‹ Elements de patrologie et d'histoire des dogmesChapitre 23 sur 96 · TATIEN · texte numérisé non relu

TATIEN

1. Tatien naquit, en Assyrie, de parents païens. Il étudia la philosophie. C'est au cours de ses longs voyages que sarrêtant à Rome, il devint chrétien et disciple de Justin. Probablement en 172, il retourna en Orient. Il y fonda la secte gnostique des encratites qui interdisaient le mariage ainsi que l'usage de la viande et du vin, et substituaient Teau au vin -dans la consécration de l'eucharistie ; d'où leur nom d'aquariens.

2. De Tatien nous ne possédons en entier qu'une apologie, Oratio ad Graecos. Il la composa, après la mort de Justin et avant sa propre chute, pour justifier son entrée dans la religion chrétienne. II n'était vraisemblablement plus à Rome. Peut-être la prononça-t-il comme discours d'ouverture d'une école.

Pour défendre le christianisme, il fait valoir l'élévation de sa doctrine (ch. 1-30) et sa haute antiquité (ch. 31-41). Moïse a vécu 400 ans avant la guerre de Troie; il est plus ancien que tous les écrivains

I. Kiikula, Talians sog. Apologie. I,eipzig, 1000. — Pucch, ßccAerclies sur le Discours aux Grecs de Tatien, Paris, 1903.

grecs qui évidemment se sont inspirés de lui. L'ouvrage est moins une apologie qu'un persiflage des adversaires, A l'inverse de Justin, l'auteur ne trouve rien de bon dans la civilisation grecque. Son style est passionné et rempli damère ironie.

3. Après son retour en Assyrie, Tatien écrivit, probablement en syriaque, le Diatessaron ho oià TSffffapojv £uaYY£Àtov), c'est-à-dire une histoire du Seigneur d'après les quatre évangiles combinés ensemble, en d'autres termes une concordance des Evangiles.

Ce travail obtint dans l'Eglise syrienne un grand succès. Pendant un siècle (jusqu'en 330), il y supplanta presque complètement le texte des Evangiles canoniques. Nous n'en possédons plus aujourd'hui qu'un remaniement latin et arabe avec quelques fragments dans un commentaire qu'en fit saint Ephrem (f 373).

§ 19. — ATHÉNAGOREi

1. Tout ce que nous savons d'Atliénagore, c'est qu'il fut un philosophe chrétien d'Athènes. Comme écrivain, il surpasse Justin par la facilité et la souplesse de la phrase, la beauté de l'expression et la simplicité de la composition. De même que Justin, il se montra plein de sympathie pour la philosophie grecque et en particulier pour Platon.

i. L. Arnould, De apologia Alhenagorae,Vä.T\s, i%^i. — L. Gliaudouard, Elude surlellzçi à,V(x.(Jx<i(JBu>zd'Athénagore, Lyon, 1905.

62 ÉLÉMENTS r»E l'ATKOI.Of.IE.

2. Nous avons de lui deux écrits : a) La Supplicatio ou Legatio pro christianis Tcpe-rêeta 7rep\ /ptdTiavwvj, écrite probablement en 177, adressée à Marc- Aurèle et à son fils Commode. Elle réduit à néant les trois accusations d'athéisme, de repas de Thyeste et d'unions incestueuses, que l'on portait contre les chrétiens.

* Que les chrétiens ne soient pas des athées. Athénagore le prouve, comme Justin, par ce fait qu'ils rendent un culte au Père, au Fils, à l'Esprit et aux ang-es'. — Du Fils il dit que de toute éternité il était en Dieu comme vouç et âo'vo;; qu'il en est sorti pour créer le monde, mais sans être une créature {SuppL, loc. cit.). On trouve la même idée dans Justin, et Théophile dit également que Dieu, avant la création du monde, a engendré -pooop-.xd; avec sa sagesse le Saint-Esprit) le Logos qu'il possédait en lui-même fsvototosToc) -.

Dans les idoles, dit Athénagore, se font honorer les démons, c'est-à-dire les âmes des géants exterminés par le déluge et qui sont des anges déchus [Genèse, vi. 2 ; « ils attirent les hommes aux idoles et lèchent avec avidité le sang des sacrifices » ch. 26 . — Bon nombre de chrétiens passent leur vie dans la virginité ; un deuxième marîagre est pour les chrétiens comme un adultère dissimulé ich. 33 . Clément d'Alexandrie a donné aussi le nom d'adultère aux secondes noces {Strom., m, 12, 82;.

\. SuppL, c. iO: Cf. Justin.. Apol. 1. 6.

2. Ad Aulolycum, ir. 22. l.a même idée est exprimée aussi par Tertullien et Hippoljte, cf. infr.

b Le De resurvectione mortuorum, déjà annoncé à la fin de l'apologie. C'est ce que les chrétiens des premiers siècles ont écrit de mieux sur la résurrection. Il prouve d'abord la possibilité de la résurrection par la toute-puissance de Dieu ^ch. 1-10). Il montre ensuite la convenance et même la nécessité d'une résurrection : a) l'homme, en tant qu'être raisonnable, est destiné à vivre toujours; or le corps appartient à la nature de l'homme et dès lors, sans lui, l'àme ne pourrait atteindre sa destinée (ch. 11-17): ß) le corps doit avoir sa part à la rétribution de l'autre vie (ch. 18-2.3 ; y enfin, le bonheur est la fin de l'homme et ce bonheur ne peut se trouver sur la terre.

§ 20. — THÉOPHILE D'ANTIOGHE

1. Théophile ne se convertit qu'assez tard au christianisme; il devint ensuite évêque d'Antioche. De ses nombreux écrits, il ne nous est resté que les trois livres Ad Autolycum, publiés par lui peu après 180. Il n'y a aucun lien entre ces trois livres.

Un ami païen de Théophile, Autolycus, l'avait raillé au sujet du Dieu invisible des chrétiens et du nom même de chrétien. Théophile lui répond dans le premier livre ; à la demande de son ami : « Montre-moi ton Dieu », il réplique : « Montre-moi ce qui te fait homme et je te montrerai mon Dieu; montre-moi comment voient les yeux de ton esprit et comment écoutent les oreilles de ton cœur » (ch. 2) . La connaissance de Dieu dépend de la pureté de l'âme : l'aveugle ne peut voir le soleil, et on ne con-

<n ÉLÉMENTS I>E l'ATROI.Oiili:.

temple pas son visage dans un miroir terni. — Dans le second livre, il oppose à la mythologie païenne riiistoire des origines de Thumanite d'après les onze premiers chapitres de la Genèse. Le reproche de nouveauté que son ami adresse à la religion chrétienne est repoussé dans le troisième livre. Les écrits chrétiens cest-à-dire juifs , y est-il dit, remontent à une plus haute antiquité que les temps mythologiques des Grecs, car Moïse a vécu 1.000 ans avant la guerre de Troie.

* 2. Théophile est le premier à employer le mot trinitas jpîa;) en parlant de la divinité ''ii, 15); il désigne régulièrement les personnes divines par les mots : Dieu, Logos et Sagesse. — Comme Justin [Dial., i> et Irénée (iv, 4, 1, et ii, 34, 2-3 . Théophile enseigne que Tâme humaine nest pas immortelle par sa nature mais par un don de Dieu; tous les trois, pour l'établir, s'appuient sur ce principe que tout ce qui a eu un commencement doit avoir une fin : Dieu étant le seul être qui nait pas de commencement est aussi le seul qui par sa nature ne doit pas avoir de fin. « Si Dieu, dit Théophile, avait créé riiomme immortel, il l'aurait fait Dieu. « — Tandis que Justin ne donne aux Evangiles que le nom de Mémoires des apôtres [Apol. I, 66), Théophile parle des évangélistes exactement comme des prophètes : il dit qu'ils ont été inspirés et il appelle les évangiles et les épîtres de Paul « la sainte, la divine parole », — il est le premier à affirmer clairement 1 inspiration du Nouveau Testament (il, 22 et m, 13, 14).

3. Saint Jérôme nous atteste que Théophile écrivit encore un Commentaire des évangiles. On croyait le posséder en latin dans un recueil de scholies sur les quatre évangiles publiés, sous le nom- de Théophile, par de La Bigne dans le cinquième volume de sa Bibliotheca (1575). Mais Harnack a démontré que ce recueil n'a été composé que peu avant lan 500 dans le midi de la Gaule.

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