‹ Eléments de physiologie généraleChapitre 4 sur 37 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La science des phénomènes de la vie ne s'est pas toujours appelée « physiologie » : ce mot avait anciennement une tout autre acception qu'aujourd'hui. Les Grecs appelaient cpust; non seulement la nature vivante, le principe qui enfante et fait croître les êtres (<p<W), mais aussi l'ordre de la nature et la nature en général. Le mot se rapportait aussi aux corps et aux forces inanimés, comme c'est encore le cas aujourd'hui pour le mot« physique ». On doit donc souvent traduire qwrioXoYia par « connaissance de la nature, science de la nature, science naturelle, » natura, désignant, non seulement tout ce qui naît, mais encore les êtres inorganiques.

Mais, en outre, « physiologie » avait exactement le même sens que « philosophie de la nature » , et cette dernière expression avait plusieurs sens qui variaient avec l'idée qu'on attache au mot nature. Ce qu'on a appelé « physiologie rationnelle » ou « physiologie de la raison pure » , tentait de définir la nature par les concepts et les principes de la raison pure et faisait abstraction de l'expérience. La « physiologie immanente » considérait la nature, même au seul point de vue philosophique , comme objet d'expérience , en tant qu'elle est donnée par l'intuition sensible : c'était la naturanatuvata de la scholastique. Au contraire, la « physiologie transcendante » ,anempirique, spéculait sur les « choses en soi », qui sont au delà de l'expérience, partant sur la natura naturans. La « philosophie de la nature » reçut aussi de nouveau le nom de « physiologie » au commenment du dix-neuvième siècle, et, en tant qu'elle reposait sur l'expérience, celui de « physiologie expérimentale ». Toutes ces expressions ont un sens essentiellement différent de celui du mot « biologie » (Lebenslehre), et, comme « physiologie transcendante » (science imaginaire de la nature , dénuée de toute preuve expérimentale) ne sont guère intelligibles que pour quelques métaphysiciens.

Nulle part, dans l'antiquité ni au moyen âge, le, sujet propre, do la physiologie ou investigation de la nature, au sens le plus large du mot,

n'a été borné à l'étude de la vie. Au moyen âge, une série de sciences non encore différenciées les unes des autres la précéda, et, pas plus que dans l'antiquité classique, il n'exista de biologie, au sens de la physiologie moderne, distincte de la philosophie , de l'anatomie', de la pathologie. Des expressions telles que philosophie corporis vivi , philosophia hominis, biosophia , et microcosmographie se rapportent aussi à la théorie des maladies.

L'histoire de la physiologie se rencontrant dans ses commencements avec celle de la connaissance de la nature , partant avec la philosophie naturelle, avec les spéculations des « physiologues ioniens », elle est intimement mêlée avec Y histoire de la. médecine; délaies noms dépars naturalis medicinae, de médecine théorétique, et, comme on dit encore aujourd'hui, de médecine expérimentale, laquelle ne constitue qu'une partie seulement de notre physiologie, et correspond plutôt à la pathologie expérimentale. La physiologie corporis humani portait aussi le nom d'anthropologia, et la physiologie tout entière celui à'œconomia animalis ou « dynamologie », ou « physiognosie », ou enfin jihysiologice [tmar^^ai

Aujourd'hui, la science qui traite de la vie est appelée, clans le sens le plus général, biologie, et, dans un sens moins étendu , physiologie ; la première comprend l'étude des phénomènes morphologiques et chimiques des corps vivants, sains

et malades, de leurs conditions d'existence, et de toutes les sciences auxiliaires biologiques qui s'y rapportent , — zoologie et phytologie, géographie des plantes et des animaux; la seconde est la science des fonctions des êtres vivants.

Bionômie est une bonne expression pour physiologie générale. Ce mot indique bien qu'il s'agit des lois générales de tous les phénomènes de la vie. La physiologie spéciale, l'étude en particulier des corps vivants, s'occupe, elle, de la description et de l'explication de ces phénomènes en partant des principes bionomiques.

Par conséquent, la physiologie générale doit être appelée bionomîe , la physiologie spéciale biognosie. La première se divise en zoonomie et en phytonomie , la seconde en zoognosie et en phytognosie, selon que les fonctions des animaux ou celles des végétaux sont considérées en g-énéral ou en particulier.

En ce sens , la physiologie est une science jeune; mais, si l'on recherche son origine, il faut remonter jusqu'aux commencements de la philosophie de la nature et même de l'art de guérir. La physiologie est la fille de la médecine pratique. Mais, plus celte science, la physiolologie, dont les progrès furent d'abord très lents, puis toujours plus rapides, se développa, plus la médecine, sa mère, reçut d'elle de précieuses lumières, si bien qu'aujourd'hui les rapports sont inverses: c'est la médecine pratique qui dépend de là physiologie. Poiir son développe-

ment, les progrès de l'anatomie ont surtout été décisifs ; mais c'est à ceux de la physique et de la chimie qu'elle doit d'être constituée comme science indépendante. Les fonctions physiologiques ne pouvaient être traitées et expliquées d'une manière vraiment scientifique qu'après que les sciences exactes proprement dites avaient été fondées, c'est-à-dire depuis Galilée et Newton.

Page 1