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Mignc, p. L., XIX

2. Aurelius Prudentius ^ Clemens est le plus intéressant des anciens poètes chrétiens de langue latine. Il nous a lui-même renseignés sur sa vie dans la préface de son recueil poétique. Il appartenait à une excellente famille espagnole : vraisemblablement de Saragosse).

Il reçut la formation littéraire et juridique qui se donnait alors en Occident et ne fut pas exempt de quelque « souillure du péché ». Il devint fonctionnaire de l'Etat et. lorsque ses cheveux commençaient déjà à blanchir, se retira enfin dans la solitude, afin de ne plus vivre que pour Dieu. C'est au cours de cette période qu'il vint à Rome et visita les tombeaux des martyrs (-p vers 410 en Espagne;.

C'est par l'influence de saint Ambroise que Prudence fut incité à écrire en vers. Les premières et. probablement aussi, les plus anciennes pièces de son recueil, sont du même mètre et traitent exactement les mêmes sujets que les hymnes du docteur de Milan. 11 publia, vers la fin de sa vie, une collection de poésies en sept livres avec des titres grecs. Le premier s'appelle Cathemerinon y.ot.br^u.tpvjôi'^) liber; il con tient douze poésies lyriques de mètres variés : les six premières pour les principaux moments de la journée {ad gclli cantum. jyiatutinus, ante cihuiv, post cibum, ad inccnsum lucernae, ante soinnum ,

i. L'édition Mi^nr [P. L., LIX-IA reproduit celle du Jésuite Arcvalo 2 vol. in-4 ■, Rome, 1788). — Drcssel eu a publié une belle édition très commode avec une savante introduction et un commentaire critique et exégétique (Leipzig, 18Ö0).

A. Paecb. Prudence, Paris. 1888.— G. Boissfer, La fin du paganismr, U. pp. I2.'M77.

les autres pouvant servir à toute heure ou destinées à certains jours de fête. A la différence des hymnes de saint Ambroise, elles sont très longues et, à part la dernière [Hymnus epiphaniae), n'ont pas été introduites dans la liturgie. Toutes les hymnes du bréviaire romain pour la fête des saints Innocents et celles de l'Epiphanie (sauf le Crudelis Herodcs Deum) sont des extraits de cet Hymnus epiphaniae.

Le sixième livre qui porte le titre de Peristephanon ([lept GTscpâvojv) , c'est-à-dire « sur les couronnes de la victoire » , présente également un caractère à la fois épique et lyrique et même dramatique, en certains endroits. Il contient 14 chants, de différents mètres, à la louange des martyrs romains et espagnols (ainsi que de saint Cyprien de Carthage). La peinture détaillée et sanglante de chacun des martyres ne conviendrait guère à notre goût.

D eux livres Co«ira Symmachum^ en hexamètres, constituent la perle de toute la collection. Le premier combat le paganisme en général; le second, la Relatio que l'orateur romain Symmaque (-f- 402) avait composée pour le rétablissement de l'autel de la Victoire (cf. supr. p. 207) ; l'auteur suit, point par point, dans sa réfutation, deux lettres de saint Ambroise, qui traitaient le même sujet. C'est à la suite d'une nouvelle tentative du parti de Symmaque auprès de l'empereur Honorius, peu après 400, que Prudence publia cette nouvelle réplique à la Relatio.

Une imagination vive, un cœur sensible, débor-

2f<2 ÉLÉMENTS DE l'ATHOIJXUE.

dant de foi et de charité, sont le caractère dominant de Prudence. Pour l'art de la métrique, ses poésies peuvent rivaliser avec celles des poètes païens de la même époque.

3. Saint Pauline évèque de Xole en Campanie, nature particulièrement délicate et élevée, appartenait à une très riche famille sénatoriale de Bordeaux. Il y eut pour professeur le poète Magnus Ausone, avec qui il conserva d'amicales relations. Après la mort de lempereur Valens, il fut probablement nommé consul suffectus pour le reste de Tannée 378; il remplit aussi la charge de gouverneur de la Campanie. Rentré ensuite dans la vie privée, il charmait ses loisirs par l'étude. En 391. il reçut le baptême, à Bordeaux, des mains de l'évèque Delphinus. Bientôt après, avec sa femme Therasia. il forma le projet de renoncer au monde, car son fils unique, qu'il avait longtemps désiré, venait de mourir à la ileur de l'âge: son frère avait été assassiné, et lui-même n'avait échappé qu'à grand'peine à l'accusation de fratricide. Ordonné prêtre à Barcelone, il vendit une grande partie de ses propriétés et se retira à Xole. auprès du tombeau du saint confesseur Félix, que. dans sa jeunesse, il avait choisi pour patron et

\. L'édition Mignr (P. L.. I,XI} est une reproduction de celle de Uiiralorl (in-fol., Vérone, 17.3ß). — La meilleure édition est duo à IlarieL dans le Corpus de Vienne, vol. XXIX et XXX.

Ruse. P'iuliii. cvc'jue de \'oh'. et son lemp.s. liatisbonne. is-'ic, :2 vol. tradiict. Iraiiç. par l'abhé Dancoisne, Tournai, tiCiS). —André Baudrillart, S. Paulin, Paris, liK)."> (collection • Les Saints •). — ('•. Bofssier, La fin du j/ar/an.. Il, pp. b~-i>\.

dont l'intercession, croyait-il, l'avait aidé à rej^ousser Ihorrible accusation de fratricide. Là, il vécvit, avec sa femme, dans la continence parfaite, habitant une demeure d'une pauvreté vraiment monastique, jusqu'à l'année 409, où il succéda à l'évêque de Noie. Depuis lors, il montra au service du prochain un renoncement et un abandon admirables (t431J.

Nous possédons de lui 35 poésies et 51 lettres. Ses poésies contiennent 13 Carmina natalicia en l'honneur de saint Félix : chaque année (depuis 394) il consacrait à son patron, le 14 janvier, une pièce en vers hexamètres. C'est d'ailleurs la mesure qu'il adopte de préférence. Les meilleures de ses poésies sont les deux qu'il avait adressées à Ausone (n. 10 et 11). Son ancien maître lui avait dit, à propos de son changement de vie, que " comme Bellérophonà l'esprit enténébré, il fuyait la société des hommes «. La correspondance poétique de ces deux hommes permet de saisir la différence entre la poésie païenne en train de disparaître et la poésie chrétienne à son aurore. La poésie païenne n'était plus qu'un savant amusement : dépourvue d'idées et de sentiments, comme la rhétorique de cette époque, elle ne consistait plus que dans le souci exag-éré de la forme; le christianisme, par contre, source fraîche et abondante d'idées nouvelles et surtout d'élévations ardentes, toutes célestes, produisait une poésie riche de sentiments profonds, débordante d'amour divin. Les compositions poétiques de Paulin, comme tous ses écrits, temoisrnent de son

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exquise urbanité; mais on n'y rencontre point la force créatrice, l'élan de limagination ou la plénitude de pensées de Prudence.

Ses lettres sont très fatigantes à cause de la longueur des périodes, de la recherche des expressions et de la surabondance des citations bibliques : 13 sont adressées à Sulpice-Sévère (cf. supr. îi 40 avec qui il était lié d'amitié.

4. Le prêtre Caelius Sedulîus ^ , sur la vie duquel on n'a aucun renseignement certain, célébra, vers 440, en cinq livres du Paschale carmen. les grandes œuvres de Dieu; dans le premier, les merveilles de l'Ancien Testament et, du second au cinquième, les miracles de Jésus. A la différence de Juvencus sup. n. 1), il suppose le sujet déjà connu de ses lecteurs et se contente de pieuses considérations et de significations mystiques. Nous avons encore de lui deux hymnes : la première est une Elegia en 55 distiques agencés de telle sorte que riiexamètre présente toujours un fait de l'Ancien T estament et le pentamètre donne le sens typique réalisé dans le Nouveau - ; la deuxième est un chant de louange en l'honneur du Christ où h-s lettres initiales des strophes sont rangées par ordre alphabétique. A cette pièce sont empruntées deux hymnes du bréviaire romain : .4. solis ortus cardinc pour Noël et Crudelis Herodes Deum pour

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