Les plus importants de l'Ancien Testament * sont
a] Le Troisième livre d'Esdras que les Septante nomment premier livre d'Esdras. — Il a été composé en grec, vraisemblablement au ii*^ siècle avant J.-C. fil est cité pour la première fois, par Josephe). C'est une compilation sans valeur des derniers chapitres des Paralipomènes, de tout le livre canonique d'Esdras et d'une partie du livre de Xéhémie; il n'y a de nouveau que le passage fiii-v, 6j où est racontée la façon dont Zorobabel s'acquit la faveur de Darius.
b) Le Quatrième livre d'Esdras, composé en grec, au temps de Domitien. Nous ne l'avons que par des versions dont l'une en latin. L'auteur est Juif, bien qu'on trouve au commencement (ch. i-n) et à la fin (ch. xv-xvi) quelques additions chrétiennes. — Sept visions dont Esdras aurait été favorisé forment le contenu de l'œuvre primitive. — Le qua-
■1. Les apocryplies de l'Ancien Testament ont été rassemblés pour la première fois par Fabricias dans son Codex PseudejAf/rapliufi (2 vol.. Haml)ourg, l~r2-2 à 17-23 . — Les textes grecs (et en partie aussi les latins ont été réunis par Krltzsche : Lihri npocr. vet. tesl. grcipce. Lipsiae, 1871. — Dns Buch Henoch a été public par Flenimtnir itraduction allemande du texte éthiopien) et Railoriiiaclier (fragmenls grecs) (Leipzig, 1Î>01 .— V Apocalypse d'Abralmm a été publiée par Itonwetsch dans Studien zur Geschichte der Theologie und Kinlir. I (18'J"), Heft 1. — M. l'abbé Fr. Martin vient d'entreprendre une collection des Apocryphes de l'A.T. Le premier volume {Henoch) est sous i)resse. Paris.
Le meilleur aperçu général sur les apocryphes de l'Ancien Testament se trouve dans Scbiirer, Geschichte des Jüdischen Volkes. t. in. 100 sq., Leipzig, 1898, IS« édit. — Cf. aussi Movrrs Kaiilon dans Wcl/.er und Weites, Kirchenlrxicon, I, 1048 sq. — Pour les apocryphes de l'A. et du N. Testament voir aussi aiticles des divers dictionnaires (le la Bible ou de théologie et les Introductions bibliques.
LA LIÏTEIIATURE i>E L'AGE APOSTOLIQUE. 15
trième livre d'Esdras a été cité comme canonique par un grand nombre de Pères et quelques passages ont été introduits dans l'ofTice liturgique de l'Eglise.
c) Le fameux Livre d'Hénoch qui fait aussi partie de la littérature apocalyptique. — Il est cité dans l'épître canonique de saint Jude {{>. 14) ; et les Pères des quatre premiers siècles s'en sont souvent servis comme d'une œuvre authentique ; au moyen âge, on en perdit la trace. Nous le connaissons par une version éthiopienne. (Les 32 premiers chapitres se trouvent aussi en grec sur un manuscrit que M. B ourlant a découvert dans un tombeau égyptien, pendant l'hiver de 1886-87, et qu'il a publié en 1892), — Le livre d'Hénoch est d'origine hébraïque. Ce n'est pas une œuvre d'un seul jet mais une compilation de morceaux divers composés par des Juifs du ii*^ siècle avant J.-C. et placés sous le nom d'Hénoch.
L'ensemble est une série bigarrée de révélations qui auraient été faites par les anges au Patriarche Hénoch durant ses pérégrinations à travers le ciel et la terre. Elles ont trait aux mystères de l'histoire des anges et des hommes, du ciel et de l'enfer ^ .
d) Le Livre des jubilés (désigné parfois sous le nom de petite Genèse]. Il a été écrit en hébreu, au i" siècle de notre ère, mais, comme le précédent, il ne nous est parvenu qu'en éthiopien. — C'est une reproduction libre et notablement accrue des récits
1. Fr. Martin, Les doctrines du Livre d'Hénoch, clans Rev. du clergé franc. (15 déc. 1905 et 15 fév. 1906).
de la Genèse et de TExode, qui se présente sous la forme dune révélation faite à Moyse sur le Sinaï. Lauteur connaît les noms de tous les fds d'Adam et même de toutes les femmes des patriarches depuis Adam jusqu'aux douze enfants de Jacob. Il indique, pour chaque événement, le mois, l'année, la période jubilaire; de là son nom.
e) Le Troisième livre des Macchabées, écrit et conservé en grec. Il raconte comment Ptolémée IV (f 205), étant entré dans le temple de Jérusalem et ayant voulu pénétrer dans le Saint des Saints, fut jeté à terre sans connaissance, comment il chercha dès lors par toutes sortes de moyens à se venger sur les juifs d'Egypte de cette humiliation et comment, ayant enfin reconnu son impuissance, il devint leur ami et leur bienfaiteur.
Le contenu de ce livre paraît être imaginaire pour la plus grande partie, bien que le fond du récit ait peut-être quelque valeur historique. — La date de sa composition est vraisemblablement lépoque du Christ. — L'Eglise grecque tenait ce livre en haute estime, et dans le 85* canon apostolique il figure parmi les écrits inspirés.
/} L'Apocalypse d'Abraham, qui ne nous a été conservée qu'en une traduction slave. Elle raconte qu'Abraham, en compagnie d'un ange, monta au ciel sur une colombe et y reçut des révélations. — D'origine juive, le livre a été retouché par une main chrétienne.
g) L'Apocalypse de Baruch, qui nous est parvenue en syriaque. Elle se donne comme l'œuvre de
Baruch et rapporte les révélations dont ce prophète a été favorisé. En réalité, elle n'a été composée qu'après la destruction de Jérusalem par Titus.
Les volumineux Testaments des douze Patriarches, que nous possédons en grec, sont les testaments ou plutôt les auto-biographies des douze fils de Jacob, avec des exhortations et des prophéties. Le fond en est juif, mais il a été remanié plus tard sous une influence chrétienne.
La Prière du roi Manassé se trouve en grec dans les Constitutions apostoliques, ii, 22] et en latin. — C'est une prière de pénitence que ce roi aurait faite lors de sa captivité à Babylone. — L'auteur, qui est juif, a été visiblement inspiré par le passage des Paralipomènes (II Paralip., xxxiii, 18-19).
Les 18 psaumes de Salomon, conservés en grec, et mis parfois au nombre des écrits canoniques, sont l'œuvre d'un pieux Israélite, après la prise de Jérusalem par Pompée.
Le Martyre d'Isaïe ou Ascensio Isaiae, conservé en éthiopien, contient, dans une première partie, un récit juif du martyre d'Isa'ie, et dans une seconde, une vision du prophète, rapportée par une plume chrétienne.
3. Les écrits du Nouveau Testament ont été imités de bien des manières, et ces imitations ont été pour la plupart attribuées faussement aux auteurs bibliques eux-mêmes. Nous avons en conséquence des évang-iles, des actes des apôtres,
IS ELEMENTS DE l'ATi;()I.()(;iE.
des épîtres et des apocalypses apocryphes ^
Le plus grand nombre de ces productions sont d'origine hérétique, surtout gnostique. Elles soutiennent ces erreurs. Quelques-unes ne visent qu'à édifier. Mais ce qui leur est commun, c'est le goût du merveilleux et l'absurdité du contenu. On doit regarder comme de pieux romans les évangiles et les actes apocryphes : les premiers ont pour objet principalement les laits de l'enfance de Jésus et l'enseignement qu'il aurait donné, pendant plusieurs mois, après sa résurrection ; les actes racontent dune façon extraordinaire et romanesque les travaux des apôtres et la fin de leur vie.
Nous n'avons que des fragments des apocryphes du Nouveau Testament. Une grande partie a été réunie par Hilgenfeld sous le titre de Novum Testamentum extra canonem receptum, fasc. IV, Lipsiae. 1866 et bien amélioré] 1884.
I. Éditions : Fabricius, Codex apocryphu.s X. r.,Hambursi, 1703l-|9.-2vol. iii-1-2.— Tbilo, Codex apoiryph. N.T., t. I,I.i|is., 1832. in-S". Traductions : G. Bninet, Les évangiles apocryplies traduits etannotrs d'après T/i/Vo, Paris, 1840.— Mlçiie,Z)iV/îO/în. des ajioc ryp/ies. Varis. 18:>6-o8. -2 vol. 8' (il contient aussi des apocryphes de lA. T. . Les Ira^'inents ont été réunis par Hilgenfeld (et. le texte, i)lus tard jiar Preiischen, AnlUegoinena die Reste der ausserkanonisclien Evanf/elien. (liessen. 1901 et par (;ebliardt,Dje /a/eûiisc/<eH UebersetzuiKjen der Acta Pauli et Theclae dans Texte u. Untersuchungen, N. F. VII. Leipzig'. 190:2, Hit "2. — Ducbcsne, Les anciens recueils des légendes apostoliques; Compte rendu du III" congrès scientif. internat, des cathol., sect. V (Bruxelles, 189:i . iiV79.
Les apocryphes du nouveau testament sont étudiés spéciakmenl jiar Bardenbewer. Gesrliichte der ait. Kirrhlirlien Literatur. I, 36.5-481. Mo\er«s-Kaulen dans Welzer und Weites, Kirchen lexilion, II, 2, \ -. 1068-1084; — Zabn, Geschichte des neutestamentlirhen Kanons. II. 2, Erlangen, 1892, oCi-GlO. — J. Varlot, Les Évangiles ajjocryphes, histoire littéraire, forme primitive, transformations, Paris. 18"s.
a) L'Evang'ile des Hébreux nous est connu surtout par saint Jérôme qui en a eu sous les yeux le texte primitif et l'a traduit en grec et en latin. Il nous apprend que cet évangile avait été écrit en dialecte syro-chaldaïque (c'est-à-dire en araméen) mais avec des caractères hébraïques et qu'il était en usage chez les Nazaréens. On le regardait assez généralement comme le texte hébreu primitif de l'évangile de saint Matthieu; saint Jérôme semble pour sa part se ranger à cette opinion. Les fragments peu importants qui nous restent montrent qu'en effet il suivait de très près TEvangile de saint Matthieu. Les critiques protestants sHarnack et Zahnj qui ne veulent pas d'un texte primitif de saint Matthieu, attribuent cet accord à l'existence d'une source commune ; les catholiques au contraire ne voient dans l'Evangile des Hébreux qu'un remaniement du texte hébraïque de saint Matthieu. — Il a été certainement composé avant 150 ; il est même fort probable que saint Ignace d'Antioche
-J- vers 107^ l'a eu sous les yeux. — Son nom lui vient vraisemblablement de ce qu'il était en usage chez les judéo-chrétiens de la Palestine et de la Syrie qui parlaient l'hébreu ou plutôt l'araméen et que saint Jérôme appelle ordinairement Nazaréens.
b) L'Evang'ile des Ég-yptîens, ainsi nommé parce que pendant longtemps il fut mis au rang des évangiles canoniques en Egypte, paraît être aussi antérieur à l'an 150. — Nous n'avons, comme faisant certainement partie de cet évangile, qu'une conversation de Jésus avec Salomé. Les sept pré-
20 ÉLÉMENTS DE PATRÜI.ÜGIE.
tendues sentences de Jésus que renferme un papyrus trouvé en 1896, dans un tas de balajnires, en Fgypte. semblent aussi empruntées à cet évangile.
M. Bouriant a découvert un fragment plus considérable de l'Evang-ilc do Pierre \ qui raconte la passion du Seigneur et fait de sa résurrection un récit singulièrement merveilleux. C'est, durant Ihiver 1886-87. dans un tombeau de la Haute-Egypte qu'il a trouvé un manuscrit sur parchemin contenant, outre ce passage de lEvangile de Pierre, un autre de l'Apocalypse du même Apôtre et deux fragments du livre juif d'Hénocb. — L'Évangile et l'Apocalypse de Pierre ont paru vers 150 et doivent leur nom à ce fait que saint Pierre y parle à la première personne. L'F^vangile a pris naissance dans un milieu gnostico-docète ; l'Apocalypse est mentionnée comme Ecriture canonique dans le fragment de Muratori, mais on ajoute que quelques-uns s'opposent à sa lecture publique durant l'office divin. — Le frasrment conservé de l'Apocalypse décrit différents châtiments de l'enfer.
Le Protévang-ile de Jacques est probablement déjà utilisé par saint Justin; ce qui le ferait remonter avant 150 ; en tout cas, il était certainement composé avant 230. — 11 raconte, avec une grande liberté d'invention et une ignorance complète des usages juifs, la vie de la sainte Vierge jusqu'au ma&sacre des Innocents. C'est là que, pour la première fois, les parents de la sainte Vierge sont nom-
1. Mémoires publics par les membres delà mission archéologique française au Caire, IX, lasc. i Paris. 18!>2). pp. 'Jl-14".
mes Joachim et Anne. L'auteur se nomme luimême Jacques. — Dans la- suite des siècles cet écrit a été beaucoup lu, tant à cause de son style qui n'est pas sans beautés que de son contenu plein dattrait et d'édification.
c) Des Acta Pauli très étendus Charles Schmidt a découvert tout récemment (1897) quelques fragments importants dans des feuilles de papyrus coptes qui se trouvaient à Heidelberg-. Par eux on a pu acquérir la preuve que c'étaient des Acta Pauli que provenait la Coi^respondance apocryphe de saint Paul avec les Corinthiens, c'est-à-dire une réponse des Corinthiens à la deuxième épître de saint Paul et une troisième épître de l'Apôtre aux Corinthiens.
Ces deux épîtres se trouvaient, au iv^ siècle, dans des manuscrits syriaques et arméniens de la Bible ; elles ont été commentées par saint Ephrem comme des écrits bibliques authentiques et nous sont parvenues en arménien et en latin.
Les Acta Pauli et Tlieclae, conservés en entier, ne sont aussi qu'une partie des longs actes de saint Paul ; ils racontent, d'une façon toute romanesque, l'histoire de Thècle, jeune fille de qualité, de la ville d'Jconium. Pleine d'enthousiasme pour saint Paul, elle marchait à sa suite et prêchait comme un missionnaire. Elle-même s'était baptisée. — D'après Tertullien [De bapt., 17), ce fut un prêtre d'Asie Mineure qui composa ces actes par amour pour saint Paul, mais, pour avoir commis ce faux, il fut déposé de sa charge.
Le Martyrium sancti Andreae Apostolî con-
■Z-l ÉLÉMENTS DE PATIIOEOGIE.
tient le récit bien connu du crucifiement de l'apôtre saint André en Achaïe. Il se donne comme écrit par des disciples immédiats de cet apôtre, prêtres et diacres de l'église d' Achaïe, mais c'est à peine si on peut le faire remonter au delà du v*^ siècle.
d) Evisèbe [Hist. ceci., i, 13) nous a conservé une Correspondance entre le Christ et le prince Abg-ar d'Edesse^ (Abgar Y Ukkama, c'est-à-dire le Noir) : il l'a empruntée aux archives publiques d'Edesse et traduite du syriaque en grec. — Abg-ar prie le Seigneur de venir le trouver à Edesse pour le guérir. Jésus lui répond qu'il doit remplir sa mission en Galilée, mais qu'après son Ascension il lui enverra un de ses disciples.
Plus tard, en effet, continue Eusèbe, l'apôtre saint Thomas envoya Thaddée,undes soixante-douze disciples (appelé aussi Addée), qui guérit le roi et prêcha l'Evangile à ses sujets. Il ne saurait évidemment être question de soutenir l'authenticité de cette correspondance.
C'est plus tard encore que prit naissance la légende d'après laquelle le Christ, à la demande d'Abgar, lui aurait fait porter son image imprimée miraculeusement sur un linge.
Saint Jérôme est le premier à mentionner une Correspondance entre saint Paul et le philosophe Sénèque. Nous la possédons. Elle comprend quatorze petites épîtres en latin : huit de Sénèque à saint Paul et six réponses de l'apôtre ; toutes
I. .1. Tixeroiil, Leu origines de l'église d'Edesse cl la légende d'Abgur, Paris, d888.
sans grand intérêt et d'un style très lourd; entre autres choses, Sénèque conseillait à saint Paul d'user d'un meilleur latin, sans se douter que lapôtre avait écrit ses lettres en grec. Une telle invraisemblance n'eût guère été possible avant le iv-' siècle; d'autres indices d'ailleurs nous ramènent à cette époque. Ce qui a pu donner quelque prétexte à ce faux, c'est la ressemblance entre la morale stoïcienne de Sénèque et celle des chrétiens, et le fait que Gallio. le frère du philosophe, en sa qualité de proconsul de Corinthe, avait acquitté Paul, accusé par les Juifs.
§ 5. — LE SYMBOLE DES APOTRES i
1. La forme actuelle du Symbole des Apôtres se trouve, pour la première fois, dans les Sermones deSymbolo, attribués à saint Augustin, et composés en réalité dans le midi de la Gaule, vers l'an .500. — C'est de là qu'elle se répandit et supplanta une autre formule plus ancienne, qui lui ressemblait, il est vrai, beaucoup, mais où manquaient pourtant les mots « descendit adinferos », (( sanc-
\. On trouve les différentes formules du symbole romain dans Denziiigcr, Enchiridion, et mieux encore dans Halin, Bibliothek der Symbole, 3'= édit., Breslau, 1897.
Kattenbuscli, Das Apostolische Symbol, 2 vol., Leipzig, 1894 ;bon mais diffus,.— Dörliolt, Das Taufsymbolum der Alten Kirche, I vol., Paderborn, 1898 (ne donne que l'histoire des reciierclies sur les symboles).— E. Buru, An introduction to the Creeds and lo the Te Deum, London, 1899 (sorte de manuel des symboles). — Vacandard, Les origines du symbole des Apôtres dans Études de critique et d'histoire relig., Paris, 1905. — Batiffol, articl. Apôtres (symbole des; dans Diction, de théologie de Vacant-Mangenot.
21 ELEMENTS DE l'AïltOl.OGIE.
torum communionem », « catholicam » après « ecclesinm », et « vitani aeternam ».
Le texte exact de cette formule plus ancienne ne se rencontre guère qu'au iv® siècle, en latin, dans le Commenta rius in symbolum apostoloriim de Rufin et. en grec, dans une lettre de Tévèque Marcel d'Ancyre au pape Jules I (vers 340). Rufin dit aussi que les Apôtres, avant de se disperser, convinrent d'un symbole, sans l'écrire toutefois; ils aui-aient même décidé qu'il ne se transmettrait que par la parole. De tout temps, toujours selon Rufin, l'Eglise romaine le faisait réciter publiquement aux catéchumènes, avant le baptême. — Au vi* siècle seulement, on voit apparaître la tradition d'après laquelle chacun des douze Apôtres aurait composé un article du Credo.
2. A quelle époque parut cette formule ancienne du symbole romain, il est difficile de le déterminer avec précision. Tertullien dit bien que l'Église d'Afrique a reçu de Rome son symbole baptismal; nous voyons aussi par saint Irénée et. moins clairement, par saint Justin, qu'à l'époque où ils vivaient une formule de foi était en usag-e dans l'Occident. Bardenhewer avant lui Casparri et encore aujourd'hui Loofs), suivant en cela la tradition, font remonter la composition du symbole au temps des apôtres ; Erhard et Harnack soutiennent qu'il ne daterait que du ii" siècle où il serait né dans la lutte de l'Église contre le gnosticisme.
Que cette antique formule romaine du symbole
ait servi de base à tous les autres symboles baptismaux des églises occidentales, on peut l'affirmer avec certitude.
En a-t-il été de même pour les symboles orientaux, qui tous contiennent quelques additions contre les hérésies? C'est vraisemblable. — Ce n'est guère qu'au iv- siècle qu'on peut trouver des preuves certaines de l'existence d'un symbole en Asie et en Ég-ypte. — Du reste le symbole ne servait pas seulement de profession de foi pour les nouveaux baptisés, mais, comme on le voit par les catéchèses de saint Cyrille, il constituait aussi un compendium de la doctrine chrétienne et formait ainsi la base de l'enseignement catéchistique.
§ 6. — LES PÈRES APOSTOLIQUES i
1. On désigne sous le nom de Pères apostoliques un groupe d'écrivains qui ont ou qu'on suppose avoir eu des relations directes avec les Apôtres. — On en compta d'abord cinq que Cotelier (Cotelerius) a édités sous le titre de Patres aevi apostolici (Paris, 1672, 2 in-folio); c'étaient saint Barnabe, saint Clément de Rome, saint Ig-nace, saint Polycarpe et Hermas. Gallandi •eproduisit l'édition de Cotelier dans sa Bibliotheca veterum Patritm (Venise, 1765) ; seulement, il y
I. Freppel, Les Pères apostoliques et leur époque, Paris, 1859; i« édit., 1885. — Donaldson, A critical history of Christian literature and doctrine from tfie dealh of the Aposlles ta the Nicene Council, voL I. The Apostolical Falhers, London, 1864; 2» éd., 1874.
20 ÉLÉMENTS I>E I'ATU()L(J<;iE.
ajouta lEpitre à Diojrnète et les fragments de Papias. Dès lors on compta sept Pères apostoliques, jusqu'à ce que. dans ces dernières années, la Doctrine des douze Apôtres vînt s'ajouter à la liste. — Les inartyria de saint Ignace et de saint Polycarpe figurent à côté de leurs écrits dès les plus anciennes éditions.
2. Par leur forme et Imir contenu, les œuvres des Pères apostoliques se rattachent étroitement aux écrits inspirés, surtout aux Epîtres des Apôtres. Composées en grec, la plupart sous forme de lettres, elles ont une tendance parénétique et pratique. Les auteurs veulent montrer aux fidèles, en un langage très simple, l'excellence du salut qui nous est venu par le Clirist : ils leur demandent l'obéissance envers les chefs de l'Église et les mettent en garde contre les hérésies et les schismes; mais ils ne songent pas à une démonstration scientifique du christianisme ou de quelque dogme particulier, comme feront les apologistes du ii'' siècle. — A titre de monuments de l'esprit chrétien des premiers âges et de témoins de la tradition, leurs écrits ont une importance exceptionnelle'.
Plusieurs ont été rangés à diverses reprises parmi les livres canoniques. Ainsi l'Epître de Barnabe et le Pasteur d'Hermas se trouvent à la fin du Coder Sinaïticus de l'Ecriture et les deux Epîtres de saint Clément à la fin du Codex Alexandrinus. Cependant, vers l'an 200. le fragment de Muratori proteste
I. Cf. Ti.veroul, Ln Ihéoh finténic..,Vdj\%, Vhj:;. p. lir; sq.
déjà nettement contre la canonicité du Pasteur.
3. Editions. — L'édition de Migne [P. G., I, 25; qui est une reproduction de celle de Gallandi déjà citée et celle de Hefele (Tubingue, 1839; 4'' éd., 1855; sontmaintenant incomplètes et vieillies. Celles de Funk ' en deux volumes et celle de Gebhardt, Harnack et Zahn - avec traduction et commentaire en latin sont excellentes.
INIais l'édition la plus étendue et qui contient les meilleurs commentaires est due à l'anglais Light foot ^, connu par ses travaux patrologiques. Pour le texte grec seul on a l'édition de Funk, Die Apostolichen Väter'', et la petite édition des Patrinn apostolicorum opéra de Gebhardt, Harnack et Zahn^. Les deux éditions de Funk sont les plus commodes.
<j 7. — LA « DIDACHÉ « OU DOCTRINE DES DOUZE APOTRES e
1. En 1873, le métropolite Philothée Bryennios de Nicomédie trouva à Constantinople un manuscrit grec de 1056, qui contenait, en même temps
1. Patres Apostolici, Tübingen, 1901, 2 viil. : le deuxième volume renlerme les écrits apocryi)hesde saint Clément et de saint Ignace.
2. Pairum apostolico7-uin opéra. 3 l'asciLuli, Mpsiae, 1875; la Didaché manque.
.H. T/te Apostolic fathers, part I (comprenant Clément de Rome), :2vol., London. 1890; part. II (comprenant Ignace et Polycarpe), 2 vol., London. 1883; i"-- édit.. 1889.
4. Tübingen, lîwi ; c'est le premier volume de la seconde série des œuwes choisies des Pères dans la collection Krüger.
'>. Leipzig, 1877; 3" édit.. 1900.
6. Édilioiis séparées avec commentaires : Funk, Doctrina XII apostolorum, Tübingen, 1887. —Harnack, Die Lehre der zwölf Apo-
28 ELEMENTS 1»E l'ATRuLOGIE.
que le texte complet de TEpître de saint Barnabe et les deux lettres de saint Clément aux Corinthiens, la AiSa/r, TÔiv owocxa cxTroüTOXwv. Ce petit écrit avait été souvent compris dans le canon de l'Ecriture pendant les premiers siècles. Eusèbe toutefois le classait parmi les livres contestés (àvTiXeydueva . Depuis, on avait complètement perdu sa trace. Au point de vue littéraire, c'est la découverte la plus intéressante de ces dernières années. C'est d'après ce manuscrit, conservé aujourd'hui à la bibliothèque patriarchale de Jérusalem, que Bryennios lui-même a publié pour la première fois la Didaché en 188.3.
Depuis, Schlecht en a trouvé à Munich les six premiers chapitres dans un manuscrit latin du xi'^ siècle : il les a publiés dans son édition de la Didaché Fribourg, 1900).
2. L'ouvrage porte dans le manuscrit grec, outre le titre que nous venons de donner, un autre plus long et probablement primitif : Doctrine du Seigneu?' transmise par les apôtres aux chrétiens de la gentilité. Son objet est donc de reproduire en
s/(>?dai)S Texte un«/ L'n/ecs«c/i«/ifiie/i. U. Leipzig, 1884 : Hell 1-2.— Schleclil. Doctrina XII aposlolorum, Die Apostellehre in der Liturgie '1er katliolisrfien Kirrhe, Freilmrg, 1900. — Bibliotheca S. S. Palrum de Yizziui. vul. 1, Roinae, 1901.
Jacquier. La doctrine des douze apôtres et ses enseignements. Lyon. 1891.
A itropos de VAgape. Cl'. Dictionnaire d'arcln'ohiQie et de liturgie pul)lié à Paris sous la direction de D. Cabrol, article de D. I.cclercq. — Batiffol. Ètud. d'hist. et de t/iéol. positive. Paris 190-2. pp. 279-31 1: S«- édit.. 1904. et dans Bulletin de littérature errlès. (le Toulouse, 1904, pp. I8o--20r>. — Funk. VAgape, dans Revue d'Hist. ecclés. de Louvain, t. IV (1!»03 . pp. o-23; t. V. (1904), pp. 3-13: t. Vil (190(i), pp. 5-15. — Bricout, dans Revue du Clergé franc.. l."i juillet 1904, XXXIX, pp. 301-396.
LA LITTÉRATURE DE L'AGE APOSTOLIQUE. i'.)
abrégé l'enseignement donné aux gentils par les apôtres. Aussi peut-on le regarder comme le plus ancien catéchisme de la religion chrétienne.
Il se divise en trois parties : la première ch. i-vi| est un aperçu de la morale chrétienne sous l'image des deux voies, celle de la vie et celle de la mort. Cette partie était destinée à l'enseignement des catéchumènes; comme nous l'avons dit, elle nous a été conservée à part et elle est seule mise à contribution par l'Epître de Barnabe (ch. xviixx) ; Harnack voit dans cette partie un écrit juif primitivement destiné à l'instruction des prosélytes, et que les chrétiens auraient développé (notamment par I, 3 à ii, 1). Duchesne et Funk combattent cette opinion.
La deuxième partie ichap. vii-x) s'occupe de questions liturgiques : du baptême ,ch. vu), des jeûnes et des prières (ch. viii), et enfin de l'eucharistie (ch. ix-x).
La troisième traite de divers points de droit ecclésiastique : elle règle la conduite à tenir envers les membres de la communauté, en particulier envers les chefs de l'Eglise, et donne des instructions relatives à l'entretiendes apôtres-missionnaires ou évangélistes, des prophètes et des docteurs ou didascales.
L'ouvrage se termine par une exhortation à la vigilance, à cause de la fin du monde qui approche.
Comme la Didachè a servi à lauteur de l'Epître de Barnabe ^ , et que par ailleurs la communauté
1. Harnack croit que c'est au cimtraire l'auteur de la Didaché qui a l'ait usab'e de l'Epître de Barnabe.
30 ELEMENTS DE T'ATKOI.OGIE.
chrétienne telle qu'elle nous y est représentée répond exactement à ce que nous en font connaître les Épîtres canoniques, on place avec beaucoup de vraisemblance la composition de cet écrit dans les dernières années du i" siècle. — Son pays d'origine paraît être la Syrie ou la Palestine.
' 3. La Didaché nous fournit les renseignements les plus précieux sur la doctrine chrétienne primitive et spécialement sur la constitution de la communauté chrétienne des premiers temps. On y recommande l'observation des prescriptions juives sur les aliments; cependant, seule l'abstention des viandes offertes aux idoles est de précepte (ch. VI . — Le baptême par infusion est permis en cas de nécessité. Le passage (ch. vu) où il en est question est le seul témoignage que l'on possède sur cette manière de baptiser dans les deux premiers siècles.
Le chapitre viii traite des jeûnes de station. le mercredi et le vendredi, et prescrit de réciter trois fois par jour le Pater. — Les prières de la Cène respirent une beauté antique (ch. viii-ix. cf. plus bas) ; ce sont les plus anciennes prières de la messe que nous possédions. Lopinion de ceux (Bickell, Probst et \Yilpert qui ny voient que de simples prières pour la communion ne paraît pas acceptable '. — La Didaché nous montre que les Propliètes jouaient un grand rôle dans les communautés. C'étaient des hommes qui parlaient sous l'in-
\. Pour la doctrine eucharistique de la Didaclic, cf. Batlffol, Elud.d'hist. et de Ihéol. posit., 2' série, pp. 107-12-2.
fluence de l'Esprit-Saint ; les uns allant de ville en ville, d'autres demeurant dans des communautés particulières. Ils occupent la première place, sont de véritables grands prêtres et reçoivent la dîme de tous les revenus; les critiquer, c'est pécher contre le Saint-Esprit. — Les chefs permanents de la communauté sont appelés imay.oizoï xat Staxovot, tout comme dans les lettres de saint Paul ou dans la lettre de saint Clément aux Corinthiens.
La première prière de la cène s'exprime ainsi (ch. ix) — : « pour l'Eucharistie vous rendrez grâce de cette manière : D'abord sur le calice : nous te remercions, ô notre Père, pour le cep sacré de David ton serviteur que tu nous as fait connaître par Jésus ton serviteur ; honneur soit à toi dans l'éternité! Sur le pain rompu : nous te remercions, ô notre Père, pour la vie et les lumières dont tu nous as faits participants par Jésus ton serviteur. Honneur soit à toi dans l'éternité! Comme ce pain rompu a été divisé sur la montagne, puis rassemblé ici, puisse ainsi ton église, des extrémités de la terre, être réunie dans ton royaume! Car à toi appartient l'honneur et la puissance par Jésus-Christ dans l'éternité. Mais personne ne doit manger de votre eucharistie que ceux qui ont été baptisés au nom du Seigneur ; car le Seigneur a dit : Ne donnez pas les choses saintes aux chiens. »
La seconde prière de la cène commence ainsi : ch. x) « Après vous être rassasiés (u.£Tà oè xh £[xtcXvicÔYÎvat), rendez grâce en ces termes... »
32 ÉLÉMENTS DE l'ATKüLÜGIE.
§ 8. — L'ÉPITRE DE BARNABE i
1. Nous avons sous ce nom une lettre que toute lantiquité a attribuée à cet apôtre. — Jusqu'à la découverte du Codex siiiaïticus (en 1859, par Tischendorf), les quatre derniers chapitres et la seconde moitié de celui qui précède ne nous étaient connus qu'en latin.
L'Épître se divise en deux parties : Tune dogmatique, l'autre morale. — La première (cli. i-xvii; traite la question de la valeur de l'Ancien Testament; la seconde ^ch. xviii-xxi). comme le commencement de la Didaché, décrit les deux voies qui sont désignées ici par la lumière et les ténèbres. -- L'auteur se prononce très nettement sur l'Ancien Testament : les prescriptions divines sur les sacriiices, la circoncision, les repas doivent être entendus dans un sens plus élevé et tout spirituel. Au lieu de sacrifices extérieurs, Dieu demandait un cœur contrit et au lieu de la circoncision de la chair, celle du cœur et des oreilles. — Malheureusement, les Juifs trompés par un ange mauvais ont méconnu les volontés de Dieu : ils ont compris et exécuté la loi d'une façon littérale.
D'après son principe, l'auteur trouve le règne de Jésus signifié par tous les faits et toutes les prescriptions de l'Ancien Testament. Ainsi les 318 serviteurs qu'Abraham circoncit lui représentent Jésus (Ir/ = 18) en croix (T' = 300).
\. Funk, KirchengeschichU. Aöhandlungcn und Untersuc/i, II, (1899), 77-108. — hadeiize, LÉpitre de Barnabe, Louvain, 1900.
Cet allégorisme fait penser que la patrie de l'auteur devait être Alexandrie.
2. 11 est acquis aujourd'hui ^ que saint Barnabe ne peut être l'auteur de cet écrit. Car saint Paul, dont Barnabe était le compagnon, regardait les prescriptions de l'Ancien Testament, la circoncision en particulier, comme'venant de Dieu même ; de plus, l'épître a été écrite après la destruction de Jérusalem (ch. xvi) dont il est difficile d'admettre que saint Barnabe ait pu être témoin. — Sur la date de sa composition les avis sont partagés. Les uns (Harnack, Erhard) la placent vers 130-131 ; d'autres (Funk, Bardenhewer, Hilgenfeld, proposent l'époque de Nerva (96-98). Pour fixer cette date on s'appuie principalement sur deux passages : Dans l'un ch. iv), est citée en ces termes une prophétie de Daniel (vu, 24) sur la fin du monde : Dix rois paraUvont sur la terre; puis, surgira un petit roi qui abaissera trois des autres d'un seul coup lucp' â'v). Funk entend ce passage des empereurs romains et voit dans le onzième roi, le petit, l'empereur Nerva. — Le deuxième passage (xvi, 4] parle de la reconstruction du temple juif détruit; Harnack l'applique à l'empereur Adrien qui entreprit vers l'an 130 la construction d'un temple de Jupiter sur l'emplacement du temple juif; Funk, au contraire, entend cette construction du temple dans un sens tout spirituel, conformément à la conception générale de l'Epitre.