Greg. .Vaz., Or., xli. 0, 8; xxxi
il blâme très forlement Eunomins qui donne le Fils comme étant Tunique principe du Sainl-Esprit; le Fils a tout en commun avec le Père, et le Saint-Esprit s'appelle dans la Sainte Ecriture non seulement TEspril du Fils, mais aussi FEsprit du Père [Contr. Eun., II, 34). Basile n'en affirme pas moins nettement d'ailleurs que le Saint-Esprit procède aussi du Fils [loc. cit., III, 1). La doxoIog"ie en usage alors dans ri'^glise grecque était : « Gloire soit au Père, par le Fils, dans le Saint-Esprit ». Basile en introduisit une autre ainsi conçue : « Gloire soit au Père, avec le Fils ainsi qu'au Saint-Esprit ». Il justifie ce changement dans son De spiritii sancto.
Sa conception de l'oiieharistie n'est pas facile à dégager; dans un endroit [Ep. viii, 4), il lui donne une signification toute symbolique : « Nous mangeons sa chair et nous buvons son sang, quand par son incarnation et par son passage visible sur cette terre, nous devenons participants du Logos et de la Sagesse; car il (le Seigneur) appelle sa chair et son sang son apparition mystique dans la chair. »
§ 43. — SAINT GRÉGOIRE DE NAZIANZE i
1. Grégoire naquit au bourg dArianze près de Nazianze en Cappadoce. Son père devint plus tard
\. La meilleure édition ilc saint Crésoire est celle des maiiristes en 2 in-fol., le iiremier par Cleiiiencet, Paris, 1778; le second |)ar Caillau, Paris. 1840. Ils ont été réimprimes par Mlffiii" (P. G.. XXXV- XXXVIII).
évêque de cette ville; l'éducation de Grégoire fut surtout l'œuvre de sa pieuse mère Nonna. A l'école de Césarée, il apprit à connaître Basile et y noua avec lui l'intime amitié qui devait se continuer à Athènes. C'est avec un plaisir évident que plus tard, dans l'oraison funèbre de son ami, il parlait des liens fraternels qui unissaient les étudiants d'Athènes ; il pouvait en parler par expérience, car il comptait plus de vingt semestres académiques, lorsque à l'âge de trente ans il quitta cette ville ' . H revint dans sa patrie, y reçut le baptême et bientôt après fut élevé, malgré lui, par son père, au sacerdoce. Préoccupé de la violence qui lui avait été faite, il s'enfuit immédiatement dans la solitude et essaya de justifier son départ dans V Apologeticus de fuga, qui traite de la dignité et des charges du sacerdoce. Dès lors, on le voit tantôt secourir son père dans l'administration de son diocèse, tantôt vivre delà vie monastique près de son ami Basile, aux environs de Néocésarée.
Lorsqu'en 370, Basile devint métropolitain de Césarée, il fonda de nouveaux sièges épiscopaux en
La Biographie de saint-Grégoire par lllinanii [Gregor von Na- ;(an:,Gotlia,18C7) est très intéressante. Sur la vie, les caractères distinctils et surtout la chronologie de l'œuvre littéraire de saint Grégoire et des autres Pères de la fin du iv« siècle, cf. Rausclien, Jahrbücher äer Christlichen Kirche unter dem Kaiaer Theodosius, Freiburg, 1897.
Kenoit, S.Greg, de iV«;., Paris, 1876; 2" éd., 1883, 6 vol. — Cavalier, S. Greg, de Naz., Montpellier, 1886. — Montant, Revue critique de c/uelques questions hist. se rapportant à S. Greg, de N. et à son siècle, Paris, 1878.
i. Cf. Ratisclien, Das Griechisch-römische Schulwesen zur Zeit des ausgehenden Heidenttnns, Bonn, 190J, p. 79 sq.
hV2 KI.K.MKXTS 1>E l'ATHOI.OdlK.
Cappadoce pour avoir un plus grand nombre d'évêques dans son parli et il sacra son ami Grégoire évêque de la petite ville de Sasima; mais, immédialement après sa consécration, Grégoire s'enfuit de nouveau, mécontent, dans la solitude et plus tard à Séleucie dans l'Isaurie. A Tavenement de Théodose l", au début de l'année 379, il reçut à Séleucie les envoyés de la communauté grecc[ue orthodoxe de Conslantinople qui le suppliaient de venir à leur secours en leur apportant l'appoint de son éloquence. Il se rendit à leur désir et prêcha dans la petite église de l'Anastasie, hors de la ville, la seule qui eût été laissée aux catholiques. Ce fut une vraie résurrection pour la foi, car l'éloquence et la douceur de Grégoire attirèrent tout le monde, à la grande fureur des ariens qui, envahissant un jour la chapelle, lapidèrent Grégoire et les fidèles.
A la fin de 380, le nouvel empereur vint pour la première fois dans la capitale: il enleva aussitôt les églises aux ariens et introduisit Grégoire, sous la protection dune escorte militaire, dans l'église principale, celle des Saints Apôtres.
L'année suivante, sur le désir de l'empereur et du deuxième concile général, Grégoire monta sur le siège épiscopal de Constanfînople. Pendant le concile, mourut Mélèce, évèque d'Anlioche, qui présidait. Grégoire se déclara alors pour Paulin, adversaire de Mélèce. dans l'intention de mettre fin au schisme d'Antioche'. Là-dessus, une discussion
i. Sur ce schisme, cf. Cavallera, L'' schisme d'Antioche (thèse), Paris. I!i05.
LES GHAXD.S TIIEULUGIEXS DE L'EGLISE GRECQl E. 103
s'éleva. Les évêques égyptiens et macédoniens introduisirent dans l'assemblée un nouveau sujet de discorde en prétendant que Grégoire, étant évêque de Sasima, ne pouvait occuper le siège de Constantinople sans contrevenir au cinquième canon de Nicée, qui défend à un clerc de passer d'une église à ime autre. Sa situation devenant par là très pénible, Grégoire annonce que, nouveau Jonas, il va mettre fin au conflit, et, après un touchant discours d'adieu adressé aux évêques et au peuple, il se retire. Pendant deux ans il gouverna la communauté de Nazianze, restée orpheline après la mort de son père, et passa les dernières années de savie dans son bourg d'Arianze, s'adonnant à des travaux littéraires et fort tourmenté par les infirmités. Il mourut en 390.
2. Saint Grégoire de Nazianze était une nature maladiv^e que ses goûts portaient à une vie întellectwelle et contoiiiplatîve. Parfois cependant il savait dans un noble effort appliquer toutes les ressources de son esprit au service de ses amis ou de l'Eglise opprimée, et alors il n'hésitait pas à se produire au dehors et à déployer une réelle activité. Son tempérament délicat lui communiquait iiiio irritabilité nerveuse et même, vers la fin de sa vie, quelque amertume dans ses rapports avec les hommes. Comme orateur, il surpassa Basile, mais comme chef d'Eglise il lui fut bien inférieur. — Il possédait au point de vue spéculatif des aptitudes que Basile était loin d'avoir. Le titre de théologien qu'on lui a donné plus tard , s'explique
164 ÉLÉMENTS DE l'ATROLOGIE.
par le soin quil prend de s'attacher élroitement à l'Kcriture et à la tradition dans ses discussions; aussi peut-on le regarder comme lo plus sûr témoin de la tradition de l'Eglise grecque au iv"' siècle.
3. Les écrits de Grégoire sont des discours, des lettres et des poésies. Ses meilleures productions sont les 45 discours et parmi eux surtout les 5 discours théologiques n. 27 à .31 qu'il prononça à Constantinople en 380. Ils défendent le dogme catholique de la Trinité contre les eunomiens et les macédoniens : Grégoire leur doit son titre glorieux de « théologien >>. Nous avons déjà parlé de l'Apologeticus de fuga (n. 2 , du discours d'adieu de Constantinople (n. 42) et de l'Eloge funèbre de Basile (n. 43 . h'Apologetf'cus a servi de modèle à saint Jean Chrvsostome pour ses six livres De sacerdotio.
Si les discours de Grégoire datent, pour la plupart, de la période de sa vie publique à Constantinople, presque toutes ses lettres et, à coup sûr. toutes ses poésies sont du temps de sa retraite à Arianze. Les 243 lettres ne présentent guère qu'un intérêt privé et ne sont parfois que de simples billets de recommandation: mais toutes, travaillées avec soin, ont été écrites dans une langue harmonieuse et riche, et souvent avec esprit.
En revanche, ses poésies sont ternes, diffuses ; c'est presque toujours de la prose mise en vers. L'auteur a manqué son but, qui était de les substituer, pour la jeunesse, aux œuvres des poètes païens. Elles sont au nombre de plus de 500, très
différentes de mètres et de sujets. La plus étendue et la meilleure aussi est le De vila sua qui compte presque 2000 vers iambiques trimètres ; il y raconte sa propre vie depuis sa naissance jusqu'à son départ de Constantinople ; on y sent percer beaucoup de mauvaise humeur contre les Pères du 2"® concile général de Constantinople.
La tragédie Christus patiens, qu'on trouve dans les poésies de Grégoire, est du moyen âge.
* 4. On a déjà fait remarquer (p. 159) que Grégoire est le premier qui ait employé, pour donner les caractères distinctifs des trois personnes divines, les expressions de « non-engendré », « engendré » et « qui procède ». — C'est lui aussi qui, le premier, s'est servi du terme de Trsptpjpvjaiç [circuminsessio] pour désigner la compénétration mutuelle des trois personnes, déjà connue des anciens Pères '. — Contrairement à la pratique de Basile (supr. p. 159), il s'explique sans ambiguïté devant tous les fidèles sur la divinité du Saint-Esprit : « Combien de temps encore faudra-t-il retenir la lumière sous le boisseau et cacher aux autres la divinité complète du Saint-Esprit? » [Or. xii, 6). — Il indique aussi clairement l'unité de personne dans le Christ; il dit souvent que le Christ « est un formé de deux » et, une fois , il s'exprime en ces termes : « Deux natures s'unissent en lui pour ne faire qu'un, ce ne sont pas deux Fils ^. » Il parle aussi d'un mé-