SAINT CYRILLE D ALEXANDRIE
1. Cyrille était le neveu du trop fameux Théophile, patriarche d'Alexandrie, à qui il succéda en 412. Comme patriarche, il provoqua l'expulsion des novatiens et des juifs hors de la ville et par là se brouilla avec le gouverneur Oreste ; mais il ne fut pour rien dans le meurtre de la célèbre femme philosophe Hypatie (415).
A partir de 428, dans la lutte contre iVestorius, il montre un caractère à la fois ferme et modéré. Nestorius qui, depuis 428, était patriarche de Constantinople, niait l'union physique des deux natures dans le Christ ievojui;) et n'admettait qu'une union morale, une union des volontés (cuvacsEia ; dès lors, il ne reconnaissait pas à Marie la maternité divine el traitait de fable païenne la doctrine dun Dieu enveloppé de langes et immolé sur la croix.
Cyrille prit d'abord parti contre Nestorius dans sa lettre pascale de 429. Puis, suivant l'ancienne coutume de l'Eglise, il s'adressa au pape Célestin 1 ; son adversaire fit de même. Le pape se prononça contre Nestorius et le menaça de l'excommunication.
1. F.a seule édition complète qui existe est celle d'Aiibert, r. \ol. in-fol., Paris, 1638; elle a été reproduite par aligne (P. G.. I.XVIIIlAXVll avec les additions du card. >Iaï.
On pourrait cunsuller l'ouvrage de Itelii'inaiiii, Dif ClnishiliK/if des Phi. Cyrilhi.s von Ale.rnnd., HiUdeslieim, 1902. — Largeiit, Èliid. d'hist. ecclcs. S. Cyrille d'Alexandrie, Paris, 189-2.
La même année, Cyrille rédigea, dans un synode tenu à Alexandrie, une profession de foi avec 12 analhématismes où étaient réunies les erreurs du patriarche de Constantinople. Nestorius répondit par 12 contre-anathématismes. Cyrille présida le concile g-énéral d'Ephèse en 431. L'assemblée adopta les analhématismes de Cyrille et déclara Nestorius excommunié et déposé (22 juin). Le soir, à la nouvelle de cette décision, la ville entière s'illuminait ; Cyrille et les Pères étaient reconduits à leurs demeures par une foule enthousiasmée qui portait des torches et des encensoirs.
Quelques jours après, arrivait le patriarche Jean d'Antioche, partisan de Nestorius. Furieux de n'avoir pas été attendu, il tint un conciliabule avec ses suffragants et gagna même à sa cause lempereur Théodose II; Cyrille et Memnon, évêque d'Ephèse, furent jetés en prison et y demeurèrent pendant deux mois. On ne réussit à s'entendre qu'en 433, grâce à une formule de foi rédigée par Théodoret de Cyr. On y appelait Marie mère de Dieu (ôeoTÔxoç), et l'union des deux natures dans le Christ était nommée i'vwaiç. Nestorius mourut exilé dans la Haute-Egypte en 444. La même année, Cyrille terminait ses jours à Alexandrie.
2. Les écrits de Cyrille ne brillent pas par l'éclat du style, mais bien par la rig-ueur de l'arg-unientation. Les principaux sont : dix livres Contra Julianum, réfutation du premier des trois livres de l'empereur Julien « Contre les galiléens ». Avec l'apologie de Cyrille on peut reconstituer presque
lOfi ÉLÉMENTS DE l'ATROEOfHE.
entièrement le premier livre de l'ouvrage de Julien, aujourd'hui perdu.
Les écrits doarniatiquos ont tous été composés •pour la polémique, les uns contre les ariens, les autres contre Xestorius. A la première série se rattache le Thesaurus de sancta et consubstantuili Irinitate; dans la seconde, il faut mettre d'abord les trois mémoires De recta fide, adressés dès le début de la querelle nestorienne à l'empereur Théodose II. à son épouse Eudoxie et à ses deux sœurs; ensuite les Douze anathematismes dont nous avons parlé (sup. n. 1 ; puis cinq livres Adversus blasphemias .Xestorii et surtout les belles scolies De incarnatione Domini. Un autre écrit porte le titre De incarnatione Domini publié pour la première fois par le cardinal Maï ; il est apocryphe et appartient en réalité à Théodoret de Cyr.
■Dans les éditions de saint Cyrille, les écrits exé- ^étîques occupent la plus large place. Mais ils sont dans le genre allégorique de toute lécole d'Alexandrie et partant de peu de valeur. C'est surtout vrai de ses commentaires de l'Ancien Testament, V, g. des 17 livres Sur le culte de Dieu en esprit et des 1.3 livres des Explications gracieuses rXaœupâ . Ils ont tous pour objet le Pentateuque ou plutôt les prescriptions de l'Ancien Testament qu'ils expliquent comme des types se rapportant au Christ.
Les 88 lettres ont trait aux discussions avec les partisans de Jean d'Antioche après le concile d'Ephèse.
LES r;RANDS ÏIIÉOLOtilEXS DE L'ÉGLISE GRECQUE. 197
* 3. Dans son argumentation contre Nestorius, saint Cyrille part du fait de la rédoiiiptioii de l'humanité, tout comme saint Irénée discutant contre les gnostiques, et saint Athanase- contre Arius. Le rédempteur doit être vraiment Dieu, autrement ce qu"il ferait n'aurait pas une valeur infinie et nous ne serions pas rachetés. Or si Nestorius a raison, ce n'est qu'un homme qui est mort pour nous et le Christ nest pas essentiellement différent des prophètes [Ad reginas, i. 7; Ep. i) '.
Cyrille appelle 1 union des deux natures dans le Christ svwffiç çufftxvî, tandis que les nestoriens se servaient pour la désigner des mots duvaseta ou Ivoi'xrici;. Beaucoup de malentendus provenaient de ce que la théologie grecque n'avait aucune expression bien déterminée pour exprimer l'union des deux natures dans l'unique personne du Christ. Chez les latins, il en était autrement; car Tertullien avait déjà parlé de la proprietas utriusque suhstantiae in una persona (supr. p. 108 . Les Grecs au contraire se servaient indiflereniment des mots cpuGiç ou u7ro(TTa(7tç pour désig'uer aussi bien la nature que la personne.
A la vérité, saint Basile avait, au sujet de la sainte Trinité, fixé la formule : tpsîç uTToaTâceiç, ixi'a cpuaiç et Cyrille avait parlé le premier de xpta irpo^toTra en Dieu, mais pour le Christ, on n'osait pas parler de [jt.ta ôtto- (TTacrii;, parce que dans la divinité on nommait ôtto- (7T«(7tç la nature individualisée, et que dans le Christ
\. Cf. Rivière, Le dogme de la rédemption, Paris, 1905, pp. 187-
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les deux natures ont conservé leur individualité. Voilà pourquoi Cyrille lui-même parle presque aussi souvent de aîa ©uciç que de u.(a uTroa-aaK; dans le Christ et d â'voxrtç xaTa ciuaiv que d â'vojaii; xaô' u-0!7Ta(7tv. C'est le concile de Chalcédoine qui a donné la formule e'vojG-iç xa6' uTco'ffTaciv, comme la seule autorisée. Mais saint Cyrille emploie habituellement u.t'a .iuaii; Toïî ÔEoû Xo'you (7£(7apxoj|ji.£vyi et invoque en sa faveur l'autorité de saint Athanase Adreginns^ i, i> . Or le traité De incarnations, Dei verhi, où se trouve cette expression, nous a bien été transmis sous le nom d'Athanase; mais, selon toute probabilité, il a été composé par Apollinaire de Laodicée (infr. p. 270).
Plus tard, les mcnophysites se sont autorisés de cette formule, et déjà Nestorius accusait Cyrille d'enseigner un mélange des deux natures dans le Christ; mais Cyrille se garde avec soin de soutenir que les deux natures ont passé Tune dans l'autre et que l'immanité est devenue consubstantielle à la divinité '. Souvent, pouréclaircirla question, il emploie la comparaison de l'union de l'àme et du corps dans riiomme.
C'est en conformité avec cette conception fondamentale que Cyrille enseigne la communicatio idiomatum. Le fils de Dieu est né; il est mort [Contra Nest., I, 2 et v, 5-7). Marie est aussi appelée par lui 0£OTÔxo;. Il dit même : « pour faire une profession vraie et irréprochable de notre foi, il suffit de croire et de confesser la maternité divine de la sainte Vierge » [Hom. xv de incarn. Dei verhi). \. Quod uiuts Sit Christus. Migne, P. G., LXXV, 1-289 et Ep. xLvir.