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SAINT POLYCARPE

Polycarpe, dans sa jeunesse, vit et entendit souvent l'apôtre Jean qui l'établit, comme évêque, à la tête de l'Eglise de Smyrne. Il alla à Rome discuter avec le pape Anicet (155-167) la question du jour de la pâque; mais ils ne purent arriver à une entente. — A Marcion qui lui demandait un jour s'il le connaissait, il répondit: « Certes oui, je connais le premier-né de Satan. »

\. Cf. Funk, Kirchcngeschichtl. Abhanlunfjen,l, Paderborn, -1897, p. 2.

2. Sur ce point, cf. Batiffol, Etudes d'hist. et de théol. positive. 2" série, Paris, 1903, p. 12-2 sq.

12 ÉLÉMENTS HE l'ATKOI.OfilE.

Nous avons sur sa mort un marlyrium ^ aullientique, écrit immédiatemenl après son martyre; il porte comme titre : L'Église de Dieu qui est à Smyrne à l'Eglise de Dieu qui est à Philomelium et à toutes les communautés de l'Eglise sainte et catholique en tous lieux. Ce martyrium nous apprend la fière déclaration de Polycarpe au proconsul Statins Quadratus : « Voilà quatre-vingtsix ans que je sers le Christ et il ne m"a jamais fait de mal; comment pourrais-je blasphémer celui qui est mon Roi et mon Sauveur? » Il mourut sur le bûcher, le 23 février de l'an 155. Dans l'Eglise latine il a été honoré de tous temps le 2(3 janvier. Ses compagnons « recueillirent ses restes, aussi estimables que des pierres précieuses, et d'une valeur égale à celle de l'or, et les déposèrent dans un lieu approprié pour qu'on put y venir chaque année au jour anniversaire de sa mort » {Marti/r. s. Poli/carpi, c. xviii). De saint Polycarpe nous possédons une petite Lettre aux Philippiens dont les cinq derniers chapitres (x-xiv) n'ont été conservés qu'en latin -. Les Philippiens avaient prié le saint évèque de leur communiquer une copie des lettres de saint Ignace, qu'il avait reçues ou qui avaient été adressées aux différentes églises de l'Asie Mineure. Il leur envoya toutes celles qu'il possédait et y joignit une lettre personnelle.

Elle a dû être écrite peu après la mort d'Ignace,

I. Dans les ('ditions des Pores apostoliques et dans Itiiiiiart, Alla martyruiit, PAris, 1089 souxeiit réimprimé depuis;. :î. Le chapitre xni est en grec dans Eusêbe.

puisque Polycarpe demande qu'on lui fasse parvenir les renseignements véridiques que Ion pourrait avoir sur les derniers moments du glorieux martyr.

En s'inspirant de la première lettre de saint Clément aux Corinthiens, Polycarpe y donne des conseils généraux. 11 exhorte en particulier les Philippiens à être soumis aux prêtres et aux diacres. — Aucune mention d'un évêque àPhilippes.

§ 12. — LE PASTEUR D'HERMAS i

1. Le volumineux écrit, de forme apocalyptique, qui nous est parvenu sous le titre du Pasteur, se présente comme l'œuvre d'Hermas. On vit d'abord dans ce personnage, le fidèle de ce nom dont parle saint Paul [Rom., xvi, 14); aujourd'hui, d'après le Fragment de Muratori, on croit généralement qu'il s'agit d'un frère du pape Pie I (140-155).

Clément de Rome est mentionné [Vis. ii, 4, 3) comme vivant ; aussi n'est-ce que par une fiction que l'auteur veut donner à son œuvre une plus haute antiquité.

Hermas raconte qu'étant affranchi à Rome, il avait amassé, par toutes sortes de moyens, une certaine fortune ; ce qui n'avait servi qu'à le corrompre ainsi que sa femme et son enfant. La perte de cette fortune

1. Batiffol, Etudes d'/iistoire et de théologie ijositive, 1""- série, .•i" c(l., Paris, 1904 : » Hermas et le prol)lème moral au ii" siècle. »

Ducliesne, Le Pasteur d'Herynas ASlW?, -.Ilist. ancienne de l'Eglise, l. I, Paris, 1900.

a servi d'expiation à lui et à tous les siens. Maintenant il cultive un champ entre Rome et Cumes et c'est là qu'il a reçu par le ministère d'un ange les révélations qui font le sujet du livre.

2. L'ouvrage se divise en trois parties : Cinq visions [yisiojies , douze préceptes [mandata et dix similitudes [sùyiilitudines). Dans les quatre premières visions, Hermas voit l'Église sous la forme d'une matrone vêtue de blanc ; elle lui demande de prêcher aux siens la pénitence. Dans la troisième vision, les baptisés lui apparaissent sous la figure dune tour immense; mais quelques pierres ne peuvent entrer dans la construction ; elles gisent là tout autour encore informes : ce sont, lui est-il dit, les grands pécheurs qui ont besoin d'être taillés par la pénitence. Dans la cinquième vision, qui sert de transition à la deuxième partie, l'Ange de la pénitence se présente à Hermas sous les traits d'un pasteur et lui demande de mettre par écrit les préceptes et les similitudes qui vont suivre pour les lire et les observer à l'avenir.

Les douze préceptes sont un abrégé de la morale chrétienne. — Les similitudes sont analogues aux visions; dans la première, Hermas voit le ciel comme une ville éloignée vers laquelle les hommes sont en marche ; dans la cinquième, il est assis sur une hauteur et comme le pasteur lui demande pourquoi il est venu de si bonne heure, il répond : dTaxicova eyw, c'est-à-dire qu'il jeûne jeûne des stations ; le pasteur réplique que le vrai jeûne consiste à s'abstenir des péchés.

3. Le Pasteur d'Hermas était tenu en haute estime durant les premiers siècles ; on le trouve (partiellement) à la fin du Codex Sinaïticiis; saint Irénée et Tertullien le placent au rang des Saintes Ecritures ; Origène, qui le regardait aussi comme inspiré, observe pourtant que quelques-uns le rejettent. Il était lu publiquement dans beaucoup d'églises et on s'en servait surtout pour l'instruction des catéchumènes. — Son caractère inspiré est toutefois combattu énergiquement par l'auteur du fragment de Muratori.

Jusqu'en 1856, le Pasteur n'était connu que par une vieille traduction latine; aujourd'hui, nous en possédons deux manuscrits grecs, l'un du couvent du mont Athos (actuellement en partie à Leipzig), incomplet à la fin; l'autre, le Codex Sinaïticiis qui ne contient que le premier tiers; ainsi, nous avons seulement en latin la dernière partie de l'ouvrage [Sim. IX, 30-33 et x).

*4. Ce n'est que par exception que l'ange de la pénitence veut bien accorder le pardon, s'ils font pénitence, à ceux qui sont tombés, après le baptême, dans des péchés graves (l'adultère et l'idolâtrie). — Désormais, la remise des péchés ne pourra plus être obtenue qu'une seule fois, par le baptême (Mandat, iv, 3)

Le Pasteur soutient déjà la doctrine catholique des opéra supererogatoria : si l'on fait quelque bien au delà du précepte, par exemple le jeûne au pain et à l'eau, on recevra de Dieu une plus riche récompense [Sim. v, 3)

A propos de radultère. il fait observer [Mnnd. IV, 1) que si la femme adultère ne fait pas pénitence, le mari doit la renvoyer, sans pouvoir pourtant en épouser une autre, car la femme peut se convertir plus tard ; que si elle fait pénitence, le mari doit la reprendre, mais une fois seulement; « car pour le serviteur de Dieu il n'y a qu'une pénitence ». — Hermas identifie le Fils do Dieu avec le Saint-Esprit, ou plutôt le Fils de Dieu est pour lui le Saint-Esprit apparu dans la chair {Sim.\, 5 et 6. et IX, 1).

§ 13. — L'ÉPITRE A DIOGNÉTE

LÉpître à Diognète est éditée avec les œuvres des Pères apostoliques, bien que son contenu et la date de sa composition la rattachent plutôt aux œuvres des apologistes du ii'^ siècle. Lauteur se dit, il est vrai, disciple des apôtres ; mais c'est dans les deux derniers chapitres qui par leur sujet n'appartiennent pas à l'épître et sont probablement dune autre main. Il n'est fait mention de cette épître ni dans l'antiquité, ni au moyen âge, et nous ne lavons plus que d'après des copies d'un manuscrit grec brûlé à Strasbourg en 1870 ; elle se trouvait dans ce manuscrit parmi les œuvres de saint Justin et avait été imprimée avec elles au xvi*^ et au xvn'= siècles. — Composée au 11"= ou au iir siècle, elle était probablement destinée au philosophe stoïcien Diognète, maître de Marc-Aurèle. On suppose que l'auteur serait le philosophe Aristide d'Athènes

parce que son apologie a beaucoup d'affinité avec notre épitre : la raison n'est pourtant pas concluante.

L'ouvrage est bien divisé et très intéressant par sa belle description de la vie toute céleste des chrétiens. — Un païen de rang distingué, du nom de Diognète, avait prié un chrétien de ses amis de répondre à ces trois questions : a) Quel est le culte que les chrétiens rendent à Dieu et pourquoi ne veulentils ni de celui des Juifs, ni de celui des païens? <6) D"où vient leur étonnant amour du prochain? c) Pourquoi cette religion est-elle apparue si tard ? — Le chrétien critique, dans sa réponse, le culte que les païens et les juifs rendent à la divinité et il continue (ch. iv] : « Ne crois pas cependant qu'aucun homme puisse l'apprendre le secret de ce culte propre aux chrétiens. » — Après quoi, il décrit, avec une éloquence entraînante, la vie que mènent les chrétiens (chap. vvii). — A la troisième question il répond (ch. viii- IX que Dieu a voulu laisser sentir aux hommes leur impuissance à se suffire; si Diognète embrasse la morale chrétienne, les bienfaits de Dieu allumeront aussi dans son âme la flamme du véritable amour de Dieu et des hommes.

Les deux derniers chapitres (xi et xii) sont un fragment d'homélie (peut-être de saint Hippolyte ^).

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