ACCOMMODATION
I, Preuves de l'accommodation dans l'œil. — Dans l'œil normal, en vertu de la réfraction que nous venons d'envisager, il se forme sur la rétine une image nette d'objets très éloignés : la rétine se trouve dans le plan focal principal du système dioptrique de l'œil. L'image rétinienne d'un objet rapproché de l'œil (par exemple des caractères d'impression tenus à 25 ctm.) sera nécessairement diffuse, en vertu de cette même réfraction. Et cependant, d'après l'expérience journalière, nous pouvons voir clairement à des distances très diverses. — Ce qui est moins bien connu généralement, c'est que nous ae pouvons pas voir clairement à la fois des objets situés à des distances différentes.
Des expériences très-simples permettent cependant de se convaincre qu'il en est ainsi. Il suffit de tenir devant l'œil, et dans la même direction, deux épingles à deux distances différentes. Le regard est dirigé sur toutes les deux et nous pouvons les voir clairement toutes les deux. Mais pendant qu'on tixe l'une, l'autre paraîtra dilFuse et vice-versa. Ou bien encore on regarde à travers un réseau ou un morceau de gaze un arbre ou les maisons de l'autre côté de la rue : si on fixe la maison, le réseau sera vu diffusément ; en lixant au contraire les mailles du réseau, on les verra nettement, mais la maison paraîtra indistincte. — Nous concluons donc que lorsque l'œil regarde de près, il n'est pas le môme que s'il regarde de loin.
L'accommodation de l'œil à des distances différentes étant donc démontrée, voyons par quel mécanisme elle est obtenue. Quels sont les changements survenant dans l'œil lors de son accommodation ?
II. Ghang^ements survenant dans les milieux transparents lors de l'accommodation. — Différentes possibilités se présentent a priori : la cornée pourrait changer de courbure ; le cristallin pourrait avancer et reculer, augmenter et diminuer de courbure ; les indices de réfraction des milieux pourraient varier ; l'œil pourrait s'allonger et se raccourcir, par exemple sous l'influence d'une compression exercée par les muscles oculaires extrinsèques. L'expérimentation a prononcé entre ces différentes hypothèses : Cramer, puis Helmholtz, ont lémontré qu'au point de vue dioptrique, l'accommodation est due à un changement survenant dans la courbure du cristallin. Dans la vision de près, ce dernier devient plus convexe, surtout sa face antérieure; il s'aplatit dans la vision de loin. Ce résultat a été obtenu en mesurant les grandeurs des images catoptriques (par réflexion) de Purkinje-Sanson, produites par réflexion sur les surfaces de séparation entre les milieux de l'œil. On mesure ces images,
obtenues à l'aide du même objet lumineux, une fois pendant que ToBil fixe un point éloigné, l'autre fois pendant qu'il fixe et voit clairement un point rapproché.
Pour observer clairement les images par réflexion, on éclaire l'œil dans un appartement obscur, à l'aide d'une bougie. Des rayons partis de celle-ci et qui tombent sur l'œil, une partie est renvoyée à chaque surface réfringente de l'œil ; il y aura formation d'autant d'images qu'il y a de surfaces réfléchissantes (séparant deux milieux d'indices de réfraction difî"érents), c'est-àdire trois: une (fig. 231) formée par la cornée, qui constitue un petit miroir convexe ; la seconde formée par la face antérieure du cristallin, convexe également; enfin, la troisième est formée par la réflexion à la face postérieure du cristallin, c'est-à-dire par un petit miroir concave. La plus
Fig. 2;u. - images catoptriques ^'^^^^^ ^ "^^^^ ^^^ l'image coméenno ; elle est droite dans l'œil. et très brillante, à cause de la grande différence
de réfringence entre l'air et la cornée. Celle formée par la face postérieure du cristallin est encore assez facile à voir ; elle est renversée, plus petite que la première, et assez brillante ; si on meut la bougie, elle se déplace en sens inverse de la première, qui, elle, en sa qualité d'image droite, se meut dans le même sens que la bougie. La troisième, la plus difficile à voir, est plus grande que l'image cornéenne, droite aussi, et très peu éclairée ; le regard doit la chercher profondémeAt dans lœil, derrière l'image cornéenne ; elle se meut dans le môme sens que cette dernière.
Cramer et Helmholtz ont trouvé, et la chose a été amplement vérifiée, que rimage cornéenne ne se modifie pas quand l'œil change d accommodation. L'image de la face antérieure du cristallin devient plus petite si l'œil accommode pour un endroit plus rapproché. L'image de la face postérieure du cristallin varie un peu dans le même sens, mais beaucoup moins que celle de la face antérieure. Conclusion : le cristallin devient plus convexe dans la vision de près, particulièrement à sa face antérieure ; il s'aplatit dans la vision de loin.
II ne faudrait pas croire que le peu d'éclat dt3 la troisième image indique une réflexion des rayons lumineux moins abondante à la face antérieure qu'à la face postérieure du cristallin. Ces doux surfaces séparent des milieux réfringents identiques, elles réfléchissent à peu près la même quantité de lumière ; seulement, pour l'une, cette quantité est éporpillée sur une plus grande surface que pour l'autre. — L'image cornéenne se voit à distance, au grand jour ; elle constitue le € brillant» des yeux. — En pratique oculistique, la présence des images catoptriques produites par le cristallin est souvent le seul signe certain de la présence du cristallin dans l'oeil.
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On conçoit que l'exacte appréciation de la grandeur de ces images, et surtout la constatation de petits changements survenus dans cette grandeur, ne soit pas chose aisée. Voici le principe de 1' « ophtalraomètre p de Helmholtz, instrument qui a servi à cet auteur à faire ses mensurations. On sait que si on regarde un objet à travers une plaque de verre dirigée perpendiculairement à la direction du regard, l'objet sera vu dans, sa véritable direction. Regarde-t-on obliquement à travers la plaque, alors l'objet semljlera déplacé à droite ou à gauche, selon le sens dans lequel la plaque est inclinée. On peut aussi placer deux de ces plaques (iig. 232 x'y, xi/) l'une contre l'autre, et regarder l'objet ac à travers le.-> deux, tout près de leur ligne de séparation (et à travers une lunette d'approche A). Si maintenant on incline les deux plaques en sens opposé, l'une déplacera l'image à droite (a' c'), l'autre à gauche (c" a") , on verra l'objet double. En augmentant l'inclinaison des deux plaques, il arrivera que l'extrémité a" d'une image coïncide avec
Fig. 232, — Principe del'opiitalmomètre deHEunnoi-Tz.
l'extrémité c' de l'autre : les deux images seront déplacées précisément de toute la grandeur de l'objei. Et cette grandeur pourra être calculée si on connaît l'indice de réfraction des plaques, leur épaisseur et l'angle formé par elles au moment où les deux extrémités a" et c' coïncident, — Au lieu d'une lumière, on en met deux devant l'œil en expérience ; alors la grandeur qu'on mesure n'est pas celle d'une seule image, ditlicile à évaluer, mais la distance entre les deux images.
On a calculé de plus que le degré du changement observé dans le cristallin suftit pour expliquer toute l'accommodation, que par cunséquent les autres facteurs, possibles a priori, et signalés plus haut, n'y entrent pour rien. D'ailleurs, il n'y a plus de trace d'accommodation dans un œil privé de cristallin (opéré de cataracte).
III. Mécanisme de l'accommodation. Rôle du muscle ciliaire. —
L'accomraodation étant expliquée au point de vue dioptrique, il reste à rechercher par quelles influences le cristallin change de courbure. Naturellement, il faut à cet effet des forces motrices, des fibres conlracliks ; et clans l'œil, il n'y en a que dans l'iris et dans le corps ciliaire. Celles de l'iris doivent être écartées de nos considérations, par la raison que l'absence totale de l'iris, maintes fois observée, laisse le pouvoir accominodateur intact. Reste donc le muscle ciliaire. Pour arriver à nous former une idée de son mode d'action sur le cristallin, il faut partir des observations et des expériences suivantes.
1° Le cristallin extrait de l'œil et le cristallin d'un œil qu'on vient d'enlever du corps a toujours une forme plus sphérique que dans l'œil vivant. Abandonné à sa propre élasticité, il est plus convexe que dans
Toeil vivant. Il faut donc que sur le vivant, des influences intra-oculaires octroient à la lentille une forme autre que celle qu'elle tend à prendre en vertu de son arrangement moléculaire. Il faut de plus que dans la vision de près, le muscle ciliaire vienne contre-balancer ces influences et permettre au cristallin de se rapprocher de la forme qu'il tend à prendre en vertu de sa propre élasticité.
FIfî. 233. — Région ciliaire de l'œil (coupe niéridioualc de/l'œil). Disposition du muscle ciliaire. Disposition du ligament suspenseur du{ critsallin et ses rapports avec ce dernier. — conj. conjonctive ; Sel., sclérotique, se continuant en avant dans la cornée transparente C, et renfermant le canal de Schlemm c. Schl ; »iD membrane de Descemet, se continuant dans le tendon du muscle ciliaire, tendon situé au côté interne du canal de Schlemm, et recouvert par leUpament pectine de l'iris l. p. — I. iris ; ch. ant. chambre antérieure; ch. post. chambre postérieure ; Cr cristallin : lig. siip. ligament suspenseur du cristallin, inséré sur le cristallin en avant et en arrière de l'équateur du cristallin, ainsi qu'à cet équateur lui-même. Ce ligament suspenseur, nommé aussi zone de Zinn, composé de fibres hyalines, prend naissance à l'ora serraia, et de la face interne du corps ciliaire, il passe entre les procès clliaircs auxquels il adhère, et s'élanc« vers l'équateur du cristallin. — Le corps ciliaire est un épaisslssement (triangulaire sur une section transversale) de la tunique moyenne (vasculaire et pigmentée) de l'œil. Ses éléments musculaires prennent deux directions ditTérenles. et constituent doux petits muscles. l,es unes ont une direction méridionale dans l'ii-il ; elles s'insèrent en avant sur la périphérie de la membrane de Descemet (tendon du m. ciliaire = attariie fixe), en arriére dans la choroïde (attache mobile) : muscle tenseur de la choroïde i/i. /. Ch. l'ne autre portion du muscle ciliaire f. c. a une direction circulaire autour tie l'œil. — i-. veines à la surface interne du muscle ciliaire et dans les procès ciliaires ; elles charrient vers l'équateur de l'œil le sang provenant de l'iris et du muscle ciliaire. .v, grand cercle artériel de l'iris.
2° Jamais, à l'état vivant, les procès ciliaires ne touchent l'équateur du cristallin. Ceci exclut toute théorie invoquant une compression de l'équateur cristallinien par les procès ciliaires, lors des contractions des fibres circulaires du muscle ciliaire.
3* En provoquant des contractions du muscle ciliaire par l'excitation du
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nerf oeulo- moteur commuii, les mouvements de bascule d'aiguilles enfoncées à travers les membranes oculaires dénotent un glissement en avant de la choroïde et un peu du corps ciliaire, à la face interne de la sclérotique (Hensen et Voelkers). Ce glissement, on le conçoit, sera l'effet des contractions des fibres méridionales du muscle ciliaire [qui mérite donc pleinement le nom de tenseur de la choroïde], et de plus, des contractions des fibres circulaires.
4" L'observation ophtalmoscopique d'yeux opérés d'iridectoraie, dans lesquels il manque un secteur iridien, a permis de voir (0. Bkgker et GoGGius) qu'au moment de l'accommodation pour une distance rapprochée les procès ciliaires se déplacent (ûg. 234) un peu en avant et eu dedans, sans cependant arriver au contact de l'équateur du cristallin, qui fuit devant eux. Eu même temps l'iris avance un peu vers la cornée, poussé par l'augmentation de la courbure du cristallin.
Tous ces faits viennent à l'appui de la théorie suivante que Helmhltz a émise touchant la manière dont le muscle ciliaire parvient à modifier la
Flg. 234. — r.hangcincnt-i qui survioauout dans le segment «nlérleur île l'œil lors do l'accommodation (d'après LaxdoltJ.
courbure du cristallin. Le ligament suspenseur du cristallin tiraille constamment l'équateur de la lentille, et aplatit celle-ci pendant le relâchement du muscle ciliaire. A la suite d'une contraction du muscle ciliaire et du déplacement en avant (et en dedans) de la choroïde et du corps ciliaire, la périphérie du corps vitré et les origines du ligament suspenseur à l'équateur oculaire (qui adhèrent toutes intimement à la face interne de la choroïde et (\\x corps ciliaire) sont poussées en avant et en dedans, vers l'équateur du cristallin ; le ligament suspenseur est relâché et sou tiraillement sur l'équateur du cristallin diminuant, la lentille peut se rapprocher d'autant de sa forme d'équilibre élastique, et devenir plus convexe. Les fibres méridionales et les circulaires concourent au môme but.
Théorie de Tscherning sur le mécanisme de l'accommodation. —
Lu théorio de Helmholi'/ sur lo luécauisme de raccouiinodatiou est aujourd'hui
sérieusement battue en brôehe par celle de Tsgherning. A l'aide de certains procédés de vision entoptiijue qu'il serait trop long d'exposer ici, cet auteur s'est convaincu que lors de l'accominodation (pour des distances rapprochées), la courbure du cristallin augmente bien en son centre, contre l'axe optique, à ses deux pôles, mais qu'elle diminue vers l'équateur. D'autre part, il isole le volumineux cristallin du cheval, avec son ligament suspenseur; en tirant alors sur ce dernier, il voit la courbure du cristallin diminuer à la périphérie, vers l'équateur, et augmenter aux deux pôles. Il admet donc qu'à l'état de repos de l'accommodation, le ligament suspenseur ne tiraille nullement la lentille, mais bien lors de l'accommodation. Le cristallin, dit-il, est composé, d'une part, d'un noyau rigide, sphérique, qui aux deux pôles arrive à peu près contre la capsule, et, d'autre part, d'une masse corticale, plus molle et malléable, amassée surtout à l'équateur, et qui va s'amincissant vers les deux pôles. Lorsque, lors de l'accommodation, le ligament tiraille et étire la capsule à l'équateur cristallinien, la substance corticale se déplace vers l'équateur, se retire des pôles, où elle dénude le noyau sphérique : la courbure alors augmente aux pôles, et diminue vers l'équateur, — Tsgherning suppose donc que lors des contractions du muscle ciliaire, les procès ciliaires, et par leur intermédiaire l'attache cristallinienne du ligament suspenseur, sont attirés vers la périphérie, vers la sclérotique.
Il faudra, avant de se prononcer, attendre des éclaircissements ultérieurs, attendu que l'homme et le singe paraissent seuls de tous les mammifères être doués d'un pouvoir accommodateur sérieux, et que par conséquent les expériences de Tsgherning faites sur l'œil du cheval (et du bœuf) sont peut-être sujettes à restriction.
Fij--. 23Ô. — Ueprésentatiou dioptriiiue <lu pouvoir accommodateur.
IV. Amplitude de raccoinmodatioa ou pouvoir accommodateur. Terrain d'accommodation. — L'accommodation peut être représentée par une valeur dioptrique, par une lentille convexe d'une certaine force réfringente (Donders). Soit, dans la tig. i^35. KR' l'écran rétinien, et Ja lentille G, l'ensemble du système dioptrique d'un œil normal. La distance entre l'écran et la lentille est telle que celle-ci réunit en foyer r sur la rétine des rayons parallèles, venus d'un point X situé à l'inûni (très loin), et cela sans accommoder. Nous pourrions adapter cet œil pour une distance de 20 ctm. par exemple, en plaçant au-devant de lui une lentille positive de 20 ctm. de distance focale ; cette lentille, que ce soit un ménisque
Organe visuel. 64"^
positif A, rend en eflfol parallèles les rayoQS partis d'un point Ppr, situé à 20 ctna. au-devant d'elle; ces rayons, parallèles au sortir du ménisque, seront maintenant réunis en foyer sur la rétine. Sans la lentille A, ils tendraient à former un foyer conjugué derrière la rétine ; ils formeraient sur celle-ci des cercles de diffusion. A l'aide de la lentille A, cet œil verra donc clairement la source lumineuse située à ^0 ctm., en Ppr. — Nous pouvons représenter par une valeur dioptrique, par une lentille positive de 20 ctm. de distance focale, le pouvoir accommodateur de cet œil. Un autre œil, voyant clairement depuis une grande distance jusqu'à 8 ctm., aurait de même un pouvoir accommodateur plus fort, représenté par une lentille positive à distance focale principale de 8 ctm. Et ce pouvoir accommodateur, nous pouvons l'employer, à volonté, en tout ou en partie, selon que nous regardons à une distance plus ou moins courte.
Un œil qui s'adapte pour la distance d'un mètre accomrnoJe de 1 dioptrie ; s'il accoininode pour 50, ou 20, ou 8 centimètres, il accommole de 2, de 5, de 13 etc, dioptries.
Ne pas confondre le p uvoir accommodateur ou amplitude de l'accommodaiion, une valeur dioptrique, avec le terrain d'accommodation^ une valeur linéaire ! — « L'amplitude de l'accommodation », c'est la force réfringente positive, la lentille convexe que l'œil peut s'ajouter en vertu des contractions de son muscle ciliaire. Cette amplitude varie d'un homme à l'autre. — Le « terrain d'accommodation » est l'espace compris depuis le punctum proximum Ppr, qui est le point le plus rapproché pour lequel un œil peut encore s'adapter, et le punctum remotum Pr, qui est le point le plus éloigné pour lequel l'adaptation est possible. Dans les deux cas précités, le terrain d'accommodation s'étend depuis 20 et 8 ctm. jusqu'à l'infini.
Plus loin, nous apprendrons à connaître des méthodes pratiques pour déterminer le punctum remotum. Pour le moment, il suffit de dire qu'un œil normal, qui a son punctum remotum à l'infini, voit clairement à distance. — Le punctum proximum peut se déterminer en rapprochant de l'œil des fils très minces (de toile d'araignée), ou des lils métalliques (optomètre à fils). En les rapprochant de plus en plus, l'œil saisit facilement la distance exacte à laquelle ils commencent à s'élargir, à pâlir ; à ce moment, l'accommodation est en défaut, elle est impuissante à ramener sur la rétine le foyer conjugué par rapport à une aussi courte distance.
La situation du punctum remotum est donc une fonction de conditions purement physiques des milieux transparents de l'œil, tandis que la situation du punctum proximum est une fonction des contractions du muscle ciliaire. La réfraction de l'œil à laquelle est due la situation du punctum remotum est souvent désignée sous le nom de réfraction statique, en opposition avec la réfraction dynamique, cest-à-dire l'accommodation.
GltAPITRE XtV.
Gelle-là existe encore dans l'œil énucléé, et peut encore être déterminée sur le cadavre ; celle-ci a disparu avec la vie.
V. Accommodation suivant les âges. Presbyopie. — Des expériences répétées sur des centaines de personnes d'âges différents ont démontré : a) que le pouvoir accommodateur est sensiblement le même chez toutes les personnes du même âge ; b) qu'il diminue progressivement à mesure que l'âge augmente, et cela déjà à partir de 10 ans, jusqu'à l'âge avancé, pour devenir nul vers 70-75 ans. Le punctuin proximum recule donc de plus en plus, le terrain d'accommodation se rétrécit à partir de l'œil, et finit par s'effacer à 75 ans, quand Ppr coïncide avec Pr; alors on ne voit plus clairement qu'à de grandes distances. Autrement dit, le verre positif que nous pouvons ajouter à notre système dioptrique, grâce aux contractions du muscle ciliaire, a une distance focale d'autant plus grande que nous sommes plus âgés. Le tableau suivant indique cette diminution de l'accommodation en dioptries et la situation du punctum proximum (d'un œil normal) à différents âges.
Ages.
à 10 ans.
Distances de Ppr, eu ceuUmètres.
Amplitudes de l'accommodatioa en dioptries.
15 (environ).
Une conséquence pratique de ce qui précède, c'est qu'à partir de l'âge de 40-45 ans, un œil normal ne peut plus voir clairement à une distance plus rapprochée que 25 à 30 ctm., distance à laquelle nous plaçons, pour les voir, les objets fins, comme des caractères d'impression : on dit alors qu'on est devenu presbyte, qu'on est affecté de presbytie ou de presbyopie. La presbytie n'est donc pas une maladie, mais un état physiologique, aussi physiologique que Tapparition de la barbe à un certain âge.
Quant à la cause de cette diminution de l'accommodation par suite des progrès de l'âge, il ne faudrait pas la chercher dans une sénilité précoce du muscle ciliaire, qui serait sans exemple dans l'organisation, puisqu'elle commencerait déjà à 10 ans, alors que les autres muscles sont en plein développement. La raison en réside dans le cristallin qui, se racornissant à partir de son centre et perdant ainsi de son élasticité, ne peut plus se rapprocher autant de la forme sphérique. Le doigt qui écrase un cristallin âgé de 25 ans sent déjà un noyau central dur ; à 75 ans, tout le cristallin ^t racorni ; il est fixé dans une forme déterminée, et les contractions du
miscle ciliaire n'ont plus de prise sur lui. — Le racornissement du cristallin est un fait homologue de l'extoliation superficielle de l'épiderme ; les fibres cristallines sont des cellules épidermiques transformées ; celles qui occupent le centre de la lentille correspondent à la surface épidermique.
On remédie à la presbyopie en plaçant au devant de l'œil un verre convexe assez fort pour suppléer au déficit de l'accommodation, assez fort pour ramener Ppr à 25-30 ctm.