‹ Éléments de physiologie humaine, à l'usage des étudiants en médecine (volume 2)Chapitre 121 sur 132 · JUGEMENTS ACOUSTIQUES · texte numérisé non relu

JUGEMENTS ACOUSTIQUES

A l'aide de nos sensations acoustiques, nous formons des jugements sur l'arrangement des causes sonores dans le temps et dans l'espace : nous apprécions le temps écoulé entre l'action de deux sources sonores, nous reconnaissons la présence de telle ou de telle source sonore, et nous apprécions la direction et la distance à laquelle se trouve un corps sonore.

Remarquons ici que le caractère subjectif des sensations acoustiques est plus accusé que celui des sensations visuelles : nous sommes moins portés à rattacher à une cause extérieure les caractères de nos sensations acoustiques. Les sensations fournies par d'autres organes des sens ont encore à un plus haut degré ce caractère de subjectivité. Certaines sensations acoustiques dites subjectives (tintement spontané ou provoqué) sont toujours localisées dans l'oreille même, contrairement à ce qui se passe dans l'appareil optique, dont toutes les sensations dites subjectives sont reportées en dehors de nous. On signale encore à ce propos que si des ondes sonores sont amenées à l'oreille interne par les os de la tête, par conduction osseuse, surtout après que le conduit auditif externe a été bouché, nous locahsons la source sonore en nous-même, nous entendons le son dans cette moitié de la tête. La localisation des sons en dehors de nous, dit-on souvent, n'a Heu que si les ondes sonores traversent la membrane du tympan. — La dernière conclusion n'est pas légitime, attendu que d'après les expériences les plus concluantes, la conduction osseuse n'atteint le labyrinthe que par une voie détournée, à travers la membrane du tympan et les osselets de l'ouïe. Probablement que dans cette expérience nos nerfs tactiles de l'oreille sont également excités par les ondes sonores et servent à localiser le son. Nous savons que nous portons nos jugements sur un agent extérieur quelconque d'après l'ensemble des qualités sensorielles qu'il nous fournit.

Les jugements sur le temps sont plus précis à l'aide de l'oreille que par n'importe quel autre de nos sens. — Ainsi lorsqu'on bat la mesure, si celle-ci ne descend pas au dessous de 0,5 secondes, nous apprécions des différences de 3 à 4 "/o de ce temps de 0,3 secondes; nous remarquons si on la bat trop vite ou trop lentement de 3 à 4 "/o de sa durée totale. Le jugement devient plus incertain pour des périodes plus longues ou plus courtes.

Jugements sur l'espace, sur la direction et la distance. —

Un jugement préalable à celui de la direction et de la distance est celui de la nature, de Yidentité du corps sonore. Pour ce dernier jugement, il n'y a pas de doute que l'expérience y est pour tout, étant donnée la propriété de notre système nerveux central de reporter aux causes externes les qualités de ses sensations acoustiques. Nous ne reconnaissons pas par l'oreille un agent extérieur qui nous procure pour la première fois une ou plusieurs sensations sonores; mais nous le reconnaissons une seconde ou une troisième fois (si la première fois il nous a procuré encore d'autres qualités sensorielles : tactiles, visuelles etc.).

La direction suivant laquelle nous arrivent les sensations sonores, nous l'apprécions déjà à l'aide d'une seule oreille : selon que la sensation acoustique est plus ou moins forte dans telle on telle orientation de cette oreille (de la

tète ou du corps entier). Le jugement porté à l'aide de deux oreilles est basé sur les mêmes données sensorielles.

Notre jugement sur la distance de l'objet sonore est très-borné. Il est basé sur l'intensité avec laquelle nous entendons un son émis par un corps sonore connu déjà comme tel. En fermant les yeux, nous dirons si un diapason vibrant se rapproche ou s'éloigne de l'oreille. Mais si une seconde personne tourne le diapason autour de son axe longitudinal, mais toujours à la même distance, de manière que le son diminue et s'éteigne dans une position diagonale (les vibrations interfèrent), nous croirons qu'on éloigne ou qu'on rapproche le diapason.

Quand il s'agit de bruits, tels que la voix etc., nous jugeons plus exactement de la direction et surtout de la distance que s'il s'agit de tons musicaux. Notre jugement est basé alors sur l'affaiblissement inégal des différents sons partiels, à mesure que nous nous éloignons du bruit; tel son partiel s'éteint complètement pour l'oreille, alors que les autres continuent à être perçus : le timbre change. Les sons musicaux complexes sont localisés aussi plus exactement, et cela pour la même raison, que les sons simples d'un diapason ou d'une flûte par exemple. Notre appareil acoustique a une virtuosité très-grande à constater de légers changements de timbre, c'est-à-dire la présence ou l'absence dans un mélange sonore de tels ou de tels sons partiels relativement faibles. Et cela s'explique à un point de vue évolutioniste : l'homme aussi bien que l'animal ayant dans la lutte pour l'existence plus d'intérêt à distinguer les bruits de la nature, les voix des animaux et de ses semblables (qui sont également des bruits) que les sons musicaux et les accords les plus purs.

Les sensations olfactives constituent l'énergie spécifique de l'appareil nerveux de l'odorat, dont la terminaison dans l'écorce cérébrale n'est pas encore bien connue. L'excitant adéquat de l'appareil olfactif est constitué par certaines substances gazeuses ou finement divisées et suspendues dans l'air. On suppose que ces « substances odorantes » provoquent des réactions chimiques dans la muqueuse nasale. — Aucun autre appareil nerveux ne fournit des sensations olfactives. Toutefois, on n'est guère parvenu à en provoquer par des excitants autres que les « corps odorants » portés sur la muqueuse pituitaire. On admet néanmoins que le principe des énergies spécifiques est applicable à l'organe olfactif, et que les difl'érences de qualité dans la sensation olfactive sont dues à l'excitation d'appareils nerveux ou de fibres nerveuses spéciales.

Notre sens intime perçoit les différentes sensations olfactives d'une manière peu caractérisée. Aussi ne possédons-nous aucune classification de ces sensations qui puisse servir de point de départ à des considérations physiologiques.

On remarquera que les sensations olfactives offrent encore moins que les sensations acoustiques le caractère objectif, si prononcé dans les sensations visuelles.

A.llëlt0]3lîe. — Les fibres du nerf olfijclif, sans moelle, se répandent dans la portion olfactive de la muqueuse nasale, qui comprend la partie supérieure de la cloison du nez, ainsi que le cornet supérieur et une partie du cornet moyen. Celle muqueuse se distingue déjà

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à l'œil nu de celle de la région respiratoire par une épaisseur et une succulence plus grandes, ainsi que par sa coloration rougeâtre. Son épithélium non vibratilc (celui de la région respiratoire l'est) est composé de deux espèces de cellules, les unes cylindroïdes, les autres fusîforines : ■» cellules olfactivvs. » L'extrémité libre des dernières supporte un bâtonnet qui arrive à la surface épilhéliale (et supporte chez la grenouille de longs cils raides) ; rextrémilé interne se prolonge en un filet très-mince, qu'on suppose (Max Scuultze) être une fibrille du nierf olfactif.

Pour que nous ayons des sensations olfactives, il faut que certaines substances gazeuses ou finement divisées et suspendues en l'air, dites « subtsanccs odorantes », arrivent en contact avec la muqueuse olfactive. Ordinairement ces substances sont aspjrées. Le courant aérien se brisant surJe-cornet inférieur, une partie eh arrive dans les creux supérieurs des fosses nasales. Il parait que le^ substances odorantes, chassées de la gorge par une expiration pL travers le nez, rie donnent pas lieu à des sensations odorantes. Il en est dé même 4es solutions aqueuses de substances odorantes, versées dans le nez, la tète penchée en bas. Ceci paraît tenir à ce que l'eau imbibant les cellules olfactives les rend inaptes à fonctionner normalement, car il suffit de faii'e la même expérience avec, de l'eau distillée pour abolir l'odorat peur quelque temps. — Le premier contact de la substance odorante avec l'épithélium olfactif paraît être surtout actif : nous reniflons pour bien sentir; et dans une atmosphère saturée d'odeurs, nous finissons par ne plus rien sentir du tout.

Il est probable que l'effet physiologique provoqué dans les cellules olfactives est de nature chiiiiique. L'^orgàne nerveux olfactif serait donc le réactif chimique de loin, le plus sensible que nous connaissions. Il est en effet étonnant de constater quelle quantité en quelque sorte infiniment petite d'une substance odorante suffit pour provoquer une sensation olfactive. Une seule violette parfume un appartement; un milligramme de musc répandu dans une armoire reste sensible à l'odorat pour des mois et des années (on a calculé qu'on sent encore la deux-millonnièmé partie d'un milligramme).

■ L'odorat de la plupart des mammifères est beaucoup plus exquis que celui de l'bomnre. On a constaté que le développement des saillies et des' anfractuosilés du nez, c'est-à-dire ledéveioppement de la surface de la muqueuse nasale (olfactive) est en raison directe là perfeetioB-d« l'odorat. • .-■■'■ • - •

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