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CHAPITRE XL

L'apparition de la vie.

Les quelques considérations très succinctes qui précèdent suffisent à la compréhension du phénomène de l'évolution progressive des organismes vivants.

L'étude des formes fossiles découvertes dans les couches géologiques, formes toutes différentes des formes actuelles, montre que les animaux très élevés en organisation ont apparu à des dates relativement récentes. Nous comprenons donc la formation de ces espèces supérieures par une accumulation progressive de caractères acquis résultant d'adaptations individuelles à des conditions qui ont sans cesse varié ; si nous possédions la collection complète des ancêtres d'un individu actuel, nous y trouverions l'histoire de la formation de son espèce, et de toutes les péripéties qu'elle a traversées sans jamais mourir ; car, c'est là le point capital de Thistoiix évolutive d'une espèce comme de l'histoire évolutive d'un individu; cette histoire évolutive n\i jamais été interrompue par la mort; c'est ce qui a permis à

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FORMA ri 0.\ DES ESPECES

Darwin d'affirmer que les êtres actuels sont une élite, et de'rivent de l'élite de chaque génération précédente, puisque tous leurs ancêtres ont vécu, au moins jusqu'à l'âge de la reproduction.

Et, de même que l'être vivant provient de Toeuf qui, anatomiquement. est bien plus simple que lui, de même une espèce actuelle provient d'une espèce ancestrale qui, à tous les points de vue, pouvait être aussi énormément moins compliquée. Ainsi, la théorie transformiste, aujourd'hui acceptée sans discussion par tous les savants, substitue au phénomène, vraiment merveilleux, de l'apparition d'un homme à la surface de la terre, le phénomène, infiniment plus simple, de l'apparition d'un protoplasma vivant, réduit à l'ensemble le plus minime de propriétés héréditaires.

De même qu'Archimède a dit dans un langage symbolique qui, pris au pied de la lettre, constitue une proposition absurde : « Donnez-moi un point d'appui et je soulèverai le monde, » de même, un transformiste d'aujourd'hui est en droit de dire : « Donnez-moi un protoplasma vivant et je referai l'ensemble du règne animal et du règne végétal. »

Evidemment, ce n'est là qu'une manière de parler, car pour refaire l'ensemble du règne animal et du règne végétal tel qu'ils existent aujourd'hui, il faudrait, non seulement le protoplasma initial, mais encore toutes les péripéties qui l'ont enrichi de ses hérédités si variées et si nombreuses, c'est-à-dire l'évolution du monde lui-même depuis l'apparition de la vie; l'évolu-

LAPPAHITIOy DE LA VIE

tion de la vie est indissolublement liée à l'évolution du monde tout entier.

^ On comprend néanmoins quel intérêt philosophique s'attache à cette question de l'apparition première de la vie à la surface de la terre. Les conditions thermiques de la vie prouvent d'ailleurs que la vie a apparu, car il y a eu une époque où, à cause de la température trop élevée, la vie ne pouvait existera la surface de la Terre. Lord Kelvin a supposé qu'une cellule vivante a pu être transportée ici par un bolide, mais cela ne fait que déplacer le problème, car tous les corps astronomiques ont eu une évolution analogue à celle de la Terre, et il a toujours fallu que la vie apparût quelque part. Il est plus simple d'admettre, par conséquent, qu'elle a apparu à la surface de la Terre, dans des circonstances que les savants s'efforcent de reproduire dans les laboratoires.

On croit souvent, dans le grand public, que Pasteur a démontré l'inutilité de ces efforts; c'est une erreur. Pasteur a seulement montré que, avec certaines précautions, on peut conserver, à l'abri de l'envahissement par les espèces vivantes existant actuellement, certaines substances qui peuvent leur servir de milieu nutritif; voilà tout.

Le problème de la synthèse d'un protoplasma vivant reste entier.

Nos connaissances sur les colloïdes sont encore si récentes et si rudimentaires que nous ne devons pas compter voir se réaliser avant peu la fabrication d'une cellule: mais on y arrivera

FORMATION DES ESPECES

un jour, par une analyse méthodique permettant une synthèse raisonnée. Nous avons vu qu'on commence de'jh à savoir décomposer l'activité de la substance vivante en des éléments transportables que l'on appelle diastases. C'est probablement dans cette voie que Ton trouvera la solu^ tion du problème.

Peut-être aussi sera-t-il résolu par hasard!

Le monde savant est aujourd'hui tellement préparé à cette découverte, que l'annonce prématurée de la réalisation d'une génération spontanée dans de la gélatine soumise à l'action du radium n'a surpris personne. Quand la synthèse effective sera obtenue, elle n'étonnera pas; elle sera d'ailleurs parfaitement inutile ; car, avec les connaissances nouvellement acquises par les savants, il n'est plus nécessaire à un esprit éclairé de voir fabriquer du protoplasma, pour être convaincu de l'absence de toute diff'ércnce essentielle, de toute discontinuité absolue entre la matière vivante et la matière brute.

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TABLE DES MATIERES

PfŒFACE V

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