A. NERFS SPINAUX
Loi de Ch. Bell. — Les racines antérieures des nerfs spinaux servent à des innervations centrifuges, les racines postérieures à des innervations centripètes. — Cette loi a été établie et formulée d'une manière différente : les racines antérieures sont motrices, les racines postérieures sensibles. C'est qu'on ne connaissait d'abord que les nerfs centrifuges moteurs et même seulement les nerfs des muscles striés, volontaires, de même qu'aujourd'hui encore nous ne connaissons en fait de nerfs centripètes que les nerfs sensibles. Depuis lors, on a découvert encore d'autres nerfs centrifuges, notamment les nerfs sécrétoires et les nerfs arrestateurs. — Pour autant que nous connaissions les trajets de ces fibres centrifuges, nous les voyons toutes sortir de la moelle par les racines antérieures (et du mésocéphale par les nerfs crâniens correspondant aux racines antérieures c!es nerf spinaux). — Nous nous bornerons ici à établir la loi de Bell uniquement pour les nerfs sensibles et moteurs (volontaires). Il est dit à propos des nerfs en particulier ou des fonctions d'organes particuliers que les nerfs
arrestateurs et les nerfs sécrétoires se rangent sous la même loi, telle que nous l'avons formulée plus haut.
Il résulte des recherches de Vulpian(I) que c'est à tort que la proposition touchant la valeur fonctionnelle des racines rachidiennes est attribuée à Ch. Bell. Dans sa première publication (1811), Bell attribua bien des fonctions différentes aux deux espèces de racines, mais il considérait les racines antérieures comme servant aux innervations sensibles et motrices, et les racines postérieures aux fonctions végétatives (vitales). Il disposait alors des deux expériences suivantes : a) Sur un lapin qui venait d'être tué, l'excitation des racines antérieures provoque des mouvements, celle des racines postérieures est sans effet ; b) Après section des racines postérieures sur l'animal vivant, les muscles avaient conservé leur motilité.— En 1822, Magendie(2) démontra que les racines postérieures sont sensibles, et que les racines antérieures sont motrices. Il est même probable que lorsque dans ses publications ultérieures (en 1824, 1830 et plus tard encore), Ch. Bell formule réellement la loi connue sous son nom, il le fait sous l'impression des nombreuses et belles expériences publiées par Magendie. — Pour achever l'historique de cette question, disons que Magendie, qui a expérimenté sur des mammifères, ne parvint pas à établir la loi d'une manière aussi nette que cela réussit plus tard (1831) à J. Mueller (3), qui expérimenta sur la grenouille. Magendie ne réussit pas à interpréter les faits de sensibilité récurrente. C'est ce que firent plus tard Cl. Bernard ('*) et Schiff(S). Pour l'historique de la question, voir dans A'^ulpian (Leç. sur la phys. gén. et comp. du syst. nerv., 1866). Les travaux de LongetCj) sont aussi intervenus dans la question de la sensibilité récurrente.
La démonstration de loi de Bell est surtout claire chez la grenouille, quand on expérimente sur les racines des nerfs lombaires, destinés aux membres postérieurs. Après dénudation préalable, l'excitation, la section ou le simple pincement des racines postérieures provoquent des mouvements de tout l'animal; si on pince une racine antérieure, il se produit une contraction dans la jambe correspondante, mais le reste de l'animal reste au repos. Après section d'une racine postérieure, l'excitation du bout périphérique ne provoque aucune réaction; celle du bout central est suivie d'une réaction de tout l'animal. Après section d'une racine antérieure, l'excitation du bout central est comme non avenue; celle du bout périphérique est suivie d'une contraction dans la jambe.
La section des racines lombaires postérieures rend le membre postérieur correspondant insensible; on peut le couper sans que l'animal réagisse le moins du monde. La section des racines antérieures abolit de même la motilité; l'animal traine le membre correspondant, ne sait plus le mouvoir. Un cas curieux est celui d'une grenouille à laquelle on a coupé d'un côté les racines lombaires postérieures, et de l'autre côté les racines antérieures. L'animal traîne une jambe paralysée, mais réagit si on la pince; il ne remue nullement si on pince l'autre jambe, mobile, que l'animal attire et meut, mais qui est insensible.
La démonstration réussit moins bien chez les animaux à sang chaud, à cause de la « sensibilité récurrente. »
Sensibilité récurrente. — Il est vrai que chez les mammifères aussi, les fibres centripètes sensibles sortent toutes de la moelle épinière par les racines postérieures. Mais la moelle épinière elle-même et ses enveloppes
(1) Leçons sur la physiol. comp. du syst. nerv.
(2) Journ. du physiol. expi-rim. T. I, II et III.
(3) Ildb. d. Physiol. d. Menschen. I, p. 5!i8.
('J) Lkc. sur la phys. ef. la palh. du syst. nerv., I, 1858.
(5) Le'hrb. d. Physiol. d. Menschen, I, 1858-59.
(6) Traité de physiol., III, édit, 3, p. 108, 1869.