ORGANE DU GOUT
-On n'est pas tout à fait d'accord sur l'étendue, de la surface buccale, qui r-eçoit des fibres, nerveuse^- guslatives.. La base de. la langue, au niveau des papilles circonvallées, est certainement le siège du goût; il en est de même (l'une zùnc étroite qui contourne horizontalement le bord libre de la langue. Les probabilités sont encore très grandes en faveur du palais membraneux et (le la muqucuse.de l'entrée de la glotte, où l'on a découvert des bourgeons gustatifs, ces formations qui paraissent être l'organe périphérique du goût. Le milieu de la partie antérieure de la langue ne sc.rt pas ;i la gustation. . - Quant au. nerf gustatif, il ne peut y, avoir de. doute que c'est le ,nerf ^Ipsso- ,.j)har.yngien;. il se distribue en effet. suriout^iux endroits, qui sont ]e siège périphérique de la gustation. Le nerf lingual amène chez rhonime des fibres gustatives aux bords de la partie antérieure de la langue — où l'on a constaté l'absence du goût dans des paralysies du nerf lingual — ; mais ces fibres H ^
paraissent être empruntées au nerf glosso-pharyngien, par l'intermédiaire du plexus tympanique, du nerf vidien et du ganglion sphéno-palatin. Les fibres gustatives que la corde du tympan (subdivision du nerf facial) semble, d'après certaines observations pathologiques, amener à la langue, seront également empruntées au nerf glosso-pbaryngien, à la base du crâne.
L'appareil terminal des fibres nerveuses gustatives semble être constitué par les bourgeons gustatifs (Schwalbe, Lovén, 1867), formations épithéliales qu'on rencontre (fig. 155. 1) surtout dans les deux parois du fossé circulaire entourant chaque papille circonvallée. On en trouve aussi d'isolés dans l'épithélium des papilles fungiformes de la langue (pas dans les papilles
Fig. 1S3. — L coupe verticale à travers une papille circonvallée W] Vt rebord et R fossé circulaire entourant la papille; K bourgeons gustatifs in situ; N fibres nerveuses. — n, bourgeon gustatif isolé, dont l'extrt'mité profonde est en K, et l'extrémité libre en E. — in, une cellule gustative e et une cellule épithéliale d du bourgeon isolées (figure extraite de la physiologie de Landois).
filiformes), dans la muqueuse du palais membraneux, et dans celle de l'entrée de la glotte. Chacune de ces formations (II) ressemble à un bourgeon de plante; elle est composée (III) de deux espèces d'éléments cellulaires; au centre il y a les cellules gustatives (III, c), terminées vers la surface libre par de petits bâtonnets faisant un peu saillie (E, II), et qui par leur autre extrémité semblent se continuer avec les fibres nerveuses (du nerf glosso pharyngien, qui se rendent ici en grand nombre). A l'extérieur du bourgeon il y a des cellules qui semblent être simplement de nature épithéliale (III, d). — Le bourgeon traverse l'épithélium delà muqueuse dans toute son épaisseur.
L'excitant adéquat de l'organe gustatif consiste dans certaines substances chimiques dissoutes. Pour bien déguster, on étend le corps sapide sur le dos de la langue, qu'on comprime ensuite contre le palais — probablement pour faire pénétrer le corps sapide dans l'épithélium, en contact avec les bourgeons gustatifs. Cette compression cependant n'est pas indispensable. — Selon toutes les apparences, le phénomène physiologique dans les bourgeons gustatifs est de nature chimique.
On n'a pas encore déterminé avec exactitude le centre psycho-gustatif (page 180), dont les troubles nutritifs provoquent probablement les hallucinations gustatives qu'on observe dans certaines affections cérébrales.
On suppose que les différentes qiialith de la sensation gustative sont produites par l'excitation d'autant de fibres nerveuses distinctes. — On distingue communément quatre ([ualités gustatives : celles du doux, de l'amer, de l'acide (aigre) et du salin. Peut-être faudrait-il en admettre encore d'autres.
Les autres sensations gustatives semblent être compliquées, non seulement en ce sens que différentes qualités élémentaires gustatives y sont contenues, mais encore on reconnaît dans la plupart un élément sensoriel soit olfactif, soit tactile, soit même visuel. C'est ainsi que les sensations gustatives rafraîchissantes, astringentes etc. sont en partie au moins des sensations tactiles. — Mais ce sont surtout les sensations olfactives que nous confondons souvent avec les sensations gustatives; ces deux ordres de sensations sont très-peu spécifiées dans notre sens intime. Le goût est très-obtus chez les personnes à odorat peu développé; il en est de même chez toute personne qui ferme les narines. — Il n'y a pas jusqu'à l'organe visuel qui n'intervienne ici : une personne dégustant des vins blancs et rouges, les yeux fermés, ne distinguera que 3 à 4 fois les blancs des rouges. — Lorsqu'on corrige par l'addition de sucre un goût trop aigre, ce dernier n'est pas détruit; on ne peut pas même dire que la sensation aigre est diminuée. Le sucre n'a pas non plus une action, chimique sur l'acide. Ou dirait que l'art culinaire repose sur une espèce d'élaboration à laquelle nos centres nerveux soumettraient les sensations gustatives (olfactives et tactiles) que nous éprouvons simultanément.
Pendant qu'un courant électrique constant passe à travers la langue, nous éprouvons, comme effet de l'électrolyse, une sensation acide au pôle positif, une sensation alcaline au pôle négatif.
Au sens du toucher nous rapportons une série de sensations qui probablement sont le fait d'appareils nerveux distincts, et que nous confondons plus ou moins, parce que les terminaisons périphériques de ces appareils nerveux sont mélangées, surtout dans le tégument externe. Entre les diverses sensations fournies par le sens du toucher, nous distinguons d'abord 1° les sensatio?is douloureuses, et 2" les setisations tactiles proprement dites. Les sensations tactiles se distinguent ensuite en a) sensations de température et en h) sensations de contact, de pressioii.
Il vaudrait peut-être mieux ranger les sensations douloureuses tout à fait parmi les sensations générales. On n'en parlerait donc pas à propos du sens du toucher, qui alors ne comprendrait que les sensations tactiles proprement dites. On admet en effet généralement que les sensations douloureuses sont produites par l'excitation d'autres fibres nerveuses que les sensations tactiles, et que ces fibres suivent dans la moelle épinière une autre voie que les fibres donnant les sensations tactiles; elles auraient aussi dans les centres psychiques une terminaison distincte. En effet, tous nos organes jouissent de la sensibilité douloureuse, tandis que les sensations tactiles, de contact et de température ne sont produites que par le tégument externe, par la muqueuse buccale, par celle de l'entrée des fosses nasales, de la gorge, de l'extrémité du rectum et de l'ouverture des voies uro-génitales. Les sensations de contact et de température font totalement défaut dans les organes viscéraux. — Des faits qui parlent dans le même sens sont les suivants. Les sensations tactiles et les sensations douloureuses paraissent suivre dans la moelle des voies conductrices différentes de celles qui sont suivies par les sensations tactiles (page 133). Dans des
circonstances pathologiques assez nombreuses, les sensations douloureuseS|
peuvent être abolies, alors que les sensations tactiles persistent. ''
Certains faits semblent d'autre part plaider pour l'identité entré lès deux espèces d'appareils nerveux. Les sensations tactiles (dé contact et de tempera-' ture) ne sont produites que par des excitations d'intensité moyenne portées slîr TorgaHe termiTial, tandis qu'une sensation douloureuse naît chaque fois qu'on excité fortement soit l'extrémité terminale, soit le tronc même d'un nérî sensible quelconque. On dirait que l'excitation très-forte de l'appareil nerveux
tactile devient douloureuse. " ' "",'
Une forte pression, le froid ou le chaud intenses appliqués à un frdnc nerveux (nerf cubital au coudé) né produisent donc pas de sensations de contact ou de température, mais des sensations douloureuses ; et de mêrne que les sensatioTis tactiles proprement dites, celles-ci sont toujours reportées (par un acte psychique) à réxttémité périphérique du nerf (fourmillements dans les doigts par la compression du nerf cubital). Même les sensations douloureuses de nos organes viscéraux sont reportées, mais avec un degré moindre d'exactitude, a^x terminaisons périphériques des appareils nerveux.
Certains auteurs inclinent aussi à attribuer à deux espèces distinctes dé fibres- nerveuses les sensations de température et celles de contact. Il faut avouer qu'au point de vue de notre sens intime il y a très-peu d'analogie entre ces deux espèces de sensations, peut-être moins qu'entre les sensations olfactives et les sensations gustativps.^ ; ; i --/ ^
L'opinion d'après laquelle les sensations du toucher seraient complexes, dues à l'excitation de plusieurs appareils nerveux, en d'autres mots que ce qjue nous appelons organe du toucher comprendrait plusieurs énergies spécifiques, cette opinion semble ressortir de la pluralité des modes de terminaisons périphériques des nerf sensibles. — Dans le tégument externe, qui est le siège des sensations les plus diverses du toucher, nous connaissons aujourd'hui les terminaisons périphériques suivantes <ies nerfs sensibles : 1" Les corpuscules du tact (Meïssnf.r et Wagner), situés dans Tes papilles du derme, en grand nombre à la face palmaire de la main et du pied, surtout des doigts et à la pointe de la langue. Leur fréquence relative dans les divers endroits est proportionnelle au degré de perfection avec lequel nous y distinguons deux sensations de contact voisines. 2" Les corpuscules de Krause,dans la muqueuse conjonctivale, dans celle de la bouche et du gland du pénis. 3" Les celulles tactiles (épithéiîales) que Merkel a décrites en très-grande abondance chez les divers vertébrés, en des endroits remarquables par leur sensibilité tactile, de contact, notamment dans le bec du canard, dans le. groin du porc etc. Les corpuscules du tact et ceux de Krause semblent n'être qu'un assemblage de; ces cellules tactiles, rentrées plus ou moins dans le derme, i» Les mêmes cellules tactiles se trouvent en grande abondance dans la gaîne externe des poils tactiles, et des poils en général. (Ranvier, Izquierdo); elles sont ici l'aboutissant de fibres nerveuses qui se sont dépouillées de leur moelle. 3" De même que des fibres nerveuses dépouillées de leur moelle pénètrent dans l'épithélium cornéen (Conheim), de même aussi des fibres nerveuses pâles pénètrent en grand nombre et sur toute la surface du corps dans l'épiderme (Langerhans). S'y terminent-elles par des extrémités libres, ou bien dans des éléments cellulaires spéciaux.' 6" Il y a enfin les corpuscules de Pacini, qui peut-être ne sont que des corpuscules du tact très-compliqués.
Sensations de contact, de pression. — Les sensations de contact nous renseignent sur la présence d'un corps étranger et du degré de pression qui pèse sur un endroit de la peau.
Cette sensibilité de contact, de pression, est très-inégalement développée aux différents endroits du tégument externe; elle est la plus exquise sur la peau du front, de la tempe et de l'avant bras. Nous sentons ici déjà une
pression de 0,002 gr. Les doigts ne sentent une pression que si elle est au minimum de 0,010 gr.; les ongles seulement 1 gr.
La loi psycho-physique (page 221) a été vérifiée en premier lieu (par Weber) pour les sensations de pression. A la pulpe des doigts, nous apprécions une différence de deux poids qui sont entre eux comme 29 : 30.
Une roue dentée tournant contre la pulpe d'un doigt, on sent les impulsions isolées jusqu'à la limite de 1500 impuisions à la seconde (v. Wittich et Grùenhagen).
- Une pression très-étendue et uniforme,^ exercée sur une large surface,, n'est pas sentie comme telle. La main plongée dans un bain de mercure ne produit une telle sensation qu'au niveau de l'anneau correspondant à la surface du mercure. Il semble donc qu'il faut un certain tiraillement des tissus pour que fjous éprouvions le contact.
On a inventé des instruments divers pour évaluer la sensibilité pour le contact. De ce nombre sont le baraeslhôsiomètre (Eulenbirg) et l'aiguille aesthésiométrique (Dohrn, Beaums). ■ Il est probable qu« des appareils nerveux terminaux différents produisent ces sensations de contact aux différents endroits du. corps., Il n'y a pas de doute que l'exquise sensibilité du front, de la tempe et du nez, qui sert à percevoir-une pression de 0,002 gr., est due à la présence des poils, comme on peut se convaincre en touchant ces parties du doigt. On pourrait désigner ces sensations soùs'fé "nom de sensations de contact. A la face palmaire de la maîri, les poils font défaut. On peut désigner du nom de sensations de pression celles qui sont fournies ici. — On remarquera aussi que les endroits du- corps qui.onf.Ja-sensibilité tactile 1» plus -déveléppée sont leç parties découvertes du corps, surtout la face, q^iie nous tournons dans la direction suivant laquelle nous avançons. Chez certains animaux la sensibilité tactile due à la présence de poils est encore beaucoup plus développée. Les chauves-sou-is aveuglées volent dans un appartement en évitant les obstacles, p. ex. des fils tendus (Sï'lLtANzÂNi) ; elles nele' "peuvent que grâce à leurs poils tactiles, répandus dans. les ailes. ■ - ' ■ •' - ' ••-■--"-••'
Les sensations.de pression laissent après elles une impression durable, qu'on pourrait comparer aux images consécutives positives dans l'œil. On connaît le petit tour consistant à comprimer pendant quelque temps la peau du front à l'aide d'une pièce de monnaie; la pei'sonhe croit qiie la pièce y est encore lorsqu'on l'a enlevée.
" Jugements tactiles basés sur les sensations de pressîoiï. -^
Les sensations de pression ne servent pas seulement à juger du poids d'un corps qui pèse SUT notre peau ; elles servent aussi à distinguer deux impressions tactiles voisines. Cette propriété de notre organe tactile de distinguer deux impressions voisines, qui sert à nous renseigner sur la forme deS corps, SUT l'aspect (rugueux, lisse etc.) de leur surface, est plus ou moins développée selon les localités. C'est en somme une fonction analogue à l'acuité visuelle.
D'après les idées emp}ristiques, les fonctioTis dont il s'agit ici sont le résultat de jugements, d'actes psychologiques. Dans l'ordre des idées nativistiques, ces appréciations seraient contenues iirimitivement dans la sensation tactile; notre peau renfermerait l'organe terminai périphérique d'un sens cfe /'espace.
'L*^instrùment qui sert à explorer cette espèce d'acuité du sens de l'espace aux différentes régions du corps est le compas c?e Weber. Il consiste essentiellement en deux pointes qu'on peut rapprocher plus ou moins. On recherche le minimum d'écart des deux pointes en deçà duquel les deux impressions sur la peau sont perçues comme une seule impression.
CHAPITUE VI.
Les deux pointes sont encore perçues comme distinctes aux différents endroits avec les écartements suivants (Weber) :
Millimètres.
Pointe de la langue i,l
Face palmaire de la 5™<^ phalange des
doigts 2,2
Bord rouge des lèvres 4,5
Face palmaire de la 2™« phalange des
doigts ^,5
Bout du nez 6 7
Ligne médiane du dos et bord cutané
des lèvres 9
Dos de la 2°>e phalange des doigts, face
plantaire de la 2°'e phalange du gros
orteil, joue et paupières .... 11,2
Hillimétrea.
Face dorsale de la tête du métacarpe et
de la face dorsale des doigts . . . 1S,7
Face interne des lèvres 20,3