SÉCRÉTION URINAIRE
alors éliminée par d'autres voies, notamment par la sueur. L'urée y est parfois si abondante qu'elle cristallise à la surface de la peau. Enfin certaines maladies (atrophie jaune aiguë du foie), qui n'intéressent guère le rein, peuvent supprimer la production d'urée.
Formation de l'acide hippurique. — L'acide benzoïque introduit dans le corps s'y combine au glycocolle pour former de l'acide hippurique que l'on retrouve dans les urines (Wôhler). Contrairement à ce que nous avons vu pour l'urée et l'acide urique, le rein ne se borne pas à excréter de l'acide hippurique tout formé que lui fournirait le sang; mais c'est dans le rein lui-même que s'opère la synthèse de l'acide hippurique (Schmiedererg). Si l'on pratique à travers un rein frais une circulation artificielle de sang auquel on ajoute du glycocolle et de l'acide benzoïque, on retrouve de l'acide hippurique dans le sang qui s'écoule parla veine. Des fragments de tissu rénal mélangés au même sang sont également capables d'elfectuer la synthèse en question.
Les cellules glandulaires des canalicules contournés jouent probablement ici le rôle important. Le glycocolle provient sans doute de la décomposition de l'acide glycocholique dans l'intestin.
En effet, c'est chez les herbivores dont l'urine est riche en acide hippurique qu'on rencontre le plus d'acide glycocholique dans la bile; tandis que les carnivores qui n'ont pas d'acide glycocholique dans la bile n'ont pas non plus d'acide hippurique dans l'urine.
Le rein considéré comme appareil de filtration. — On
considérait autrefois la formation de l'urine dans le rein comme un simple phénomène de transsudation (Théorie de Ludwig, 1844). Oh peut objecter à cette manière de voir que la composition chimique de l'urine cadre fort mal avec l'hypothèse d'une filtration aux dépens du sang : les proportions d'urée, d'acide urique etc., de l'urine, sont infiniment supérieures à celles qui se rencontrent dans le sang; en outre, certaines substances, telles que l'acide hippurique, sont formées de toutes pièces dans ce prétendu filtre. Enfin, si l'on essaie de produire un liquide de transsudation au moyen du sang ou du sérum, soit dans le rein, soit dans un autre organe, on obtient un liquide peu abondant, riche en albumine, qui n'offre rien de commun avec l'urine.
Influence de la circulation rénale. — Pression du sang dans l'aorte. La sécrétion urinaire diminue chaque fois que la pression aortique baisse; elle cesse quand cette pression tombe en dessous de 40-50 mm. de mercure (Saignée, section de la moelle allongée, de la moelle cervicale, excitation du bout périphérique du pneumogastrique, etc.). La quantité d'urine augmente chaque fois qu'il se produit une hausse de la pression aortique (transfusion abondante, ligature de l'aorte en dessous des artères rénales ou bien des gros troncs qui s'en détachent, action du froid sur la peau, etc.) à condition que cette hausse de la pression ne soit pas due à une action vaso-motrice entraînant le resserrement des vaisseaux du rein.
266 CHAriTRE YllI.
Résistances à la circulation artérielle dans le rein. La sécrétion rénale est très-active quand la circulation est rapide dans le rein, c'est-à-dire quand cet organe est traversé par une grande quantité de sang. La section des nerfs vasculaires du rein (provenant du splanchnique), la piqûre diabétique provoquent la polyurie parce que ces opérations produisent une dilatation locale des vaisseaux du rein sans amener de baisse de la pression aortique. La sécrétion diminue ou s'arrête chaque fois que la circulation artérielle se trouve entravée, par exemple dans le cas d'oblitération partielle ou totale de l'artère rénale, ou dans celui d'un rétrécissement des artérioles rénales dû à l'excitation des nerfs vasculaires du rein, (excitation directe du grand splanchnique ou de la moelle par l'électricité; excitation asphyxique de la moelle allongée par suspension de la respiration).
Résistances à la circulation veineuse. La ligature ou l'oblitération partielle de la veine rénale arrête ou diminue la sécrétion rénale. Dans ce cas la pression augmente bien dans les vaisseaux du rein, mais le sang ne s'y renouvelle pas suffisamment. Le ralentissement très-prononcé de la circulation rénale a toujours pour effet de faire apparaître l'albumine (et la paraglobuline) dans les urines. On admet généralement que l'épithélium des glomérules est le siège d'une usure organique rapide; sa nutrition souffre lorsque la circulation s'arrête ou se ralentit, sa constitution physique se trouve altérée, et il n'oppose plus une barrière suffisante au passage de l'albumine du sang. Au reste la question de l'albuminurie a donné lieu à un grand nombre de recherches récentes et à plusieurs théories contradictoires(l). L'albumine de l'œuf injectée dans le sang apparaît dans les urines : il n'en est pas de même pour l'injection de l'albumine du sérum .
Influence de la composition du sang. — C'est un fait d'expérience journalière que l'ingestion d'une grande quantité d'eau augmente la proportion d'urine : plus le sang est aqueux, plus l'urine est abondante et diluée. Les sécrétions cutanée, rénale et intestinale peuvent se suppléer mutuellement au point de vue de l'excrétion de l'eau : une forte transpiration peut arrêter la sécrétion urinaire; il en est de même dans le choléra, où l'intestin devient la voie d'excrétion des liquides.
Un grand nombre de substances agissent comme diurétiques: l'urée, les urates, beaucoup de combinaisons salines (KNO5), injectées dans le sang excitent puissamment la sécrétion rénale, surtout la sécrétion aux dépens de l'épithélium spécifique des canaliculcs contournés. Le rein se charge d'élimnier au dehors l'excédant de ces substances et prévient ainsi leur accumulation dans l'organisme. La sécrétion urinaire joue donc le rôle d'un régulateur de la composition saline du sang, éliminant les sels quand ceux-ci dépassent une certaine proportion.
Influence du système nerveux. On n'a pu jusqu'ici découvrir de nerfs spécifiques sécrétoires. On ne connaît que des faits d'influence indirecte du système nerveux s'exerçant par l'intermédiaire des nerfs vaso-moteurs.
(1) Senatok, l)i(i A Ihuminurie im r/esunden und hranhen Zusland, 1882.
SÉCRÉTION URINAIUE. 267
Nous avons déjà vu que la sécrétion rénale est accélérée par toutes les influences nerveuses (piqûre diabétique, section des nerfs vasculaires) qui amènent une dilatation locale des vaisseaux du rein sans diminuer la pression générale; elle est ralentie par l'excitation des nerfs vaso-constricteurs du rein.
L'intensité de la sécrétion urinaire peut être très-inégale dans les deux reins : les périodes d'activité d'un des reins coïncideraient avec le repos relatif de l'autre rein, et vice versa.