‹ Elements de patrologie et d'histoire des dogmesChapitre 38 sur 96 · SAINT CYPRIEN · texte numérisé non relu

SAINT CYPRIEN

1. Sur l'existence agitée de Caecilius Cyprianus, nous avons d'amples renseignements dans sa vie,

l. La dernière et la meilleure édition des écrits de saint Cyprien a été donnée par Hartel dans le Corpus script, eccl. lat., vol. !U, in 3 partes (Vienne. 1868,. L'édition de Migne est une réimpression fautive de celle de Baliizf . 0. s. B. et Maran, 0. S. B. (in-fol., Paris. 1726).

Fcclilriip a publié une bonne biographie de saint Cyprien

écrite par un de ses diacres, Pontius; mais les propres ouvrages de Cvprien et, en particulier, sa correspondance nous offrent encore les plus précieuses données.

Il naquit probablement à Carthage. Fils de riches païens, il enseigna d'abord la rhétorique; puis, en 246, se convertit au christianisme et reçut le baptême par le ministère du prêtre Caecilius ou Caecilianus. A la fin de 248, il devint évêque de sa ville natale.

La persécution de Dèce ne tarda pas à interrompre les œuvres de son zèle pastoral. Durant toute cette période, il se tint caché dans le voisinage de la ville, communiquant régulièrement avec sa communauté.

La réconciliation des nombreux chrétiens qui étaient tombés pendant la persécution donna naissance à un schisme. Cyprien, ayant repoussé la prétention des « confesseurs » qui exigeaient la réconciliation immédiate des lapsi, il se forma un parti de mécontents sous la conduite du diacre Felicissiinus, auquel vinrent se joindre cinq prêtres qui s'étaient opposés à la consécration épiscopale de Cyprien. L'un d'eux, nommé Xovat, se rendit sur ces entrefaites à Rome et y soutint le schisme de Xovatien.

En 251, Cyprien put rentrer à Carthage; il ex-

accompagnée d'une étude sur ses écrits: Der hl. Cyprian, Munster, 1878. Le voL II n'a pas encore paru. — Freppel, .SanU Cyprien, Paris, 1865; 3" édit., 1890. — Bensoii, Cypriaru London, 1897. — Monceaux, Op. cit.-, II, Paris, 1902. — H. Leclercq, Op. cit., I, Paris,

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communia, dans un synode, les chefs du parti adverse et décida que les sacrificoti et les thurificati, même après leur pénitence, ne pourraient recevoir l'absolution qu'au lit de mort; dans le cas pourtant où une nouvelle persécution surviendrait, on pourrait les fortifier pour le combat par la sainte eucharistie. Pendant la peste qui, quelques années après, ravagea l'Afrique, Cyprien excita l'admiration par l'héroïsme de sa charité envers les malades.

Ses dernières années furent troublées par la discussion sur le baptême dos hérétiques. A rencontre du pape Etienne 1^254-257) , Cyprien, comme déjà avant lui Tertullien et les évêques d'Asie, tenait pour invalide le baptême conféré par les hérétiques; trois synodes, réunis sous sa présidence, à Cartilage, en 255 et 256, se prononcèrent dans le même sens. Il semble qu'on ait abouti à une rupture complète avec Rome et que dans la suite le successeur d'Etienne, Xyste H, ail laissé aux Africains leur pratique de renouveler le baptême ^ Cyprien mourut décapité, près de Cartilage, le 14 septemDre 258.

2. Cyprien n'était pas un profond penseur, encore moins un écrivain original; c'était avant tout un homme d'action; son genre littéraire répond parfaitement à ce caractère. Toutes ses démarches étaient dirigées par la douceur non moins que par la prudence; ses œuvres respirent le même esprit. Il emprunte souvent ses idées à Tertullien [da

\. cf. Efitst àAa% ZeiUclo: für Kalhol. Tlieol., Innsbruck 18'Jo, p. 234 sq.

magisfruml); toutefois, chez lui, le style est toujours mesuré et soig'né. Là où il paraît le plus original, c'est dans le traité De ecclesiae unitate où l'unité de l'Eglise l'inspire véritablement. — C'est une des figures les plus attachantes de l'histoire de l'Église, le modèle d'un évêque catholique; saint Augustin l'appelle catholicum episcopum, calholicum martyrem [De bapt., m, 3, 5). — Ses écrits, d'un style simple et facile à saisir, ont été très lus au moyen âge et nous sont parvenus dans une foule de manuscrits.

3. Les ouvrages de Cyprien comprennent des traités et des lettres. Dans les premiers, il convient de signaler surtout le De catholicae ecclesiae unitate et le De lapsis, tous deux composés en 251, après son retour.

Le De cath. écoles, unitate déplore les divisions des communautés de Carthage et de Rome pendant le schisme de Felicissimus et de Novatien, et recommande l'unité de l'Eglise, hors de laquelle on ne peut arriver à la béatitude ; car le Christ en bâtissant son Église sur Pierre, c'est-à-dire sur un fondement unique, a manifesté la volonté d'assurer l'unité de l'édifice.

L'Église est comparable à la tunique indivisible du Christ. <( Hors de l'Église, il n'y a pas de salut », et (( celui-là ne peut avoir Dieu pour Père qui n"a pas l'Église pour mère ».

Dans le De lapsis. Cyprien, tout en déplorant la chute de tant de frères pendant la persécution, déclare qu'on ne peut les admettre à la réconcilia-

lli ELEMENTS HE PATKOLOGIE.

tion qu'après la confession de leur faute et une pénitence rigoureuse.

Le De habita virginum met en garde les vierges consacrées à Dieu contre la recherche de la toilette et l'esprit mondain. Les traités De dominica oratione et De do no patientiae s'inspirent des traités de Tertullien qui portent les mêmes titres. Le dernier a pour but de calmer les esprits qui s'étaient échauffés dans la dispute au sujet du baptême des hérétiques.

Par le De mortalitate il se proposait de consoler les fidèles au temps de la peste; beaucoup de chrétiens ne pouvaient comprendre que la contagion sattaquàt aux fidèles aussi bien qu'aux infidèles; saint Cyprien leur montre que la vie du chrétien doit être un combat et leur prédit la fin prochaine du monde.

4. La correspondance de Cyprien, si précieuse pour l'histoire du temps, comprend quatre-vingtune lettres; mais soixante-cinq seulement sont de lui. Les autres sont adressées à Cyprien lui-même ou au clergé de Carthage, comme par exemple celles du clergé de Rome et du pape Corneille (de 250 à 253 , vingt-trois lettres de Cyprien à son clergé ont été écrites du fond de la cachette où la persécution de Dèce l'avait contraint de se réfugier.

Douze lettres, plus étendues, traitent du schisme de Novatien, deux seulement (lxxiv et lxxv), de la question du baptême des hérétiques. La quatrième s'occupe des midieres siibintrodnctae, et défend, sous peine d'excommunication, aux hommes d'habiter avec des femmes.

La lettre lxiii combat une coutume qui s'était introduite dans quelques communautés d'employer de l'eau au lieu de vin pour l'eucharistie.

5. Bon nombre d'écrits ont été mis à tort sous le nom célèbre de saint Cyprien : ils se trouvent, mais incomplètement, dans le troisième volume de l'édition de saint Cyprien de Hartel. Plusieurs sont de Novatien. Parmi les autres, trois sont à remarquer : Ad Novatianum, polémique avec Novatien sur la question des lapsi; il a été composé par un évéque, qui sur la question du baptême des hérétiques, était partisan de saint Cyprien. Dans ces derniers temps on a de nouveau essayé ' , non sans quelque vraisemblance, de le restituer à saint Cyprien. — Le De rehaptismate soutient, contre Cyprien, la validité du baptême des hérétiques. Il a été composé - entre le second (printemps) et le troisième (automne) synode de Carthage. — Le traité Adveisus aleatores est un sermon en latin vulgaire contre le jeu de dés qui est qualifié d'idolâtrie et d'invention du démon. Harnack l'attribue au pape Victor P"" 189-199).

' 6. L'unité de l'Egrlise, selon Cyprien, se réalise dans la communion de chaque fidèle avec son évèque: celui qui n'est pas avec son évéque est en dehors de l'Église [Ep. lxix, 8). L'Église de Rome est pour lui la matrix et radix ecclesiae catholi-

1 M. Rombold, clans la Theol. Quartalschrift. Tiil)ingue, dOOO,

p. "i^iO SC|.

2 D'après Ernst, dans le Zeitschrift für katol. Theolog., Innsbruck, 18!I6 (deux articles) et dOOO, p. 4-2o sq.

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cne, Vecclesia principalis unde imitas sacerdotalis exorta est, dans laquelle la défaillance n"a pas dentrée \Ep. xlviii, 3 et lix, 14 .

Cette conviction nempêcha pas saint Cyprien de s'opposer à la décision de Rome dans la question du baptême des hérétiques. Bien qu'il admette que l'Eglise a été fondée sur Pierre seul, il prétend cependant que tous les apôtres, comme Pierre et avec lui, ont été pari consortio praediti et honoris et potestatis De cath. eccl. unitate. c. 4;.

D après saint Cyprien la primauté de Pierre est donc plutôt un symbole qu'une réalité; toutefois l'autorité doctrinale de Rome est très considérable à ses yeux ^ .

* 7. Dans la question des robaptîsaiits. saint Cyprien tient pour l'opinion deTertullien; celui-là seul, croit-il, peut donner le Saint-Esprit par le baptême, qui le possède lui-même; dès lors, les hérétiques qui ne sont pas dans l'Église ne peuvent pas donner le baptême de l'Eglise [Ep. lxxiii, 11).

Les Pères ont enseigné dès le commencement que la célébration de l'eucharistie est un sacrifice; toutefois, daprès Justin [ApoL. I, 13 et Dial., c. 41, on pourrait croire que, dans la sainte messe, le sacrifice se compose des prières et des dons visibles, saint Cyprien au contraire dit avec toute la précision possible Ep. lxiii , 9 et 17) que le Christ est lui-même lobjet offert : « La passion du Seigneur est, le sacrifice qui est accompli là », et : « le sang

1. cf. Delai-oclirlle, L'idée de l'i-gtise dans S. Cyprien {Revue d'Iiisl. et de littrv. relifiieitses, Paris. 1896. p. SI!» sq.).

LA LITTÉRATURE CTIRETIEXXE AU III^ SIÈCLLE. 115

du Christ n'est pas offert si le calice ne contient point de vin »,

Saint Cyprien témoigne aussi en faveur de la confession. Il loue ceux qui, sans avoir renoncé à la foi, ont pourtant souvenir de quelque faute, et la confessent devant les prêtres du Seigneur; il ajoute : « Que chacun donc confesse ses fautes, tandis qu'il est encore vivant, que sa confession peut être reçue, et que la satisfaction du coupable et l'absolution accordée par le prêtre peuvent être agréées de Dieu. » [Delapsis, c. 23 et 29).

Il croyait avec toute l'Eglise ancienne que les martyrs jouissent immédiatement delà vue de Dieu. Les autres, enseigne-t-il, doivent après leur mort attendre le pardon et demeurer en prison, tant qu'ils n'ont pas soldé leur dette jusqu'à la dernière obole. Il admet donc une purifleatîon après la mort.

§ 32. — ARNOBE i

1. Né à Sicca de Numidie, Arnobe était africain comme tous les plus notables écrivains latins antérieurs au concile de Nicée. Il occupa avec succès une chaire de rhétorique dans sa ville natale. Converti par une vision, il pria l'évêque de Sicca de l'admettre dans la communauté chrétienne. — Pour défendre la sincérité de sa foi, suspectée par lévê-

1. Édition de Rciffersclieid dans le Corpus eccl. lat. de Vienne, vol. IV. — Migne, P. L., V.

P. Monceaux, Hist. litlér. de l'Afrique chrétienne, III, 1906. — Freppcl, Commodien, Arnobe, Lactance, Paris, 1893.

HO ELEMENTS nE PATROLOGIE.

que, Arnobe composa, à l'époque de la persécution (le Dioclétien (303-305), ses sept livres Adversus nationes.

Les deux premiers vengent le christianisme surtout du reproche davoir provoqué les malheurs du temps; Arnobe montre qu'il a plutôt contribué à diminuer les guerres, puisqu'il défend de rendre le mal pour le mal. Les livres qui suivent s'attaquent aux fables de la mythologie païenne et aux différents honneurs rendus aux dieux.

L'auteur est peu versé dans la Sainte Ecriture et dans la dogmatique chrétienne. De plus, comme chez les rhéteurs païens, son enflure n'arrive pas à dissimuler l'absence de sentiment. Enfin les idées, assez vagues, sont développées sans ordre dans un style recherché et prolixe.

'2. Dieu le père est, pour Arnobe, Dieu au sens propre [Dens priiiceps): il ne lui est pas démontré que les dieux du paganisme n'existent pas ; toutefois ils ne sauraient être que des dieux inférieurs qui tiennent leur existence et leur puissance du Dieu des chrétiens. Le Christ lui aussi est un Dieu de second ordre. — L'ànie humaine ne vient pas de Dieu, mais d'un autre être supérieur. Avec plusieurs Pères des premiers âges (supr.p. 64), Arnobe admet qu'elle n'est pas immortelle de sa nature, mais qu'elle peut devenir immortelle par la grâce du Dieu des chrétiens ; et cette idée a certainement été pour lui le principal motif de sa conversion au christianisme.

LA LITTÉRATURE CHRETIENNE AU IIP SIÈCLE. 117 § 33. — LACTANCE i

1. L. Caecilius (ou Caelius) Firmianus Lactantius naquit aussi en Afrique. Il fut élève d'Arnobe et rhéteur comme lui. L'empereur Dioclétien le fît venir dans sa nouvelle capitale, Nicomédie, pour y enseigner la rhétorique. Lorsque éclata la persécution, il se vit, en sa qualité de chrétien, obligé d'abandonner sa chaire ; il demeura dans une situation misérable à Nicomédie, jusqu'à ce que Constantin l'appelât en Gaule en 317 ^, bien qu'il fût déjà avancé en âge, pour lui confier l'éducation de son fils Crispus. Là s'arrêtent nos renseignements sur sa vie.

2. Lactance est un maître pour le style. Sa langue coule légère et gracieuse. Il approche de Cicéron qu'il a lu assidûment, et auquel il ressemble par la douceur du caractère : aussi les humanistes l'avaient-ils surnommé le « Cicéron chrétien ».

11 était presque aussi versé que saint Jérôme dans la littérature profane d'Athènes et de Rome; mais aussi peu instruit que son maître Arnobe dans la connaissance du dogme et de la littérature chrétienne. « Utinam, dit de lui saint Jérôme [Ep. lviii.

i. La plus récente et la meilleure édition des écrits de Lactance a été donnée par Brandt dans les vol. XIX et XXVK du Corpus script, eccles. de Vienne: on peut pourtant se servir encore des éditions antérieures comme celles de aligne, P. L., VI-Vll et de Fritzschc, Leipzig, 184-2.

Frcppel, Commodien, Ariiobe, Lactance, Paris, d893. — R. Plcliou, Lactance, Paris, l'JOI.

2. Otto Secck, Geschichte des Untergangs des antiken Welt, I, 2"= édit., Berlin, 1898, p. 458; d'autres adoptent l'année 308.

lis ELEMENTS DE PATKOLOGIE.

10), tani nostra ad fi r mare poluisset, quam facile aliéna destruxit! — Dès l'année 14()5, on publia une édition de ses œuvres. C'est le premier ouvrage <laté imprimé en Italie.

3. Les sept livres des Jnsli/udones divinae composés avant la mort de Galère (311) constituent son œuvre principale, apolog-ie en même temps que manuel de la doctrine chrétienne. Ils sont, en Occident, le premier essai, assez peu réussi d'ailleurs. d'exposition complote du christianisme.

Les deux premiers livres s'attaquent aux croyances populaires du paganisme et établissent le monothéisme: le troisième fait éclater les contradictions de la philosophie païenne.

Avec le quatrième livre, l'auteur arrive au christianisme : il montre que le Christ seul a apporté du ciel la vraie sagesse : dans le cinquième et le sixième il décrit la perfection chrétienne qui seule honore vraiment la divinité. Ces deux derniers sont écrits avec chaleur et forment la meilleure partie de l'ouvrage. Dans le septième, il traite des fins dernières. Quelques manuscrits contiennent des additions : les unes, dualistes, introduites, au iv*" siècle, par un rhéteur inconnu, disant que Dieu a voulu et créé le mal ; les autres, peut-être de Lactance lui-même, qui aurait dédié à l'empereur Constantin une seconde édition de son œuvre, font l'éloge du prince.

Lactance a publié un Epitome de ses Institutiones. Ce n'est pas un simple résumé : les changements et additions qu'il contient en font une œuvre originale.

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