SAINT HILAIRE DE POITIERS
1. Hilaire naquit à Poitiers d'une noble famille païenne. La préoccupation du but de la vie l'amena à étudier la Sainte Écriture et à embrasser le christianisme. Quoique marié, il fut bientôt élu évêque de sa ville natale par le clergé et le peuple. Pendant qu'au concile de Milan (355), l'empereur Constance pressait les évêques italiens et gaulois de condamner saint Athanase, Saturnin, métropolitain d'Arles, cherchait à introduire les erreurs ariennes dans l'Eglise des Gaules : et comme Hilaire était le plus grand obstacle à la réalisation de son dessein, il détermina l'empereur à l'exiler en Asie Mineure. Hilaire y vécut, probablement en Phrygie, de 356
1. La seule édition pratique est celle du Mauriste €ou^^lant (Paris, ■J693), améliorée par Marfei, -2 vol. in-fol.. Vérone, 1730. C'est ce dernier texte qu'a réimprimé Mig'iie, mais d'une manière défectueuse, P. L., IX-X. La meilleure édition des Commentaires des pscnimes esl de Ziiigerle dans le Corpus de Vienne.
et. Reiiikciis, Rilarius von Poitiers, Scliaffausen, 1804. — Largent, Saint Hilaire, Paris, 1902 (collection « Les Saints »).
i>üO ELEMENTS DE l'ATllOLOdlE.
à 359; il consacra ce temps à l'étude des Pères grecs et à la composition de son ouvrage principal. En 359, il assista au concile de Séleucie en Isaurie el se rendit avec les ambassadeurs de ce concile chez l'empereur à Constanlinople pour le gagnera la cause de l'orlhodoxie. Il ne réussit pas. Sous la pression des ariens qu'il gênait beaucoup en Orient, il fut renvoyé peu après dans sa patrie, où on l'accueillit partout avec un enthousiasme extraordinaire. Il fut l'âme du concile national des Gaules qui se tint à Paris en 361. On y adopta les décisions de Nicée et l'on déposa Saturnin de son siège. Ililaire mourut en 366.
2. Principal adversaire de l'arianisme en Occident, l'évêque de Poitiers mérita d'être appelé l'Athanaso de rOccident. Du reste, il ressemblait à Athanase par son caractère qui unissait la douceur à la force. Hilaire eut à exercer sa charge pastorale au moment même où les ariens avaient atteint l'apogée de leur puissance. C'est alors en effet, après le concile de Rimini, que saint Jérôme avait pu écrire : Iiigemuit totus orbis et arianum se esse mivatus est [Altere. Litcif. etorth., c. 19). Si, à cette époque, l'Eglise d'Occident triompha si rapidement des assauts de l'hérésie, c'est surtout à Hilaire qu'elle le doit.
Comme écrivain, il est le premier théoIog"ieii dogmatique et surtout le premier exég"ète de l'Occident ^ à qui il a révélé les conceptions de la
\. cf. art. /J(7«i*v'dans Did. (Je la liible de VIsonrotix.
GRANDS TIIEüLüGIENS DE L'EGLISE D'OCCIDENT. :.'01
théologie orientale. Il se distingue par une connaissance peu commune de la Sainte Ecriture, et aussi par la profondeur autant que par la hardiesse de la pensée; son style est vigoureux mais obscur. En 1852, Pie IX Ta déclaré docteur de l'Église.
3. Son œuvre principale consiste dans les douze livres De trinitate^ qui forment la réfutation la plus solide deTarianisme. Au début de son livre, l'auteur se demandant quelle est la fin de l'homme trouve la réponse dans ces paroles de saint Jean (xvii, 3) : (c Haec est autem vita aeterna ut cognoscant te solum Deum verum et quem misisti Jesum Christum. » Il prouve alors la g-énération éternelle et la consubstantialîtéduFils, réfute les objeclionsdes ariens contre sa divinité et explique les passages de l'Écriture que les ariens interprétaient dans leur sens, V. g. I Cor., XV, 28, où il est dit que le Fils est soumis au Père. Le viii® livre montre que la divinité du Fils ne porte pas préjudice à l'unité de l'essence divine. — Parmi les écrits dogmatiques, il faut encore ranger le traité Z)e synodis seu de fide orientalium qui, dans une première partie, rapporte les discussions doctrinales soulevées dans les conciles tenus en Orient contre les ariens, notamment à Antioche (341) et à Sardique (343), et examine, dans une seconde partie, la signification des mots ôjAoouutoç et ôjAotcuffto?. Hilaire se déclare pour la première expression, tout en ajoutant que les partisans de la seconde, s'ils l'entendent bien, professent en réalité la même croyance que les catholiques.