‹ Éléments de physiologie humaine, à l'usage des étudiants en médecine (volume 2)Chapitre 119 sur 132 · RAPPEL DE QUELQUES PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DU SON · texte numérisé non relu

RAPPEL DE QUELQUES PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DU SON

Kéflexion du son. — a la suite d'un dé[)lacement très-brusque d'un corps, il se produit dans l'air ambiant une condensation, un rapprochement des molécules, qui se propage dans toutes les directions, sous forme d'onde spbérique dont le centre est le point primitivement ébranlé. Cette condensation des molécules est suivie en chaque endroit d'une dilatation, puis l'équilibre se rétablit, si de nouvelles secousses ne renouvellent pas le même phénomène. Si l'onde en question frappe notre oreille, elle y provo([ue dans certaines circonstances une sensation acoustique, un son. — Comme pour l'œil, nous reportons à l'agent extérieur la qualité de notre sensation acoustique; nous désignons la vibration de l'air par le nom d'onde sonore, de son. — Les vibrations sonores se propagent dans l'air suivant les mêmes lois qui régissent la propagation des vibrations de Féther (lumière). IN'ous pouvons distinguer un ■• rajon » sonore, qui est la ligne suivant laquelle le son arrive à notre oreille. Le son subit la réflexion à la surface des corps (l'angle d'incidence étant égal à l'angle de réflexion). Pour la lumière le sens de la vibration est perpendiculaire à la ligne de propagation, pour le son elle lui est parallèle, ou plutôt elle coïncide avec elle. La force vive communiquée à la première parcelle d'air ébranlée se communiquant successivement aux molécules occupant les surfaces de sphères de plus en plus grandes, et le nombre de ces molécules augmentant proportionnellement au carré du rayon de la sphère, il est clair que la force vive dont est animée à un moment donné une molécule vibrante est en raison inverse du carré du rayon de la sphère, c'est-à-dire en raison inverse du carré de la distance à la source sonore. La vibration sonore qui frappe un corps solide n'est cependant pas réfléchie en totalité, une partie de la force vive est transmise au corps solide.

La réflexion des ondes sonores a trouvé quelques applications à signaler. Supposons un l'ayon sonore — on dit ordinairement une onde sonore — pénétrant dans un cylindre creux, ou dans un cône creux, et suivant son axe. L'onde tend à s'épanouir de la manière indiquée plus haut; mais chaque rayon qui touche la paroi y tombe sous une incidence oblique; il est renvoyé vers l'intérieur une première, une seconde etc. fois; la force vive arrive à l'autre extrémité du tube, non pas diminuée en raison du carré du chemin parcouru, mais suivant une proportion beaucoup plus faible (une petite partie s'est communiquée à la paroi,' qui l'a cédée à l'air ambiant). Tel est le cas des porte-voix, des cornets et tubes acoustiques, de l'otoscope et des tubes parlants; ils ne renforcent donc pas la voix, mais l'empêchent plus ou moins de se perdre. — Le stéthoscope, bien que souvent construit d'après le principe du cornet acoustique, doit son utilité à une autre circonstance, à la transmission des vibrations sonores à travers la substance soUde dont l'instrument est confectionné. — Le microphone renforce réellement les sons; l'origine de la force vive renforçante est dans un élément de pile.

Transmission du son à travers les solides. — Les vi])rations dont sont animées les molécules de l'air se communiquent aux molécules des corps solides, qui sont ébranlées également et transmettent leur force vive aux molécules voisines. Une onde de condensation des molécules, suivie d'une onde de dilatation, parcourt également le solide, avec une vitesse plus grande que dans l'air, où elle est de 535 mètres (il y a une réfraction du rayon sonore dans le solide). Le corps solide reste immobile, bien que ses molécules se déplacent. — La vibration sonore peut aussi déplacer le solide dans son ensemble, donner naissance à un mouvement des masses. Ce cas se présente si le corps a un volume trop petit pour pouvoir admettre dans son étendue une longueur d'onde entière; tel est le cas d'une corde de violon ou d'une membrane. La lon^Tueur d'onde dépassant de beaucoup l'épaisseur de la membrane, les molécules de cette dernière se déplacent toutes (à un moment donné) dans le même sens : toute la membrane se déplace. Le cas de la membrane vibrante nous intéresse en ce qu'il trouve son application dans le fonctionnement de la membrane du tympan. Lorsqu'une onde sonore frappe une membrane, la surface frappée est relativement grande par rapport à la masse, celle-ci est ébranlée par une quantité relativement grande de force vive : circonstance favorable à la transmission du mouvement de l'air à un solide.

Représentation graphique des ondes sonores. — La métliode grapirKiue peut servir à rendre visible le chemin parcouru par les nujlécules d'un corps vibrant, ainsi que les déplacements des corps vibrants dans leur ensemble, et cela de la manière suivante. Nous venons de dire que l'onde de condensation de l'air peut provoquer, notamment dans une membrane, un mouvement de masse, un déplacement réel. La vitesse dont est animée la membrane reflétera la condensation ou le degré de rapprochement des nu)lécules de l'air qui ébranle la membrane. Si donc la membrane est munie d'un style ou d'iMie plume écrivante, celle-ci pourra inscrire sur un kymographion p. ex. une courbe qui sera une image fidèle de la manière dont se succèdent dans le

temps les condensations et les écartements des molécules de l'air; la courbe représente les vitesses dont sont animées ces molécules. Un tel instrument (fig. 142) nous est donné dans le phonautographe (de Scott). Le cône A est en

Fig. [42. — Phonautographe de Scott.

quelque sorie un cornet acoustique; il retient les ondes sonores qui y pénètrent et les conduit presque intégralement sur une membrane qui en ferme l'extrémité. La membrane porte un style inscripteur, qui écrit une trace sur le cylindre horizontal C, mù à la main (ou par un mouvement d'horlogerie), et recouvert d'un papier enduit de noir de fumée.

Si nous tenons dans l'ouverture du phonautographe un diapason vibrant, nous obtenons une courbe très-régulière, analogue à celle représentée dans

Fig. Ud.

la fig. 145, et qui est connue sous le nom de sinusoïde. Le diapason produit donc des vibrations très-régulières, tout comme un pendule; ce dernier inscrirait directement sur un cylindre enregistreur une sinusoïde.

Si deux sources sonoi'es agissent simultanément (devant le phonautographe), une molécule de l'air reçoit deux chocs distincts; sa trajectoire est modifiée; elle est la résultante des deux impulsions. Trois, quatre etc. sources sonores modifieront chacune la trajectoire, et la courbe obtenue au phonautographe s'en ressentira; elle deviendra plus ou moins irrégulière.

La figure 144 représente des graphiques obtenus de cette manière. La courbe supérieure (sinusoïde) de chacun des quatre couples de tracés provient des vibrations d'un diapason exécutant 312 vibrations à la seconde, et qui, à l'aide

516 CHAriTUE VI.

d'un style dont est munie une de ses branches, inscrit directement sa vibration sur le cvlindre. La courbe inférieure '1:2a été obtenue en tenant devant le phonautographe deux diapasons dont les nombres des vibrations étaient dans le rapport de 4 : 2 (512 et 1024) ; pour la courbe inférieure 4 : 5, on a employé

Fig. m. — Tracés graphiques de vibrations sonores obtenus à l'aide du phonautographe.

des vibrations dans le rapport des 4:5; pour la courbe 5 : 6 : 4, on a employé trois diapasons dont les vibrations étaient dans le rapport de 5 : C : 4.

Les ondes sonores produites par l'ébranlement de la plupart des corps sonores sont plus ou moins composées. Une corde ébranlée vibre d'abord dans sa totalité; puis ses deux moitiés vibrent chacune de son côté, et ces vibrations partielles sont deux fois plus rapides que celles de la corde en totalité. Mais les tiers, les quarts etc. de la corde peuvent vibrer aussi, et un nombre de fois 3, 4 etc. plus grand que la corde dans son ensemble. Chacune de ces vibrations émet une onde pendulaire à part, de longueur différente, et ces diverses impulsions agissant simultanément sur la molécule d'air; le mouvement de celle-ci ne sera plus un simple mouvement de pendule; la courbe inscrite sur le phonautographe difTèrera beaucoup d'une sinusoïde. La grande majorité des corps sonores, les membranes vibrantes, même nos instruments musicaux, sont dans le cas de la corde vibrante. Le diapason est un des rares exemples de corps qui vibrent à la manière d'un pendule. Le son émis par une flûte est également simple.

Les cfl'ots de deux on plusieurs vibrnlions émises simnltanémcnt ressortcnt des figures 14b', 14.(5 et H7. Si deux vibrations pendulaires identiques 1 et 2 (fig. 14S) sont communiquées à l'air, de manière que les phases des deux impulsions coïncident, le son résultant est simplement renforcé, la courbe résultante ô offrira le même nombre d'ondulations que les deux premières, mais ses ondulations seront plus grandes; la force vive des molécules vibrantes est simplement renforcée, le rythme de la vibration n'est pas altéré : le son sera le même au point de vue de sa hauteur, mais plus intense. Si les deux sinusoïdes représentant les vibrations I et 2 (fig. 146) de deux diapasons identiques se superposent avec nu déplacement d'une demi-longueur d'onde, si les phases de deux vibrations sonores identiques, émises simultanément, diiïèrent d'une demi-longueur d'onde, l'une impulsion tend à mouvoir la molécule dans un sens, l'autic dans le sens opposé; la molécule restci'a en place, sa trajectoire inscrite sera une ligne droite 5 : le son est annulé. — Deux ou plusieurs vibrations émises simultanément (fig. 147, lignes pointillées), peuvent différer par leur durée; la courbe résultante (ligne pleine) s'en ressentira. — Cette courbe résultante deviendra (rès-irrégnlière, si un grand nombre de sons, Irc.s-différents dans leurs phases, sont émis simultanément.

OKGAMv AUDITIF.

Lorsqu'une succession de vibrations sonoi'es frappe notre appareil auditif assez rapidement pour que l'effet de la première dure encore quand arrive la seconde, nous avons une sensation auditive continue. Ces ondes arrivent-elles

Uti

Fi-. \m.

Fiff. U7.

Fig. J4.a, ii6, Ml. — Interférence de deux ondes sonores : \i^, de même période et à pliases concorrlantcs ; Hfi, de même période mais les phases dilTcrant d'une demi-longueur d'onde; 14.7, dont l'une est l'octave de l'autre.

périodiquement, à des intervalles égaux, alors le son est désigné sous le nom do ton (uuisical). Si les secousses se suivent irrégulièrement, sans aucune périodicité (fig. 148), alors nous éprouvons la sensation du hruit.

On parle généralement de « consonance » quand deux ou plusieurs sons musicaux (tons), composés de vibrations sonores rythmiques émises simultanément, se renforcent (fig. 145). Le cas représenté dans la figure 147, où deux vibrations, quoique de rytlimes différents, se renforcent, constitue encore un fait de consonance. Tous les sons dont le nombre de vibrations dans l'unité

de temps sont dans les rapports des nombres entiers 1, 2, 5, 4, 5 etc., sont consonants.

Le nom d' « interférence », employé par les physiciens pour désigner la combinaison de deux ou plusieurs tons quelconque, émis simultanément, s'applique dans un sens plus restreint aux cas dans lesquels deux ou plusieurs

Fig. lis. — Graphique d'un bruit, obtenu en prononçant dans le pbonautographe le mot clioc, la membrane de l'instrument étant relàcliée. La sinusoïde provient d'un tuyau d'orgue de 200 vibrations à la seconde (Hensen).

vibrations s'annulent (lig. 146), ou même s'affaiblissent, se contrarient seulement. Un exemple de ce dernier genre nous est donné dans le haltement de deux ou plusieurs tons. Considérons en deux très-réguliers, dont les courbes sont des sinusoïdes p. ex., différant d'une seule vibration à la seconde. Alors pendant une demi-seconde, le son résultant ira en se renforçant, puis pendant une demi-seconde en diminuant pour devenir nul pendant un instant; il reprend et augmente, etc. ïl y aura un battement par seconde. Au phonautograplie, le phénomène se traduira par un renforcement et une diminution

Fig. uy.

périodique du graphique, la diminution allant jusqu'à l'annulation de toute sinuosité (lig. 149). Si les deux tons diffèrent de deux vibrations à la seconde, la résultante offre deux battements à la seconde, et ainsi de suite.

Si la différence entre les nombres de vibrations augmente trop, les battements se succèdent très-rapidement, et notre oreille ne les distingue plus guère; mais il naît une sensation désagréable que nous nommons « dissonance » (quand il y 30 battement à la seconde et plus). — La « consonance » et la a dissonance » sont donc en réalité des qualités de nos sensations, et à ce titre nous y reviendrons plus loin. Mais de nièmc que les désignations de « ton », de « bruit », nous appliquons ces noms, surtout celui de « consonance » aux processus physiques qui leur donnent naissance dans notre appareil nerveux acoustique; et c'est à ce titre que nous avons dû les employer ici, par anticipation.

Les flammes manométriques sont un second mojeii de rendre visibles des différences entre les diverses vibrations sonores. Supposons que la membrane du plionaulographe fasse partie de la paroi du tube qui amène le gaz à un bec allumé. Les vibrations rétréciront et élargiront altei'nativement la lumière du tube; la quantité de gaz qui ai'rive au bec variera, et la flamme, au lieu de conserver des dimensions constantes, se mettra à osciller. La figure îi.") (page Oi) l'cpréscnle l'appareil en question. La boîte p rentérmc la membrane vibrante, et les tubes I) et y' amènent les sons. Le miroir 3Ij ])lacé en regard de la flamme, tourne rapidement; on y voit (par réflexion) la llammc à cha(|ue révolution, mais plus grande ou plus petite, et les grandeni's successives donnent l'impression visuelle d'une bande continue, dentelée diveiscini'jil (lig. Wt, |). 9,")) selon le son amené à la niembi'ane vibrante.

OliCA.NB AUDITIF.

Résonance. — Lorsqu'une onde sonore frappe un corps solide (lorsque le rayon sonore passe d'un milieu dans un autre), elle est partiellement réfléchie, et partiellement elle se communi(iue au corps solide. Si ce dernier est assez peu volumineux, il vibre dans son ensemble, et à son tour communitjue ses vibrations à l'air ambiant. — En règle générale cependant, l'équilibre moléculaire du corps solide est tel que ses molécules vibrent plus facilement d'après tel rythme que d'après tel autre. Une cloche suspendue et trop lourde pour être ébranlée sensiblement par l'effort d'un seul homme, constitue un pendule qui peut osciller d'après un rythme bien déterminé. Si un homme lui imprime une première impulsion, elle exécutera un certain nombre de très petites oscillations; et si à chaque élongation le même homme donne une nouvelle impulsion, l'effet de la seconde, de la troisième etc. impulsion s'ajoute à celui de la précédente, et les oscillations de la cloche finiront par devenir très-excursives. — Les molécules des corps solides sont comparables à des pendules trèslourds, différents de longueur selon les différents corps (selon les dimensions du corps, selon qu'on tend plus ou moins fortement une corde); elles sont plus facilement mises en mouvement par des impulsions sonores du même rythme que celui qu'elles exécutent de préférence. Telle corde ou telle membrane vibrera plus aisément si elle est frappée par un son déterminé, pour lequel elle est accordé; on dit aussi qu'elle vibre à l'unisson de ce son. — Si le corps qui est à l'unisson avec un son déterminé a une large surface, il pourra communiquer à l'air la force vive des vibrations plus facilement que le corps qui produit le son. Surtout si on met les deux corps en une communication telle que les vibrations de la source sonore se communiquent plus facilement au second corps solide qu'à l'air ambiant (et pour cela il suffit de les relier directement, le son se propageant plus facilement à travers un solide qu'à travers l'air), le son arrive avec une plus grande intensité à notre oreille, par transmission à travers le second corps; la sensation est plus nitensc. On donne le nom de résonnateurs aux corps qui renforcent ainsi (en réalité la force vive n'est pas renforcée) un son musical émis. On donne aux résonnateurs les formes les plus diverses : de caisses en bois, de globes en verre ou en cuivre creux (fig. 450) etc. ; l'air confiné qui y est renfermé se comporte alors comme un corps solide, il fait corps avec son enveloppe solide. Si dans le voisinage d'un résonnateur, on produit une série de tons, celui-là seul sera renforcé pour lequel le résonnateur est accordé. En faisant varier les dimensions des résonnateurs, on peut en construire qui (selon les dimensions) sont à l'unisson des sons les plus divers; mais chacun sera à l'unisson d'un son déterminé.

On peut aussi faire en sorte (réliiuincr plus ou moins la résonance, par

Fig. JîJO. — Ui.'suiiiialfur do IIel.miioltz.

Ô20 CIl.VllTliE VI.

exemple en relâchant une membrane de telle façon qu'elle ne soit accordée pour aucun son, ou au moins pour aucun des sons liahitucUement émis. Et comme la grande surface de la membrane l'exposera au choc d'un grand nombre de molécules de l'air, elle sera ébranlée assez facilement, et cela à peu près avec une égale facilité pour les dilTérents sons.

Nous rencontrerons des applications de ces pi-incipes dans l'oreille : la membrane du tympan n'est accordée pour aucun des sons habituels, elle les transmet donc tous avec leurs intensités relatives. Dans l'oreille interne, au contraire, il y a des corps accordés chacun pour un son déterminé.

Analyse d.GS sons. — Si nous regardons comme simples les vibrations sonores pendulaires, dont les courbes inscrites au phonautographe sont des sinusoïdes, tous les autres sons seront composés, et les courbes qui les représentent également. Or, il est toujours possible de réduire un mouvement complexe en ses différentes composantes. En mathématiques on est arrivé à réduire dans leurs composantes les courbes périodiques les plus complexes. La physique expérimentale est parvenue à analyser des mouvements sonores très-compliqués. Le moyen en est fourni par les résonnateurs. Disposons en effet en présence d'une source sonore complexe une série de résonnateurs de Ilelmholtz, accordés pour les tons les plus divers. Chaque résonnateur renforcera (en apparence) la vibration élémentaire avec laquelle il est à l'unisson, ce qu'on pourra constater en y mettant l'oreille. Les résonnateurs qui ne trouvent pas dans le mélange sonore de vibration pour laquelle ils sont accordes, resteront silencieux, ou plutôt transmettent faiblement tout le mélange. En passant l'oreille d'un résonnateur à l'autre, on constatera par l'oreille que les résonnateurs ont réellement analysé le son complexe, dont peutêtre nous connaissons les éléments, en employant par exemple comme source sonore une série de diapasons très-divers.— Ou peut aussi, par la méthode des flammes manomètriques , rendre visible la réalité de cette analyse physique opérée par les résonnateurs. Quand un résonnateur vibre, l'air qui y est renfermé subit des condensations et des raréfications alternatives, de sorte qu'il est alternativement chassé et aspiré par le résonnateur. Si donc on amène le son par une ouverture d'un résonnateur, dont l'autre ouverture est bouchée par une membrane vibrante faisant partie de la paroi du tube qui amène le gaz, la flamme oscillera chaque fois que le résonnateur est ébranlé, elle brûlera tran<{uillement si le résonnateur est sourd. Koenig a disposé au devant d'un mirou' tournant une série de résonnateurs accordés chacun pour un son différent, et dont chacun est en rapport avec une autre flamme. Au devant des flammes, on fait tourner rapidement le miroir, dans lequel on voit alors une traînée lumineuse uniforme correspondant à chaque flamme au repos, et une traînée dentée correspondant à chaque flanmic qui oscille. On veut par exemple analyser le son que nous émetlons en prononçant «, et qui n'est pas simple, comme nous pouvons le voir au phonautographe. Nous produisons ce son dans le voisinage de l'appareil, et les seuls résonnateurs accordés pour un des sons élémentaires du son complexe se mettront à vibrer, et à faire osciller leurs flanmies.

Nous allons voir que notre appareil auditif ne perçoit pas les mélanges sonores dans leur ensemble, mais qu'il analyse dans leurs composantes simples les mélanges les plus compliqués.

MARCHE DES ONDES SONORES DANS L'APPAREIL ACOUSTIQUE. TRANS- MISSION DU SON A LA TERMINAISON DU NERF ACOUSTIQUE.

Les organes de transmission des ondes sonores dans l'oreille sont : l'oreille externe, le conduit auditif externe, la membrane du tympan, la cliaîne des osselets dans l'oreille moyenne, et enlin la périlymplic et l'endolymphe dans le labyrintlu!.

Le pavillon de l'oreille paraît devoir jouer le rôle de cornet acoustique, et rcllécliir vers le conduit auditif externe les ondes sonores qui le frappent.

OKGANE AUDITIF. 521

Ce rôle, certainement important chez certains animaux, n'est pas bien évident chez l'homme. En l'absence de pavillon, ou bien quand ses creux sont combles, ou encore quand on en supprime l'influence par un tube enfoncé dans le conduit auditif, mais faisant saillie à l'extérieur, dans toutes ces circonstances l'ouïe n'est pas altérée d'une manière bien sensible.

Le conduit auditif externe agit comme un tube acoustique. Sa présence permet aux parties essentielles d'être situées profondément, à l'abri de toutes sortes d'influences nuisibles.

La membrane du tympan joue un rôle important dans la transmission des ondes sonores de l'air. C'est elle qui par sa faible masse et sa gi'andc surface rend possible la communication des ondes de condensation de l'air à des parties solides; elle transforme le mouvement ondulatoire de l'air en un mouvement de masses. Contrairement à ce qui existe pour les membranes tendues, elle n'est accordée pour aucun son, elle n'a aucun son propre. Aussi transmet-elle toutes les secousses proportionnellement à leur intensité, sans en renforcer une plus particulièrement. L'absence de résonance particulière dans le tympan ressort déjà du fait que nous entendons également bien tous les sons. On en a au surplus fourni la preuve expérimentale.

Une membrane tendue a toujours un son propre; la dépression centrale de la membrane du tympan vers l'oreille moyenne n'est donc pas due à une traction exercée sur elle par le manche du marteau, contrairement à ce qu'on serait tenté d'admettre. Du reste, elle conserve cette forme même après qu'on en a détaché le marteau. La résonance de la membrane est encore diminuée par le contact des osselets de l'ouïe, qui jouent à son égard le rôle d'étouffoir.

Helmholtz a fait observer que la dépression centrale de la membrane du tympan a la signification physiologique suivante. Les mouvements qu'une force donnée communique à une membrane déprimée comme la membrane du tympan sont moins excursifs que si elle était plane; par contre la force du mouvement est augmentée. Et c'est là précisément ce qu'il faut : faible amplitude des mouvements, mais d'une énergie suffisante pour mettre en mouvement la masse du liquide endolymphatique. Dans l'oreille moyenne, il y a encore d'autres mécanismes qui contribuent au même but.

Il paraîtrait que la membrane n'est pas tout à fait exempte de son propre. Seulement, grâce à l'absence de tension, ce son serait plus bas que ceux pour lesquels l'oreille interne est sensible.

Transmission des ondes sonores à travers les osselets de

l'ouïe. — Le manche du marteau descend en bas et en avant; il adhère dans toute sa longueur à la membrane du tympan (iig. loi), dont l'ombilic corresT pond à l'extrémité du manche. La tête du marteau est reçue dans une espèce de cavité articulaire de l'enclume; colle-ci adhère au périoste (de la caisse du tympan) par le ligament de sa petite apophyse, tandis que sa longue apophyse va s'articuler avec l'étricr (par l'intermédiaire de l'os lenticulaire). Enfin, la base de l'étrier est reçue dans la fenêtre ovale du rocher, qu'elle ne remplit pas tout à fait; mais elle est reliée à l'os (du rocher) par un ligament circulaire, une espèce de membrane, qui permet un certain jeu à l'étrier. II ^1

Ô-2-2 cHAiniuE VI.

Au delà de l'étrier, nous avons la périlymphe du labyrinthe. — Les diverses articulations sont assurées par des ligaments, et de plus, les divers osselets ont de petites saillies qui rendent impossible tout chevauchement des os l'un sur l'autre, quand ils sont comprimes du dehors en dedans. Il en résuite que si on déprime la membrane du tjmpan, la chaîne des osselets se meut

Fig. ISl. — Schéma de l'oreille. C. au. e. canal auditif externe; MT, membrane du tympan; CT, caisse du tympan; Tr. E, trompe d'Eustaclie; T tête du marteau, appuyant dans une concavité de rcnclume, qui à son tour est en rapport avec l'étrier; u, utricule, dans lequel débouchent les canaux semi-circulaires membraneux, et communiquant avec le saccules par l'inlcrmédiaire du canal endolymphatique ce. Le saccule se prolonge dans le canal limacien c. /., contourné en spirale; r, v., rampe tympanique, communiquant avec les espaces périlymphatiques du vestibule (et des canaux semi-circulaires) qui aboutissent dans la fenêtre ovale à la plaque de l'étrier; r. t., rampe tympanique, aboutissant à la fenêtre ronde /". r., et qui se prolonge dans le canal périlymphatique c. p.; /3, flèche indiquant la direction suivant laquelle agit le muscle tenseur du tympan; s. s., direction suivant laquelle ce muscle et les vibrations de la membrane du tympan déplacent le manche du marteau, la longue apophyse de l'enclume et l'étrier; a, flèche indiquant la direction suivant laquelle se déplacent les parties supérieures du marteau et de l'enclume, quand on déprime le tympan; ax', axe perpendiculaire au plan du papier, passant par 1 enclume dans le voisinage du ligament qui fixe cet osselet au périoste (de la cavité du tympan) et autour duquel se déplace l'ensemble des osselets de l'ouïe.

dans son ensemble, comme une seule tige, et le mouvement est transmis directement à la périlymphe. Mais quand le marteau est attiré en dehors, par la membrane du tympan, il peut quitter le contact avec l'enclume, dans la mesure permise par la longueur des ligaments articulaires.

De nombreux ligaments reliant les osselets au périoste de la caisse du tympan ne permettent à la chaîne qu'un mouvement de rotation autour d'un axe passant par la courte a|)ophyse de l'enclume. Dans la figure lUl, cet axe ax', perpendiculaire au plan du papier, passe pai- la courte apophyse de l'enclume. Lors donc qu'on dépiime le manche du mai'teau, les parties supérieures de l'enclume et du marteau se déplacent en dehors (dans le sens de la flèche a), et les autres parties (manche du marteau, longue apophyse de l'enclume et

ORGANE ALDITIF. d'2ô

élricr) en dedans, dans le sens de la flèche ss. C'est donc en réalité un jeu de. levier du 2"'^ genre, dont le point d'appui est dans la courte apophyse de l'enclume; et comme le bras de levier de la résistance, composé de la longue apophyse de l'enclume et de l'élrier, est plus court que le bras de levier de la puissance constitué par le manche du marteau, le mouvement se transmettra à la périlymphe diminué dans son excursion, mais augmenté dans sa force. Cet effet est déjà préparé par la concavité de la membrane du tympan. Le contenu liquide du labyrinthe, enfermé dans une capsule rigide, ne saurait en effet se déplacer beaucoup ; de plus il faut une certaine force pour l'ébranler.

Il est prouve par un levier inscripteur placé sur les osselets que les vibrations sonores ne se transmettent pas moléculairenient à travers la chaîne des osselets, mais que chaque fois qu'un son frappe la membrane du tympan, les osselets se meuvent dans leur ensemble (Poutzer, 1861; Buck, 1870), et que l'ëtrier est enfoncé un peu dans la fenêtre ovale. — Les dimensions de toute la chaîne sont trop petites pour admettre même une demi-longueur de vibration sonore; les diverses molécules osseuses sont, à un moment donné, animées du même mouvement; de là un déplacement de toute leur masse.

Muscle du marteau et muscle de l'étrier. — Les rôles de ces deux muscles (dont le premier est innervé par le trijumeau, le second par le facial) est à peu près totalement inconnu. A en juger d'après leur disposition anatomique, celui du marteau, dont l'action s'exerce dans la direction de la flèche p (fîg. 151), pourrait tendre la membrane du tympan, le second pourrait empêcher la base de l'étrier d'être enfoncée trop dans la fenêtre ovale. De là aussi le nom de tenseur^du tympan qu'on a donné au muscle du marteau. — On a cru longtemps que le muscle du marteau était une espèce de muscle accommodateur pour l'oreille. En tendant plus ou moins fortement la membrane du tympan, il modifierait le son propre de celle-ci, la rendrait plus apte à être ébranlée par tel ou tel son. — Cette opinion ne résiste pas à l'examen des faits. D'abord la membrane du tympan n'est jamais à l'unisson d'aucun des sons que nous entendons, notre expérience de tous les jours en fait foi. Ensuite, une telle accommodation ne pourrait être que très-désavantageuse dans l'audition. En effet, notre appareil acoustique sert surtout à la perception de vibrations trèscomplexes, c'est-à-dire de bruits : la voix humaine, surtout les consonnes, ainsi que la plupart des sons de la nature, sont des bruits bien plus que des sons musicaux. Et en fait, nous apprécions les moindres modifications des bruits : il faut donc que la membrane du tympan les transmette intégralement, ce qui ne serait pas possible si elle était mise toujours à l'unisson de telle ou de telle vibration simple. Enfin, une membrane qui a un son propre, une fois ébranlée dans son rythme, garde longtemps ce mouvement : ce qui est en -opposition avec le fait que nous entendons des variations très-rapides, même des bruits. Au contraire, une membrane non tendue, qui analogue au tympan, n'a pas de son propre, arrive très-rapidement au repos. — Cette absence de résonance est encore exagérée par la présence des osselets de l'ouïe, qui reposent sur la membrane, et jouent le rôle d'étouffoir.

Il paraîtrait donc que le muscle du marteau sert plutôt à empêcher la membrane du tympan d'être déplacée trop en dehors. Il l'affermirait simplement dans une certaine position.

524 ciiAi'iTnE VI.

Les contractions de ce petit muscle sont de nature réflexe. Chez un chien dont on a ouvert la cavité du tympan, on y provoque des secousses en produisant des sons dans le voisinage de ranimai. D'après des expériences faites par Hensen sur des chiens et des chats, chaque son, chaque syllabe prononcée provoque une secousse du muscle tenseur du tympan. Un son prolongé ne donne pas lieu à un tétauos.

Certaines personnes peuvent contracter volontairement le muscle tenseur du tympan.

Transmission des ondes sonores à travers les os de la tête. —

On admet souvent que les oncles sonores sont en grande partie transmises à l'oreille interne par les os de la tête. — Lorsqu'on tient une montre eontre les incisives supérieures, ou bien si on plaee un diapason vibrant sur la tête, on les entend plus clairement qu'en les tenant au devant de l'oreille externe. Il parait toutefois que même dans ce cas, le son est transmis à l'oreille interne non directement par l'os temporal, mais à travers le tympan et les osselets. En effet, si on répète la même expérience sur le cadavre, en auscultant à l'ouverture intra-crànienne du canal auditif interne, on entend le son bien plus distinctement si les osselets sont intacts que si on a enlevé par exemple rétrier (Politzer). — Lucae a du reste démontré à l'aide de la méthode graphique que dans cette expérience la membrane du tympan et les osselets de l'ouïe vibrent réellement.

Les sons pénétrés dans l'oreille interne en ressortent aussi à travers les osselets et la membrane du tympan : en écoutant contre l'oreille d'un individu qui porte sur la tête un diapason vibrant, on entend le son du diapascn sortir comme renforcé de l'oreille. Cette particularité, ainsi que la transmission des sons à travers les os de la tète, est utilisée en otiâtrique pour décider si dans un cas de surdité l'appareil nerveux auditif fonctionne encore ou non, et par conséquent si on peut espérer de pouvoir rétablir l'ouïe ou non. Si la membrane du tympan est épaissie, s'il y a un bouchon de cérumen dans l'oreille externe, si la muqueuse de l'oreille moyenne est gonflée à la suite d'un catarrhe, il y a surdité ; mais le cas sera curable en règle générale, aussi longtemps que l'oreille interne n'est pas désorganisée. Dans ces cas on constatera un phénomène qu'on peut produire facilement chez soi-même. Qu'on ferme un conduit auuitif externe à l'aide du doigt, et qu'on place sur la tête un diapason vibrant : on l'entendra très-fortement dans l'oreille bouchée, parce que l'obstacle renvoie plusieurs fois vers l'intérieur de l'oreille les mêmes ondes qui tendent à sortir de l'oreille. Le même phénomène se produit si la surdité est due à une simple diiïiculté de la transmission du sou, causée par un des états signalés. Au contraire, si l'oreille interne, si la terminaison du nerf acoustique est désorganisée, le diapason placé sur la tête ne sera pas beaucoup mieux entendu que si on le place devant l'oreille.

Quant à la conduction du son à travers l'air de la caisse du tympan jusqu'à l'oreille interne, à côté des osselets, elle ne saurait être bien importante, à cause de la difticulté avec laquelle le son est transmis de l'air aux corps solides, et vice versa.

On entend cependant, mais imparfaitement, sans osselets et sans membrane du tympan.

Trompe d'Eustache. — La trompe d'Eustache sert à maintenir un équilibre de pression aux deux faces de la membrane du tympan, entre l'air qui remplit la caisse du tympan et l'air extérieur, qui pèse sur la membrane avec la pression d'une atmosphère. De plus, elle livre passage vers le pharynx à la sécrétion — peu copieuse, si tant est qu'elle existe — de la cavité du tympan. La membrane du tympan ne vibre facilement que si la pression est égale à ses deux surfaces. — La trompe d'Eustache est ordinairement fermée du côté du pharynx, mais elle s'ouvre au moment de la déglutition, et lors du bâillement. Il faut même une pression assez forte poui- pousser de l'air dans la cavité du tympan, .'i travers la trompe fermée, par exemple quand on

fait une expiration forcée pendant qu'on ferme la bouche et les narines (expérience de Valsalva). Quand nous faisons un mouvement de déglutition, ou quand nous bâillons, l'air se raréfie dans le pharynx, et est aspiré de la cavité du tympan : nous entendons un craquement sec, produit par la dépression de la membrane du tympan à la suite de la diminution de pression dans la cavité du tympan. Si nous fermons le nez pendant l'acte de déglutition, la raréfication de l'air est encore plus forte dans la cavité du tympan, la membrane est déprimée davantage : nous sentons une pression dans l'oreille, et l'ouïe reste dure aussi longtemps que le rétablissement de la pression aérienne n'a pas relevé la membrane du tympan (expérience de Mlelleu). — Les ondes sonores ne sont pas conduites à l'oreille moyenne par la trompe, habituellement fermée. Si on enfonce un corps vibrant dans la bouche, on l'entend de moins en moins, à mesure qu'il se rapproche de l'orifice pharyngien de la trompe. Si néanmoins nous ouvrons la bouche pour entendre très-bien (une attitude très-caractéristique pour les sourds), c'est en partie pour faciliter la transmission de la pression atmosphérique à la cavité du tympan (ce qui facilite les vibrations de la membrane du tympan), en partie aussi pour obtenir une résonance de l'air contenu dans la bouche, et dont les vibrations sont transmises à l'oreille à travers les os de la tète.

En temps ordinaire, notre propre voix arrive à notre oreille interne par la voie de l'oreille externe. Mais si nous parlons en bâillant (alors la trompe est ouverte), notre voix résonne dans Poreille ; elle y pénètre à travers la trompe d'Eustache.

La trompe d'Eustache a acquis une grande importance dans la pratique médicale, attendu que c'est par cette voie qu'on peut traiter localement les afTections très-fréquentes de l'oreille moyenne. On fait le cathéterisme de la trompe d'Eustache, c'est-à-dire qu'on engage dans l'orifice pharjngien de la trompe l'extrémité recourbée d'une sonde creuse introduite par le nez. On peut injecter dans la caisse du tympan, à travers la sonde et la trompe d'Eustache, soit de l'air pur, soit de l'air chargé de substances médicamenteuses. On peut ainsi lever des obstructions de la trompe, ou bien chasser dans les cellules mastoïdiennes (qui communiquent avec la caisse du tympan) et dans le pharynx des mucosités accumulées dans la caisse du tympan. — Chez les enfants et les personnes très-sensibles, on peut parvenir au même but sans introduire une sonde. Au moment de la déglutition, la partie supérieure du pharynx est fermée du côté de l'œsophage, et la trompe est ouverte. Si donc à ce moment nous fermons les narines sur le bec d'un ballon en caoutchouc introduit dans l'une d'elle, et si nous comprimons le ballon, nous injecterons dans la cavité du tympan de l'air, qui sera également à volonté chargé de substances médicamenteuses. L'acte de la déglutition n'étant pas possible plusieurs fois de suite, on met dans la bouche un peu d'eau, qu'on ordonne d'avaler à un moment donné (procédé de Politzer pour le cathéterisme de la trompe d'Eustache).

On peut voir, sur le vivant, à l'aide d'un petit miroir introduit dans la gorge, la partie supérieure du pharynx, l'ouverture de la trompe d'Eustache, et l'ouverture postérieure des narines (rhinoscopie) ; voir page 85'.

Pour voir le fond du conduit auditif externe, il faut évidemment placer son œil au devant de l'oreille externe, sans intercepter les rayons lumineux; et cela est impossible à l'inspection directe, puisque la tète de l'examinateur intercepte l'accès de la lumière. Il faut ici recourir a. l'artifice employé en ophthalmoscopie. Après avoir élargi et redressé le conduit auditif à l'aide d'un petit tube en forme d'entonnoir, on regarde au fond de l'oreille à travers l'ouverture centrale d'un miroir qui sert à réfléchir dans l'oreille les rayons d'une source lumineuse convenablement placée. — On voit encore aujourd'hui des médecins, allant à l'encontre de ce principe élémentaire d'optique, essayer de voir le tympan à l'aide d'un simple entonnoir poli à sa face interne, et introduit dans le conduit auditif externe. — On parvient ainsi à voir le tympan, et de plus, on voit par transparence le manche du marteau.

Un autre procédé d'exploration de l'oreille repose sur l'emploi de yoloscopc, instrument qui

CHAPITHE VI.

consiste en un tube flexible dont on introduit une extrémité dans le conduit de l'oreille examinée, et l'autre dans sa propre oreille. Si maintenant on fait le cathéterisme de la trompe d'Eustache, si on insuffle de l'air, on l'entend pénétrer dans l'oreille, et on juge du degré de perméabilité de la trompe.

Oreille interne. Anatomie. — L'oreille interne consiste essentiellement en une cavité creusée dans le rocher, remplie d'un liquide clair dans lequel flotte un sac membraneux, renfermant lui-aussi un liquide aqueux, et portant à sa face interne un épithélium qui en des endroits particuliers constitue la terminaison périphérique du nerf acoustique. Cette forme de l'oreille interne, qu'on trouve au bas de l'échelle des vertébrés, existe aussi chez l'homme à un stade primitif du développement embryonnaire. Le liquide qui remplit le sac membraneux est <( l'endolymphe y> , et celui qui l'entoure est la apérilymphe ». Chez la plupart des vertébrés les choses se compliquent; le sac unique se divise en deux, a vtricule » u et «. saccule » s (fig. iSl); le premier se ramihe encore et donne naissance aux canaux semi-circulaires membraneux » ; le second émet un long tube qui se recourbe en spirale, « le canal limacien » cl. Toutes ces parties continuent à être entourées de périlymphe, c'est-à-dire que la masse osseuse du rocher se moule sur les parties, tout en laissant entre elles et l'os un espace pour la périlymphe. Le canal limacien seul ne reste pas au centre des espaces périlymphatiques, mais est rejeté sur un côté, contre la paroi osseuse. De plus, de ce canal limacien part un prolongement osseux qui va jusqu'à la paroi opposée de l'espace périlymphatique; ce dernier est ainsi subdivisé en deux tubes étendus dans toute la longueur du limaçon : ce sont les deux rampes du limaçon. Il y a donc trois tubes parallèles dans le limaçon, les deux rampes et le canal limacien. C'est dans l'épithélium qui tapisse la face interne de ce dernier que nous avons à rechercher une partie des terminaisons du nerf acoustique. — Les deux rampes communiquent ensemble au sommet du limaçon. A la base, l'une s'ouvre dans l'espace périlymphatique qui entoure le saccule — rampe vestibulaire r. v. — ; l'autre va aboutir à la membrane de la fenêtre ronde, qui la bouche réellement — rampe tympanique r. t.

Marche des ondes sonores dans l'oreille interne. — Nous avons conduit les ondes sonores à travers les osselets de l'ouïe et la fenêtre ovale jusque dans la périlymphe. Les diverses cavités, sacs et canaux du labyrinthe étant remplis d'eau, l'ensemble représente une petite capsule rigide remplie d'un liquide aqueux, dont le volume est beaucoup trop petit pour admettre une seule onde sonore dans toute sa longueur, même en supposant le limaçon déroulé. Il se présente donc ici le même phénomène que pour les osselets de l'ouïe : à un moment donné, toutes les molécules liquides recevront à peu près simultanément la même impulsion; la masse liquide incompressible (y compris les formations membraneuses qui y plongent) tend à se déplacer dans son ensemble, comme un corps solide; mais elle ne le pourra guère, enfermée qu'elle est dans une capsule rigide. En fait, les déplacements sont très petits, virtuels en quelque sorte; et ils doivent être tels pour ne pas froisser les organes délicats qui y flottent et qui ne pourraient sans se déchirer exécuter des mouvements excursifs. — Nous comprenons maintenant qu'il y a quelque utilité à ce (jue l'excursion des mouvements soit réduite par la

ORGAiNE AUDITIF. 527

forme du tympan et la disposition des leviers constitués par les osselet de l'ouïe.

La masse liquide peut cependant céder en deux ou trois endroits déterminés ; à la fenêtre ronde, au canal endolymphatique c e ou aqueduc du vestibule, et au canal périlymphatique c p ou aqueduc du limaçon.

On croyait longtemps ({ue la membrane qui ferme la fenêtre ronde conduirait au limaçon des ondes sonores venues à travers l'air de la caisse du tympan; elle serait donc une espèce de seconde membrane du tympan. L'expérimentation a prouvé qu'il n'en est rien; qu'au contraire cette membrane bombe vers la cavité du tympan chaque fois qu'un son frappe l'oreille (Mach et Kessel). La périlymphe, poussée par la base de l'étrier, tend donc à s'échapper par la fenêtre ronde, et se déplace réellement un peu, dans la mesure permise par la membrane de la fenêtre ronde.

L'aqueduc du limaçon c. p. (fig. ISl) est un tube étroit, ouvert dans la rampe tympanique près de la fenêtre ronde, et qui débouche dans les espaces sous-arachnoïdiens du cerveau, tout près de la fosse jugulaire. De même que la périlymphe comprimée se déplace un peu dans la fenêtre ronde, de même aussi elle se déversera un peu dans le crâne, à travers l'aqueduc en question. — Le canal de réunion entre le canal limacien et le saccule émet un mince tube, l'aqueduc du vestibule ce, dont l'extrémité fermée arrive aussi jusque dans le crâne. Le tube étant fermé du côté du crâne, il ne permettra pas un déplacement notable de l'endolymphe dans cette direction.

Selon toutes les apparences, les ondes sonores ne suivent donc pas un chemin particulier dans le labyrinthe (p. ex. aller par la rampe vestibulaire et revenir par la rampe tympanique); elles sont transmises simultanément dans toutes les directions, à travers le labyrinthe membraneux comme s'il n'était pas là, et arrivent ainsi aux terminaisons du nerf acoustique.

Terminaisons du nerf acoustique. — Une partie du nerf acoustique se termine dans les crêtes acoustiques de Vulricule, du saccule et des ampoules des canaux semicirculaires. Dans ces crêtes, l'épithélium (de la face interne du babyrinthe membraneux) est modifié; il s'y compose de deux espèces d'éléments dont les uns semblent être la véritable terminaison nerveuse. Ces cellules acoustiques sont surmontées chacune d'un ou de plusieurs cils extrêmement longs, mais raides, plongeant dans l'endolymphe. La forêt de ces cils touche Votolithe, concrétion calcaire qui paraît devoir froisser, excitei' mécaniquement les cils sur lesquels elle repose, chaque fois qu'elle est mise en mouvement par une onde sonore.

Nous ne connaissons rien de précis sur le fonctionnement de ces parties dans l'acte de l'audition. Elles jouent certainement un rôle dans l'audition, puisque des vertébrés (poissons) entendant parfaitement n'ont que cette terminaison du nerf acoustique. — Plus loin (voir « sens de l'équilibre ») nous verrons toutefois que la terminaison nerveuse dans les ampoules sert probablement à un autre usage qu'à l'audition, que c'est un organe périphérique du sens de l'équilibre.

Z)aMS /e Zt/waçon, la terminaison nerveuse se l'ait d'après un aulrc plan. Les trois canaux définis plus haut sont enroulés en spirale autour d'une colonne (colunielle), dont l'axe est occupé par les fibres du nerf limacien. Nous avons défini plus haut la lame spirale (osseuse) qui dans toute la longueur du limaçon part do la columelle, séparant les deux rampes, et va aboutir au canal limacien. Ce dernier est triangulaire sur une section transversale. L'un de ses côtés — lame spirale membraneuse — est même dans la continuation de la lame spirale osseuse.

La lame spirale membraneuse supporte à sa face tournée vers le canal limacien l'organe de nature épithélialc connu sons le nom d' « organe de Corti », dans lequel nous avons à rechercher

la terminaison du nerf limacien. La figure du tableau montre à gauche l'extrémité de la lame spirale osseuse, surmontée de côtes radiaires (zone pectince Zp). Elle tombe brusquement à un moindre niveau, est comme échancrée par un sillon {sulcus spiralis Ssp). Une couche de fibres du nerf limacien {/". n.) est logée dans cette lame spirale; arrivées dans la lame spirale membraneuse, elles se dépouillent de leur moelle et pénètrent dans l'intérieur du canal limacien à travers une série de trous en forme de boutonnière. A partir de ces trous (de la zone perforée z. p.) la lame spirale prend, avec le nom de membrane basUuire, une structure remarquable.

Abstraction faite des formations épithéliales qu'elle supporte, la membrane basilaire se compose d'une série de fibrilles parallèles, au nombre de 60.000 environ chez l'homme (Nuel, 1878), insérées (en L. sp. ligament spiral) sur le périoste du rocher, et reliées entre elles par une mince lamelle unissante. La membrane basilaire s'élargissant insensiblement vers le sommet du limaçon, ces fibres, très-courtes à la base du limaçon, s'allongent de plus en plus vers le sommet. D'après mes recherches, ces fibres, qu'on peut isoler (:;), jouissent aussi d'une élasticité parfaite. L'opinion de Hensen, d'après laquelle chaque fibre serait accordée pour un son particulier, est donc très-plausible. La membrane basilaire ne vibrerait pas dans son ensemble, mais chaque fibre isolément, sous l'influence d'une vibration simple (à courbe sinusoïde) déterminée. La membrane serait donc un analysateur très-complexe des sons composés, chaque fibre jouant en quelque sorte le rôle de résonnateur. Rien que son aspect rappelle du reste la table d'harmonie d'un piano. Nous verrons que l'oreille analyse réellement les mélanges sonores les plus complexes; et la membrane basilaire est la partie de l'oreille interne qui semble le mieux faite pour ce rôle. — On cite à ce propos l'expérience suivante. Si en présence d'un piano on produit un son compliqué et d'une certaine force, les cordes de la table d'harmonie qui sont accordées pour un des sons élémentaires contenus dans le mélange, se mettent à vibrer et à résonner, les autres restent sourdes (Helmuoltz).

Les fibres nerveuses, pénétrées dans le canal limacien, arrivent au sein des formations épithéliales qui constituent l'organe de Corti, et qui sont enlevées par étages dans notre tableau. Elles rencontrent d'abord la rangée des cellules acoustiques internes, c. a. i., couchée sur le versant interne du tunnel de Corti, et qu'on suppose être une des terminaisons du nerf limacien.

La grande majorité des fibres nerveuses pénètrent entre les piliers de Corti internes p. i. dans le tunnel de Corti, le traversent en obliquant dans le sens spiral (ou bien aussi en sens radiaire) et en sortent entre les piliers externes p. e ; elles se dévient de nouveau en sens spiral et courent le long des trois rangées de cellules acoustiques externes, comme cela est représenté dans la rangée renversée en dehors, la face interne en haut. Chaque rangée cellulaire se compose de deux espèces d'éléments. Les uns insérés par une base large sur la membrane basilaire, par une extrémité acuminée sur la membrane réticulée (m. réticulée) ; ce sont les cellules acoustiques ascendantes c. o. a. Les autres, enchâssés par leur base large dans des trous de la membrane réticulée (une formation cuticulaire), descendent et vont s'insérer par un pédicule sur la membrane basilaire; ce sont les cellules acoustiques descendantes c. a. d. Les deux corps cellulaires se confondent plus ou moins dans leur masse, à peu près vers le milieu de leur hauteur. C'est jusqu'à ce niveau que les fibres nerveuses spirales montent peu à peu (Nuel); leur terminaison exacte est inconnue. — Les cellules descendantes supportent sur le plateau inséré dans la membrane réticulée de petits bâtonnets disposés en fer à cheval. Les cellules acoustiques internes sont dans le même cas. — Dans le tableau n'est pas représentée la membrane de Corti, qui recouvre l'organe de Corti; c'est une masse sans élasticité, qui semble jouer à l'égaid de l'organe Corti le rôle d'étoufibir (Hensen).

Bien que la véritable terminaison nerveuse soit inconnue, elle doit être certainement recherchée en partie clans les cellules accoustiques externes. Vu les rapports de ces cellules avec la membrane basilaire, on voit la possibilité que les extrémités nerveuses soient excitées mécaniquement par les vibrations des fibres de la membrane basilaire.

A la découverte des piliers de Corti (internes p. i. et externes p. e.), dont la longueur augmente également de la base vers le sommet du limaçon, on croyait avoir trouvé l'organe qui dans

l'oreille interne analyse les sons complexes. Indépendamment d'autres raisons (forme inégulière), le fait que les oiseaux, dont plusieurs sont bon musciciens, n'ont pas de piliers de Corli (dits aussi fibres ou ares de Corli), mais bien une membrane basilaire, suffit pour faire abandonner cette idée.

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