CHAPITRE III. — CIRCULATION DU SANG
D'après ce qui précède, il est aisé de comprendre en quoi consiste ce mécanisme de compensation : les influences jjerturbatrices dans un sens mettent mimédiatement en jeu des mécanismes compensateurs ; voilà la signification des innombrables réflexes vaso-moteurs et cardiaques analysés plus haut, et dont le grand nombre surprend à première vue. L'état de santé ne se soutient que grâce à l'intégrité de ces mécanismes compensateurs, dont la haute direction est concentrée dans les centres cardiaque et vaso-moteur de la moelle allongée. Et c'est en grande partie à l'énergie de ces facteurs vasculaires, variable d'un individu à l'autre, que nous devons de pouvoir résister aux influences cosmiques environnantes.
Pour énumérer les diff'érents facteurs vasculaires compensateurs, il faudrait répéter ce qui a été dit touchant les innervations cardiaque et vasculaire; dire comme quoi une augmentation de la masse sanguine totale provoque un ralentissement du cœur et une vaso-dilatation générale, et comme quoi une diminution de la masse sanguine produit l'efl'et inverse etc. etc. Nous comprenons maintenant au point de vue de l'individu la signification de l'antagonisme vaso-moteur qui existe entre diff'érents organes (la peau et le système splanchnique par exemple).
L'importance de ces mécanismes régulateurs va plus loin encore. La chaleur animale est d'une constance absolue, malgré les innombrables influences tant internes (production de chaleur) qu'externes (déperdition de chaleur) qui incessamment tendent tantôt à l'augmenter, tantôt à la diminuer. Ici encore l'organisme dispose de mécanismes régulateurs puissants, parfaitement coordonnés. Nous savons aussi que ce mécanisme est précisément le facteur principal qui règle aussi la pression et la distribution sanguine, c'est-à-dire le système nerveux vasomoteur. La régulation de la chaleur tend donc fatalement à entraîner une perturbation dans le système vasculaire, et vice versa. L'une rend nécessaire l'entrée en action immédiate de l'autre. C'est assez dire qu'un tel jeu fonctionnel doit être d'une complication et d'une sensibilité extrêmes, que nous commençons à entrevoir seulement, et que nous sommes loin de connaître dans tous ses détails.
EESPIEATION<i).
Le sang constitue l'intermédiaire obligé entre les éléments histologiqucs de nos tissus et le monde extérieur. C'est dans le sang que nos cellules, nos fibres vivantes puisent l'oxygène dont elles ont besoin, et rejettent l'anhydride carbonique qu'elles ont formé.
Ainsi vicié par les échanges gazeux de la combustion organique, le sang veineux doit venir se revivifier au contact de l'air. Un organe spécial, le poumon (ou la branchie chez beaucoup d'animaux aquatiques) est affecté à cette aération du liquide nourricier.
Le sang veineux que l'artère pulmonaire amène aux poumons-, s'y cliarge d'oxygène et se débarrasse de l'excès d'anhydride carbonique qu'il contient. Redevenu sang artériel, il retourne par l'aorte et les autres artères distribuer sa provision d'oxygène à tous les organes du corps, pour y entretenir le feu de la vie. Il enlève en même temps l'anhydride carbonique qui constitue le principal produit de la combustion organique.
La respiration comprend l'étude de ces échanges gazeux, d'une part entre le sang et l'air; d'autre part entre le sang et les tissus.
Nous passerons successivement en revue : les phénomènes mécaniques de la ventilation pulmonaire, les phénomènes chimiques de la ventilation pulmonaire, ceux de la respiration des tissus ainsi que les influences diverses qui en font varier l'intensité, l'innervation des mouvements respiratoires, et enfin l'influence de la respiration sur la circulation.
(1) ViEnonDT, Physiologie des Athmens, IS'iS; Pail Bert, Leçons su>' la respiration, 1870; E. Cyon, Mèthodik, ISTG; Mii.ne Edwaivds, Leçons sur hi physiologie ; N. Zuntz et Rosentiial, Articles: lilulgnse et Alheiiibewegimgen dans le Hnndbnch der Physiologie île Heumann, Bd IV, Th. II, 1882; IIoppe-Sbyleb, Physiologische Chcmie, III, 1879.
CIIAIITUE IV