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CHAPITRE IX

Cette analyse a le résultat fécond de placer la vie parmi les autres phénomènes naturels.

Si l'analyse artificielle que nous venons de tenter par la méthode des lois approchées, se montre impuissante vis-à-vis de certains problèmes que nous résoudrons bientôt par une méthode plus rationnelle, elle a du moins

PREMIERE METHODE D'AXALTSE

l'avantage d'unifier le langage et de nous permettre de parler des faits biologiques dans la langue de la chimie. Nous nous sommes bornés d'ailleurs à constater des résultats sans essayer de comprendre comment ces résultats sont obtenus; et nous ne pouvions faire davantage, puisque nous ne nous sommes pas occupés, un seul instant, au cours de cette analyse, de l'état colloïde et de la structure morphologique des êtres vivants. Nous n'avons considéré que des quantités de substances vivantes et nous avons constaté seulement un résultat relatif à ces quantités; c'est-à-dire que nous sommes restés très loin du détail des faits.

C'est là, d'ailleurs, une remarque qui s'impose dans tous les ordres de sciences; plus un langage est général, moins il se prête à l'analyse complète d'un groupe spécialisé de phénomènes.

Nous avons appliqué aux phénomènes vitaux un langage qui se prête à la narration de tous les phénomènes chimiques; que ce langage nous ait suffi pour caractériser la vie, cela prouve que la particularité essentielle à la vie est d'ordre chimique, cela place la vie dans la chimie et c'est là déjà un résultat important; mais il est évident aussi que ce langage, par le fait même qu'il s'applique à mille phénomènes non vitaux, n'est pas le langage le plus propre à la narration des phénomènes vitaux. Pour les alcools aussi, nous pouvons tout raconter dans le langage général de la chimie; mais, si nous voulons faire une étude concise des alcools considérés seuls, nous employons le langage de la fonction alcool, qui

AVA\rAGES DE LA MET/IODE

s'applique aux alcools seuls; de même nous trouverons, dans la quatrième partie de cet ouvrage, un langage de fonctions, un langage vraiment biologique, qui nous permettra de réduire à quelques mots la narration générale de tous les phénomènes vitaux.

Cette loi approchée de l'assimilation nous a donné une première satisfaction en mettant la vie à sa place au milieu des autres phénomènes naturels, mais il faut bien avouer que, dans bien des cas, la définition qu'elle nous donne est bien platonique; elle nous permet de reconnaître la vie chez les êtres, au moyen d'une obsei^vation de longue durée, et encore seulement pendant la période de croissance. Pendant l'état adulte ou la période de décrépitude, le phénomène d'assimilation, quoique bien réel, nous n'en pouvons douter, est masqué par des phénomènes antagonistes.

Lorsque j'observe un chat qui, immobile et les yeux ardents, guette un moineau, je sais bien qu'il est vivant; je le reconnais à certains signes qui ne me trompent pas, et, cependant, je n'ai aucune manière de m'assurer qu'il se passe, à son intérieur, des phénomènes d'assimilation. C'est que ces phénomènes, dont la loi approchée d'assimilation me fait connaître seulement le résultat d'ensemble, s'accompagnent de manifestations auxquelles je reconnais la vie sans savoir les dérinir encore avec précision. Il est vrai aussi que je puis me tromper en faisant l'observation dont je viens de parler; un empailleur très habile peut me donner l'illusion de la

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PREMIERE METHODE D ANALYSE

vie en disposant convenablement un cadavre de chat et un cadavre de moineau. Il est possible que la science nous fournisse un jour un appareil qui permettra de distinguer, à la simple inspection, l'état physique caractéristique des substances en train de vivre; en attendant que ce bioscope soit réalisé, nous devons nous résigner à ne reconnaître la vie, d'une manière tout à fait certaine, qu'au moyen d'une observation de longue durée.

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