CHAPITRE PREMIER
ETIOLOGIE Oll DES CAUSES DES MALADIES»
Les causes des maladies sont toutes les circonstances, toutes les influences, extérieures ou intérieures , capables de les
1 Cet ouvrage étant surtout consacré à la description de chaque maladie en particulier, c’est-à-dire à la pathologie spéciale, nous ne donnerons sur la pathologie générale que les notions les plus élémentaires et les plus indispensables pour bien faire comprendre l’histoire des maladies étudiées individuellement.
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produire ou de concourir a leur développement. Leur nombre est très-considérable, et les espèces qu’on en a admises trèsnombreuses. La division la plus importante et la plus utile de toutes , parce qu’elle porte sur leur mode d’action , est aussi celle que nous adopterons. Il y a trois espèces de causes : 1° les causes prédisposantes ; 2° les causes occasionnelles ou excitantes; 3° les causes prochaines.
ARTICLE PREMIER
CAUSES PRÉDISPOSANTES.
Le nom de ces causes indique bien leur caractère. Elles prédisposent les individus sur lesquels elles agissent a être atteints des maladies, elles en préparent le développement par leur action lente et progressive; elles rendent l’organisme de plus en plus apte a leur invasion. Ce sont évidemment les plus graves et les plus puissantes des causes et celles qui donnent lieu aux maladies les plus dangereuses, car elles exercent sur l’organisme des modifications graduelles et latentes dont l’effet est d’autant plus funeste que leur action a été plus longue et plus ignorée.
Elles sont hygiéniques ou pathologiques , c’est-à-dire qu’elles consistent dans les influences intérieures ou extérieures auxquelles l’homme est soumis dans l’état de santé, et dont l’étude est du ressort de l’hygiène , ou bien dans l’action de diverses maladies qui tendent a en développer d’autres.
§ 1er. Causes prédisposantes hygiéniques.
Elles se subdivisent en constitutionnelles et en hygiéniques proprement dites.
I. Les premières se tirent des divers états de l’organisme sain , depuis la naissance jusqu’à la vieillesse ; elles sont purement individuelles. Ce sont : l’origine, le sexe, l’âge, le tempérament , les habitudes , le genre de vie , les professions , la grossesse, l’idiosyncrasie, la partie faible, etc.
1° Origine. Les enfants apportent en naissant une disposi-
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lion plus ou moins grande à être atteints des mêmes maladies que leurs père, mère, aïeux et aïeules et même que d’autres membres plus éloignés de leur famille ; ces prédispositions héréditaires s’appliquent a une foule de maladies , mais surtout a celles qui sont chroniques. L’hérédité est, sans nul doute, la plus puissante et la plus grave des prédispositions, celle qui engendre le plus de maladies, et contre laquelle l’art lutte souvent sans succès. On en trouvera de nombreuses preuves dans la pathologie spéciale.
L2° Sexe. Les deux sexes ont des maladies qui leur sont exclusivement propres, celles des organes sexuels; et comme chez la femme ces organes sont chargés de fonctions bien plus nombreuses et plus compliquées que chez l’homme, la grossesse, l'accouchement et l’allaitement, il s’ensuit qu’elle est naturellement prédisposée par son sexe a des affections également plus nombreuses et plus grave que celui-ci. Sa constitution plus délicate, plus irritable et plus sensible, l’expose davantage aux maladies nerveuses et a celles qui sont accompagnées de faiblesse , comme la chlorose , le raclai lis , les scrofules, etc. L’homme, au contraire, est plus souvent atteint des maladies où domine l’excitation , comme les phlegmasies, l’apoplexie, etc. Ajoutons que les deux sexes sont encore prédisposés a une fouie de maladies qui tiennent a la vie sédentaire et renfermée de l’un et a la vie extérieure de l’autre.
3° Ages. Chaque âge prédispose a certaines maladies; dans l’enfance , ce sont principalement les accidents de la dentition , le croup, les lièvres éruptives, les maladies de la tête ; dans l’adolescence, les maladies de poitrine; dans l'âge mûr, les maladies du ventre , et dans la vieillesse, les maladies du ventre et de la tête.
4° Tempérament. Le tempérament et la constitution consistant dans la prédominance d’un ou de plusieurs des appareils organiques qui composent l’économie, on conçoit que cette prédominance doit être déjà un pas vers la maladie; c’est ce que confirme l’observation. Le tempérament sanguin est plus particulièrement sujet aux lièvres et aux inflammations; le tempérament lymphatique , aux maladies par débilité, aux hydro-
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piaios, aux scrofules, h la phthisie, au carreau, au rachitis • le tempérament nerveux , aux différentes espèces de névroses; le tempérament bilieux, aux maladies du foie, de l’estomac, des intestins ; l’athlétique, aux maladies des muscles, etc.
5° Habitudes. L’habitude de répéter certains actes, de se livrer b certaines actions, prédispose a plusieurs maladies dont l'invasion ne serait nullement a craindre sans la fréquence de ces actes ou de ces actions. Les exemples en sont trop communs pour ne pas être connus de tout le monde. Nous nous dispenserons donc d’en rapporter ici.
6° Professions. Les professions et le genre de vie sont encore des prédispositions très-ordinaires a beaucoup de maladies. Les hommes occupés par état aux travaux de cabinet, livrés aux contentions d’esprit , a des études profondes, sont plus particulièrement sujets aux maladies nerveuses et cérébrales; ceux qui s’adonnent aux travaux de la campagne sont plus exposés aux fièvres continues ou intermittentes, et aux différentes espèces de lésions physiques-, les gens de mer , aux affections scorbutiques; les militaires, aux plaies par armes a feu-, les blanchisseurs, aux varices, a l’œdème et aux ulcères des extrémités inférieures; les cordonniers et les tailleurs, aux maladies chroniques de l’estomac ; les peintres, a la colique saturnine, etc.
7° Grossesse. Les femmes enceintes sont sujettes h des vomissements , au pica, aux varices, a l’œdème des membres inférieurs, a la phlegmasia alba dolens, a de petits accès de fièvre éphémère , etc.
8° Idiosyncrasie. Quoiqu'on ait ramené les constitutions et les tempéraments 'a un certain nombre de types principaux , cependant, quand on examine les hommes en particulier, il est rare qu’on rencontre les types constitutionnels bien tranchés. Chaque individu a une constitution qui lui est propre et qui diffère de celle des autres; c’est la ce qu’on nomme idiosijncrasie , et dont il faut tenir un grand compte en pathologie et en thérapeutique. Beaucoup de maladies reconnaissent leur principale cause prédisposante dans l’idiosyncrasie.
9 0 Partie faible. [| est rare qu’il y ait une harmonie parfaite
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dans les divers organes de l’homme. La plupart des individus ont une partie plus faible que les autres, et qui est atteinte de préférence par les causes morbifiques.
II. Les deuxièmes, OU les causes prédisposantes hygiéniques proprement dites , embrassent toutes les influences extérieures ou intérieures qui font le sujet de l’hygiène , et dont les variations et les changements, par leur action longue et prolongée sur l’économie , peuvent prédisposer a de nombreuses maladies. Il y a six classes de ces causes, qui comprennent les influences atmosphériques, les vêtements, les aliments et les boissons, les excrétions, le mouvement et le repos, et le moral de l’homme. On les comprend sous les noms latins suivants : circumfusa , appLicata , ingesta, excréta, gesta et percepta .
1° Circumfusa. Ce sont toutes les modifications dans les qualités de l’atmosphère dans laquelle nous sommes plongés 5 les principales consistent dans un air froid et sec, froid et humide , chaud et sec , chaud et humide -, dans l’action des vents , dans la privation de la lumière, dans l’action de l’électricité atmosphérique, dans l’influence des saisons • l’hiver , le printemps , l’été et l’automne ont chacun des maladies qui régnent plus particulièrement pendant leur durée, et qui ne se montrent point dans le cours des autres saisons-, dans les divers lieux d’habitation , dans les climats. Tout le monde sait que les circonstances atmosphériques et terrestres qui constituent ce qu’on appelle climat engendrent beaucoup d’affections. Indépendamment de ces causes qui agissent sur un grand nombre de personnes , il en est du même ordre qui sont purement individuelles et qui se rattachent souvent au genre de vie ou à la profession ; telles sont une habitation dans un lieu clos , étroit , bien chauffé ; la fréquentation des hôpitaux , etc.
Nous n’indiquerons point ici les nombreuses maladies auxquelles peuvent exposer les influences dont nous venons de parler; ce qui nous entraînerait au delà des bornes que nous avons dû nous prescrire dans cet ouvrage.
2° AppLicata. Des vêtements trop légers , trop chauds , trop étroits, humides, l’habitude des bains froids, tièdes ou chauds, etc., exposent h la longue k diverses maladies.
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3° Ingesta. Cette classe comprend toutes les modifications et les altérations que peuvent éprouver les aliments et les boissons dont nous nous nourrissons-, savoir, l’augmentation ou la diminution dans leur quantité, leurs mauvaises qualités, dont le nombre varie a l'infini , un régime exclusivement végétal ou animal, l’abus des boissons fermentées et des liqueurs, des eaux impures , corrompues ou contenant certaines matières nuisibles, l’abus des assaisonnements, des aromates, des médicaments , etc.
4° Excréta. Des sueurs abondantes et excessives , une sécrétion trop considérable de lait, de salive, l’abus du coït, la masturbation , la suppression des évacuations naturelles et artificielles favorisent également le développement d’un grand nombre d’affections.
5° Gesta. Des travaux du corps trop énervants, une fatigue excessive , l’oisiveté , le défaut d’exercice , le sommeil ou la veille trop peu ou trop prolongés , prédisposent aussi à plusieurs maladies.
6° Percepta. Enfin, on compte comme causes prédisposantes des sensations trop faibles ou trop vives , trop ou trop peu d’exercice de l’entendement, les passions violentes et profondes, surtout celles qui sont tristes et oppressives : l’ambition, l’orgueil, l’amour, la haine, la crainte, la jalousie, etc.
§ 2. Causes prédisposantes pathologiques .
Dans l’économie saine ou malade, tout se tient et s’enchaîne. Les effets deviennent des causes et les causes sont des effets relativement a des causes d’un ordre plus relevé. Les maladies, résultats d’influences plus ou moins nombreuses, favorisent souvent le développement d’autres affections. C’est ainsi que les tubercules pulmonaires prédisposent a l’hémoptysie -, les dilatations du cœur, à l’apoplexie et aux congestions cérébrales -, les aliénations mentales, aux phlegmasies chroniques des membranes séreuses et à celles de la membrane muqueuse gastro intestinale -, les maladies vénériennes, aux affections scrofuleuses, etc.
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