A la suite de saint Épipliane. Jlaeres., xxvii
Le texte complet de cette lettre et de la seconde, qui porte le même nom, nous a été conservé par le Codex Hierosolymitanus de Bryennios (le même à qui nous devons la Didaché). Bryennios l'a publié en 1875 à la suite de la Didaché. Jusqu'alors on ne l'avait que dans le Codex Alexandrinus où manquent la fin de la première lettre (chap. lviii-lxiii) et une grande partie de la seconde (chap. xii-xx). Plus tard, Dom G. Morin a découvert à Namur et publié (1894) une ancienne traduction latine de la première épître. Il existe aussi une traduction syriaque publiée par Bensly en 1899.
Des troubles qui s'étaient produits dans la communauté chrétienne de Corinthe furent l'occasion de la première épître aux Corinthiens : quelques jeunes membres de cette communauté s'étaient révoltés contre les prêtres et les avaient déposés. L'Église romaine l'apprit et Clément, en son nom. envoya à Corinthe cette lettre.
Elle se divise en deux parties : la première (i-xxxvi) ne contient que des recommandations générales; la seconde (xxxvii-lxi) s'occupe des querelles intestines des Corinthiens, et en employant les comparaisons d'une armée, du corps humain, de la hiérarchie de l'Ancien Testament, exhorte les fidèles à se soumettre aux chefs établis par Dieu. — La fin (lxii-lxv) exprime l'espoir que les porteurs de la lettre reviendront bientôt annonçant la nouvelle du rétablissement de la concorde.
* S.Dans le fait que, sansavoir été sollicitée, l'Église romaine s'occupe d'accommoder ainsi le diffé-
rend des Corinthiens (xlvii, 6-7\ on peut voir une manifestation de sa primauté. Mais c'est pour avoir mal compris un passage de la lettre (xliv, 4) qu'on prétend souvent que Clément s'attribue le pouvoir de déposer les chefs de TEglise de Corinthe. Ces chefs sont désignés ordinairement dans la lettre par eTCi'ffxoTToi xat otaxovot; dans d'autres passages (v. g. XLIV, 5 et Lvii, 1) ils sont réunis sous le nom unique de irpeaêûxzoou Clément dit clairement qu'ils ne peuvent être déposés par la communauté puisqu'ils ne tiennent pas d'elle leur pouvoir (xlii et xLiv) : « Les Apôtres ont pris dans les villes les prémices des convertis et les ont établis évéques et diacres pour ceux qui recevraient la foi et ils ont voulu qu'après leur mort d'autres hommes éprouvés prissent leur place : aussi ne serait-ce pas pour nous une faute légère que de déposer de l'épiscopat ceux qui ont toujours fait saintement et sans reproches les oblations, »
En parlant de saint Paul, la lettre signale (v, 7) qu'il est arrivé èm to Tepfjia tîjç oûaeioç (c'est-à-dire en Espagne).
4. Eusèbe {Hist. eccl., m, 38, 4) prétend qu'il y aurait encore à citer une seconde lettre de Clément, mais que les anciens, autant du moins que nous pouvons le savoir, n'en ont fait aucun usage. Les deux manuscrits mentionnés plus haut contiennent une autre lettre qui porte également l'adresse Flpo^ Kopivffiouç. C'est la plus ancienne homélie que nous possédions; elle ne traite que des sujets généraux.
Les deux Epîtres de saint Clément furent mises
par les églises syriennes au nombre des écrits inspirés ; on les trouve toutes deux à la fin du Codex Alexandrinus des Saintes Ecritures.
La seconde Epître n'est évidemment pas authentique; la différence de style suffirait à le prouver. Elle a été composée vers 150 ; vraisemblablement à Corinthe (Funk ^); peut-être à Rome (Harnack).
5. Il existe, sous le nom de Clément de Rome, une foule d'autres écrits, en particulier les Constitutions apostoliques^ les compositions dites Clémentines et deux Epîtres Ad virgines"^^ c'est-à-dire aux célibataires de l'un et de l'autre sexe. Ces deux épîtres n'ont été composées qu'au m® siècle, comme l'indique la défense faite aux hommes et aux femmes de cohabiter en dehors du mariage. Nous parlerons plus tard des Constitutions (§ 57).
Sous le nom générique de Clémentines, on comprend les 10 livres des Recognitiones qui ne nous sont parvenues qu'en syriaque et partiellement en latin dans la traduction de Rufm, 20 Homélies et 2 E/j/to/Azae, c'est-à-dire des résumés des homélies, qui contiennent pourtant des détails originaux.
Les Recognitiones sont un roman religieux. Elles racontent comment Clément de Rome fît un voyage en Palestine, y devint disciple de saint Pierre et retrouva, plus tard, ses parents et ses frères; de cette reconnaissance vient le nom de l'ouvrage. Mais le récit n'est inventé que pour servir de cadre à des discussions théologiques. L'auteur y trahit son
i. Theol. Quni^alschri ft,'Iühinger>,if)02, 349 sq. 2. Edit. française par Villecourt, Paris, 1853.
ÉLÉ.\IE.NTS DE P.\TRÛLOGIE. 3
38 ÉLÉMENTS l'K l'ATROLOGIE.
ébionitisme gnostique : le christ est un éon divin, qui s'est déjà manifesté précédemment dans Adam et Moïse ; le christianisme n'est qu'un judaïsme purifié ou renouvelé.
Les 20 homélies prétendent reproduire en abrégé les sermons de Pierre pendant ses voyages; elles expriment les mêmes idées judaïsantes que les liecognitiones. Les pseudo-Clémentines soutiennent que la primauté a passé de Pierre à Jacques et par là même de Rome à Jérusalem et Antioche. Elles ont dû paraître vers l'an 200 ' .
if 10. — SAINT IGNACE D'ANTIOCHE
1. Ignace, le troisième évêque d' Antioche Pierre, Evode, Ignace), au temps de 1 empereur Trajan, fut traîné de Syrie à Rome et déchiré par les bêles de l'amphithéâtre (Eusèbe . D'après le Martyrium sancti Ignatii, qui toutefois ne date que du iV ou du v"" siècle, il était disciple de l'apôtre Jean. Jugé à Antioche par Trajan lui-même, il subit le martyre, à Rome, le 20 décembre 107. C'est ce jour-là que l'Eglise grecque célèbre encore sa fête; dans l'Eglise romaine, on l'honore le 1*" février.
2. Pendant son voyage à Rome, le saint écrivit sept lettres, dont quatre de Smyrne, et trois de
1. Sur les Clémentines voir H. Wailz, Die pscudoklemenlinen Homilien hwI Rel;ognilionen, Leipzig, \'Mi.
-2. y. Briiston, Ignaro d' Antioche. sos épitres, sa riV. sa théologie. Paris. lt<9T. (L'auteur est protestant). — J. Ctaapniaii. Saint Ignace d Antioche et l'Église romaine, Rev. Bénédictine, XIII (1896).
A Smyrne, il écrivit aux communautés de l'Asie Mineure, Ephèse, Magnésie et Tralles pour les remercier de ce qu'elles l'avaient fait saluer sur son chemin de douleur ; il écrivit aux Romains pour les prier de ne faire aucune démarche auprès de l'empereur en vue de sa délivrance. Ayant reçu, à Troas, la nouvelle que la persécution avait cessé à Antioche, il s'empressa aussitôt d'écrire aux com. munautés de Philadelphie et de Smyrne, ainsi qu'à l'évoque Polycarpe, les priant d'envoyer des messagers aux frères d'x^Vntioche pour les féliciter de la paix obtenue.
Les sept épîtres de saint Ignace ont été remaniées et augmentées au iv^ siècle ; on y a même joint à cette époque six autres lettres plus étendues. L'interpolateur, le même que l'auteur des Constitutions apostoliques, serait, d'après Funk, un apollinariste (vers l'an 400); d'après Harnack et Zahn, un semiarien (vers l'an 360).
Cette recension plus longue fut imprimée pour la première fois en latin vers l'an 1500. Les catholiques la regardèrent comme authentique jusqu'à la découverte, en 1650, des sept épîtres originales plus courtes. Dès lors en effet on fut d'accoi^d pour rejeter l'authenticité de la plus longue recension. — Mais les protestants, malgré le témoignage d'Eusèbe qui parle de sept lettres d'Ignace, se refusèrent à admettre l'authenticité des épîtres, même dans leur forme la plus courte; et de nos jours encore on trouve quelques contradicteurs isolés bien que les plus éminents critiques protes-
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tants (Harnack, Lightfoot et Zahn) se soient prononcés pour leur authenticité.
De fait, il serait difTicile d'exiger des preuves plus claires : Déjà saint Polycarpe parle dans son épître de sept lettres d'Ignace dont il dit : « Elles contiennent la foi et la patience avec toute édification relativement à Notre-Seigneur. » Ces caractères sont précisément ceux des lettres que nous possédons; elles nous révèlent à chaque ligne le disciple, brûlant d'amour, de l'apôtre Jean.
Une recension, plus courte encore, de ces lettres, écrite en syriaque, et découverte, en 1845, par Cureton, n'est qu'un extrait des lettres authentiques.
*3. Ce qui prévenait les protestants contre ces épîtres et empêche encore aujourd'hui quelquesuns d'entre eux d'en reconnaître l'authenticité, c'est qu'elles supposent des évêques particuliers à la tète des communautés et considèrent l'épîscopat monarchique comme une chose toute naturelle, déjà établie de longue date. Dans toutes ces lettres, excepté dans celle qui s'adresse aux Romains, l'auteur exhorte les fidèles à conserver l'unite au sein de la communauté; cette unité ne peut s'obtenir que par la soumission entière à la hiérarchie qui, pour lui, . se compose régulièrement de l'évêque, des prêtres et des diacres. « Suivez tous lévêque, dit-il iSmyrn., viii), comme Jésus suivait son Père, les prêtres, comme les apôtres, et honorez les diacres comme institués de Dieu... ; que là où se montre l'évêque, là soit aussi la communauté des
fidèles; de même que là où est Jésus-Chrit, là est aussi l'Eglise catholique. «
Le mot d'Ég-lise catholique pour désigner la communauté des fidèles se rencontre ici pour Ja première fois.
Les mariag-es , d'après Ignace [Poly., v), ne doivent être conclus que [xerà yvcoiji-/;? toû InaxoTTou. — Dans l'épître aux Romains \ il nomme l'Êg-Iise romaine Trpoxaôyjfxévï) T/jç àyocTr/iç, c'est-à-dire celle qui est à la tête de l'assemblée de la charité ou de l'ensemble de l'Église. — L'eucharistie- est pour lui cpapfjiaxov àôavaai'aç et àvTi'SoTov xou fxri «TroôaveTv [Eph., xx), et les docètes « s'abstiennent de l'eucharistie et de la prière, parce qu'ils n'admettent pas que l'eucharistie soit la chair de notre sauveur Jésus- Christ » [Smyrn., vii).