ÉVOLUTION CONTINUE ET DISCONTINUE
génital s'effectuant /?e;/(i<^;z^ /a din^ée de plusieurs mues successives^ une modilication relativement faible se produit dans Thôte à chacune de ces mues successives; et la série des formes de la sauterelle, quoique ayant le caractère de marches d'escalier, a un aspect plus continu que celui de la série correspondante chez le papillon. C'est comme si l'on remplaçait, par un escalier de quelques marches, le saut brusque allant de la chenille à l'insecte ailé. On n'a cependant pas le droit de dire que l'évolution individuelle, continue chez la sauterelle, est discontinue chez le hanneton; elle est discontinue dans les deux cas, mais, dans le premier cas, une série de petites discontinuités remplace la discontinuité énorme du second cas.
Une autre raison introduit encore, d'individu à individu, une discontinuité plus accentuée que celle qui résulte de la fabrication d'un nouveau squelette subissant le contre-coup des variations acquises au cours d'une existence individuelle ; c'est Tamphimixie.
Quoique ne sachant pas aujourd'hui, d'une manière bien certaine, de quelle manière se constitue le patrimoine héréditaire de l'œuf auxdépens des patrimoines héréditaires des deux parents, nous voyons néanmoins avec la plus grande évidence, qu'il y a dans le phénomène de la fécondation une discontinuité cenaine. Uœuï e?>t quelque chose de nouveau ; il a un patrimoine héréditaire qui n'est ni celui du père, ni celui de la mère, et qui, se constituant en un instant au moment de la fécondation, introduit dans la série
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FORMATION DES ESPECES
des patrimoines héréditaires une discontinuité fatale. La seule chose que l'on puisse donc discuter relativement à une lignée qui se propage par génération sexuelle, c'est, non pas la continuité ou la discontinuité des variations de cette lignée^ la question n'aurait pas de sens, mais l'importance des discontinuités qui se produisent à chaque génération.
Les mutations. — On a mené grand bruit depuis quelques années autour d'une découverte de DeVries qui, suivant beaucoup d'auteurs, remettrait en question le transformisme tout entier; il y aurait apparition ^ri/^^z/e d'espèces nouvelles; au lieu de constater la patiente adaptation que Lamarck a placée au premier rang des modes de variation, onverraitapparaître detemps en temps, sans raison connue, des espèces nouvelles^ capables de se reproduire ensuite indéfiniment, et différant, par des caractères très nets, de l'espèce parente dont elles sont dérivées.
Dans un semis de plusieurs milliers de plants à'œnothera, on trouve, par exemple, trois ou quatre individus différant assez notablement de l'espèce primitive pour mériter une dénomination nouvelle; ces individus, mis à part, se reproduisent semblables à eux-mêmes. Voilà donc, disent les néo-darv/iniens, une espèce nouvelle obtenue per saltum^ par variation brusque ou mutation. Il est bon de réfléchir un peu avant d'admettre, sur la foi de cette observation, que toutes les espèces nouvelles ont apparu ainsi brusquement et par hasard.
KVOLUTIOX CO.XTLXi'E ET DISCONTINUE
Et d'abord, qu'est-ce qu'une espèce? A quoi reconnaît-on que l'on a le droit d'appeler espèces nouvelles^ les t3'pes aberrants d'Œnothera qui se trouvent par hasard parmi les milliers de plants semés par De Vries ? Nous verrons tout à l'heure combien il est difficile de s'entendre sur la définition de l'espèce.
D'autre part, les hasards de Tamphimixie ou fécondation sont tels que, sur un nombre, aussi grand qu'on le voudra, d'enfants provenant d'un même couple, il ne s'en trouve jamais deux qui soient identiques^ Quoi d'étonnant à ce que sur les milliers de discontinuités qui séparent les individus résultant d'un semis, quelques-unes soient plus grandes que les autres ? Ces discontinuités prendront un caractère plus frappant si elles s'accompagnent d'une différence dans l'état colloïde, analogue à celle qui sépare le muscle du nerf ou, peut-être, la fougère du prothalle. Il suffit de supposer que le protoplasma spécifique des œnothères a un certain nombre d'états physiques également stables, pour concevoir que, sous l'influence des hasards de l'amphimixie, quelques plants se trouvent amenés à franchir la marche d'escalier qui sépare l'un de ces états de l'état voisin. Et, comme l'a fait remarquer A. Giard, dans sa conférence à l'Exposition de Saint-Louis, il se peut que le protoplasma des parents ait côtoyé sans l'atteindre cette marche d'escalier qui sépare deux états physiques stables, et qu'une variation fortuite due à l'amphimixie, prenne,
I. Sauf dans le cas des jumeaux vrais qui proviennent d'un seul œuf, d'une seule fécondation.
FORMATION DES ESPECES
sans être effectivement plus considérable que d'autres, une importance morphogène spéciale, si elle a dépassé la limite qui sépare ces deux états.
Enfin, une autre hypothèse est encore possible : de plus en plus, on constate la fréquence, dans le règne végétal en particulier, d'associations ou symbioses entre des espèces différentes ; les lichens résultent de l'association d'une algue et d'un champignon ; les orchidées ne sont complètes que lorsqu'elles sont, au début de leur évolution, associées à des champignons du genre Fiisariiim.
Il est probable que, dans beaucoup d'autres plantes, il existe des microbes symbiotiques, peut-être trop petits pour être faciles à découvrir au microscope, et que la disparition ou l'introduction brusque d'un de ces microbes dans un individu, détermine une variation morphologique considérable et héréditaire. Dans cette hypothèse, une mutation ne serait pas l'apparition brusque d'une espèce, mais la formation ou la destruction d'une association nouvelle de deux ou plusieurs espèces préexistantes.
Dans l'état actuel de la question, il n'y a aucune raison d'adopter plutôt l'une de ces explications que l'autre. L'explication parasitaire m'amène à dire un mot en passant d'un phénomène très fréquent dans le monde végétal, la formation des galles^ dont l'exemple le plus célèbre est celui de la galle du chêne ou noix de galle.
Une galle est une déformation locale d'une plante, produite par l'action locale d'un parasite
VESPECE
animal ou végétal (par le développement des œufs qu'y a pondus un insecte dans le cas de la c^alle du chêne). Cette déformation locale a une .grande importance biologique, si l'on pense à ce que nous avons été amenés à dire précédemment relativement aux diastases morphogènes ou formatives (voy. plus haut, le théorème morphobiologique'. Nous voyons en effet ici qu'une ou plusieurs diastases émanées du parasite, s'ajoutant, dans les tissus végétaux ambiants, à la diastase morphogène de ces tissus, déterminent une morphologie nouvelle dans la région infectée. La galle ainsi produite a une spéciiicité double^ c'està-dire qu'elle tient ses caractères, à la fois, de l'espèce hôte et de l'espèce parasite : deux insectes différents produisent, dans un même végétal, deux galles différentes; un même insecte, quand il est capable de se développer dans deux végétaux, produit également dans ces végétaux différents des excroissances différentes. Il y a là tout un chapitre de la biologie, dont la partie descriptive a même pris un nom spécial, la cécidiologie, ou description des galles.