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I. Théorie nouvelle de la vie. Paris, F. Alcan. 3'' édition

PREMIIÎRE MirriIODE D'AXALYSE

l'a fait Helmholz pour le timbre (voyez plus haut, p. 38), nous pouvons essayer de lui conserver sa rigueur, en découvrant quels phénomènes se surajoutent au phénomène que représente l'équation précédente, et l'empêchent de correspondre avec précision à ce qui se passe dans la nature vivante.

Destruction et variation. — Nous y arrivons facilement en remarquant que, dans la chimie brute elle-même, un composé défini n'a pas qu'une manière de réagir en présence d'un certain nombre d'autres composés également définis ; les réactions qui se produisent dans un mélange de corps dépendent des conditions réalisées. Il n'y a aucune raison a p?^ioî^i pour que les -substances vivantes diffèrent, à ce point de vue, des substances brutes ordinaires. Lorsque nous avons pris l'exemple d'une bactérie qui se multipliait sans éprouver de variation, nous nous sommes entourés de toutes les précautions nécessaires pour éviter, justement, qu'il se produisit une seule réaction autre que celle que nous voulions mettre en évidence. Nous avons réalisé des conditions expérimentales analogues à celles de la chute d'un corps dans le vide, et nous avons obtenu une formule rigoureuse, comme la formule mécanique de la chute des corps.

iMais nous savons d'autre part que, en traitant une bactérie par des corps autres que le bouillon, par de l'ammoniaque, par du bichlorure de mercure, qui sont également des substances chimiques, nous obtenons, non plus une multipli-

AN Air SE ARTIFICIELLE

cation, mais bien une destruction de la bactérie considérée; c'est-à-dire que si, dans certaines conditions, bien choisies par un expérimentateur habile, la bactérie manifeste par l'assimilation sa qualité de corps vivant, dans d'autres conditions, au contraire, elle se comporte comme les corps ordinaires de la chimie et se détruiten réagissant. La destruction que subit la bactérie peut d'ailleurs se faire d'une infinité de manières, suivant les réactifs employés et les conditions dans lesquelles on les emploie.

Enfin, il faut remarquer que les réactions destructives doivent être bien plus faciles à réaliser que les réactions constructives; si Ton vous donne au hasard une bactérie et un liquide, et si vous plongez la bactérie dans le liquide , vous avez beaucoup plus de chances de l'y voir mourir que de Vy voir prospérer; l'assimilation est l'exception, la destruction est la règle ; un corps vivant, livré au hasard, a bien plus de chances de mourir que de vivre. Il n'est donc pas étonnant que, placé par nous dans des conditions naturelles où il puisse vivre, c'est-à-dire croître et se multiplier, il trouve, réunies à des conditions favorables, d'autres circonstances nuisibles, sauf dans des cas tout à fait exceptionnels comme celui de la bactérie que je supposais tout à l'heure s'être multipliée sans variation.

Voilà trouvée, sans trop de peine, la cause qui fait, en général, de la loi d'assimilation, une loi approchée. Des réactions destructives, spéciales au corps vivant considéré, mais non caractéristiques de sa propriété d'être vivant, se super-

PREMIERE METHODE D'AyALYSE

posent dans la nature aux réactions assimilatrices.

Si les réactions assimilatrices remportent sur les réactions destructives, il y a accroissement de l'être vivant; si elles se balancent exactement, l'être ne change pas sensiblement de dimensions ; on dit alors qu'il est adulte; si, enfin, les réactions destructives l'emportent sur les réactions assimilatrices, l'être décroît et finit par disparaître.

On a l'habitude de dire qu'un être est vivant, tant qu'il se produit en lui des réactions assimilatrices, si peu que ce soit ; mais ce que nous venons de dire prouve immédiatement que, bien souvent, l'observation de l'être ne permettra pas de constater directement un accroissement visible ; l'accroissement n'est constatable que pendant la période de croissance de l'individu ; il disparaît complètement pendant l'état adulte et il est même remplacé par une diminution pendant la période de décadence qui conduit à la mort.

Ainsi donc, pendant la période de croissance, l'assimilation est une loi approchée dont des réactions destructives diminuent la rigueur; pendant l'état adulte, les corrections à apporter à la loi sont aussi importantes que la loi elle-même; elles deviennent plus importantes pendant la période de décrépitude qui conduit à la mort. Essayer de trouver dans ce dernier cas un exemple de la loi d'assimilation, cela re\ iendrait à cippliquer la loi de Mariotte à une vapeur saturante.

Il a été possible, dans certains cas, -de séparer

AyALVSE ARTIFICIELLE

expérimentalement les phénomènes d'assimilation et les phénomènes de destruction qui se superposent normalement dans la nature. Cela a été fait, par exemple, pour les bactéridies charbonneuses, et je signale le fait parce qu'il nous conduira à une notion importante.

i*" A 35" centigrades, dans un bouillon convenable, la bactéridie charbonneuse se multiplie sans se modifier aucunement ; c'est un cas d'application rigoureuse de la loi d'assimilation.

2° Si l'on ajoute au bouillon une petite quantité d'acide phénique ou de permanganate de potasse, la bactéridie se multiplie encore, mais plus lentement et elle subit des changements dont une partie, que nous savons étudier, s'appelle atténuation de virulence ; c'est le cas de la loi approchée : un phénomène de destruction se superposant au phénomène d'assimilation.

3° A'oici maintenant ce qui est intéressant : si l'on sème dans de l'eau pure, additionnée de cette même quantité d'acide phénique qu'on avait ajoutée au bouillon dans l'expérience précédente, une bactéridie charbonneuse, on a supprimé la réaction assimilatrice ; // ny a plus que destruction^ et cette destruction est totale au bout d'un certain temps ; mais si l'on arrête la destruction avant la mort de la bactéridie, on constate que la destruction partielle de la bactéridie lui a donné la même atténuation de virulence que dans l'expérience n° 2. On peut donc dire que l'on a artificiellement séparé, dans les expériences i et 3, les phénomènes d'assimilation et de destruction dont la superposition produisait le résultatobtenu

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PREMIERE METHODE D'ANALYSE

dans l'expérience n° 2 . C'est la méthode de Helmholz qui décompose un son complexe en plusieurs sons simples.

Donc, puisque, dans un cas particulier, nous avons pris sur le fait, par une expérience précise, la superposition des réactions assimilatrices et destructives, nous pouvons énoncer désormais, et avec plus d'assurance, notre loi approchée d'assimilation, même dans le cas où nous ne saurons pas expérimentalement séparer les réactions destructives qui accompagnent le phénomène constructeur.

Cette expérience de l'atténuation de virulence des bactéridies charbonneuses nous apprend encore autre chose.

Non seulement la présence d'acide phénique dans le bouillon de culture a ralenti la multiplication des bactéries, ce qui se comprend aisément puisque, au phénomène d'assimilation, se sont surajoutés des phénomènes de destruction, mais encore, les bactéries obtenues ont des propriétés différentes des premières, elles ont varié, et d'ailleurs, si on les transporte alors dans un bouillon frais, elles se multiplient avec cette variation acquise, qu'elles conservent désormais jusqu'à ce que se produise une nouvelle variation.

Indépendamment de ce fait merveilleux de la conservation des variations acquises, fait dont nous étudierons plus tard le grand intérêt, nous devons nous arrêter d'abord à constater que, pour un être vivant même aussi simple que la bactérie, la destruction partielle entraine une

A VA y TA CES DE LA MÉTHODE

variation. Cette constatation nous oblige à admettre que la bactérie n'est pas formée d'une substance unique et homogène, mais de plusieurs éléments susceptibles d'être atteints séparément par la destruction. Sans cela, en effet, il y aurait bien diminution de la quantité des bactéries produites dans la culture phéniquée, mais il n'y aurait pas de variation; le changement des qualités d'un corps sous l'influence d'une destruction partielle de sa substance prouve que les qualités de ce corps ne sont pas inhérentes à une substance unique, mais à un ensemble d'éléments susceptibles de se détruire séparément. La variation des qualités d'un corps vivant nous apparaît immédiatement comme devant résulter d'une variation des quantités respectives de ses éléments constitutifs. Notre deuxième méthode d'investigation nous permettra, dans la quatrième partie de ce livre, d'approfondir plus complètement cette notion.

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