IV. ROLE DU FOIE ET DES ORGANES LYMPHOIDES DANS LA NUTRITION
Foie. — Tous les organes prennent part au mouvement d'assimilation et de désassimilation dont nous avons parlé. 3Iais il en est quelques-uns, tels que le foie, la rate, qui semblent jouer un rôle prépondérant dans la nutrition. En ce qui concerne le foie, nous avons déjà vu que cet organe sert de lieu de fabrication et de dépôt pour le glycogène : son importance paraît très-grande également pour ce qui concerne la fabrication de la graisse aux dépens des albuminoïdes : les cellules bépatiques se chargent à la fois de graisse et de glycogène chez les animaux abondamment nourris. On a voulu établir une liaison entre la sécrétion biliaire et ces phénomènes de nutrition : les substances albuminoïdes se dédoubleraient dans le foie en donnant d'une part des produits non azotés (graisse, glycogène) et d'autre part les acides de la bile comme produits azotés. La principale objection que l'on peut afire à cette manière de voir, c'est que la sécrétion biliaire et la fonction glycogénique du foie ne marchent pas parallèlement : l'une peut être très-active et l'autre relativement restreinte.
Il estcertain que le foie est l'un des endroits du corps où la destruction des matières albuminoïdes est des plus actives. On trouve dans le foie un grand nombre de substances azotées intermédiaires entre l'albumine et l'urée : xanthine, hypoxanthine, leucine, acide urique, et aussi une quantité d'urée plus grande que dans n'importe quel autre organe. Cette urée doit être considérée comme formée dans le foie et non comme provenant du sang par infiltration. En elîet, les organes qui ne produisent pas d'urée, tels que les muscles et le cerveau, n'en contiennent pas ou seulement des traces imperceptibles. Certains physiologistes ont même voulu localiser dans le foie la, production totale de l'urée du corps : la créatine, la leucine, la tyrosme et les autres substances azotées provenant de l'usure de l'albumine dans les différents organes, viendraient dans le foie achever leur métamorphose régressive, s'oxyder complètement en urée, H-iO, CO-2. Cette opinion se base sur des expériences de circulation artificielle pratiquée sur le foie isolé : le sang que l'on injecte par la veine porte, reviendrait par les veines sus-hépatiques avec une richesse plus grande en urée. Le fait a été contesté et pourrait d'ailleurs s'expliquer autrement : le sang qui lave ainsi le tissu hépatique doit lui enlever de l'urée aussi longtemps que le foie en contient plus que lui : l'urée est en effet une substance douée d'une très-grande diffusibilité.
On a fait valoir également l'altération de la composition des urines dans les maladies qui suppriment la fonction hépatique. Dans l'atrophie jaune aiguë du foie, l'urée disparait en grande partie des urines et est remplacée par de la leucine et de la tyrosine. On a voulu en tirer la conclusion que la leucine et la tyrosine se forment dans d'autres oi'ganes que le foie et que les cellules hépatiques sont chargées de transformer ces substances en urée. Cependant l'extirpation du l'oie chez la grenouille ne fait pas disparaître l'urée des urines.
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Des recherches nouvelles devront concilier ces faits en apparence contradictoires.
Nous avons vu que les produits de décomposition de l'hémoglobine des globules rouges s'éliminent par la bile sous forme de pigments et de combinaisons ferrifères : à côté de cette fonction de destruction des éléments figurés du sang, le foie jouerait pour certains physiologistes le rôle d'organe formateur du sang.
Il résulte de tout ce qui précède que le foie présente une importance capitale au point de vue de l'assimilation et de la désassimilation, et que la production de la bile est sans doute liée d'une façon intime à ces phénomènes dénutrition : toutefois le rôle de cet organe volumineux est encore entouré de bien des incertitudes.
Un grand nombre de substances nuisibles à l'organisme, poisons métalliques et alcaloïdes, paraissent s'arrêter dans le foie quand elles sont résorbées de l'intestin par les origines de la veine porte.
Rate. — - Les fonctions de la rate sont plus obscures encore que celles du foie. On trouve également dans cet organe un grand nombre de matières azotées provenant de la métamorphose régressive des substances albuminoïdes: leucine, tyrosine, acide urique, xanthine, hypoxanthine, taurine etc.
La rate paraît jouer un rôle dans la formation ou la destruction des globules rouges du sang. On y trouve parfois des quantités colossales de fer (1 °jo dans la rate des vieux chevaux). On a voulu voir dans la rate un dépôt de fer à l'usage de la formation de l'hémoglobine : d'autres physiologistes considèrent au contraire la richesse de la rate en fer comme témoignant d'une destruction d'hémoglobine.
Le volume de la rate est des plus variable : cet organe est capable en se dilatant de loger une quantité de sang considérable. On l'a fréquemment considéré comme jouant le rôle de diverticulum par rapport à la circulation abdominale. Le volume de la rate peut varier passivement par augmentation ou diminution de la pression sanguine. Il peut également varier d'une façon active, suivant le degré de contraction des fibres musculaires lisses de l'organe. Cette contraction de la rate s'obtient par l'excitation artificielle directe de l'organe (même à travers la peau chez l'homme — Botkin), par l'excitation des nerfs spléniques, du plexus coeliaque, du splanchniquc gauche, de la moelle épinière, du bulbe etc. (Tauchanoff). Elle se produirait également par action réflexe (excitation du bout central du pneumogastrique ou d'autres nerfs sensibles).
La rate augmente considérablement de volume dans l'infection paludéenne, la fièvre typhoïde etc.
L'extirpation de la rate a fréquemment été pratiquée chez les animaux (ScHiNDELER, MosLER ctc.) ct uu pctit uombrc de fois chez l'homme. La suppression de cet organe ne parait pas amener de troubles bien notables dans la nutrition. Les animaux opérés deviennent plus voraces. On observe parfois chez eux une augmcutation de volume des autres organes lymphoïdes : corps thyroïde, ganglions Jympiiatiqucs : on en a conclu que les fonctions de la rate étaient reprises par ces organes quand on supprime la rate.
Masoin a vainement essayé d'obtenir l'atrophie congénitale de la rate en
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extirpant systématiquement cet organe chez plusieurs générations de cobayes et de lapins.
On a observé la régénération de la rate après extirpation totale ou partielle, ou même la formation de petites rates accessoires. Peut-être la rate et les organes lymphoïdes servent-ils de lieu de réserve pour les albuminoïdes provenant de la digestion et qui ne sont pas consommés immédiatement : la rate jouerait vis-à-vis de ces substances le même rôle que le foie vis-à-vis du glycogène et de la graisse. L'énorme réduction que subissent ces organes dans le cours de l'inanition semble parler en faveur de cette hypothèse.
Les GANGLIONS LYMPHATIQUES, le corps thyroidc, le thymus et le tissu adénoïde sont considérés comme les organes producteurs des leucocytes.
Le rôle des capsules surrénales est inconnu. D'après Brown-Séquard, l'ablation des capsules surrénales provoquerait une accumulation de pigment dans le sang.
Appendice. — Caractères des produits de destruction organique des ALRUMiNOÏDES : Los propriétés de Vurée, de Vacide urique, de la créatinine, de Vallantoïne etc. seront étudiées au Ch.. VIII. Pour la créatine, voir le second fascicule, p. 43.
Hypoxanthine C5H4N4O. Cristaux microscopiques provenant d'après Kossel de la destruction des nucléines.
Xanthine C5H4N4O2. Poudre blanche, insoluble dans l'eau, soluble dans NH,. Évaporée avec HNOj, la xanthine laisse un résidu jaune brillant qui se colore en rouge par NaHO, puis devient pourpre si l'on continue à chauffer. Cette réaction appartient également à la guanine. La xanthine peut être obtenue artificiellement par l'action de l'acide nitreux sur la guanine. Elle peut servir à préparer synthétiquement la caféme (Triméthylxanthine) et la théohromine (Diméthylxanthine).
Leucine CeHisNOa, acide amido-capronique. Lamelles cristallines ou petites
sphères microscopiques (voir fig. 7, p. 20) peu solubles dans l'eau, plus solubles
dans l'alcool; chauffée à sec, la leucine se sublime à -+- 170° en répandant des
vapeurs blanches à odeur d'amylamine. Réaction de Scherer : Chauffée sur la
lame de platine, la leucine laisse un résidu incolore, qui, chauffé avec quelques
gouttes de soude, se colore en jaune ou en brun, puis se transforme par la
chaleur en une gouttelette huileuse roulant sur la lame de platine sans la
mouiller.
(OH Tyrosine. CgH^Os ou C6H4 L „ /^ti \p^ „ acide oxyphénylamidopropio-
nique. Houppes cristallines (voir fig. 7, p. 20) peu solubles dans l'eau, presque insolubles dans l'alcool, solubles dans l'alcool ammoniacal. La tyrosine donne la réaction de Millon (voir p. 22) Réaction de Piria. La tyrosine se dissout dans l'acide sulfurique concentré et chaud en colorant le liquide en rose. Si l'on sature à chaud par BaCOj (en diluant) et si l'on filtre, on obtient un liquide incolore, neutre, qui prend une belle coloration violette par le perchlorure de fer dilué (ne contenant pas d'acide).
SÉCEÉTION UKINAIEE.
Nous avons vu au chapitre de la respiration que les produits gazeux provenant de la destruction organique sont éliminés par les poumons. Mais les résidus de la transformation des albuminoïdes ne sont gazeux qu'en partie : l'azote reste sous forme solide dans l'urée, l'acide urique, la créatinine etc. Il en est de même du soufre qui se transforme en sulfates. La lécithine, la nucléine et une foule d'autres substances doivent également fournir des produits de décomposition azotés, phosphores etc. Enfin une quantité notable de sels est introduite par l'alimentation et ne pourrait sans danger s'accumuler dans le corps. La sécrétion urinaire est chargée d'éliminer au dehors l'immense majorité de ces substances liquides ou solides, devenues inutiles à l'organisme par suite du travail d'assimilation et de désassimilation.