V. ANALYSE DU SANG(l
Dosage de l'hémoglobine. — I» Méthode colorimctrique de Hoppe-Seyler. On prépare une solution normale d'hémoglobine (qni peut se conserver dans des tubes scellés : l'hémoglobine ne se putréfiant pas à l'abri de l'air) ou une solution de picrocarmin (Rajewsky, Malassez), qui présente presque exactement la même teinte et le même spectre. On dilue le sang avec de l'eau jusqu'à ce que ce liquide rouge ait la même teinte (ou le même pouvoir absorbant déterminé par l'examen spectroscopique) que la solution normale. Les deux liquides contiennent alors la même quantité d'hémoglobine. II est facile de calculer la proportion contenue dans le sang non dilué. Ce dosage a été perfectionné de manière à pouvoir s'exécuter au moyen d'une simple goutte de sang et à servir aux recherches de clinique.
2» Le dosage du fer dans le sang peut servir à déterminer la proportion d'hémoglobine. L'hémoglobine est en effet la seule substance du sang qui contienne du fer en quantité appréciable. — Elle en renferme ■i,5 pour mille.
3o On peut également doser approximativement l'hémoglobine d'après les quantités d'oxygène absorbées par le sang (capacité respiratoire des auteurs français) : 1 gr. d'hémoglobine absorbe 1,68 c. c. d'O. — La quantité d'O dissoute dans le plasma est faible et toujours la même (•/» pour cent en volume).
Rissler et Schutzenberger dosent l'oxygène du sang au moyen d'une liqueur titrée d'hydrosulfite de sodium.
Quantité totale du sang. — DélcrminalUm d'après Welcker (18o4.). On lecueille directemerit par la saignée de la carotide la plus grande partie du sang que l'on pèse (A). On injecte ensuite dans les deux bouts de la carotide et sous pression constante une solution aqueuse de ÎVaCI. Cette solution lave tout l'appareil circulatoire et entraîne avec elle le sang qui restait dans les vaisseaux. On la recueille à la sortie des veines, jusqu'à ce qu'elle soit devenue incolore. (On peut également faire macérer ensuite les organes hachés au préalable.) On mélange les eaux de lavage, on les dilue au besoin. Pour déterminer la quantité de sang B, qu'elles contiennent, on compare leur pouvoir colorant à celui d'une portion de sang de la saignée A, dilué avec un volume d'eau connu (,au besoin saturé de CO, Gscheidlek). A -t- B représentent le poids du sang de l'animal. On a constaté de cette façon sur des cadavres de suppliciés que le sang représente environ la iô" partie du poids du corps de l'homme.
La détermination de la quantité de sang contenue dans les organes se fait de la même façon. On isole l'organe par une ligature brusque portée à sa base. Voir pins loin les recherches d'IIéger et Spehl sur la quantité de sang contenue dans le poumon.
(I) IIorPE-SEYi.ER. Handbiich d. p/nju. u^pal/i. c/iem. Annhjse. V^ .\ull. Berlin 1883, p. 425 et suiv.
CHAPITUE 11.
Proportion de plasma et de globules. — Détermination par le -procédé de Hoppe-Seyler. On fait un dosage de fibrine dans une portion de sang que l'on bat au sortir de la veine. On fait pareillement un dosage de fibrine dans une portion de plasma (obtenu par décantation au moyen de sang refroidi dans la glace). Soit a la quantité de fibrine contenue
dans 100 parties de sang, h celle contenue dans 100 parties de plasma : le rapport - indique
la proportion de plasma contenue dans le sang.
Proportion de substances albuminoïdes, de matières extrac-
tiveS, de sels, etc., du sang. — Dosage d'après \Iovve.-S^\lts.v.. L'analyse complète du sang est une opération fort longue. Il faut recueillir quatre portions de sang A, B, C, D.
La première A de 2S à 50 gr. sert à doser la fibrine seule.
La seconde B de 10 à 20 gr. sert à faire une analyse des globules seuls. On isole les globules par des lavages à l'eau salée (voir préparation de l'hémoglobine).
La troisième C de 10 à 20 gr. sert à faire une analyse comprenant à la fois les éléments des globules et du sérum.
Enfin la quatrième portion D, beaucoup plus considérable, est abandonnée au repos pour fournir du sérum. On recueille 5 à IS gr. de sérum qui sont analysés à part.
Les portions B, C, D sont analysées de la même façon. La substance pesée dans un gobelet est additionnée de ^ à S fois son volume d'alcool fort qui précipite et coagule les matières albuminoïdes. Au bout de deux à trois jours, on recueille le précipité sur un filtre taré, on lave à l'alcool, à l'éther, puis à l'eau. Le poids du coagulum correspond aux matières albuminoïdes L'alcool et les liquides de lavage éthérés et aqueux contiennent les sels et les substances extractives. On les évapore à sec, on extrait par l'éther qui dissout seulement les graisses, la cholestérine et la lécithine. Le résidu épuisé par l'alcool fournit la glycose, l'urée, une partie des sels, etc. Chacune de ces substances peut être dosée d'après des procédés appropriés, exposés en détail dans le traité A' Analyse chimique physiologique de Hoppe-Seyler.
On incinère finalement pour avoir le poids des cendres solubles et insolubles.
VI. TRANSFUSION DU SANG. (Cardanus 4556, Potter 1658, Jean Denis 1667).
Si l'on saigne un chien ou un lapin par l'ouverture des carotides, il est bientôt pris de convulsions (convulsions anémiques) qui se terminent par la mort, Paul Bert a montre que l'animal est fatalement condamné, si l'on pousse la saignée jusqu'à la production des convulsions. On ne peut le sauver qu'en lui réinjectant dans les vaisseaux son propre sang (défibriné ou non) ou le sang d'un animal de même espèce ou d'espèce très-voisine. L'opération de la transfusion du sang a fréquemment été pratiquée sur l'homme et a sauvé la vie à plus d'un blessé épuisé par l'hémorrhagie. Ponfick a proposé d'opérer la transfusion du sang en l'injectant dans la cavité péritonéale.
Kronecker a récemment fait connaître de curieuses expériences dans lesquelles il ranimait des chiens saignés à blanc, par une transfusion non de sang défibriné, mais d'un sérum artificiel formé d'eau salée légèrement alcaline. On sait depuis longtemps qu'on peut chez la grenouille remplacer la totalité du sang par une solution diluée de chlorure de sodium. Les « grenouilles salées « de cette façon continuent à vivre.
La transfusion du sang d'une espèce différente est le plus souvent nuisible et même mortelle, les globules du sang d'une espèce se dissolvant fréquemment dans le sérum du sang d'une autre espèce. Les globules du sang de lapin par exemple sont très-solubles dans le sérum de chien, do l'hommo, du porc, du mouton, etc. Les globules du sang de chien sont plus résistants, mais son sérum dissout facilement les globules d'autres espèces. Celte dissolution (les globules amène des accidents de diverse nature pouvant se terminer par la mort :
l'hémoglobine dissoute provoque dans les vaissesuix des coaguhilions de tiluiiic. le résidu insoluble (slroina) des globules forme des amas granuleux qui ^iennenl boucher les petits vaisseaux, etc. (') L'hémoglobine peut également passer dans les urines.