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I. - DEVOIRS SCOLAIRES

Les devoirs scolaires sont des exercices écrits que le maître donne aux élèves comme applications des leçons.

Ils sont indispensables aux progrès de l'écolier, dont ils fixent pendant la leçon les facultés mobiles et légères, par la perspective d'un travail à faire sur les notions exposées; après la leçon, ils l'obligent à réflécbir aux questions expliquées, et contribuent ainsi à graver dans sa mémoire les connaissances acquises ; ils lui font acquérir l'habileté pratique pour la composition française, le calcul et les travaux graphiques ; entin, ils permettent au maître qui les contrôle de savoir exactement dans quelle mesure il a été compris et quelles répétitions ou explications sont nécessaires pour modifier les résultats peu satisfaisants qu'il aurait constatés.

Formes principales des devoirs. — Les principales formes des devoirs scolaires sont : les devoirs de copie, de reproduction, d'imitation, de transformation, d'analyse, et de réflexion ou d invention.

On entend par devoirs de copie la transcription d'un texte ou d'un modèle, sans y rien changer. La copie intégrale de textes manuscrits ou imprimés est le plus souvent un travail machinal : on n'y a donc recours qu'avec beaucoup de mesure et jamais comme à un moyen de maintenir l'ordre et « d'occuper » les enfants. Les devoirs de copie conviennent : 1° au cours élémentaire, dans les exercices d'écriture simultanés aux premières leçons de lecture, de grammaire et d'orthographe ; 1° aux cours moyen et supérieur, pour constituer soit un recueil de morceaux choisis, soit les cahiers d'honneur sur lesquels sont conservés les meilleurs devoirs de chaque classe. La copie de modèles graphiques préalablement expliqués est la base de l'enseignement de l'écriture; mais elle n'est pas reçue en dessin ni en cartographie, où

l'on impose toujours aux élèves une échelle autre que celle du modèle qu'ils ont sous les yeux. A plus forte raison, le procédé de copie-calque est-il proscrit du dessin et de la cartographie.

Les dévouas de reproduction consistent, soit à rédiger une leçon orale ou un fragment de leçon, soit à dessiner un modèle graphique d'après une échelle déterminée. Dans la rédaction d'une leçon ou d'une conférence, il faut guider l'élève par un plan qui présente les grandes divisions du sujet, ou même 1 enchaînement logique des idées principales et des idées secondaires. Le plan est d'autant plus développé que les élèves sont moins familiarisés avec ce genre de travail.

Les notes de cours sont la forme la plus ordinaire des devoirs de reproduction : nous les admettons dans nos classes pour certaines questions ajoutées par le maître au manuel des élèves, mais jamais comme un système permanent*. Il est bon d y habituer cependant les jeunes gens des premières classes, puisque c'est pour eux le moyen de conserver la substance des questions traitées par MM. les Aumôniers dans leurs conférences religieuses, par des professeurs séculiers ou des spécialistes que le Frère Directeur aurait introduits à l'école. Dans ces cas, il est à souhaiter que le conférencier consente à faire écrire préalablement au tableau noir ou à faire copier le plan du sujet qu'il se propose de développer.

Tandis que les devoirs de reproduction et les devoirs de copie visent à être identiques aux modèles proposés, les devoirs d'imilalion ne peuvent qu'être analogues. En composition française, par exemple, on propose des devoirs tels que ceux-ci : « Composer un récit imité de la fable : La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Bœuf; pour cela, mettre en scène un bourgeois qui se ruine à vouloir imiter le luxe de gens beaucoup plus riches que lui. — Composer le porti-ait d'un élève distrait, en s'inspirant du Ménalque de La Bruvère. »

» Il en va tout autrement pour les cours personnels au professeur, comme c'est l'ordinaire dans rc.Tseijjnement supérieur et dans certaines classes spéciales. Nous ne formulons ici qu'une direction générale.

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Le devoir de transformation, usité surtout dans les exercices •de grammaire et de style, consiste adonner des formes variées à des phrases dont on conserve toute l'idée. En voici quelques exemples : « Mettre au féminin ou au pluriel des phrases qui sont au masculin ou au singulier ; donner successivement à une phrase affirmative les formes interrogative, négative, dubitative, exclamative ; transformer une phrase en la commençant successivement par chacun des mots principaux. »

Le devoir d'analyse a pour objet la recherche des idées développées dans un texte, un discours ou un ouvrage. Cet •exercice est des plus éducatifs ; il habitue l'élève à reconnaître l'idée sous son amplification et sa parure oratoires, et à reconstituer le plan logique qui a guidé l'auteur. Les résumés de leçons et de cours, les résumés de lectures, sont des devoirs d'analyse.

Les devoirs de réflexion ou d'invention sont des exercices •écrits qui réclament la mise en œuvre de connaissances acquises, et pour lesquels l'élève est obligé d'élaborer un travail qui lui soit personnel . Sans doute, il n'est pas de devoirs profitables s'ils n'exercent, à un certain degré le jugement, mais les devoirs dits de réflexion y sont particulièrement propres. Toutes les spécialités fournissent une ample matière A ces devoirs. En voici quelques exemples, rangés par ordre de difficulté croissante*.

Instruction morale et religieuse. — Un enfant a dit un mensonge et son professeur l'a grondé : ce professeur a-t-il eu raison ? pourquoi ?

— Un de vos condisciples vous a dit : « Les grandes personnes ont bien de la chance de ne pas aller à l'école ; elles font tout ce qu'elles veulent ». Que lui avez-vous répondu, pour lui prouver ^u'il se trompe?

— Pourquoi, dans une classe, un élève est-il tenuMe donner bon exemple a ses camarades ?

a Nous n'avons pas indiqué les problèmes de mathématiques, les développements de pensées et les dissertations, car ce sont toujours des devoirs <le réflexion.

— Pourquoi devons-nous avoir beaucoup de respect pour lesecclésiastiques et les magistrats ?

— Dans voire commune, un homme s'est suicidé et sa conduite a été blâmée par tout le monde : « Le suicide est un crime, une lâcheté », avez-vous entendu dire. Justifiez cette parole.

— Pourquoi la loi divine et la loi humaine condamnent-elles le receleur, c'est-à-dire celui qui garde ou achète ce qu'il sait avoir été volé ?

— Voici deux pauvres qui ont également besoin de secours ; vous ne pouvez assister que l'un des deux ; or, l'un est votre compatriote et l'autre non : que ferez-vous ? Justifiez la conduite que vous tiendrez alors.

Hygiène et sciences usuelles. — Pourquoi est-il nécessaire de renouveler fréquemment l'air des appartements et surtout de ceux où plusieurs personnes sont réunies ? Quelles sont les conséquences du séjour prolongé dans un air vicié ?

— Gomment le poêle chauQe-t-il la classe tout entière ? Pourquoi est-il relié à la cheminée par des tuyaux ? Pourquoi fait-on procéder de temps en temps au ramonage de ces tuyaux ?

— Pourquoi revient-on avec tant d'insistance, en classe, sur l'enseignement antialcoolique ?

— Il a beaucoup plu pendant un jour d'été, et vous avez, entendu dire: « C'était bien nécessaire! » Expliquez cette parole.

— A des époques différentes, vous avez vu, dans la campagne, les ouvriers tailler la vigne, réunir la terre au pied du cep, y répandre des engrais : pourquoi tant de soins ?

Histoire et instruction civique. — Pourquoi les Romains ontils vaincu les Gaulois ?

— Pourquoi l'empereur Charles, fils de Pépin le Bref, est-il appelé Charlemagne ou Charles le Grand?

Faire le parallèle entre Louis XI et Charles le Téméraire.

— Indiquez les conséquences de l'invention de l'imprimerie.

— Pourquoi le seizième siècle est-il pour l'Espagne l'un des plus brillants de son histoire ?

— Pourquoi les citoyens doivent-ils contribuer, par l'imjiùt, à l'entretien de l'armée et de la police ?

— A-t-on de justes raisons de célébrer la mémoire des soldats morts pour la patrie ?

— Y a-t-il d'autres formes du patriotisme que de combattre sur les champs de bataille ? Citez-en quelques exemples.

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— Montrez que le blocus continental fut l'une des causes qui •précipitèrent vers la ruine la puissance de Napoléon P"".

Géographie. — ■ Dans votre commune passent un chemin de fer et une rivière : quels avantages en retire-t-on?

— Les montagnes ont-elles quelque utilité ?

— Les principales richesses d'un pays sont tirées d'un sol qui permet la culture du blé et l'élevage du bétail, et qui renferme en quantité des mines de métaux et de combustibles : la France estelle bien partagée à ce triple point de vue ?

— Un bâtiment part du Havre pour aller au Chili par Lisbonne : rédiger très brièvement les impressions d'un passager faisant à un ami le récit de son voyage.

— Indiquer le rôle des parties creuses et des parties saillantes du relief terrestre.

— Comparez, pour le régime et le rôle économique, un tleuve de plaine à un fleuve de montagne.

— Exposez les avantages que présente la zone tempérée pour le développement de la civilisation, et appuyez-vous sur des preuves historiques.

— Expliquez les raisons de la position des ports de Rouen et Le Havre, Arles et Marseille, par rapport aux embouchures de la Seine et du Rhône.

Règles relatives aux devoirs. — Ces règles ont rapport aux conditions ou qualités générales des devoirs, et à leur choix.

Qualités des devoirs en général. — Pour être profitables, il est nécessaire que les devoirs satisfassent aux conditions suivantes :

1° Etre à la portée des élèves et, pour cela, suivre l'ordre des programmes.

2° Autant que possible, s'inspirer des conditions locales, et de Torientation générale que l'on a donnée aux études de la classe : dans un cours commercial, par exemple, les problèmes sur telle partie de l'arithmétique n'auront pas le même genre de données que ceux d'un cours agricole ; ainsi en est-il des sciences et de la géographie.

3° N'être ni trop longs ni trop difficiles pour la moyenne des élèves, afin que, sans fatigue excessive de leur part, un maître sage puisse exiger que le travail soit bien fait. Les

devoirs sont-ils trop longs? les écoliers les rédigent sansapplication ; trop difficiles ? ils se découragent. Sans doute, on peut attacher un certain prix à la rapidité d'exécution, mais avant tout, il faut viser à la correction et à la justesse ; d'ailleurs l'enfant n'acquiert une véritable facilité que par une longue habitude du travail à tète reposée, sans perte de temps ni précipitation.

4° Etre variés, c'est-à-dire porter successivement sur l'ensemble des spécialités. Le défaut contraire serait de ne donner pendant plusieurs jours que des devoirs de français, ou d'histoire, ou de géographie, sous prétexte même de faire une récapitulation ou d'insister sur un sujet important.

5" Etre à la fois éducatifs et instructifs, c'est-à-dire développer simultanément le pouvoir d'observation, la mémoire, le jugement et, quand il est possible, l'imagination et le sentiment religieux.

Choix des sujets de devoirs. — On commence par établir^ pour chacun des jours de la semaine, un roulement fixe des devoirs à prescrire, et l'on s'y tient sauf le cas où l'on n'aurait pas donné les leçons auxquelles ces devoirs correspondent. Les sujets de devoirs sont offerts comme à profusion, soit par les recueils d'exercices, soit par les revues pédagogiques : on peut s'en servir avec fruit ; cependant il ne faut s'astreindre ni à l'ordre de ces devoirs ni à leur forme. Les devoirs de mathématiques, de sciences, aussi bien que les devoirs de français, ont besoin d'être appropriés à la classe; cette adaptation est l'une des principales préoccupations d'un maître qui prépare ses leçons.

Devoirs dans l'école. — Les élèves internes font tous les devoirs à l'école ; les demi-pensionnab-es et les externes les rédigent, du moins en partie,. dans la famille". Dans les écoles paroissiales primaires, le temps de la classe est si restreint (six heures . qu'il suffît à peine aux leçons, aux revisions et aux compositions: les devoirs sont forcément reportés aux

■'' Dans beaucoup d'établissements, on ne donne pas aux externes et aux demi-pensionnaires de devoirs écrits à faire à la maison, mais seulement des leçons à étudier, car ils quittent l'école après six heures du soir.

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heures dont l'enfant peut disposer hors de l'école. Cependant on donne à faire en classe quelques applications sur une leçon qui vient d'être expliquée^ des exercices de grammaire, d'analyse et de lexicologie, des calculs et des problèmes qui serviront de modèles à ceux auxquels l'élève devra s'occuper dans la famille. D'ailleurs, si la classe compte deux divisions, le maître prescrit à l'une im devoir à faire immédiatement* pendant qu'il donne la leçon à l'autre.

Devoirs et leçons dans la famille. — Convenons d'abord que plusieurs difficultés se rencontrent à propos des devoirs dans la famille : les enfants n'y étant que peu ou point surveillés^ travaillent sans grande attention ; souvent ils sont mal installés pour écrire, et plus souvent encore les parents réclament leur concours pour des occupations matérielles ; mais il n'en reste pas moins vrai qu'un élève qui ne travaille pas en dehors des classes ne fait guère de progrès.

Chaque jour, excepté le dimanche, les écoliers ont donc des leçons à apprendre et des devoirs à rédiger. Il est important que ces leçons et ces devoirs soient préparés en classe ; qu'ils soient courts, gradués, variés, relatifs aux plus importantes des questions déjà étudiées, et qu'ils paraissent sinon faciles, du moins intéressants. Le maître dépasserait, c'est-à-dire manquerait le but à atteindre, si le supplément de travail après la classe réclamait une trop grande tension d'esprit, excédait les forces de l'enfant, qui a besoin d'activité physique et de repos cérébral. D'un autre côté, les familles aiment à voir les enfants occupés, et souvent elles veulent bien diriger leur travail; mais elles s'étonnent et s'impatientent quand les devoirs sont mal expliqués ou n'ont aucune proportion avec l'âge ou le développement intellectuel des élèves.

En général, on ne' donne pas de composiliojis tVançaises à faire hors de l'école : ou les élèves n'ont pas, après une journée de fatigue, le calme nécessaire à ce genre de devoir, ou bien ils trouvent dans leur entourage un secours trop complaisant. Plusieurs maîtres en prescrivent cependant une pour le jeudi matin,]^après avoir eu soin de la bien expli'^uer la veille.

Nature des devoirs dans la famille. — Voici quelques indications sur la nature des devoirs que l'enfant peut faire dans la famille :

Au cou7's élémentaire, de petites phrases à composer, quelques exercices lexicologiques d'invention et de transformation; une courte dictée à recopier comme exercice d'écriture et d'orthographe, après avoir été corrigée en classe; deux ou trois temps de verbes à conjuguer, par phrases complètes; quelques opérations à efîectuer, de petits problèmes pratiques et des devoirs divers tendant à développer le jugement et le raisonnement.

Au cours moyen, on prescrit des applications de grammaire;, des temps de verbes, de courtes analyses grammaticales ou logiques, des exercices faciles sur les familles de mots, des devoirs d'écriture, des problèmes, des exercices de dessin (croquis cotés et croquis d'objets usuels), des exercices de cartographie, des réponses écrites à des questions d'histoire ou de sciences.

Au cours supérieur et dans les classes plus élevées, les devoirs portent sur toutes les parties du programme.

Voici un type de distribution des devoirs à faire dans la famille, supposé qu'ils correspondent aux leçons expliquées en classe* :

Cours Élémentaire.

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