III. EXPULSION DE L'URINE
L'urine est poussée en avant dans les canaux urinifères par le vis a teryo exercé par les nouvelles portions sécrétées; elle arrive dans le bassinet et de là dans l'uretère. Chaque goutte d'urine qui pénètre dans l'uretère agit comme excitant sur la tunique musculaire lisse de l'uretère. Il se produit une onde de contraction partant du calice et transportant rapidement la goutte d'urine jusqu'à la vessie (Engelmann)('). L'uretère ne contenant ni fibres, ni cellules nerveuses (au moins chez le rat), la propagation de la contraction se fait par continuité de substance musculaire. Ces ondes se succèdent à quelques secondes d'intervalle.
Ces contractions peuvent s'observer sur l'uretère de lapin extrait du corps. Il suflit, d'après Luchsingcr et SocolefFi881, de soumettre un segment d'uretère à l'action d'une solution physiologique de chlorure de sodium injectée sous pression pour y provoquer une série de contractions rythmées. Luchsinger rapproche ce phénomène des pulsations que l'on provoque dans la pointe du ventricule de grenouille (exempte de ganglions) quand on y fait passer sous pression un liquide séreux. (Voir p. 106.)
L'urine s'accumule dans la vessie dont elle distend peu à peu les parois. On n'est pas d'accord sur la question de savoir si l'urine se concentre ou se dilue dans la vessie. Il semble à priori que la diffusion avec le sang ne puisse que diluer l'urine : au reste l'épithelium vésical oppose une barrière très-grande à l'absorption par la surface interne de la vessie (Cl. Bernard, Fleischer et Brinkmann, 3Iaas et Pinner).
L'écoulement de l'urine est empêché par l'occlusion en partie élastique, en partie musculaire (tonicité du sphincter de la vessie) de l'orifice vésical.
Le reflux de la vessie vers les uretères ou du bassinet vers les tubes de Bellini est empêché par la disposition anatomique des parties (obliquité de l'orifice des uretères par rapport à la paroi vésicale).
L'expulsion de l'urine (dans la miction) est en partie un acte musculaire réflexe. La distension graduelle de la vessie (2) excite ses nerfs sensibles et provoque par voie réflexe des contractions des fibres musculaires vésicales
(1) PflÏ'ger's Archiv. II, 1809.
(2) Le besoin d'uriner dépend d'après Mosso et Pcllecani (1881-82^ non de l'ctat de distension delà vessie, mais du degré de pression supportée par les parois. Voir: Reale Arad. dei Lincei CCLXXIX.
[detrusor urinœ), contractions qui ont pour eflfet d'entr'ouvrir la partie prostatique de l'urètlire ou tout au moins d'y chasser quelques gouttes d'urine. Le contact de l'urine avec la muqueuse très-sensible de cette partie de l'urèthre provoque le besoin d'uriner. Quand nous y résistons, nous refoulons l'urine dans la vessie par une contraction énergique du sphincter. Quand nous cédons au besoin d'uriner, le sphincter se relâche tandis que les parois vésicales se contractent énergiquement et expulsent leur contenu avec force dans le canal de l'urèthre. La contraction vésicale peut être soutenue et renforcée par l'action de la presse abdominale. A la fin de la miction la contraction des fibres musculaires de l'urèthre et du bulbo-caverneux assurent l'expulsion des dernières gouttes d'urine.
Le mécanisme assez compliqué de la miction est sous la dépendance d'un centre nerveux situé dans la moelle lombaire (Goltz).