E VOLUTION CONTINUE ET DISCONTINUE
est porteur peut se plier avec plus de souplesse aux conditions extérieures.
Un certain nombre d'animaux présentent, dans leur existence individuelle, un phénomène analogue. Les crabes, les homards, par exemple, sont soumis à des mues périodiques. Ces animaux sont enfermés dans une croûte calcifiée très résistante, et qui s'oppose à leur croissance aussi bien qu'à des variations quelconques; par le phénomène de la mue, ils se débarrassent de la partie dure de leur squelette, et prennent, réduits ainsi à des substances molles, la forme d'équilibre qui leur convient. Toute variation, toute modification est liée, chez ces animaux, à ce phénomène de la mue.
A un certain point de vue, on peut comparer l'évolution spécifique, qui se produit dans une lignée d'individus, a l'évolution individuelle d'un individu éternel qui, de temps en temps, subirait des mues encore plus complètes que celles des crustacés, redeviendrait périodiquement une masse plastique capable de se fabriquer en entier un nouvel équilibre.
Ainsi, révolution d'une lignée d'individus prend fatalement, sinon un caractère franchement discontinu, du moins l'aspect d'un escalier dont chaque individu représenterait une marche, suivant l'heureuse expression du professeur Giard.
Même si les transformations qui ont atteint le patrimoine héréditaire ont été entièrement continues, la diiférence entre deux individus adultes, qui se font suite dans la lignée, doit être
lORMATIOy DES ESPECES
finie. Et, par conséquent, la question de savoir si, dans la série des formes ancestrales des espèces actuelles, la variation a été lente ou brusque.^ perd le caractère de précision qu'elle semble avoir tout d'abord. Il ne s'agit plus, en effet, de savoir, ce qui mathématiquement aurait une signification rigoureuse, si l'évolution spécifique a été continue ou discontinue, mais bien si les discontinuités, qui existent fatalement entre deux individus successifs, discontinuités finies^ nous venons de le voir, sont petites ou grandes. Les mots petit et grand n'ayant pas de sens absolu, la question perd son intérêt.
Dans l'évolution individuelle de certains insectes, la dernière mue s'accompagne d'une transformation tellement merveilleuse que l'individu en sort entièrement méconnaissable ; de chenille il est devenu papillon; voilà, sans doute, une variation considérable. On lui a réservé le nom de métamorpliose. Ce phénomène s'explique aisément si l'on pense que l'organe génital, parasite morphogène, évoluant en même temps que l'hôte dans lequel il est logé, une transformation de l'état de ce parasite (la maturation sexuelle, par exemple) peut se traduire par une transformation très importante de l'hôte, si la transformation totale du parasite génital s'est produite dans Vintervalle de deux mues. C'est ce qui arrive, vraisemblablement, pour les espèces dites à métamorphoses complètes, comme les papillons et les hannetons.
Au contraire, chez d'autres insectes, comme les sauterelles, la transformation du parasite