, les malades engraissent beaucoup ou meme tombent dans un état d'obésité monstrueux. Ils sont souvent pris d'une diarrhée incoercible qui les maigrit promptement jusqu’au marasme , avec œdématié des extrémités et escarres au sacrum. La plupart des malades succombent dans le coma ; quelques-uns parviennent jusqu’au troisième degré, que nous allons décrire. — Le premier et le deuxième degré de la troisième période sont toujours fort longs. Leur durée varie depuis trois, six, huit mois, jusqu’à un, deux ou trois ans.
Troisième degré de la troisième période. Dans cedegré, auquel les malades parviennent rarement, ceux-ci deviennent de véritables automates : ils ne voient et n'entendent rien ; les plus forts pincements sont a peine sentis, nulle réponse aux questions, taciturnité habituelle, yeux ouverts, fixes, mais ne paraissant apercevoir aucun objet; impossibilité de marcher, de se soutenir sur leurs jambes, ou même de rester assis-, nul mouvement volontaire; écoulement continuel et involontaire des déjections alvines et des urines : dans cet état cependant une sorte d’instinct automatique leur fait ouvrir la bouche lorsqu’on leur présente des aliments ou des boissons ; mais la déglutition est extrêmement difficile, et ils courent risque sans cesse de périr étouffés.
Méningite chronique avec phénomènes convulsifs. Cette espèce de méningite, que j’ai observée chez un quart environ des malades, présente les mêmes périodes et suit la même marche que celle que je viens de décrire ; mais il survient des mouvements convulsifs qui viennent s’ajouter aux phénomènes ordinaires de la maladie. Ces mouvements consistent en une agitation spasmodique continue ou périodique , en des tremblements des membres, des grincements des dents, des convulsions de plusieurs membres ou de tout le corps, en des contractions avec rigidité de ces parties, en des extensions tétaniques locales ou générales, et en des attaques convulsives ou épileptiformes.
Marche de Taliénalion paralytique. Les symptômes de la ma-
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ladie qui nous occupe suivent une marche continue et successivement croissante. Us présentent ordinairement dans leur cours les trois périodes que nous avons indiquées, mais une d’elles peut manquer ou offrir des variétés nombreuses. La seconde période est celle dont l’absence est la plus fréquente. Les malades passent alors de la première a la troisième sans présenter ni délire général, ni agitation. Ils sont calmes et tranquilles pendant tout le cours de la maladie , a l’exception de quelques moments passagers de colère ou d’exaltation • leurs facultés vont en s’affaiblissant progressivement; leurs idées deviennent chaque jour moins nombreuses et plus incohérentes; la paralysie fait des progrès correspondants. Lorsque c’est la première période qui manque, ce qui est plus rare, la maladie débute tout a coup par de l’agitation et de la fureur; quelquefois au début de la maladie les facultés et les idées sont si affaiblies et les mouvements si gênés , que les malades paraissent déjà dans l’état que nous avons assigné a la troisième période. Le passage d’une période a une autre a lieu tantôt sans autre cause apparente que la marche naturelle de la maladie , tantôt a la suite d’attaques de congestion cérébrale. Ces attaques sont surtout très-fréquentes dans la troisième période. 11 y a des malades qui en ont jusqu’à dix ou douze pendant sa durée.
Durée. L’aliénation avec paralysie générale a ordinairement une durée fort longue, qu’il est, au reste, facile de préciser, attendu que son invasion est très-tranchée et sa terminaison presque toujours funeste. Le terme le plus court que j’aie observé est de quinze a vingt jours ; les deux individus qui me l’ont présenté avaient été frappés d’une violente attaque de congestion cérébrale, pendant laquelle s’élaient manifestés quelques symptômes de la maladie. A l’exception de ces deux cas, la durée de l’aliénation semi-paralytique varie depuis deux mois jusqu’à six, huit, dix ou même douze ans. Sur 159 malades dont j’ai recueilli l’histoire, la maladie a duré de quinze jours à un an chez 73; d’un an 'a six, chez 81 , et de six ans à douze, chez 5 ; d’où l’on voit que la durée moyenne doit être fixée d’un an à un an et demi.
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Terminaisons. Cette maladie est presque toujours funeste. Sur un total de 159 malades, 150 ont succombé et 9 seulement ont guéri ou éprouvé une amélioration très-sensible dans leur état. Les malades ne meurent jamais dans le cours de la première période, a moins qu’ils ne soient frappés d’une attaque de congestion foudroyante, ce qui est très-rare. Un petit nombre succombent pendant la seconde période, par suite de l’agitation violente et souvent spasmodique dans laquelle ils se trouvent. Mais presque tous meurent pendant la durée ordinairement fort longue de la troisième période.
Lésions anatomiques. Parmi les lésions anatomiques qu’on rencontre sur les cadavres des sujets qui ont succombé 'a cette maladie, les unes sont essentiellement liées à son existence, comme causes de ses symptômes, et ont leur siège dans le cerveau et ses membranes; les autres occupent divers organes de la poitrine et du ventre , et sont purement accidentelles. Nous passerons ces dernières sous silence, pour nous attacher uniquement aux premières, que nous allons décrire avec quelque détail. Ces lésions se rapportent aux méninges et au cerveau.
1° Lésions méningiennes . Avant de décrire les changements qu’éprouvent les méninges chez les sujets atteints de l’espèce d’aliénation que nous venons de décrire , nous devons faire connaître le siège qu’occupent ces lésions, ainsi que celui des lésions cérébrales, qui est toujours le même. Elles affectent constamment les portions de la pie-mère et de l’arachnoïde qui tapissent la convexité et la face interme des hémisphères cérébraux , la partie sous-jacente de l’extérieur du cerveau et le feuillet arachnoïdien de la dure-mère, contigu aux hémisphères : ces lésions, toujours plus prononcées vers le centre de la convexité de ces derniers qu’a leurs parties antérieure et postérieure, vont en diminuant vers la base du crâne , où elles disparaissent complètement. Les méninges cérébelleuses, comme celles de la base du cerveau , sont parfaitement saines.
Le réseau cellulo-vasculaire qui constitue la pie-mère et l’arachnoïde est toujours extrêmement injecté ; ses vaisseaux sont pleins de sang et distendus ; les plus petits, en se rom-
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pant , laissent écouler ce liquide avec abondance , et les plus gros ont souvent l’apparence de petites cordes tendues. Tantôt la pie-mère offre une rougeur vive qui va jusqu’à l’écarlate , tantôt, et le plus souvent, la sérosité qui est logée dans ses mailles lui donne une couleur pâle et grisâtre, et masque la rougeur qu’elle offrirait sans cette circonstance.
En même temps l’arachnoïde est épaissie d’une manière extrêmement marquée. Cette membrane, au lieu de la ténuité d’une toile d’araignée à laquelle on l’a justement comparée, acquiert l’épaisseur de la plèvre , du péricarde, de la duremère , ou même des parois de l’estomac. Elle a souvent dans ces cas l’aspect du parchemin ramolli dans l’eau ■ elle a en même temps perdu une grande partie ou la totalité de sa transparence; elle est grisâtre , blanchâtre, laiteuse , etc. Sa densité et sa consistance sont tellement augmentées, qu’on détache facilement les deux membranes de la surface du cerveau sans les déchirer, ce qui est impossible dans l’état normal ; bien plus, dans un très-grand nombre de cas, ces membranes présentent une assez grande résistance quand on les tire en sens inverse ; souvent même , après en avoir détaché un lambeau de la surface du cerveau, on peut soulever toute la masse encéphalique par ce lambeau sans qu’il se déchire; ce qui est certainement un indice de bien forte cohésion. — Une quantité toujours assez grande de sérosité est épanchée dans la cavité de l’arachnoïde, dans les ventricules, et infiltrée dans le réseau de la pie-mère. Rien n’est plus variable que celte quantité; elle peut s’élever, pour celle qui est amassée autour du cerveau, entre les deux feuillets arachnoïdiens , jusqu’à quatre , six, huit onces et plus. J'en ai rencontré une fois jusqu’à douze onces accumulées sur la région supérieure du cerveau.
Les ventricules sont toujours pleins du même liquide , souvent dilatés par lui, et quelquefois même énormément distendus, au point de constituer une véritable hydrocéphale chronique. — Il se forme parfois dans la cavité de l’arachnoïde des exhalations d’albumine concrète, mais sans cohésion, qui se présentent sous la forme de petits amas d’une matière
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blanchâtre, grisâtre ou jaunâtre, répandus çâ et lâ en petite quantité sur quelques points de celte membrane. Mais cette exhalation est ordinairement plus abondante, et l’albumine qui en est le produit se transforme en une fausse membrane analogue à celles qu’on trouve si fréquemment sur la plèvre, le péricarde, le péritoine, etc. On rencontre ces exsudations chez un sixième environ des malades qui succombent â la maladie qui nous occupe.
Chez un huitième des sujets, on trouve des épanchements sanguins dans les mêmes endroits où se forment les fausses membranes, c’est-a-dire entre les deux feuillets de l’arachnoïde.
2° Lésions cérébrales. La surface du cerveau subjacente aux méninges altérées est en général pâle et un peu plus molle que dans son état ordinaire, dans les cas où le réseau de la pie-mère est infiltré d’une sérosité abondante 5 lorsque les méninges sont très-rouges et injectées, la substance grise qu’elles recouvrent est également rosée, injectée et même sensiblement rouge. Dans ce cas, on rencontre fréquemment des adhérences entre les membranes et la convexité des circonvolutions. En détachant les premières, on enlève des morceaux de substance grise ramollie, qui restent unis à la face interne des méninges , et la surface cérébrale présente a leur place de petites ulcérations superficielles qui sont plus rosées que le reste de la substance grise. — La masse encéphalique n’offre le plus souvent aucune espèce d’altération. Elle paraît quelquefois plus molle que dans son état naturel; plus souvent elle est plus ferme, ce qui paraît être ordinairement le produit de la compression considérable qu’elle a éprouvée de la part de la sérosité. En effet, il n’est pas rare de voir le cerveau se dilater, les circonvolutions se développer a mesure que l’eau s’écoule de ses cavités et de sa surface.
Diagnostic. — \ü Signes patliogno7noni(iues. Parmi les diverses causes de la méningite chronique, il en est une, la congestion cérébrale, qui existe toujours â divers degrés et qu’on ne rencontre point dans les autres espèces d’aliénation. Ainsi,
lorsqu’on apprend qu’un aliéné a été atteint, avant l’invasion du délire , d’une diminution ou d’une perte plus ou moins subite du sentiment et du mouvement, on peut assurer le plus souvent, sans crainte de se tromper, que cet individu est affecté de la maladie qui nous occupe. Mais il est deux signes conslants qui servent essentiellement a la caractériser; ce sont le délire particulier qui l'accompagne et la paralysie générale.
Délire. Ce délire , partiel d’abord et consistant en une sorte de monomanie avec affaiblissement des facultés, devient ensuite général et maniaque avec exaltation, agitalion et fureur. Il dégénère ensuite en un état de démence dans lequel les idées sont décousues et incohérentes et les facultés plus ou moins anéanties. Le malade, après avoir parcouru tontes les phases de la dégradation morale, finit, quelquefois par un état de stupidité complète, c’est-à-dire par une oblitération des actes intellectuels et moraux. — Ces trois périodes se rencontrent dans le cours de la maladie considérée en général , mais dans chaque cas particulier il n’est pas rare de n’en trouver que deux. A quelque degré que soit parvenue l’aliénation, qu’elle se manifeste sous forme de monomanie, de manie ou de démence, qu’elle soit tranquille ou violente, elle se distingue toujours, ou du moins à bien peu d’exceptions près, des autres espèces de folie , pendant une partie ou toute la durée de son cours, par des idées dominantes de richesse, de grandeur, de puissance, etc. Les malades s’imaginent qu’ils ont des centaines de mille francs , des millions , des milliards , des monceaux d’or, d’argent, de pierreries, de diamants, etc. Ils possèdent des châteaux magnifiques, des villes, des provinces, des nations ou même l’univers entier; ils sont revêtus de toutes les dignités, doués de tous les talents. Ils sont généraux , maréchaux, amiraux, ministres, rois, empereurs et Dieu même.
Paralysie. Elle consiste en une diminution et un affaiblissement du sentiment et du mouvement , et non dans une privation complète de ces fonctions. Légère d’abord et bornée à un seul organe, elle augmente progressivement et graduellement, s’étend à un plus grand nombre de parties et finit par
envahir le système locomoteur tout entier, de manière que la dénomination qui paraît le mieux lui convenir et que nous lui avons donnée dans cet article est celle de paralysie générale et incomplète. Elle commence par un embarras de la langue 5 les malades ont de la peine a prononcer certains mois; ils hésitent ou bégayent en parlant. La parole devient bientôt lente et confuse; il ne tarde pas a s’y joindre une certaine difficulté dans la marche, qui ne peut être reconnue dans les premiers temps que par les personnes exercées a observer ces malades. Un peu plus lard ceux-ci ne marchent pas droit, se dévient de leur chemin, se tiennent avec une certaine roideur, et ne sont pas solides sur leurs jambes; ensuite ils marchent comme des ivrognes, et sont souvent sur le point de tomber a droite ou h gauche. — Dans une période plus avancée, la prononciation devient lente, confuse , tremblante , entrecoupée , trèsdifficile a comprendre. La démarche est chancelante et vacillante; les malades font des chutes fréquentes; ils marchent lentement et en traînant les pieds; la force des membres supérieurs est diminuée; ceux-ci servent mal a la préhension des corps et sont parfois le siège de tremblements. A cette période, les sphincters se relâchent, les urines et les déjections alvines coulent sans cesse et involontairement; les contractions de l’œsophage s’affaiblissent et la déglutition des solides devient difficile et même impossible. Enfin , il arrive quelquefois un moment, dernier terme de l’anéantissement des mouvements, où l’appareil locomoteur paraît frappé dans toute son étendue d’une immobilité presque complète. Dans cet état, les malades ne peuvent plus ni marcher, ni se soutenir, ni parler , ni mouvoir les membres supérieurs. Couchés sur le dos, immobiles et presque insensibles, leur vie, purement automatique et bornée aux fonctions nutritives, se rapproche plus de celle des dernières classes des animaux que de celle de l’homme.
2° Détermination de la cause organique de l’aliénation paralytique. D’après les faits que j’ai observés, et que n’ont fait que confirmer les observations publiées depuis moi, l’aliénation mentale paralytique est le symptôme d’une méningite chronique
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; primitive , à laquelle se joint très-souvent une encéphalite consécutive de la substance corticale des circonvolutions cérébrales.
Voici les preuves sur lesquelles ce point de doctrine me parait établi de la manière la plus solide. Je les tire de l’examen nécroscopique des cerveaux des paralytiques aliénés, comparés aux cerveaux des individus non aliénés, et de l’analogie de cette maladie avec les autres phlegmasies des membranes séreuses.
Parmi les lésions que j’ai trouvées a l’ouverture de cent cadavres 1 , et que je considère comme les caractères anatomiques de la méningite chronique, les unes se sont rencontrées chez tous, les autres ont manqué chez un certain nombre. Les lésions constantes étaient l'opacité, l’épaississement, l’augmentation de résistance de l’arachnoïde, qui était souvent telle, qu’on pouvait suspendre une grande partie ou la totalité de la masse encéphalique a un lambeau des méninges sans qu’il se déchirât* une forte injection sanguine de la pie-mère; l'épaississement de l’arachnoïde ventriculaire qui était couverte de granulations : un épanchement considérable de sérosité dans la cavité de l’arachnoïde, dans le réseau cellulo-vasculaire de la pie-mère, qui était infiltrée et œdémateuse, dans les ventricules, qui étaient souvent dilatés et distendus.
Les altérations suivantes étaient moins fréquentes : 51 fois sur 100, les méninges étaient adhérentes aux circonvolutions avec injection et ramollissement superficiel de la substance grise; 31 fois sur 100, il y avait entre les deux feuillets de l’arachnoïde des fausses membranes ou du sang épanché. Le feuillet arachnoïdien de la dure-mère était rouge ou injecté chez un quart. Le cerveau était plus ferme que dans son état normal , lorsque l’hydrocéphale était considérable; il était au contraire plus mou, lorsque les adhérences des méninges a la substance grise étaient très-étendues ; mais chez le plus grand nombre des sujets , il avait sa consistance naturelle.
En 1826, M. Calmeil publia, dans son livre sur la paralysie
Traité des maladies du cerveau, p. 4 SG.
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des aliénés, quarante-sept observations avec ouverture des cadavres, ou l’on trouve les mêmes altérations que j’avais déjà rencontrées, avec quelques différences seulement, relativement aux proportions de ces altérations.
Les faits de M. Calmeil sont d’autant plus favorables a la thèse que je soutiens, que l’auteur, n’attachant d’importance qu’à l'encéphalite chronique, critiquait vivement mon opinion sur l’influence que j’attribuais à la méningite chronique primitive, et aux résultats matériels qu’elle entraîne.
Voilà donc cent quarante-sept ouvertures de cadavres qui nous présentent tous les caractères physiques d’une inflammation chronique des méninges chez des individus qui étaient à la fois aliénés et paralytiques; et ce n’est pas la dixième partie de toutes celles qui ont été faites depuis, et qui n’ont fait que les confirmer.
Nierait-on que ces lésions puissent caractériser une phlegmasie chronique? Mais alors il faudrait rejeter aussi les altérations qu’on assigne à toutes les inflammations chroniques des membranes séreuses, telles que l’épaississement, l’induration , les adhérences pathologiques de ces membranes , les exsudations pseudo-membraneuses, les épanchements de sérosité, et parfois de sang, qui se forment dans leur cavité. Qu’on prenne pour point de comparaison une phlegmasie séreuse quelconque, la pleurésie chronique, par exemple, et l’on trouvera l’analogie la plus frappante, sous le rapport de l’anatomie pathologique, entre cette inflammation et la méningite.
Si l’on nous opposait les cas où, la maladie étant légère, les lésions consistaient seulement dans l’injection de la pie-mère, l’épaississement de l’arachnoïde et des épanchements séreux, nous répondrions que cela s’observe d’une manière bien plus prononcée dans la pleurésie, puisque suivant M. Andral, « dans plusieurs cas de cette maladie où les altérations de sécrétions sont le plus prononcées, la plèvre ne présente dans sa texture aucune altération appréciable \ »
Dirait-on qu’on rencontre souvent ces altérations ménin-
1 Cliniq. méd., t. II, p. 572.
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giennes chez des individus qui n’étaient ni aliénés ni paralytiques? Si une assertion aussi générale n’était pas inexacte, il faudrait rejeter l’anatomie pathologique comme la science la plus fausse et la plus trompeuse; mais cette opinion n’est pas fondée.
J’ai examiné , comme objet de comparaison , un grand nombre de cerveaux de sujets qui n’avaient jamais offert de dérangement de Tintelligence, et je n’ai jamais rien trouvé qui ressemblât à l’ensemble des altérations qui forment les caractères anatomiques de la méningite chronique. J’ai eu lieu de faire la même remarque en parcourant les autopsies qu’on trouve en si grand nombre dans les recueils d’observations que nous possédons. On voit parfois, il est vrai, quelques points de l’arachnoïde devenus opaques, et une petite quantité de sérosité épanchée a la base du crâne ou dans les ventricules ; mais ces légères altérations, résultats fréquents des derniers instants de la vie, ne sauraient présenter une analogie même éloignée avec les lésions anatomiques qui caractérisent la méningite chronique. Les individus qui succombent aux maladies cérébrales autres que celle dont il est ici question, présentent 'a l’autopsie différentes altérations qui leur sont propres, mais qui n’ont généralement aucun rapport avec l’inflammation chronique des enveloppes du cerveau et de la superficie de cet organe.
En résumé, j’ai toujours rencontré les mêmes altérations des méninges et du cerveau chez les aliénés paralytiques , et jamais chez les individus qui avaient succombé a d'autres maladies cérébrales ou non cérébrales. La conséquence naturelle que je devais en tirer, c’est que ces altérations étaient la cause organique des symptômes observés pendant la vie; en d’autres termes, que l’aliénation avec paralysie générale était le résultat fonctionnel ou le symptôme de l’inflammation chronique primitive des enveloppes du cerveau â laquelle se joint trèssouvent une inflammation consécutive de la substance corticale subjacente aux méninges enflammées. Ce point de doctrine étant pour moi incontestable , je ne crains pas de dire qu’il est peu conforme aux règles du langage médical de dé-
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signer celle maladie par un seul de ses symptômes , et de l’appeler paralysie des aliénés, au lieu de tirer son nom de l’infïammalion chronique qui lui donne lieu et d’en faire une individualité morbide k part. Cette dénomination a de plus le grave inconvénient de faire supposer que tous les fous, sans distinction, sont sujets h cette maladie, tandis qu’on n’a peutêtre jamais vu un seul individu atteint d’un véritable délire exclusif bien tranché devenir paralytique. La maladie que j’ai décrite est la même depuis son début jusqu’à sa terminaison, et ne change jamais de caractère. Appeler celte maladie paralysie des aliénés me paraît aussi peu logique que si l’on voulait nommer la pleurésie point de côté, ou la pneumonie crachement de sang.
Le point de doctrine que j’établis ici a essuyé des objections; j’ai répondu a quelques-unes; il en reste d’autres, tirées de trois opinions différentes qu’on a émises sur le même sujet. On a attribué la paralysie des aliénés a un changement de consistance de la masse encéphalique, à une encéphalite primitive de la substance grise , à un état nerveux ou moléculaire du cerveau. Discutons ces trois opinions.
Changement de consistance du cerveau. M. Délayé a soutenu, dans sa thèse publiée en 1824 que la paralysie, dont il fait, comme Esquirol, un accident et une complication de la démence, était le plus souvent le résultat d’une augmentation de consistance de toute la masse cérébrale, et quelquefois d’une diminution de cette consistance. Cette opinion, que l’auteur n’avait déduite que d'un petit nombre de faits, ne saurait résister à une discussion sérieuse. Tout le monde sait que rien n’est variable comme la consistance du cerveau, même chez les individus qui n’ont jamais présenté de trouble des facultés. Sur 100 ouvertures de paralytiques aliénés, j’ai trouvé 21 fois le cerveau plus ferme que dans son état normal, 17 fois plus mou, et 62 fois présentant sa consistance normale; M. Calmeil dit que le plus communément la masse de la substance blanche est saine. 11 est donc impossible d’attribuer la paralysie a une
1 Considérations sur une espèce de paralijsie qui affecte particulièrement les aliénés. Thèse de Paris, 1824 (n° 224).
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augmentation de consistance qui n’existe que dans le cinquième des sujets.
Encéphalite chronique primitive. J’avais décrit, en 1822 1 2 et en 1825% l’adhérence des méninges épaissies à la substance corticale comme le caractère anatomique d’une inflammation chronique consécutive de la substance grise, et j’avais cherché à déterminer la part qu’elle prend à la production des symptômes. En 1826, M. Calmeil admit le même caractère, dont on trouve de nombreux exemples dans les observations qu’il rapporte ; mais il donna a ces faits une autre interprétation que moi; il soutint que cette encéphalite était une affection primitive, et le point de départ de tous les symptômes, ou plutôt du seul symptôme qui pour lui constituait toute la maladie, c’est-à-dire la paralysie; car, d’après cet auteur, les désordres intellectuels ne sont qu’une complication de la paralysie 3 4.
Les considérations suivantes ne me permettent pas d’adopter l’opinion de M. Calmeil. Si l’inflammation chronique de la substance grise était la cause de la paralysie des aliénés, d’un côté elle serait constante; et de l’autre elle existerait souvent seule, et indépendamment de la méningite. Or, cela n’est pas, en voici les preuves :
Sur 100 cerveaux de paralytiques, je n’ai rencontré l’adhérence des méninges aux circonvolutions que 51 fois k ; M. Calmeil l’a trouvée 36 fois sur 47 cadavres qu’il a ouverts, c'està-dire que près d’un quart n’en présentaient pas ; M. Parchappe l’a notée 39 fois sur 44; elle était absente dans un huitième des cas. D’un autre côté, M. Calmeil a rencontré des adhérences qui n’avaient pas été suivies de paralysie. « J’ai sous les yeux, dit-il % des observations de céphalite aiguë qui me sont propres, que j’ai recueillies avec la plus scrupuleuse attention ; les sujets ont succombé en quelques jours. Plusieurs d’entre
1 Thèse, p. 40.
2 Nouvelle doctrine des maladies mentales , p. 21.
3 Calmeil, ouvrage cité , p. 323.
4 Traité cité , p. 486.
6 Calmeil, ouvrage cité, p. 410.
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eux ont présenté l'union intime des circonvolutions ù la face interne de la pie-mère, renlèvement par plaques de la substance corticale. Aucun n’avait offert des symptômes de paralysie-, seulement les mouvements avaient été tumultueux, et l'agitation avait été excessive \ »
Ces faits avaient singulièrement ébranlé la confiance de M. Calmeil dans l’encéphalite chronique primitive ; aussi, dans les conclusions qui terminent son livre, va-t-il jusqu’à dire que les lésions « n'expliquent pas suffisamment les symptômes observés pendant la vie (p. 415), que la phlegmasie chronique qui occasionne la paralysie a du déterminer dans le cerveau « une modification identique qu’il n’a pas su apprécier , » (p. 410), que « cette paralysie générale offrira toujours des arguments spécieux aux partisans des paralysies nerveuses » (p. 416).
Je tire un autre argument d’une disposition d’anatomie pathologique que j’ai toujours observée dans les cerveaux des paralytiques; c’est que les portions de pie-mère qui s’enfoncent dans les anfractuosités du cerveau, et qui, dans ces endroits, sont toujours dépourvues de l’arachnoïde, ne contractent point d adhérence avec la substance grise qui les entoure, et que la cette substance n’est jamais molle comme sur les circonvolutions où l’on observe les adhérences. Si l’encéphalite était la première origine des symptômes, pourquoi n’existerait-elle que sur les circonvolutions qui sont recouvertes par les feuillets cellulo- vasculaire et séreux des méninges?
A toutes ces preuves, j’en ajouterai une dernière non moins puissante que les précédentes : c’est que si l’encéphalite chronique était primitive et la cause organique de la paralysie, elle devrait exister sinon toujours, au moins fréquemment, seule et sans méningite; or, il n’y a pas un seul fait de ce genre dans la science, non-seulement dans les observations de
‘ Ces faits, que M. Calmeil cite comme des objections qu’on peut faire à son opinion, je les avais expliqués d’avance (Nouvelle doctrine , p. 51) : « L’agitation spasmodique aveugle et incoercible, avais-je dit, dépend de l’inflammation consécutive de la surface du cerveau qui se ramollit dans sa couche la plus superficielle, et contracte des adhérences avec la pie-mère et l’arachnoïde.
m PATHOLOGIE SPÉCIALE.
M. Calmcil cl dans les miennes , mais même dans toutes celles qui ont été publiées depuis.
Je suis donc autorisé a conclure que si l’inflammation chronique de la substance grise du cerveau joue un grand rôle dans la production de plusieurs symptômes de la maladie, elle n’est cependant ni constante, ni primitive, et que, dans les cas fréquents où elle survient, elle ne se manifeste que consécutivement a l’inflammation des méninges, qui suffit seule pour produire et expliquer la privation graduelle de l’intelligence et des mouvements. Au reste , M. Calmeil est revenu aujourd’hui a l’opinion que j’ai toujours soutenue, puisqu’il appelle la paralysie des aliénés méningo-encéphalite chronique \
Lésion nerveuse clu cerveau. Les faits et les arguments qui précèdent pourraient me dispenser de réfuter l’opinion qui attribue a une névrose cérébrale ou a une altération moléculaire du cerveau l’aliénation avec paralysie générale 5 en effet, s’il était prouvé, par tout ce que nous avons dit jusqu’ici, que cette maladie reconnaît pour cause organique une phlegmasie chronique des enveloppes du cerveau , et consécutivement de la substance corticale subjacente, la nature nerveuse de cette affection serait suffisamment mise hors de cause. Nous voulons cependant discuter en particulier les motifs des auteurs qui soutiennent ce point de doctrine. Nous ne connaissons, dans ce cas, qu’un seul médecin aliéniste, M. Lélut, qui continue a faire de la paralysie des aliénés, comme Esquirol en 1816 % une complication nerveuse de la démence. 11 a été suivi par quelques auteurs de traités généraux qui n’avaient probablement jamais observé cette maladie 3. M. Lélut ne dit pas cependant que cette affection est une névrose, mais il dit l 'équivalent. Voici ses expressions : a L’état intime spécial et constant qui donne lieu a la paralysie générale, sa cause véritablement prochaine nous échappe et peut-être nous échappera toujours. » Les lésions anatomiques sont les effets de cet état intime et
1 Dictionnaire de médecine (2e cdit.), t. XXIII, p. 133.
2 Dict. des sciences méd., art. Folie et Démence.
3 Entre autres par M. Gkisolle, Traité de pathologie , p. 657.
P11LEG MASIES.
inconnu L 11 s'appuie sur ce qu’il a observe des cas, il est vrai peu nombreux, sans phlegmasie du cerveau ou de ses membranes. Toutefois il ne rapporte aucun de ces faits, de sorte que ce n’est la qu’une assertion sans preuves a l’appui. Nous avons cependant ici un moyen de vérifier cet argument de M. Lélut; il a noté, dit-il (p. 98), des faits tirés de l’ouvrage de M. Calmeil et du mien où l’on ne voit ni méningite, ni encéphalite chronique. Or, comme tous ces faits présentent, suivant moi, tous les caractères anatomiques de ces phlegmasies, il est évident que M. Lélut et moi interprétons diversement les mêmes faits.
Ma manière de raisonner en anatomie pathologique cérébrale est celle qui est adoptée pour l’anatomie pathologique de tous les organes. Ayant constamment trouvé dans les méninges et le cerveau des altérations qui, dans la plèvre, le péritoine, le péricarde, auraient constitué des pleurésies, des péritonites et des péricardites chroniques, j’en ai conclu que les mêmes altérations, dans les enveloppes du cerveau, ou dans le cerveau lui-même, étaient les caractères anatomiques de la méningite et de l’encéphalite chroniques. La logique médicale de M. Lélut est toute différente. On en jugera par le passage suivant de son livre, qui résume sa doctrine étiologique de la paralysie des aliénés : « Les altérations, dit-il, ne sont que la localisation de l’état général et intime du cerveau, qui de maniaque qu’il était, est en quelque sorte devenu paralytique de pensée et de mouvement, et cet état est surtout disposé à se révéler par un retrait, une atrophie comme sénile, de la presque totalité de l’encéphale, retrait et atrophie qui entraîuent de toute nécessité l’épanchement de sérosité dans la cavité de l'arachnoïde ou dans les mailles de la pie-mère, et sur lesquelles vient s’enter, en quelque sorte, la phlegmasie méningoencéphalique plus ou moins aiguë, qui termine les jours de la plupart des aliénés paralytiques 2. »
Si cette pathogénie de M. Lélut était exacte, il faudrait dire
4 Inductions sur la valeur des altérations de V encéphale dans la folie. Paris, 1836.
2 Lélut, ouvrage cité , p. 107.
PATHOLOGIE SPÉCIALE
alors que, dans la pleurésie chronique avec épanchement considérable et ratatinement du poumon, c’est le poumon qui a d’abord éprouvé une lésion générale et intime, que, par suite de cet état, il s’est retiré vers la colonne vertébrale et atrophié, et que la sérosité ne s’est épanchée que pour remplir le vide que le poumon en se retirant primitivement avait laissé dans la poitrine. Si cette explication de l’inflammation chronique des plèvres ne saurait être approuvée, si elle est contraire à tous les principes de la physiologie pathologique, comment pourrait-on l’admettre quand il est question de l’inflammation de la membrane séreuse cérébrale?
Il en est, sans doute, de cette dernière phlegmasie comme de toutes les autres phlegmasies séreuses. Il y a quelques cas légers, obscurs, latents - mais n’y a-t-il pas des pleurésies légères, obscures, latentes? Si l’on admet celles-ci, pourquoi rejeter ceux-là, et surtout pourquoi se servir d’un petit nombre de faits peu tranchés pour argumenter contre ceux qui sont clairs et évidents? On a, sans doute, plus d’une fois exagéré l’importance de l’anatomie pathologique-, on a souvent voulu établir sur cette base l’édifice médical tout entier. Nous avons eu plusieurs fois occasion de nous élever contre une prétention si peu fondée-, mais est-ce une raison pour donner dans l’excès contraire et pour nier les lumières que la science des lésions anatomiques a jetées sur le siège, les causes organiques et le diagnostic des maladies, et, en particulier, sur l’aliénation symptomatique dont il s’agit dans ce moment?
Voudrait-on tirer un argument, en faveur de la nature nerveuse de l’aliénation paralytique, de quelques faits de paralysie générale progressive, sans aliénation, qu’on observe depuis plusieurs années? Mais ce seul caractère de n’êlre pas accompagné de délire en fait une maladie entièrement différente de celle que j’ai décrite. D'ailleurs , cette paralysie progressive a été jusqu’ici plutôt aperçue que décrite. On a vu un seul symptôme saillant, et voilà tout. Ses causes, sa marche, ses terminaisons, ses caractères anatomiques, si elle en a, sont également inconnus; son histoire générale n’existe pas. On dit qu’elle est nerveuse, et que le très-petit nombre de cada-
P1ILEGMASIES.
vres qu’on a ouverts n’ont rien appris. Raison de plus pour ne pas vouloir l’assimiler a l’aliénation paralytique, sur laquelle l’anatomie pathologique jette une si grande lumière. Peut-être qu’un jour, lorsque des faits nombreux auront pu être recueillis, trouvera-t-on, pour celte paralysie générale des gens raisonnables, des lésions cérébrales qui expliqueront ses symptômes. J’oserais assurer d’avance que ces lésions ne seront pas celles de la méningo-encéphalite. Cette paralysie générale progressive indique une compression également générale et progressive du cerveau. Pourquoi ne se ferait-il pas chez les malades un épanchement séreux graduel, une hydrocéphale progressive et essentielle sans inflammation préalable des méninges ni du cerveau? Ce sont la des présomptions à priori que je cherche a vérifier, et auxquelles je n’attache d’ailleurs que l’importance qu’elles méritent.
3° Pathocjénie . Comme confirmation de ma doctrine, il me reste a démontrer que les diverses lésions qui constituent la méningo-encéphalite chronique expliquent de la manière la plus naturelle les symptômes de l’aliénation paralytique dans toute leur succession, depuis leur invasion jusqu’à la mort.
Les malades, après avoir été soumis à l’influence d’excès de boissons, de coups et de blessures à la tête, de suppression d’un flux hémorrhoïdal, de chagrins, etc., sont atteints d’une congestion cérébrale qui, dans la moitié des cas, survient lentement, et qui , dans l’autre moitié, se manifeste tout à coup par des attaques apoplectiformes 5 aussi trouve-t-on toujours à l’autopsie une énorme injection des vaisseaux de la piemère et jamais d’hémorrhagie dans le parenchyme cérébral.
Bientôt cette congestion se renouvelle ou augmente, l’arachnoïde s’injecte à son tour et s’enflamme à un faible degré et dans quelques points -, le cerveau se trouve dès lors soumis à une double influence, à la compression qu’engendre la réplétion sanguine des vaisseaux et à l’irritation secondaire qu’entraînent les points de phlogose existants dans ses membranes. De là un trouble correspondant dans sa double fonction d’instrument des facultés intellectuelles et des mouve-
menls volontaires. La compression fait naître la paralysie générale commençante, ainsi que l’affaiblissement de l'intelligence; l’irritation provoque le délire et l’exaltation; aussi ces deux symptômes, l’aliénation et le trouble des mouvements, commencent et marchent ensemble d’un pas égal et proportionnel dans tout le cours de la maladie.
Les idées ambitieuses dominantes qui donnent a l’aliénation paralytique, et en particulier a sa première période, que je cherche a expliquer dans ce moment, une physionomie si singulière, sont un effet indirect des sensations de plaisir et de bien-être qu’éprouvent les malades. C’est exactement ce qui arrive dans Livresse; car l’ivresse qui, au lieu d’être un état passager, deviendrait permanente, ne serait autre chose que l’aliénation paralytique. L’homme ivre est gai, content et heureux, rien ne lui manque ; il a de la force, du courage, du talent; souvent il se croit riche et opulent; ses propos sont incohérents ; il est exalté et loquace; en même temps sa langue est embarrassée, il prononce avec lenteur et en bégayant; sa démarche est mal assurée et vacillante. N’est-ce pas la le tableau des paralytiques aliénés au premier degré?
Le passage de la première a la seconde période, c’est-à-dire à la période de manie, s’explique par une augmentation de l’inflammation chronique des méninges; cette phlegmasie peut conserver une médiocre intensité on s’étendre, soit aux deux surfaces libres de l’arachnoïde, soit à divers points subjacents de la substance grise du cerveau. Dans le premier cas, il se forme entre les feuillets de la membrane séreuse, des exsudations pseudo-membraneuses, des exhalations sanguines, des adhérences anormales. Dans le second cas, la superficie du cerveau s’enflamme consécutivement, se ramollit et contracte des adhérences plus ou moins nombreuses avec la pie-mère. Ces altérations successives qui, malgré leur intensité, conservent cependant une marche lente, chronique et apyrétique, produisent une réaction cérébrale violente : le délire est général et maniaque; l’agitation est plus ou moins grande, quelquefois excessive, continuelle, incoercible et spasmodique. C’est alors surtout qu’on voit survenir, chez
PH LEGMAS1ES.
plusieurs malades, des mouvements convulsifs variés, tels que des extensions tétaniques, des contractions, des tremblements, des attaques épileptiformes, des accès quotidiens ou tierces d'agitation violente. Cette agitation et les formes convulsives qu’on observe parfois aussi dans la troisième période sont des effets de l'encéphalite consécutive de la substance grise et de l'excitation générale du cerveau qu’elle produit
La deuxième période (qui manque au reste assez souvent) est suivie de la troisième, que j'ai appelée période de démence. Cette dernière phase est, sans contredit, la plus longue, puisqu’elle peut durer deux ou plusieurs années. Elle indique une nouvelle altération méningienne qui vient s’ajouter aux lésions qui existaient déjà. Comme dans toutes les phlegmasies séreuses, il se fait ici une exhalation graduelle et abondante de sérosité. Ce fluide s’accumule entre les deux feuillets de l’arachnoïde, s’infiltre dans le réseau cellulo-vasculaire de la pie-mère , s’amasse dans les ventricules latéraux , qui en sont souvent dilatés et distendus. Cette hydrocéphale symptomatique et progressive exerce sur le cerveau une compression qui augmente peu a peu et qui finit souvent par être si considérable qu’elle aplatit les circonvolutions, durcit la substance encéphalique, et qu’après la mort, a l’ouverture de la duremère, on voit le cerveau se dilater et revenir sur lui-même à mesure que la sérosité s’écoule. Alors à la réaction cérébrale que nous avons remarquée dans les deux premières périodes succèdent peu à peu l’affaissement et la prostration du cerveau manifestés a l’extérieur par les progrès de la paralysie générale et par la démence.
La parole, qui était lente et difficile, devient tremblante et souvent inintelligible-, la démarche, d’abord mal assurée, devient de plus en plus chancelante, vacillante, tremblante, et enfin impossible 5 les excrétions sont involontaires ; il y a anesthésie générale, et enfin, lorsque l’hydrocéphale est considérable, l’on voit quelques malades ne pouvoir plus ni se soutenir, ni parler, ni mouvoir les membres supérieurs.
Voyez les quinze Observations de la troisième série, p. 144 de mon ouvrage.
PATHOLOGIE SPÉCIALE
La paralysie de l’entendement suit une marche proportion nelle. Les facultés s’affaiblissent et s’oblitèrent de plus en plus, les idées sont très-bornées, entièrement incohérentes, souvent marquées encore au coin de l’ambition. Cet état de démence continuant a faire des progrès aboutit quelquefois a un état de stupidité si complète que tous les actes intellectuels et moraux sont également détruits ’.
Dans toutes les périodes de la méningite chronique, il survient des congestions cérébrales qui accélèrent sa marche et ses progrès vers une terminaison funeste.
Telle est la pathogénie a laquelle m’a conduit l’interprétation de tous les faits que j’ai observés.
Pronostic. La méningite chronique est une des maladies les plus graves dont l’homme puisse être atteint; puisque après l’avoir privé de sa raison, elle le conduit, a la suite de longues souffrances, a une mort presque certaine. Le danger qu’elle entraîne est cependant moins grand dans les deux premières périodes que dans la troisième, qui n’offre absolument aucun espoir de rétablissement ou même d’amélioration ; aussi le petit nombre d’exemples de guérison que j’ai observés n’étaient-ils pas encore parvenus a cette phase de la maladie. Le signe qui peut être considéré comme la mesure du degré de gravité de celte affection, c’est la paralysie incomplète. Lorsqu’on la voit diminuer, l’inflammation s’améliore; elle s’aggrave, au contraire, lorsque l’affaiblissement des mouvements volontaires fait des progrès. Les mouvements convulsifs, quelle que soit leur forme, les escarres gangréneuses, la diarrhée sont des signes très-fâcheux et ne surviennent que dans la période où la maladie est incurable et la mort prochaine. — Plus les attaques apoplectiques ou épileptiformes sont fréquentes , plus la maladie marche rapidement vers sa terminaison , et vice versa.
Traitement. — 1° Traitement préservatif. 11 consiste â éloigner les causes qui favorisent la congestion cérébrale et â combattre celle-ci lorsqu’elle existe. On conseillera aux malades de s’abstenir de vin pur et de liqueurs, d’entretenir la liberté
Voyez les neuf Observations de la deuxième série, p. 98 de mon ouvrage.
PHLEGMÀSIES.
de leurs excrétions par des lavements ou des laxatifs, de se faire appliquer des sangsues s’ils étaient sujets a des hémorrhoïdes qui ne soient pas revenues a l’époque accoutumée; enfin, de mener une vie paisible et tranquille , en évitant autant que possible les causes de chagrin. Lorsque la congestion existe , on la combat par les émissions sanguines générales et locales.
2° Traitement curatif. A l’époque où je fis connaître la méningite chronique , les aliénés paralytiques étaient confondus avec tous les individus en démence , et entièrement abandonnés comme incurables, et cependant les lésions méningiennes et cérébrales qui constituent cette maladie ne paraissent pas, du moins a priori , absolument au-dessus des ressources de l'art; il semble qu’à l’aide d’un traitement rationnel bien entendu on doit parvenir à diminuer l’effrayante mortalité de cette affection. Les indications qu'elle présente diffèrent suivant les périodes.
Traitement des deux premières périodes. Tout paraît prouver que dans ces deux phases de la méningite chronique il existe une forte congestion sanguine de la pie-mère des hémisphères cérébraux, et un travail inflammatoire qui a son siège dans le réseau cellulo-vasculaire de celte membrane, dans l’arachnoïde, qui lui adhère, et consécutivement une irritation plus ou moins vive de la substance grise de l’encéphale dans les points où elle est tapissée par les méninges enflammées. Dès lors, le traitement antiphlogistique paraît essentiellement indiqué. Les émissions sanguines occupent le premier rang; à moins d’indications particulières , on commencera par la saignée soit du bras , soit du pied, soit de la jugulaire. Ces deux dernières, qui sont à la fois déplétives et dérivatives, nous paraissent devoir être pratiquées de préférence. Dans le cas où la constitution et d’autres circonstances contre-indiqueraient la saignée, on la remplacera par les sangsues aux tempes ou derrière les oreilles. Dans tous les cas, on pourra en venir aux émissions sanguines locales lorsque la saignée aura été employée une ou plusieurs fois. Il ne faut point se laisser arrêter par une timidité déplacée dans la soustraction du sang. Tant que l’exaltation,
PATHOLOGIE SPÉCIALE
l’agitation , le délire et la paralysie persistent au même degré et que le pouls conserve sa force et son développement, on pourra répéter les émissions sanguines avec avantage. Si , apres leur usage, l'agitation et le délire diminuent tandis que la paralysie fait des progrès , on devra cesser de tirer du sang. En effet, ces symptômes indiquent qu'il se fait dans les ventricules et la pie-mère un épanchement séreux, et l'on sait que les évacuations sanguines favorisent la diathèse séreuse. — On seconde ces moyens par des pédiluves sina pisés, par des sinapismes aux extrémités, par des lavements purgatifs, et lorsqu'il n'y a aucun signe d’irritation gastrique ou intestinale, par des purgatifs doux, ou par des drastiques fréquemment répétés, suivant les circonstances. — Lorsqu'il y a beaucoup d'agitation, que la tête est chaude, la face rouge et animée, on pourra faire usage avec avantage d’applications fraîches sur la tête, et de bains tièdes pendant lesquels on arrosera la tête et la face d'eau fraîche et froide.
On fera usage, en même temps, chez les malades tranquilles ou dont l’agitation sera modérée, de vésicatoires, de moxas et de sétons a la nuque. Ces deux derniers moyens réussissent mieux en général que les vésicatoires, qui provoquent quelquefois une assez grande excitation nerveuse. — Nous conseillerions encore, comme antiphlogistiques, la poudre de digitale, en commençant par deux ou trois grains par jour, qu'on augmenterait ensuite graduellement jusqu'à huit ou dix, et les frictions mercurielles poussées jusqu’à la salivation; mais nous n'avons jusqu’ici aucun fait en faveur de l'utilité de ces remèdes, que nous n'avons jamais employés ni vu employer.
Traitement de la troisième période. Les émissions sanguines sont plutôt nuisibles qu’utiles dans celte période en favorisant les épanchements séreux. On ne doit point cependant les proscrire entièrement. C’est ainsi qu'elles deviennent indispensables lorsque les malades sont frappés tout à coup d'attaques de congestion cérébrale. En général , on doit se borner à cette époque de la maladie, aux purgatifs, lorsque l’état du ventre ne les contre-indique pas, aux moxas et aux sétons.
PHLEGMASIES.
Les soins hygiéniques que réclame la méningite chronique consistent dans l’isolement des malades, dans un régime composé d’aliments de facile digestion, principalement choisis dans le règne végétal, dont la quantité n’excédera pas celle qu'ils mangeaient avant d’être aliénés , et d’où l’on proscrira le vin pur , les liqueurs et le café, et dans une série de moyens de coercition et de contention. Lorsque leur agitation ne va pas jusqu’au point de les rendre dangereux pour les autres ou pour eux-mêmes, on les laisse libres de se promener dans les cours et jardins des établissements où ils sont renfermés. Dans les cas contraires, on leur met une camisole ou gilet de force dont les manches sont fort longues et servent a leur attacher les mains. Lorsqu’ils sont sales et que leurs déjections sont involontaires, on remplace leurs vêtements par une espèce de grande blouse de toile. Enfin, quand ils sont dans une agitation violente et furieuse , on les attache a l’aide de larges bandes sur un grand fauteuil bien rembourré , fixé lui-même au mur d’une manière solide.
Depuis l’époque déjà éloignée (1822, 1825 et 1826) où je découvris et décrivis dans tous ses détails l’aliénation paralytique suite de méningite chronique primitive, on n’a rien ajouté a ce que j’avais trouvé relativement a ses causes , ses symptômes, ses lésions anatomiques et ses signes 5 on a confirmé tous les résultats auxquels j’étais parvenu. Pourquoi fautil qu’il en soit de même du traitement? La maladie était presque toujours incurable alors, elle l’est encore aujourd’hui.
Encéphalite.
Ramollissement du cerveau, cérébrite.
Définition. On donne le nom d’encéphalite a l’inflammation du tissu du cerveau , du cervelet et de la protubérance cérébrale, inflammation qui a pour principaux caractères un ramollissement de ce tissu 1 , un affaiblissement de l’intelligence,
1 Dans beaucoup de cas, le ramollissement est blanc, diffiuent, et ne présente aucun des caractères anatomiques de l’inflammation.
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des contractures dans les membres ou une paralysie locale, lente et progressive.
Causes. — Causes 'prédisposantes. L’encéphalite attaque les deux sexes; cependant elle paraît plus fréquente chez les hommes que chez les femmes. On l’observe dans tous les âges, mais plus souvent de 65 à 75 ans. L’hypertrophie du cœur, la diminution ou la suppression d’hémorrhagies habituelles, l’abus des liqueurs spiritueuses, les chagrins prolongés favorisent son développement.
Causes occasionnelles. Les principales sont les violences extérieures agissant sur la tête , avec ou sans fracture du crâne , l’insolation, les excès de boissons, les passions vives et subites, l’irritation directe du cerveau par une esquille ou par un corps étranger, un caillot de sang, suite d’hémorrhagie cérébrale , la carie des os du crâne, la méningite chronique, la disparition brusque d’une hémorrhagie ou d’une phlegmasie. Dans beaucoup de cas, il n’existe aucune cause appréciable â laquelle on puisse attribuer la maladie.
Symptômes. — Prodromes. L’encéphalite débute parfois tout a coup ; d’autres fois elle est précédée de pesanteur de tête , de céphalalgie, d’étourdissements, d’obscurcissement de la vue, de fourmillements dans les membres, de faiblesse et d’engourdissement d’un côté du corps, de tintements d’oreilles, de changement dans le caractère, quelquefois d’attaques de congestion cérébrale. Elle présente des différences bien notables suivant qu’elle est aiguë ou chronique.
Encéphalite aigue. Ses symptômes offrent ordinairement deux périodes.
Première période. Elle commence par une céphalalgie plus ou moins intense, de caractère variable , ayant son siège dans toute la tête, ou dans un point circonscrit de son étendue. Cette douleur précède souvent les autres symptômes , depuis quelques jours jusqu’à quinze, vingt-cinq jours et plus; elle existe tantôt seule , tantôt accompagnée de vertiges , d’étourdissements, de tintements d’oreilles. Après un temps plus ou moins court ou prolongé, il survient chez la plupart des malades, dans les doigts, le poignet , le bras, les orteils, le pied,
PHLEGMASIES.
le membre inférieur d’un côté ou dans tout un côté du corps, des contractures tétaniques qui font que ces parties sont fléchies spasmodiquement et d’une manière plus ou moins permanente les unes sur les autres. Les efforts que l’on fait pour étendre les membres contractés provoquent de vives douleurs. La sensibilité de ces membres est diminuée ou abolie, quelquefois exaltée d’une manière si prononcée, que le simple toucher fait faire des grimaces de souffrance au malade ou lui arrache des cris. Plusieurs sujets éprouvent dans ces membres un sentiment d’engourdissement, de refroidissement, de fourmillement, etc. La céphalalgie qui existait au début paraît persister le plus souvent, soit que les malades puissent s’en plaindre, soit qu’on en juge par leurs mains qu’ils portent habituellement a la tête , du côté opposé a celui où existe la contracture. Les contractures sont précédées chez quelques malades de mouvements convulsifs qui reviennent sous forme d’attaques plus ou moins fréquentes. L’intelligence conserve son intégrité chez un certain nombre de sujets; mais le plus souvent elle est extrêmement affaiblie, les malades sont hébétés, presque stupides, leur mémoire est profondément altérée, leurs réponses sont lentes et incertaines lorsqu’ils peuvent parler; quelques-uns sont dans un état de somnolence, un très-petit nombre ont du délire. Dans cet état, la parole est conservée dans un certain nombre de cas; ordinairement elle est trèsdifficile, bégayée ou tout a fait impossible. Le pouls est ordinairement fréquent et développé, assez souvent dans son état normal, quelquefois ralenti. Les fonctions digestives sont généralement saines, excepté chez un petit nombre d’individus qui éprouvent des vomissements.
Cette période commence parfois d’une autre manière. Les malades, après avoir présenté les prodromes que nous avons indiqués , ou sans avoir offert aucune altération notable dans leur santé , sont tout a coup frappés d’une attaque apoplectique, avec perte ou diminution considérable du sentiment et du mouvement. La connaissance ne tarde pas ordinairement a revenir en totalité ou en partie, mais tout un côté du corps ou un seul membre tombent bientôt dans un état de flexion
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spasmodique ou contracture analogue a celle que nous venons de décrire. La maladie présente d’ailleurs les autres symptômes indiqués plus haut.
Deuxième période. La contracture des membres cesse au bout d’un temps variable ; ces parties rentrent dans l’extension , mais non par suite d’un effort de la volonté 5 elles sont, au contraire, frappées d’une paralysie complète, avec flaccidité et résolution. Au milieu de cette privation absolue de tout mouvement volontaire, le sentiment n’est pas toujours aboli 5 quelques malades conservent assez de sensibilité pour sentir les pincements un peu forts 5 un petit nombre éprouvent même des douleurs vives au moindre déplacement. L’affaiblissement de l’intelligence fait des progrès et finit par une abolition complète qui ne tarde pas à dégénérer en état comateux ; la respiration, d’abord fréquente, devient ensuite stertoreuse, et les malades succombent.
Il arrive quelquefois que la première période manque , et que les malades , après une attaque apoplectique , sont atteints d’une hémiplégie avec résolution , sans phénomènes spasmodiques préalables. Dans ce cas, la distinction de l’encéphalite d’avec l’hémorrhagie cérébrale est impossible.
Encéphalite chronique. Elle est le plus souvent primitive et commence par une diminution des forces musculaires, particulièrement des jambes. Les malades ont de la peine 'a marcher et font des chutes fréquentes ; leurs facultés s’affaiblissent d’une manière sensible. Cette paralysie incomplète affecte les deux membres d’un côté du corps, mais le plus souvent un seul , et dans ce cas, c’est surtout la jambe qui en est atteinte; elle est parfois accompagnée d’engourdissements dans cette partie, de fourmillements et de douleurs; elle fait des progrès lents, mais graduels, et dégénère enfiu en une hémiplégie complète avec flaccidité des membres. L’intelligence se perd peu a peu aussi , et les malades tombent enfin dans une sorte d’imbécillité. Le pouls est le plus souvent naturel , quelquefois fréquent; les fonctions digestives conservent ordinairement leur intégrité. Enfin , après un temps plus ou moins long , il survient un état comateux qui se termine par la mort.
P11LEGM ASIES.
Dans un certain nombre de cas, la paralysie lente et progressive qui constitue l’encéphalite chronique est précédée de la contracture des membres 5 mais ce fait est assez rare.
Terminaison et durée. Jusqu’à présent, on ne connaît guère d’exemples d’inflammation du cerveau qui ne se soit terminée par la mort. Dans l’encéphalite aiguë, le plus grand nombre des malades succombent entre le deuxième et le douzième jour, un certain nombre vivent jusqu’à la fin du premier mois. L’encéphalite chronique dure deux, trois, quatre mois- elle peut même se prolonger une ou plusieurs années.
Lésions anatomiques. A l’ouverture des cadavres qui ont succombé a l’encéphalite, on rencontre dans l’hémisphère opposé au côté du corps où existait la paralysie un ramollissement plus ou moins circonscrit de la substance cérébrale. Ce ramollissement se présente sous quatre aspects principaux-, il est blanc, rouge, purulent ou sous forme d’abcès. 1° Dans le ramollissement blanc , il y a une simple diminution de consistance du tissu cérébral qui conserve sa couleur , ou qui même est parfois plus pâle que dans son état naturel. Cette mollesse varie depuis celle d’une bouillie épaisse jusqu’à un état diffïuent et presque liquide. On observe principalement cette espèce d’altération chez les vieillards et à la suite des encéphalites chroniques. 2° Dans le ramollissement rouge , la substance corticale ou médullaire est affaissée et dans un état de mollesse semblable à celle du ramollissement blanc, mais elle est très-injectée ou colorée en rose , en rouge plus ou moins foncé, ou en brun. Elle présente parfois de très-petits épanchements de sang répandus ça et là au milieu de la bouillie cérébrale-, 3° d’autres fois le parenchyme encéphalique ramolli est infiltré d’un liquide purulent, grisâtre, blanchâtre, jaunâtre ou verdâtre; dans quelques cas, ce liquide ne paraît être qu’une sorte de sérosité; 4° enfin , on rencontre aussi ce pus réuni en foyers ou abcès plus ou moins volumineux. Lorsque la maladie a duré longtemps, les parois de ces cavités se recouvrent d’une fausse membrane ou kyste plus ou moins consistant. — La portion de substance cérébrale qui entoure les ramollissements conserve sa consistance normale. — L’étendue de cette
PATHOLOGIE SPÉCIALE
altération varie beaucoup • elle est ordinairement assez circonscrite et n’a guère que l’étendue d’une noisette, d’une noix ou d’un petit œuf- mais elle peut occuper la moitié ou la totalité d’un ou même des deux hémisphères. Le siège du ramollissement varie suivant les diverses parties du cerveau : envisagées sous le rapport de la fréquence de cette lésion , on peut classer celles-ci dans l’ordre suivant : lobes moyens, corps striés, lobes antérieurs, couches optiques, circonvolutions seules, un seul hémisphère dans presque toute son étendue. Les autres parties sont très-rarement atteintes -, c’est ainsi qu’il existe a peine des exemples de ramollissement de la protubérance cérébrale. — Lorsque l’encéphalite est compliquée d’hémorrhagie ou de méningite, on trouve en outre dans le cerveau les lésions propres a ces deux maladies.
Diagnostic. — 1° Signes pathognomoniques. On reconnaît l'encéphalite tantôt a des contractures d’un ou de plusieurs membres du même côté du corps, précédées de céphalalgie ou d’une attaque apolectique et suivies de paralysie des mêmes membres j tantôt a une paralysie lente et graduelle, avec affaiblissement des facultés intellectuelles. Mais dans certains cas une partie de ces signes manquent; les malades meurent dans le coma peu de temps après une attaque, avec perte de connaissance et privation des mouvements volontaires, ou bien ils restent hémiplégiques après une attaque apoplectique. Il est alors impossible de distinguer l'encéphalite de l’hémorrhagie cérébrale.
2° Nature des lésions cérébrales et rapports des symptômes avec ces lésions. Les lésions cérébrales que l'on rencontre h l’ouverture des individus qui ont succombé avec les symptômes décrits plus haut se présentent sous la forme d'un ramollissement plus ou moins considérable du parenchyme encéphalique. Mais ce ramollissement offre deux espèces bien distinctes : tantôt il est accompagné d’une injection sanguine et d’une rougeur plus ou moins marquée, ou d'une infiltration de pus qui dans certains cas est rassemblé en foyers-, tantôt, au contraire , la substance cérébrale ramollie n’offre aucune trace d’injection ni de pus; elle a exactement sa couleur or-
PHLEGMASIES.
dinaire, ou bien elle est plus pâle et plus blanche que dans son état naturel. La première espèce est évidemment le résultat d’une inflammation. Quant a la seconde, il est fort douteux qu'il en soit de meme; elle paraîtrait plutôt l’effet d’une lésion asthénique de la pulpe cérébrale. Les symptômes qui l’accompagnent tendent â favoriser cette opinion. En effet, c’est principalement chez les vieillards qu’on l’observe, et, au lieu des phénomènes de contraction qu’on remarque dans la première espèce de ramollissement, elle donne principalement lieu â une paralysie lente et progressive , qui n’est le plus souvent accompagnée d’aucun appareil fébrile. D’après ces idées, il semble que nous aurions dû distinguer cette espèce de ramollissement non inflammatoire du ramollissement inflammatoire ou encéphalite, et en faire deux maladies différentes. Mais cette opinion n’est pas a l’abri de plusieurs objections sérieuses; elle est, d’ailleurs, combattue par des auteurs qui font autorité en cette matière. Nous avons donc cru pouvoir réunir ces deux sortes de ramollissement sous le nom d’encéphalite, jusqu’à ce que des faits nouveaux et plus concluants aient permis de lever tous les doutes que renferme cette question. — L’inflammation de la substance cérébrale et le ramollissement qui en est la suite donnent lieu â des contractures et a la paralysie des membres du côté opposé â la lésion cérébrale; ce fait, dont la connaissance et l’explication par l’entre-croisemént des fibres de la moelle allongée remontent â Arélée, souffre cependant quelques exceptions extrêmement rares que nous avons fait connaître ailleurs ’. Peut-on diagnostiquer pendant la vie le siège, la nature, l’étendue et la forme du ramollissement cérébral d’après des modifications survenues dans les symptômes? Les diverses opinions émises jusqu’ici sur ces questions sont en opposition avec un trop grand nombre de faits contradictoires pour devenir des vérités acquises désormais a la science.
Pronostic. L’encéphalite est une des maladies les plus redoutables; elle se termine presque toujours par la mort, je
1 Mémoire sur la paralysie du même côté que la lésion cérébrale qui l’occa sionne. (Revue médicale , t. I, 1824.)
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dis presque toujours, car il n’est pas bien prouvé que le petit nombre de cas de guérison qu’on a cités appartinssent réellement a l’inflammation du cerveau. Toutefois, son pronostic est d’autant plus grave que la maladie est plus ancienne, que ses symptômes sont plus prononcés, que l’atteinte portée au sentiment, au mouvement et aux facultés est plus profonde. S’il y a quelque espoir de guérir cette maladie, ce ne peut être qu’a son début, lorsque le cerveau commence a s’enflammer dans un point de son étendue, et que sa désorganisation n’est pas encore opérée. Il est même probable qu’a cette époque on obtiendrait des guérisons assez fréquentes par un traitement convenable, s’il y avait des signes certains qui pussent la faire reconnaître. Malheureusement ces signes ne sont pas connus.
Traitement. S’il était bien prouvé que le ramollissement du cerveau est toujours le résultat d’une inflammation de cet organe , l’indication générale du traitement antiphlogistique en serait la conséquence. Mais nous avons vu plus haut qu’il est des cas où cette inflammation est douteuse et contestée. Ceci est surtout applicable h l’espèce que nous avons décrite sous le nom d’encéphalite chronique. De la, deux sortes de traitements.
1° Traitement de C encéphalite aiguë. Il peut avoir d’autant plus d’eflicacité qu’on y recourt h une époque plus rapprochée de l’origine de la maladie. Employé pendant que l’inflammation cérébrale en est encore aux prodromes, il est probable qu’on parviendrait plus souvent a en arrêter le cours 5 malheureusement les phénomènes précurseurs pouvant appartenir a la plupart des affections cérébrales inflammatoires ou simplement nerveuses, et n’ayant ordinairement que peu de gravité , on se décide rarement a les combattre par des moyens énergiques. Le traitement de l’encéphalite consiste dans l’emploi des saignées, des sangsues, des révulsifs intestinaux et cutanés, qu’on répète plus ou moins, suivant l'âge, la constitution des malades et l’intensité des symptômes qu’ils présentent. Lorsque le pouls est plein et développé, et qu’il y a des contractures et des rigidités, il faut répéter sans crainte
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les émissions sanguines générales et locales jusqu'à ce que la petitesse et la faiblesse du pouls annoncent qu'il serait dangereux de porter plus loin la diminution de la masse du sang. On secondera ces moyens par l’usage des purgatifs répétés, des pédiluves sinapisés et des sinapismes promenés sur les extrémités inférieures et par l’application des réfrigérants sur la tête, si celte partie est le siège d’une chaleur un peu intense. Si le sujet est naturellement faible, et que les symptômes inllammatoires ne soient pas très-prononcés , le même traitement convient encore, mais on sera plus sobre des émissions sanguines. Enfin lorsque l’encéphalite est parvenue à sa dernière période, que les membres sont tombés dans un état de résolution, que le pouls est faible, la soustraction du sang serait plus nuisible qu’utile. On doit se borner alors aux purgatifs, aux lavements laxatifs, a un séton a la nuque, aux pédiluves sinapisés, etc. — On prescrira la diète tant que les phénomènes de réaction persisteront, ainsi que l'usage des boissons délayantes et acidulées.
2° Traitement de l’ encéphalite chronique. Lorsque l’inflammation du cerveau n’est accompagnée d'aucun signe de congestion cérébrale, que le pouls n’est ni fréquent ni développé, que la maladie est caractérisée par une paralysie lente et progressive, la saignée n’est suivie en général d’aucun résultat avantageux. 11 est préférable, en pareil cas, de faire de temps en temps quelques applications de sangsues a l’anus ou aux tempes. C’est surtout dans ces cas qu’il convient de recourir a l’usage des purgatifs, des sétons a la nuque, des ventouses placées a la base du crâne, des révulsifs appliqués sur les membres inférieurs. •
Encéphalite cérébelleuse. L’inflammation du cervelet est très-rare en comparaison de celle du cerveau. Les faits particuliers publiés jusqu’ici sur cette maladie sont en trop petit nombre pour permettre d’en tracer une histoire générale. Voici les principaux symptômes qui ont été observés : plusieurs malades se plaignaient d’une douleur a l’occiput qui correspondait à la lésion du cervelet -, l’intelligence, intacte dans le plus grand nombre, était affaiblie et obtuse chez quelques-uns-, la maladie
avait débuté quelquefois par une perte subite de connaissance. Dans tous les cas, le mouvement était altéré; cette lésion consistait chez un petit nombre de sujets en une agitation convulsive des membres, et chez la plupart en une paralysie des membres du côté opposé à la lésion cérébelleuse, paralysie qui était survenue d'emblée, ou bien avait été précédée de contracture de ces parties, avec perte ou conservation de la sensibilité. Dans un petit nombre de cas, où le cervelet était ramolli dans la plus grande partie de son étendue, on avait observé tantôt des attaques épileptiformes, tantôt un délire érotique avec érection, tantôt une disposition à marcher a reculons. Les fonctions nutritives n'avaient offert en général aucune altération bien notable. — La lésion du cervelet consistait en un ramollissement analogue pour l'apparence a celui du cerveau. Il occupait presque toujours un des lobes de cet organe, quelquefois la totalité de son volume. — Le traitement de l'encéphalite cérébelleuse ne diffère point de celui de l’encéphalite cérébrale.
2e Genre. Phlegmasies de la moelle épinière et de ses membranes.
Méningite spinale.
Définition. La méningite spinale consiste dans l’inflammation de l'arachnoïde et de la pie-mère qui revêtent la moelle épinière. Elle est caractérisée par une douleur vive dans le dos, par un état convulsif des muscles de cette partie et souvent des membres , et par une exaltation de la sensibilité cutanée.
Cette maladie est assez rarement bornée au canal rachidien ; le plus souvent elle attaque en même temps les enveloppes du cerveau. Il ne sera question ici que du premier cas ; nous renvoyons pour le second a la méningite cérébrale décrite plus haut, et dont les symptômes et le traitement n’offrent aucune différence notable dans les cas où la phlegmasie s'est propagée aux membranes de la moelle.
Causes. Elles sont souvent fort obscures. Ce sont en géné-
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ral celles des inflammations , mais plus particulièrement les violences extérieures, les chutes, les contusions violentes de l’épine dorsale, les plaies de la moelle, les lésions des vertèbres, les efforts considérables, les refroidissements, les métastases rhumatismales, les suppressions des règles et des bémorrhoïdes. Cette maladie est ordinairement sporadique; elle a régné, il y a quelques années, d’une manière épidémique a l'hôpital de Versailles, où elle a fait périr un assez grand nombre d'individus, a Strasbourg , Avignon, etc.
Symptômes. La méningite spinale commence ordinairement par un sentiment de malaise et de fatigue dans les membres , par de la constipation, de la difficulté d’uriner, et quelquefois même par une rétention d’urine. Bientôt survient dans le dos, principalement dans la région lombaire, une douleur légère et sourde d’abord, qui se propage parfois aux membres inférieurs. Celte douleur augmente d’intensité et devient très-vive en se répandant du point où elle a son siège dans le reste de la colonne vertébrale; elle augmente par les mouvements du tronc, par la pression au-dessus du siège du mal, dont la peau est d’une sensibilité excessive; aussi les malades redoutent-ils les déplacements. Il n’est pas rare de voir la douleur propager ses irradiations non-seulement a toute l’étendue du dos, mais même aux membres, et dans ce cas les malades manifestent les plus vives souffrances au plus petit déplacement et même a la plus légère pression.
La douleur vertébrale est presque toujours accompagnée d'un état de contraction tétanique des muscles de la région postérieure du tronc , auquel il n’est pas rare de voir participer les membres. Cet état, qui se prononce surtout lorsqu’on fait éprouver quelque déplacement au malade , varie depuis la simple rigidité jusqu’à une sorte d’opistholonos qui produit le renversement de la tête et du tronc en arrière. Quelquefois, au lieu de cet état , il survient des convulsions générales. La douleur et l’état convulsif offrent ordinairement des rémissions plus ou moins sensibles , quelquefois même des intermittences irrégulières ; la sensibilité et la liberté des mouvements sont alors conservées sans altération notable. — La respiration est
diflicile et anhélante , le pouls fréquent, la peau chaude et parfois couverte de sueur lorsque la douleur revient par accès.
Marche et terminaisons. Les symptômes décrits plus haut augmentent graduellement d’intensité ; les douleurs et les rigidités musculaires s’étendent des membres inférieurs aux supérieurs et a tout le reste du corps; la respiration devient de plus en plus difïicilc, et les malades succombent du cinquième au vingtième jour, et quelquefois plus tard.
La méningite rachidienne est quelquefois légère dès le début et passe à l’état chronique. Elle peut alors se prolonger longtemps en donnant lieu seulement a des douleurs sourdes dans la région dorsale, avec un sentiment d’engourdissement dans cette région et de fatigue dans les membres. Elle peut se dissiper a la longue, ou finir, après plusieurs exacerbations, par passer a l’état aigu et par enlever les malades.
Lésions anatomiques. On trouve ordinairement a l’ouverture des sujets qui ont succombé a la méningite rachidienne une fausse membrane molle, d’un blanc jaunâtre , d’une épaisseur et d’une consistance variables, entourant la moelle épinière dans une étendue plus ou moins grande de son trajet. Celle exsudation peut être générale ou partielle , continue ou disposée par plaques irrégulières. Elle est placée ordinairement entre l’arachnoïde et la pie-mère de la moelle , quelquefois entre les deux feuillets delà première de ces membranes. Les méninges sont en même temps injectées et rouges. Le canal vertébral est le siège d’un épanchement trouble , jaunâtre, souvent floconneux. Quelquefois on ne rencontre dans ce canal qu’une collection de sérosité ou de sang accompagnée de rougeur générale ou locale des méninges rachidiennes. Dans certains cas, l'inflammation est bornée au feuillet arachnoïdien de la dure-mère , qui est rouge ou fortement injecté. Enfin on a quelquefois trouvé du pus infiltré dans le tissu cellulaire extérieur a cette enveloppe fibreuse. La substance de la moelle épinière participe parfois a l’inflammation de ses membranes et est sensiblement ramollie-, d’autres fois elle n’offre aucune altération appréciable. — La méningite spinale chronique donne lieu â l’épaississement et a l’opacité des enveloppes de la moelle
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et à des adhérences entre les deux feuillets de l'arachnoïde.
Diagnostic. Une douleur vive dans une étendue plus ou moins considérable de la colonne vertébrale, jointe a une roideur tétanique des muscles du dos et souvent des membres ou a des convulsions, est un signe a peu près certain de la méningite rachidienne. Ces symptômes peuvent exister dans la myélite, mais on observe en même temps des fourmillements dans les extrémités des membres et une paralysie progressive de ces parties, phénomènes qui manquent dans la méningite. Au reste, la moelle et ses enveloppes étant souvent enflammées en même temps, il n’est pas rare d’observer la réunion des caractères propres a la myélite et a la méningite spinale.
Pronostic. La méningite spinale est une maladie si grave, qu’on l’a vue bien rarement se terminer par la guérison , surtout dans les hôpitaux, où les malades n’entrent ordinairement que lorsqu’ils sont gravement atteints; mais dans la pratique privée, lorsque la maladie est légère et convenablement traitée, il est probable que les guérisons sont plus communes.
Traitement. On combat la méningite rachidienne d’abord par des saignées générales plus ou moins répétées, suivant la force du sujet, ensuite par des sangsues et des ventouses scarifiées appliquées le long de la colonne vertébrale sur les côtés des apophyses épineuses , par des bains tièdes longtemps prolongés, par des purgatifs légers et par des révulsifs sur les extrémités inférieures. On secondera l’effet de ces moyens par la diète et des boissons délayantes ou acidulées. Ce traitement échoue presque toujours, surtout contre la méningite épidémique. Celle-ci est probablement d’une nature spéciale, comme l’indiquent les éruptions qui surviennent souvent dans son cours. L’opium , a 4 , 6 , 8 grains par jour, a obtenu plus de succès qu’aucun autre médicament. — La méningite spinale chronique réclame l’emploi sur le siège du mal des rubéfiants, des pommades ammoniacale ou stibiée , des vésicatoires, des cautères, et a l’intérieur l’usage fréquent des purgatifs. — On aura soin de sonder souvent le malade si l’excrétion des urines est difficile.
Myélite.
Spinite , rachialgiie.
Définition. La myélite ou inflammation du tissu de la moelle épinière est caractérisée par une douleur dans un point de la colonne vertébrale , accompagnée d abord d’engourdissement et de faiblesse, et enfin de paralysie d’un ou de plusieurs membres.
Causes. Elles sont souvent fort obscures. Parmi celles qui sont manifestes et bien constatées, les principales sont les efforts, les chutes, les coups portés sur la colonne vertébrale, les fractures et les déplacements des vertèbres, les lésions de ces os et de leurs ligaments par suite de scrofules et de rachi lis. La suppression des règles et des hémorrhoïdes fluentes, le rhumatisme, la syphilis, les excès vénériens lui donnent quelquefois lieu ; mais dans beaucoup de cas on ne sait a quelle cause attribuer son développement.
Symptômes. La myélite est aiguë ou chronique.
Myélite aigue. La myélite aiguë débute ordinairement par un engourdissement et un affaiblissement des doigts ou des orteils, avec gêne du mouvement et fourmillement dans ces parties , et parfois avec un sentiment de froid. Ces symptômes remontent graduellement dans les membres et finissent par s’étendre jusqu’au tronc. Dans quelques cas l’invasion de cette maladie est marquée par des convulsions générales ou partielles 5 d’autres fois par des vomissements bilieux. Les malades éprouvent dès le début des premiers symptômes, ou peu de temps après, une douleur profonde plus ou moins vive dans un point de la longueur de la colonne vertébrale, douleur qui se propage quelquefois a toute l’étendue du dos. Cette douleur, que le décubitus sur le dos rend quelquefois plus vive, augmente ordinairement lorsqu’on presse les apophyses épineuses qui correspondent a la portion malade de la moelle. La paralysie incomplète suit tantôt une marche ascendante et se propage des orteils aux membres inférieurs, ensuite au tronc et aux membres supérieurs, tantôt une marche descen-
dante; c’est-a-dire qu’elle s’étend de haut en bas. Elle consiste le plus souvent dans un affaiblissement ou la privation simultanée du sentiment et du mouvement, quelquefois dans l’abolition d’une seule de ces facultés > principalement de la faculté motrice. La paralysie est ordinairement bornée dans les premiers temps k un seul membre d’un côté du corps ; elle se propage ensuite h l’autre membre du même côte, et enfin aux deux autres membres de l’autre côté; d autres fois , et le plus souvent , les extrémités inférieures s’affectent les premières et en même temps (paraplégie). La vessie et le rectum participent communément a cette paralysie; de faune constipation et une rétention d’urine plus ou moins opiniâtres; dans les derniers temps de la myélite , il n’est pas rare de voir succéder à ces symptômes un écoulement involontaire des urines et des matières fécales. Dans beaucoup de cas, les membres a demi paralysés sont pris de temps en temps de secousses convulsives et comme tétaniques. Le pouls est ordinairement fréquent , les battements du cœur sont forts et tumultueux, la respiration est plus ou moins embarrassée.
Ces symptômes nerveux sont propres a la myélite dorsale ou lombaire ; ils ne sont plus les mêmes lorsque l’inflammation occupe la moelle allongée ou la région cervicale du cordon rachidien. Dans le premier cas, on observe souvent un trouble des sens , du délire, le trismus, un embarras de la déglutition , phénomènes auxquels succède une hémiplégie plus ou moins subite, ou une paralysie générale. Dans le second cas, ces symptômes peuvent également se manifester; mais il s’y joint assez souvent une douleur vive a la nuque et a la partie postérieure du cou, une rigidité convulsive des muscles de cette région et des membres supérieurs, une grande gêne de la respiration et de la déglutition , et enfin la paralysie des membres convulsés.
Les symptômes de la myélite aiguë peuvent présenter de nombreuses variétés.
Myélite chronique. Ses symptômes sont a peu près les mêmes que ceux de la myélite aiguë , mais ils se développent lentement, graduellement et sans appareil fébrile. Certains
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malades éprouvent, longtemps avant les phénomènes de paralysie, des douleurs le long du dos et dans les membres, qui augmentent beaucoup par la plus légère pression de ces parties. L’engourdissement et la faiblesse des extrémités par lesquels débute ordinairement cette phlegmasie chronique sont en général plus prononcés le matin en sortant du lit que lorsque les malades ont marché pendant un certain temps. A mesure que ces phénomènes font des progrès, la démarche devient de plus en plus difficile 5 les malades ont beaucoup de peine a soulever les pieds du sol ; ils marchent en se courbant en arrière et en traînant les pieds, dont la pointe reste souvent baissée vers la terre. Il n’est pas rare de voir les membres paralysés tomber au bout d’un certain temps dans un état de contracture permanente, qu’on ne fait cesser momentanément qu’en occasionnant une douleur plus ou moins vive. Ils sont quelquefois agités de secousses convulsives. La peau de “ces parties est moins chaude que celle des régions du corps qui jouissent de la liberté de leurs mouvements; elle est en outre sèche et souvent œdématiée a un degré quelconque , principalement aux pieds et aux mains. A ces symptômes se joignent des palpitations, de l’essoufflement, des accès fréquents de suffocation , une constipation opiniâtre, une grande difficulté dans l’excrétion de l’urine, et quelquefois un sentiment de forte constriction des parois de l'abdomen. Les malades conservent l’intégrité de leurs facultés.
Marche. — Durée. — Terminaison. La myélite a une marche graduellement croissante; celle qui est aiguë augmente parfois avec une telle rapidité, qu’elle enlève les malades en moins de vingt-quatre heures. Elle se termine presque toujours par la mort, qui survient ordinairement du troisième au quatrième jour; elle peut cependant durer quinze jours ou un mois. — La myélite chronique a une durée indéterminée; son terme le plus ordinaire est d’un à quatre ans, mais elle peut se prolonger dix, quinze ou vingt; elle se termine par la guérison beaucoup plus souvent que la myélite aiguë.
Lésions anatomiques. Ces lésions consistent en général dans le ramollissement et quelquefois dans l’endurcissement de la
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substance médullaire. Ce ramollissement offre des degrés nombreux, depuis une légère diminution de consistance circonscrite dans une petite étendue de la moelle, jusqu’à une mollesse dilïluente de cet organe, ou a sa réduction en un liquide jaunâtre et puriforme. 11 peut occuper toute l’épaisseur du cordon ou seulement une de ses moitiés latérales. Dans le premier cas, le centre est ordinairement plus mou que la circonférence. Son étendue et son siège sont également variables. Bornée quelquefois a quelques lignes ou a un demi-pouce, cette altération peut s’étendre a plusieurs pouces, a une région entière de la colonne vertébrale ou a plusieurs régions. Son siège le plus fréquent est aux régions dorsale ou cervicale de la moelle^ vient ensuite la région lombaire, et enfin la moelle allongée. La substance médullaire ramollie est tantôt injectée ou rouge, tantôt de sa couleur naturelle -ou plus pâle; les membranes qui enveloppent la moelle dans le point affecté sont ordinairement rouges et épaissies.
L’endurcissement de la moelle est une lésion beaucoup plus rare que son ramollissement ; il paraît être le résultat d’un mode particulier de l’inflammation chronique de cet organe. C’est un point encore sujet à contestation.
Diagnostic. On reconnaît la myélite aux signes suivants : engourdissement, faiblesse, paralysie ou état convulsif d’un ou des deux membres inférieurs, ou des membres supérieurs coïncidant avec une douleur dans un point de la colonne vertébrale ou le long de son trajet, sans altération des facultés intellectuelles. Lorsque les membres inférieurs sont seuls affectés, c’est un indice que l’inflammation a son siège dans les portions lombaire ou dorsale de la moelle. La paralysie des membres supérieurs provient de l’inflammation de la portion cervicale. La myélite de la moelle allongée est presque impossible à diagnostiquer, parce que ses symptômes ont la plus grande ressemblance avec ceux de l’encéphalite.
Pronostic. La myélite est une maladie fort grave. Celle qui est aiguë, et qui est assez avancée pour produire le ramollissement de la moelle, est presque toujours mortelle; mais, dans les premiers temps, lorsque la texture de cet organe
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n’est pas encore sensiblement altérée, un traitement convenable peut en obtenir la guérison 5 les exemples d’une heureuse terminaison sont malheureusement très-rares. — La myélite chronique, quoique guérissant rarement, offre cependant plus de chances favorables que l’inflammation aiguë.
Traitement. C’est surtout a son début qu’on peut espérer d’arrêter les progrès de la myélite aiguë. Les saignées générales, plus ou moins répétées suivant la force des sujets, les sangsues appliquées le long de la colonne vertébrale, les ventouses scarifiées, les lavements laxatifs ou purgatifs, les bains lièdes, les boissons délayantes et la diète sont les moyens indiqués en pareil cas. Lorsqu’on est parvenu a surmonter les phénomènes de réaction , au bout d’un mois ou d’un mois et demi, on conseille de faire usage de douches d’eau fortement salée, chaude à 33 ou 34 degrés, et dirigées sur la colonne vertébrale, et d’appliquer deux cautères sur les côtes des apophyses épineuses qui étaient ou qui sont encore le siège de la douleur. Lorsque la myélite paraît se rattacher à une cause rhumatismale, on promène un grand nombre de vésicatoires volants sur toute la surface de l’épine. Un traitement antivénérien est indiqué, lorsque la maladie offre dans son origine et dans ses symptômes quelque chose de syphilitique.
Dans la myélite chronique, lorsqu’il y a une douleur un peu vive, on fait usage également des émissions sanguines, mais avec beaucoup plus de modération que dans la myélite aiguë. Lorsque cette douleur n’existe pas ou est très-légère, et que la paralysie est le seul symptôme de la maladie, on a recours aux révulsifs sous toutes les formes, vésicatoires volants, moxa, cautères, sétons appliqués sur la colonne vertébrale, purgatifs répétés. On fait usage avec avantage des douches d’eau chaude et salée, et des bains de mer. La strychnine, a la dose d’un douzième de grain, a été quelquefois utile. L’hydrochlorate de morphine, à la dose d’un quart ou d’un demi-grain, peut être employé avec avantage par la méthode endermique pour calmer les élancements douloureux qu’éprouvent parfois les malades dans les membres paralysés. La rétention d’urine exige qu’on sonde fréquemment les malades. Lorsqu’il
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y a écoulement continuel et involontaire de ce liquide , on laisse a demeure un urinai ou une sonde fermée. Ollivier (d’Angers) est parvenu a prévenir cette incommodité, par l'usage intérieur de la teinture de cantharides. On combat la constipation par les lavements ordinaires ou purgatifs.
3e Genre. Fhlegmasies des nerfs.
Névrite.
Définition. On donne le nom de névrite a l’inflammation des nerfs.
Causes. La névrite affecte le plus souvent les hommes, les adultes, les sujets forts et sanguins. Elle est ordinairement occasionnée par les chutes, les contusions, les piqûres, les déchirures, le travail de l’enfantement, les transitions brusques d’une température a une autre, le corps étant en sueur, par l’impression d’un froid humide, surtout lorsqu’on couche sur la terre pendant la nuit, par la suppression d’une hémorrhagie habituelle, d’une phlegmasie cutanée.
Symptômes. Les malades éprouvent dans le trajet d’un neil* une douleur continue , faisant ordinairement éprouver une sensation de déchirement, d’élancement ou d’engourdissement, présentant des rémissions et des exacerbations, augmentant par la pression et par les mouvements, accompagnée d’une sensation de chaleur de lapaîtie malade, et quelquefois, lorsque le nerf enflammé est superficiel, d’un peu de rougeur à la peau, ou même d’un léger gonflement appréciable au toucher. Si la névrite offre un certain degré d’intensité, la fièvre se joint a ces symptômes. Tous les nerfs sont susceptibles d’être atteints d’inflammation , mais plus particulièrement le nerf sciatique; on l’a observée aussi dans les nerfs médian et cubital. — La névrite n’a pas une durée bien déterminée; convenablement traitée, elle se termine ordinairement d’une manière favorable : elle peut passer a l’état chronique, et finir par occasionner la paralysie et l’atrophie du membre malade, lorsqu’elle affecte le nerf sciatique.
PATHOLOGIE SPÉCIALE
Lésions anatomiques. A l’ouverture des cadavres, les nerfs qui ont été enflammés sont injectés, rouges, tuméfiés, indurés, ramollis, infiltrés d’une sérosité limpide, sanguinolente, purulente. Dans beaucoup de cas, le névrilème paraît pire le siège de ces altérations, qui ne pénètrent point jusqu’à la substance nerveuse elle-même.
Diagnostic. Une douleur continue, ayant son siège dans le trajet d’un nerf, augmentant par la pression et par les mouvements, tel est le signe auquel on reconnaît la névrite. On ne peut confondre celte maladie qu’avec les névralgies; mais, dans ces dernières affections, la douleur est intermittente, subite, instantanée; elle s’irradie dans les ramifications d’un nerf; elle est plutôt soulagée qu’augmentée par la pression ; elle ne provoque aucun phénomène général de réaction.
Pronostic. La névrite n’est point en général une maladie dangereuse ; elle ne pourrait compromettre la vie des malades que dans le cas où elle serait très-aiguë et très-intense, et qu’elle occuperait un gros tronc nerveux, comme le nerf sciatique.
Traitement. Si la névrite est vive et accompagnée de fièvre, la saignée est indiquée , à moins que le malade ne soit d’une constitution faible et délicate. Dans les autres circonstances, on se borne à l’emploi des sangsues appliquées sur le siège de la douleur. On doit insister sur les émissions sanguines locales, tant qu’elles produisent un effet avantageux. On en seconde l’action par les bains émollients et par les cataplasmes de farine de graine de lin , rendus plus calmants en les délayant avec une décoction de têtes de pavot, ou avec une infusion de belladone, de morelle, de ciguë, par les boissons délayantes et une diète plus ou moins rigoureuse, suivant qu’il y a ou non réaction générale. Lorsqu’on est parvenu à l’aide du traitement antiphlogistique à calmer les phénomènes d’inflammation aiguë , on peut faire avec avantage sur la partie malade des embrocations opiacées et camphrées, des frictions avec le laudanum, la belladone, le baume nerval. — La névrite chronique réclame l’emploi des vésicatoires volants promenés au-dessus du nerf enflammé, des bains de vapeur, des douches et des bains d’eaux et de boues sulfureuses, des eau-
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lères et des moxas placés sur le trajet du nerf malade. On a conseillé aussi, lorsque la névrite chronique résiste à tous ces moyens, l’emploi de la teinture de cantharides, du liniment ammoniacal, de l’onguent mercuriel, de l’électricité, etc.
3e Section. Phlegmasies des organes locomoteurs.
Myosite ou inflammation des muscles.
La véritable inflammation des muscles est une maladie extrêmement rare; elle se développe sous l’influence de violences extérieures, telles que des chutes, des coups, un exercice excessif, etc. Les symptômes auxquels elle donne lieu sont la douleur et le gonflement de la partie malade, l’impossibilité de contracter les muscles enflammés et de faire mouvoir la partie où ils ont leur siège. Lorsque la suppuration survient , la tuméfaction augmente et s’accompagne parfois de fluctuation. On a trouvé chez des individus qui avaient succombé a cette affection ou a d’autres maladies, les muscles qui avaient été enflammés, très-rouges, très-injectés, plus mous que dans l’état sain , parfois infiltrés d’une sérosité trouble ou sanguinolente, ou même de sang. Dans ce dernier cas, le parenchyme musculaire était très-ramolli et changé en une pulpe d’une couleur lie de vin. La seule maladie avec laquelle on pourrait confondre la myosite, c’est le rhumatisme. On distinguera cette dernière affection aux caractères suivants : elle doit toujours son origine a un refroidissement et jamais à une violence extérieure; elle est rarement accompagnée de tuméfaction, elle se déplace avec une grande facilité, pouvant se promener successivement dans toutes les parties du système musculaire-, elle ne donne lieu à aucune espèce d’altération appréciable des muscles ; point d’injection, de rougeur ni de ramollissement de ces organes , qui offrent tous leurs caractères naturels. D’après ces raisons et plusieurs autres que nous exposerons plus loin, a l’exemple de plusieurs auteurs célèbres, et entre autres d’Hufeland , nous n’avons pas cru
PATHOLOGIE SPÉCIALE
devoir placer les maladies rhumatismales dans les phlegmasics, et nous en avons fait une classe a part, a côté des maladies goutteuses. — Le traitement de la myosite consiste dans les émissions sanguines générales et locales, les topiques émollients, les bains mucilagineux , etc.