‹ Elements de patrologie et d'histoire des dogmesChapitre 24 sur 96 · AUTRES APOLOGISTES GRECS · texte numérisé non relu

AUTRES APOLOGISTES GRECS

1. Vers la fin du ii'' siècle ou au commencement du iii^, le philosophe Hermîas écrivit sa petite Irrisio gentilium philosophorum, ouvrage assez piquant, mais très superficiel. Partant de ce texte de la première aux Corinthiens, m, 19 : « La sagesse de ce monde est folie devant Dieu », il se moque du désaccord qui règne dans la philosophie grecque sur les premiers principes des choses et sur l'àme.

2. Les écrits des apologistes Apollinaire, évêque d'Hiérapolis, et Miltiade, tous deux contemporains de Tatien, sont aujourd'hui perdus. A la même époque, Méliton, évêque de Sardes, écrivit beaucoup ; mais de tous ses ouvrages, au nombre desquels se trouvait une apologie adressée à Marc-Aurèle, quelques fragments seulement sont venus jusqu'à nous. Nous avons bien en syriaque une Oratio Melitonis philosophi qiiae habita est coram Antonino Caesare, mais elle ne peut être de l'évêque de Sardes, puisque les fragments que nous avons de

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son apologie ne s'y retrouvent pas. L' Oratio Melitonis fut composée vers Tan 200.

On a attribué aussi, à tort, à Méliton de Sardes un ouvrage latin, De transita beatae Mariae, du iv*^ siècle, où Ton affirme pour la première fois, au moins dans la littérature chrétienne que nous connaissons, que Marie a été enterrée dans lejardin de Gethsémani. Le patriarche Modeste de Jérusalem (-|- 634) rapporte, le premier, avec une certaine hésitation toutefois, que Marie avait vécu et était morte sur la montagne de Sion [Dormitio]. Le successeur de INlodeste, saint Sophrone (-|- 638), affirme le fait d'une manière catégorique ^ .

iî 22. — LES COMMENCEMENTS DE LA LITTÉ- RATURE ECCLÉSIASTIQUE LATINE. — MINU- CIUS FÉLIX -

1. C'est seulement, semble-t-il, dans la deuxième moitié du ii*^ siècle, que des ouvrages sur des matières ecclésiastiques furent rédigés en latin. Jusqu'en l'an 200, peut-être même jusqu'en l'an 250, la langue de l'Église romaine fut le grec; c'est ce que montrent les écrits composés à Rome iClément,

1. Zaliii, I)ie Dormitio sanclae Mariae, und das Haus des Joliannés Markus. Leipzig, 1899.

2. On ne peut se servir que de l'édition de lialiii dans le Corpus Script, eccles. de Vienne, vol. 11 (.1867), qui se distingue de toutes les autres (de Migne par exemple) par une loulc d'améliorations de texte assez importantes.

(i. Boissicr, La fin du Paganisme, Paris, 1801 : 3« od.. 1898. 1. p. SWi sq. — Henry, Des origines de la littcr. latine clirêticnne et de ses caractères jusqu'au temps de S. Jérdwîe, Montpellier, 189!.

Ilermas, Hippolyte) et surtout les inscriptions des catacombes romaines.

Le plus ancien document latin concernant le chi'istianisme nous vient d'Afrique. Ce sont les Acta martyrum Scilitanorum, de l'an 180. C'est en Afrique aussi que nous ramènent tous les monuments les plus anciens de la littérature latine ecclésiastique. Qu'on se rappelle les œuvres de Tertullien et le cercle d'amis de Minucius Félix.

Tertullien est le premier à nous parler de versions latines de la Bible, dont une, que saint Augustin nomme Itala, in usiun exiit; on peut croire qu'en Afrique l'usage delà langue latine s'introduisit de très bonne heure dans la liturgie.

2. C'est dans un manuscrit de Paris, unique et en mauvais état, que VOctaçius nous est parvenu.

Par l'art de la composition et la grâce du style, cette apologie latine l'emporte sur toutes celles des trois premiers siècles. Elle revêt la forme d'un dialogue entre l'auteur Marcus Minucius Felix et les deux amis Octavius et Caecilius. L'auteur, avocat à Rome, était chrétien ainsi qu'Octavius; Caecilius, originaire d'Afrique, probablement de Cirtaen Numidie, était païen. Le dialogue est conduit sur le modèle du De natura deoruin de Cicéron. L'essence du christianisme, au point de vue strictement philosophique, y est ramenée à trois points principaux : le monothéisme, la doctrine de l'immortalité et la pureté de mœurs. La Sainte Ecriture n'y est pas citée.

On a beaucoup écrit sur l'époque de la composition de ce livre. ^J Octavius se rapproche tellement

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par les idées et les expressions de Y Apologeticinn de Tertullien que la dépendance de l'un par rapport à l'autre paraît incontestable. Mais à qui appartient la priorité? Saint Jérôme l'attribue à Tertullien; car il le nomme souvent avant Minucius Félix et il dit une fois de lui : primas latinorum ponitur^ . Mais le plus grand nombre des critiques récents admettent que Minucius a écrit le premier, et, Y Apologeticum datant de 197, ils placent la publication de YOctaçius dans les dernières années du ii^ siècle.

3. Voici, en quelques lignes, la marche du dialogue : les trois amis font une promenade, de Rome à Ostie. Ils rencontrent une statue de Sérapis à laquelle le païen Caecilius envoie un baiser de la main. C'est l'occasion d'une discussion religieuse qui s'engage bientôt après entre les trois amis assis sur une digue au bord de la mer. Minucius, qui dans le dialogue s'appelle Marcus, sera l'arbitre (ch. 1-4). Caecilius commence : Les plus grands sages n'ont rien pu découvrir de certain sur les dieux et l'autre monde au point que Socrate, le prince des philosophes, a déclaré : quod supra nos, nihil ad nos. Dans cette incertitude, mieux vaut s'en tenir au culte traditionnel qui a fait la grandeur de Rome ; le dieu invisible des chrétiens n'est qu'un fantôme; eux-mêmes se recrutent dans la foule des ignorants et des femmes crédules; ils se livrent, de plus, dans leurs assemblées, à des actes de débauche abominables (ch. 5-13'.

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