PHYSIOLOGIE SPÉCIALE DES NERFS PÉRIPHÉRIQUES
sont sensibles, de même qu'elles reçoivent des nerfs moteurs pour les vaisseaux. Les fibres sensibles destinées à la moelle, et sorties de la moelle par les racines postérieures, gagnent bientôt leur destination; on conçoit que pour beaucoup d'entre elles, le chemin le plus court soit la voie à travers les racines antérieures. C'est ce qui a lieu effectivement. Aussi l'excitation, chez le chien ou le lapin, et en général chez le mammifère, des racines antérieures intactes est suivie de manifestations non équivoques de douleur. Mais cette sensibilité n'est pas due à des fibres centripètes sorties de la moelle par les racines antérieures, car après section d'une racine antérieure, l'excitation de son bout périphérique est encore douloureuse; celle du bout central ne l'est pas plus que chez la grenouille. La sensibilité de la racine antérieure disparaît si on coupe la (ou les) racine postérieure correspondante. Elle est donc empruntée aux racines postérieures, dont certaines fibres, arrivées au point de jonction avec les racines antérieures, décrivent une anse et retournent vers l'intérieur du canal rachidien par les racines antérieures; ce sont de vraies fibres récurrentes. Rarement la racine antérieure doit sa sensibilité à plusieurs racines postérieures. — Quant à l'endroit où les fibres centripètes décrivent leurs anses, deviennent récurrentes, cela a lieu pour la plupart d'entre elles au point de rencontre des deux racines; beaucoup deviennent cependant récurrentes plus loin, dans le nerf périphérique (Cl. Bernard).
La sensibilité récurrente n'est d'ailleurs qu'un cas particulier d'une loi très-générale, d'après laquelle les nerfs périphériques échangent entre eux des fibres partout où ils se rapprochent l'un de l'autre, que ce soient des nerfs moteurs ou sensibles. Arloing et Tripier ont étudié cette question à propos des nerfs les plus divers. Cet échange de fibres est surtout évident entre les nerfs crâniens, dont les uns sont à l'origine purement moteurs et les autres purement sensibles. Les nerfs oculo-molcur commun, oculo-moteur externe, pathétique, facial, purement moteurs à leur origine, sont sensibles dès leur sortie du crâne. Les subdivisions du facial sont même très-sensibles, grâce à la présence de fibres empruntées au trijumeau. Règle générale, les deux bouts d'un de ces rameaux sectionné sont sensibles : les fibres empruntées courent les unes en sens centi-ipète, les autres en sens centrifuge. — La corde du tympan est de même un exemple de fibres centrifuges empruntées par un nerf centripète (trijumeau) à un nerf centrifuge (facial). — Un nerf sensible emprunte aussi des fibres à d'autres nerfs sensibles : après section du nerf médian, son bout périphérique est encore sensible.
Cette manière d'être des nerfs assure l'innervation des organes périphériques; elle fait en sorte que le fonctionnement de ces organes ne soit pas enrayé par la lésion d'un seul nerf. — Si les échanges de fibres entre troncs voisins sont Irès-développcs, il y a formation de réseaux et de plexus^ dont on trouve de nombreux exemples, surtout dans le grand sympathique. — La même signification physiologique doit être attribuée à ce fait que chaque nerf spinal reçoit des fibres de plusieurs racines, et qu'une même racine se distribue à plusieurs nerfs. — Le même muscle d'une extrémité reçoit des fibres motrices de plusieurs racines.
La physiologie spéciale des nerfs spinaux, qui sont tous mixtes (centripètes et centrifuges), ressort de leur distribution anatomique. Nous devons cependant insister davantage sur la physiologie de certaines fibres spinales, centripètes et centrifuges, dont l'ensemble constitue le « nerf grand sympathique » .
Nerf grand sympathique. — Le nerf grand sympathique était dans le temps considéré physiologiquement comme un second système nerveux, indépendant du système nerveux cérébro-spinal, présidant aux fonctions de nutrition, alors que le dernier préside aux fonctions de relation (Bichat). De même que les nerfs cérébro-spinaux sortent de la substance grise de l'encéphale et de la moelle épinière, de même aussi les rameaux sympathiques naîtraient de la substance grise des ganglions sympathiques, surtout des ganglions du cordon sympathique.
Cette conception a été ébranlée peu à peu ; on a trouvé que les fonctions nerveuses les mieux caractérisées du grand sympathique doivent être attribuées à des fibres venues du système cérébro-spinal, à travers les rameaux communicants; que les « centres nerveux » de ces innervations ne se trouvent pas dans les ganglions du grand sympathique, mais dans les centres cérébro-spinaux : une fois les rameaux communicants coupés, ces innervations sont supprimées du même coup. De ce nombre sont surtout les actions vaso-constrictrices et vaso-dilatatrices, les contractions de la matrice, l'influence des nerfs accélérateurs du cœur, etc.
Il n'en reste pas moins un certain nombre d'innervations qui continuent à se produire dans des organes recevant des fdets nerveux du grand sympathique, après destruction de tout le système nerveux cérébro-spinal. De ce nombre sont surtout les contractions du cœur et les mouvements péristaltiques du tube digestif, puis les contractions de beaucoup d'organes viscéraux, surtout des conduits excréteurs de certaines glandes, ainsi que les contractions rythmiques de certains vaisseaux tout à fait isolés du système nerveux cérébrospinal (voir l" partie, page 124). On continue toujours à admettre que beaucoup de ces innervations sont réellement produites par les ganglions du grand sympathique, mais que des fibres cérébro-spinales les influent soit en les modérant, soit en les activant.
On admet assez généralement que les ganglions du grand sympathique sont des « centres d'innervation, » (peu étudiés encore), surtout pour les organes viscéraux. En présence de cette tendance, qui peut-être est légitime, il importe de faire remarquer qu'aujourd'hui nous ne connaissons aucun fait qui démontre positivement qu'un amas ganglionnaire périphérique joue réellement le rôle de « centre « automatique ou réflexe. Les faits en apparence les plus probants, notamment les contractions cardiaques, celles de vaisseaux isolés, les mouvements de l'intestin, admettent encore d'autres explications, notamment celle qui est exposée à propos des nerfs vaso-moteurs (!''« partie, page JS-i), et d'après laquelle les fibres musculaires lisses joueraient elles-mêmes ce rôle.
Le grand sympathique ne renferme pas seulement des fibres cérébro-spinales centrifuges (vaso-constrictrices p. ex.), atteignant les rameaux communicants par les racines antérieures, mais aussi des fibres cérébro-spinales centripètes, qui remontent à travers les ranii communicarUes et les racines postérieures. Ces fibres donnent ordinairement lieu à des sensations peu prononcées, et plusieurs d'entre elles étaient longtemps considérées comme les prototypes des nerfs excito-moteurs centripètes. Ce sont elles qui président à la sensibilité obtuse de la plupart des organes viscéraux. Plusieurs ne donnent même guère lieu à des sensations (n. dépresseur).
Nous considérons donc le nerf grand sympathique comme un plexus trcsdévcioppé de fibres nerveuses venues du système cérébro-spinal, plexus dans
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k'i[Ufl sont iiilcrcaiccs de nombreuses cellules ganglionnaires. Il est probable, bien que non démontré à l'évidence, que ces cellules ganglionnaires représentent des « centres » (automatiques et réflexes) pour des innervations dans certains organes viscéraux.
Le fonctionnement des diverses parties du grand sympathique est exposé à propos des organes et des fonctions en particulier. Bornons-nous ici à rappeler ces fonctions d'après la distribution anatomique du nerf.
A. Portion cervicale du grand sympathique. — \" Fibres pupillo-dilatatrkes; elles naissent de la moelle épinière, à la limite entre les régions dorsale et cervicale, sortent par les racines correspondantes pour gagner le cordon du n. sympathique (voir pi. loin, iris). 2" Fibres motrices pour les éléments musculaires lisses dans l'orbite et dans la paupière. 5" Fibres vaso-constriclrices pour la tète, la face et le cerveau. 4° Fibres vaso-dilatatrices pour la langue et la face interne des joues. S" Fibres sécrétoires (et vasoconstrictrices) pour les glandes salivaires, la glande lacrymale et les glandes sudoripares de la tète et du cou.
B. Portions thoracique et abdominale du grand sympathique. — 1° Nerfs cardiaques provenant du grand sympathique, notamment les 7ierf s accélérateurs du cœur {["= partie, page 112), qui sont centrifuges, et le nerf dépresseur du sang (l^" partie, page 12G), qui est centripète. 2° Les nerfs splanchniques renferment les fibres vaso-motrices pour les intestins et la plupart des organes splanchniques, et de plus, paraît-il, des fibres d'arrêt pour les mouvements de l'intestin (^-^ partie, page 228). 5" La signification fonctionnelle Au plexus solaire est à peu près inconnue. Son extirpation a donné lieu à des troubles mal définis de la digestion. 4" Dans la portion ventrale sont renfermées des fibres centripètes et centrifuges (cérébro-spinales) qui ont sous leur dépendance les mouvements de la vessie, de Vutérus, du gros intestin, ainsi que des fibres vaso-motrices pour les mêmes organes, pour le tronc et pour les extrémités, et enfin des fibres sécrétoires pour les glandes sudoripares.
B. NERFS CRANIENS.