CHAPITRE XIII
La vie est le résultat d'une lutte de deux facteurs.
Une fonction, c'est-à-dire, dans le langage que nous avons adopté, l'activité d'un organisme à un moment donné, peut se représenter par la formule symbolique :
La vie d'un individu étant la succession de fonctions ainsi définies, on doit dire que, à chaque instant, cette vie dépend de deux facteurs dont l'un est l'ensemble des circonstances ambiantes, Tautre l'état structural actuel de l'individu. En d'autres termes, aucun êtr^e ne porte sa vie en soi; il transporte avec lui, dans tous les endroits où le conduisent les circonstances, un des facteurs de sa vie, le facteur A; il rencontre à chaque instant, dans tous ces endroits, le facteur complémentaire B, qui détermine chez lui à chaque instant l'activité correspondante (Ax B) ; et son état ultérieur dépend naturellement de son état précédent et des phénomènes dont il a été le siège depuis, c'est-à-dire que son état A^ dépend de A^ et de (A^xBJ.
Ainsi donc B intervient à chaque instant pour modifier A; c'est la série des facteurs B qui détermine l'évolution Aj, A,, A.,, etc. Mais si A
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L'ASSIMILA TION FONCTIONNELLE
est modifié sous l'influence de B, B est aussi modifié sous Tinfluence de A, qui lui consomme par exemple son oxygène, qui absorbe ses radiations, etc. Seulement, comme B n'est pas un être vivant, son évolution B^, B^, etc., ne nous intéresse pas ; et d'ailleurs A n y intervient que pour une faible part.
Quoi qu'il en soit, ces deux facteurs A et B intervenant à chaque instant pour se modifier réciproquement, le phénomène qui les met aux prises, la vie de A, en un mot, doit être considérée comme la lutte de ces deux facteurs.
Ce sera là une expression comimode * pour raconter les expériences dans lesquelles nous ferons varier, à notre gré, une partie mesurable de l'ensemble que nous appelons B. Nous dirons que nous avons introduit un nouvel ennemi ou que nous avons supprimé un ennemi préexistant dans la lutte que soutient A contre les circonstances extérieures.
Et, tant que A restera vivant, nous déclarerons qu'il a triomphé dans la lutte, tout en subissant des modifications que nous avons précisément à déterminer, et dont l'étude nous fournira la grande loi biologique.
Il pourra sembler bizarre que nous donnions lemême nom d'ennemiauxsubstances qui, comme l'oxygène, comme les aliments, sont indispensables à la conservation de la vie d'un individu, et à celles qui, comme les poisons, les toxines, les
I. Cette expression est déjà employée dans certains cas ; on dit, par exemple, que telle condition de l'ambiance provoque telle réaction d'un organisme déterminé.