CHAPITRE IV La place de la vie dans la nature
Nous sommes maintenant outillés pour localiser déjà partiellement les phénomènes biologiques parmi les autres phénomènes naturels; nous savons qu'ils prennent place entre les phénomènes d'équilibre particulaire des colloïdes
ETUDE OlUECriVE DES CORPS
et les phénomènes chimiques d'équilibre moléculaire: nous serons d'ailleurs amenés à préciser cette localisation en vo\^ant quels sont les agents physiques qui sont susceptibles d'influencer les substances vivantes. Par exemple, il sera intéressant de connaître entre quelles limites de vitesse vibratoire les mouvements sonores seront susceptibles d'impressionner des protoplasmas, entre quelles limites de longueur d'onde, de vibrations analogues aux vibrations lumineuses pourront modifier les substances chimiques des protoplasmas.
Nous ne connaissons pas encore le phénomène biologique essentiel, mais nous pouvons prévoir sa dimension.
Il y a des réactions chimiques en dehors de la vie; il y a des corps colloïdes qui ne sont pas vivants; aucun descaractères déjà passés en revue ne nous permet donc de définir la vie par rapport aux substances brutes; nous savons seulement que toute substance vivante est à l'état colloïdal, et est le siège de réactions chimiques, et qu'il y a des relations de cause à effet entre son équilibre colloïdal et son activité chimique; c'est déjà beaucoup.
Il y a d'autres quantités mesurables que celles qui se ramènent à des mesures de longueur. La température est, par exemple, une quantité que nous savons apprécier avec une grande exactitude. Or, le phénomène biologique est bien nettement localisé dans l'échelle des températures; on peut assigner une limite inférieure et une limite supérieure de température, limites en
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dehors desquelles aucune vie protoplasmique ne peut se manifester; c'est à peu près entre o et 60 degrés centigrades que se manifestent toutes les activités vitales proprement dites, ce qui ne veut pas dire que les substances vivantes soient tuées fatalement en dehors de ces limites; au contraire, sous certaines formes au moins, certaines substances vivantes peuvent résister à des froids très rigoureux et à des températures dépassant 100 degrés; nous voilà déjà amenés à distinguer la propriété « d'être en train de vivre » et la propriété « d'être susceptible de vivre »; la seconde est naturellement plus élastique que la première, mais l'activité vitale proprement dite peut être hardiment localisée entre 60 degrés centigrades et les environs de o degré. Si l'on ne réfléchissait pas à la valeur réelle de ces limites, on pourrait s'imaginer que la vie occupe une large place dans l'échelle des températures, et l'on s'étonnerait même de la voir commencer à peu près en même temps que les températures positives. C'est que l'homme, qui est vivant, a choisi à son usage et à sa taille son échelle de températures; il a pris comme points fixes de cette échelle les points extrêmes entre lesquels, sous la pression qui lui est familière, leaii reste liquide^; et il est tout naturel que la vie soit localisée à peu près entre les mêmes points lixes, puisque le protoplasma est un col-
I. Les eaux chargées de sels n'ont pas la même température de congélation; c'est pour cela qu'il faut donner o degré comme étant seulement à peu prés la limite inférieure permettant les activités vitales protoplasmiques.
ETUDE OBJECTIVE DES CORPS
loïde aqueux^ qui a besoin d'eau liquide pour exister. Toute l'histoire de la vie est d'ailleurs liée à celle de l'eau liquide; la vie est un phénomène aquatique.
Mais l'on sait aujourd'hui réaliser, dans les laboratoires, des températures infiniment plus basses et infiniment plus élevées que celles qui étaient connues de nos ancêtres; on sait en outre reconnaître, dans certains astres, l'existence de températures encore plus élevées que celle du four électrique; de sorte que la vie, limitée à la température de l'eau liquide, nous apparaît comme occupant dans l'échelle des températures un intervalle aussi restreint que dans l'échelle des grandeurs.
Il faut que la surface terrestre se trouve entre des limites de températures choisies avec une grande précision, pour que la vie y puisse exister; aussi la vie n'y a-t-elle pas existé de tout temps; elle n'a pu y apparaître que lorsque la température superficielle est devenue assez basse pour que l'eau y fût liquide; elle ne s'y conservera pas dès que la température deviendra trop basse; la vie n'est qu'un accident de surface dans l'histoire de l'évolution thermique du globe.
Cette question de la température est essentielle quand il s'agit de phénomènes qui, comme les phénomènes vitaux, comprennent des activités chimiques. On sait en effet que telle réaction chimique entre deux composés donnés ne se passe qu'à une certaine température; dans des conditions différentes, elle peut ne pas se manifester du tout, ou même se manifester en sens