‹ Elements de patrologie et d'histoire des dogmesChapitre 48 sur 96 · SAINT BASILE LE GRAND · texte numérisé non relu

SAINT BASILE LE GRAND

l. Basile, Grégoire de Xysse, son frère, et Grégoire de Nazianze, sont les trois plus belles figures de l'Eglise de Cappadoce. Durant toute leur vie, ils restèrent unis dans la plus étroite intimité. Ce sont « les trois grands Cappadociens ».

Basile naquit à Césarée de Cappadoce de parents chrétiens, nobles, riches et pieux. Son père

1. Cr. Ernst, Der Ketzertauf-ilreil in der altchrisUichen Kirche nach Cyprian, Mainz, 1901.

^2. Dans A. Mai' [Scriptorum vet. nova coll., IX, 625). — Mi^iie, P. G., LXXXVI, "2401. Cf. Batiffol, OiJ. cit., 2' série, |). 211.

3. La meilleure édition est celle des Bénédictins Garnier et Maran, 3 in-fol., Paris, 1721 — elle a été souvent réimprimée, notamment parMigne(P. G., XXIX-XXXii;.

Fialon, Etude hist. et litt, sur S. Basile, suivie de VHexaynéron traduit en franc., 2« éd., Paris, 1869. — BajIo,S. £as«7e, Avignon, 1878. — P. Allard, S. Basile, 't" édit., Paris, 1903 (collect. « Les Saints »).

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était rhéteur; sa mère, sa grand'mère, deux de ses frères (Grégoire de Xysse et Pierre, évèque de Sébasle., sa sœur Macrine ont été mis au nombre des saints. Basile fréquenta les écoles supérieures de Césaréeel d'Athènes; dans cette dernière ville, il se lia parl'amilié la plus fraternelle avec Grégoire de Nazianze, étudiant comme lui. " Ils ne connaissaient que deux chemins, celui de l'Eglise et celui de Técole. » Après un séjour d'environ cinq ans à Athènes, il revint dans sa patrie où, comme son père, il enseigna la rhétorique ; mais bientôt il se résolut à dire adieu au monde, se fit baptiser, visita les monastères de Syrie et d'Egypte, et mena une vie toute monastique avec sa mère et sa sœur près de Xéocésarée dans le Pont. Grégoire de Nazianze y vint souvent le visiter : les deux amis travaillèrent ensemble et composèrent la Philocalie (supr. p. 88). D'autres compagnons se joignirent à eux et de nouvelles colonies monastiques prirent ainsi naissance dans les environs; ce fut pour elles que Basile, aidé par Grégoire, composa les deux règles monastiques qui, aujourd'hui encore, sont en grande estime parmi les moines de l'Orient Basiliens' ; l'une, assez courte, posait les principes généraux de la vie monastique ; l'autre réglait les détails ; toutes deux sous forme de demandes et de réponses.

Plus tard. Basile devint prêtre et, en 370, évêque de Césarée et par là même non seulement métropolitain de Cappadoce. mais encore exarque du diocèse (politique] du Pont, c'est-à-dire de tout le noi-d de l'Asie Mineure. A ce titre, il contribua puissam-

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ment à la suppression des abus dans le clergé, tels que la simonie ; il créa des établissements pour les indigents et surtout lutta avec vigueur contre l'arianisme si puissant sous Valens.

L'empereur essaya plusieurs fois de l'intimider, d'abord par son préfet du palais, Modeste, puis, personnellement, dans l'Église, le jour de l'Epiphanie ; ce fut en vain. — « Personne, dit Modeste à Basile, ne m'a jamais parlé ainsi. » — « C'est donc, répondit Basile, que vous n'avez jamais rencontré un évéque. » Il vécut assez pour voir périr Valens à la bataille d'Andrinople, mais il mourut bientôt après, le 1" janvier 379, n'ayant pas encore cinquante ans. Par sa vie de rigoureuse austérité, il avait prématurément épuisé ses forces.

2. Basile était une nature noble, désintéressée, aussi ferme dans les questions de doctrine que dans la suppression des abus.

Il avait reçu déjà de ses contemporains le surnom de Grand ; mais il fut plus grand encore comme évêque que comme savant.

3. Ses œuvres comprennent des écrits dogmatiques, exégético-homilétiques, ascétiques, et enfin des lettres.

Au genre dog-niatique se rattachent les cinq livres Contra Eunomium; les deux derniers ne sont pas de lui, mais très probablement de Didyme. Eunomins, évêque de Cyzique, était un des porte-parole des ariens rigides ; il soutenait que le Fils doit être une créature parce qu'il est engendré, or Dieu ne saurait être engendré. C'est même dans l'innas-

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cibilité (tô àYc'vvr,Tov eivai^que consiste, d'après lui, toute l'essence de Dieu qui , dès lors , peut être connue d'une façon adéquate.

Basile répond à cette assertion dans le premier livre ; dans le second, il traite de la consubstantialité du Fils; dans le troisième, de la divinité du Saint-Esprit, qui fait aussi l'objet de Técrit intitulé De spiritu sancto.

Le meilleur de ses ouvrages exég"étiqiies, fort estimé de l'antiquité, comprend les neuf homélies sur VHexameron. Il y explique le récit de la Genèse en suivant le sens littéral. On y admire de grandioses peintures de la puissance du créateur et de la beauté de la création. Il nous reste aussi quinze Homélies sur les psaumes où l'enseignement moral domine.

Basile était un orateur remarquable. De ses discours, vingt-quatre nous sont parvenus; les uns sont des panégyriques, les autres portent sur des questions de dogme ou de morale. Le plus connu est le vingt-deuxième ^Ilpb; toù; viouç: « Aux jeunes gens, sur la manière de tirer parti des écrits pa'iens » . Il montre comment les jeunes gens, à qui leur âge ne permet pas encore de saisir le sens profond de l'Écriture, peuvent lire les œuvres des pa'iens et profiter des enseignements et des exemples de vertu qui s'y trouvent. Ils auront soin d'imiter les abeilles. qui ne prennent sur les fleurs que ce qui leur convient.

4. Sous le titre d'Ascetica on réunit dans les éditions de saint Basile une foule de petits traités

qui se rapportent surtout à la vie religieuse. De ce nombre sont les deux règles monastiques dont nous avons parlé. — Ses trois cent soixante-cinq lettres (pleines de la plus exquise urbanité, dit Jean de Müller) contiennent de riches matériaux pour riiistoire religieuse de ces temps si agités. Trois d'entre elles, les lettres canoniques, adressées à Amphiloque, évêque d'Iconium, contiennent les ordonnances relatives à la discipline de la pénitence. Elles ont joui d'une légitime considération en Orient. — Les lettres au rhéteur Libanius et à l'empereur Julien paraissent apocryphes.

Basile fut aussi un réformateur de la litiirg-îc. Nous possédons sa liturgie en grec et en copte, non pas toutefois dans la rédaction primitive, mais telle qu'elle était en usage en diverses églises, au milieu du v^ siècle ^ . — L'Eglise « grecque orthodoxe » la suit encore aujourd'hui pour dix de ses fêtes.

^h. Basile regarde comme « apostolique, de suivre les traditions qui ne se trouvent pas dans la Sainte Ecriture » . La plus grande partie de ce qui regarde les mystères (Ta TrÀsïaxa xwv lAudTtxwv), bien qu'elle ne soit pas contenue dans la Sainte Écriture, est cependant, dit-il, admise par les catholiques {De spir. sancto, xxxix, 71).

Eunomins, avons-nous dit, plaçait l'essence de Dieu dans son innascibilité et dès lors soutenait que nous pouvions la saisir adéquate-

1. La liturgie copte alexandrine, dite de saint Basile le Grand, a été traduite en français par M^'' Macairc. iCf. Revue de l'Orient chrétien, IV (1899;, p. 14 sq.. D. P. Rcnauclin.)

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ment ; les autres perfections que nous attribuons à Dieu nétaient, selon lui, que des mois. A cela Basile répond : « Nous ne pouvons connaître Dieu que par ses œuvres ; nous ne connaissons donc de lui que ce quil y a exprimé: et même en supposant quil eût déployé dans ses œuvres toute sa puissance, nous ne pourrions néanmoins par là saisir adéquatement son essence. Nous concevons les autres perfections divines par ime opération de notre entendement qui les abstrait des choses visibles; elles sont donc subjectives (xa-i'lTrivotav) dune certaine manière, sans être cependant des mots vides de sens, car à ces mots correspond en Dieu quelque chose de réel. C'est ainsi que le Christ a pu se dire la vie et la lumière du monde, la voie et le cep de vigne. Jamais dans l'éternité nous ne pourrons comprendre Dieu, car autrement il serait limité : « notre science de Dieu consiste surtout à reconnaître qu'il est incompréhensible. » L'innascibilité est une propriété de Dieu, et encore purement négative, qui n'exprime aucunement toute l'essence divine [Contra Eunomium, i, 5 et 11 ; Ep. ccxxxiiiccxxxv).

*6. Saint Athanase, à la suite des premiers Pères. avait employé indifféremment les mots oùsi'a et ôto- (TTaffi; en parlant de Dieu; le concile d'Alexandrie de 3(32 permettait encore de parler d'une ou de trois hypostases en Dieu. Basile est le premier à vouloir qu'on parle toujours de trois hypostases ; il entend par ce terme d'uTto'ffxaffi; lèlre qui subsiste en lui-même et qui se distingue par des propriétés particulières,

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c'est-à-dire un individu, une personne ^ . Ce fut le schisme mélélien d'Anlioche qui lui fournit Toccasion de formuler cette définition plus précise : Févêc[ue Paulin parlait d'une seule et Mélèce de trois hypostases. Comme propriétés personnelles (relations) Basile nomme la paternité, la filiation et la sanctification [Ep. ccxxxvi, 6). Au lieu de la sanctification, Grégoire dit plutôt la procession '-. 7. Basile soutient énergiquement dans ses écrits la divinité et la consubstantialité du Salnt- Esi)rit. Mais quand il parlait devant le peuple, nous rapporte Grégoire de Nazianze, il était très prudent sur ce sujet, et ne donnait jamais au Saint-Esprit le nom de Dieu, de peur d'irriter les ariens et de se voir chassé de son siège. Grégoire prend ici la défense de son ami : « Ceux, dit-il, qui donnent au Saint-Esprit le nom de Dieu devant le peuple ignorant, n'agissent pas avec prudence : ils jettent les perles dans la boue et donnent une nourriture solide au lieu de lait. » Il va même jusqu'à dire : « Le Nouveau Testament ne fait qu'insinuer la divinité du Saint-Esprit; il n'était pas sage à nous, tant cjue la divinité du Fils n'était pas encore reçue, d'imposer, pour ainsi dire, la divinité du Saint-Esprit^. »

Avec la plupart des Pères grecs, Basile fait procéder le Saint-Esprit « du Père par le Fils » ; mais

1. Ep. XXXVIII, 3 ; ccxxxxvi, 6 : Oùcrta Se -/.al ÛTrôtjxafftç Ta-jTY)v iyzi r/jv ôiaœopàv, r\-i Ij^ei tô -/.otvôv Trpô; tô -/.aô' gy.adxov. CI'. Scliwanc, Op. cit.. H, 2 i"! de ik traduction française.

2. Oral., XXXI, 9: Tô y/J) Ycysv/iiTÖai, xô Yeyôvyjaôa'. v.oà tb èxTTOpeûsffOat.

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