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ACUITÉ VISUELLE

L'étude de la réfraction et de l'accommodation nous mène à parler de Vacuité visuelle, du pouvoir de distinction de l'œil ou de la rétine. C'est même une question préalable à l'élucidation complète de la réfraction statique et dynamique. — Réduite à sa plus simple expression, l'acuité visuelle, qui est avant tout une fonction rétinienne, consiste dans la distinction, à l'aide de l'organe visuel, de deux points lumineux, ou plutôt de deux impressions rétiniennes punctiformes.

Flg. 23C.

Fixons deux points noirs a et b (fig. 236) sur fond blanc, ou blancs sur fond noir, assez rapprochés l'un de l'autre, et éloignons-nous de plus en plus; il arrivera un moment où les deux points sembleront se confondre, et cela à un3 distance d'autant plus petite que l'écartement des points est moindre. Qde se passe-t-il entre-temps dans notre œil ? Evidemment, il y a deux points rétiniens éclairés sur fond obscur, ou deux points rétiniens obscurs a et (3 sur un fond éclairé. Ce sont deux images rétiniennes qui se rapprochent de plus en plus, à mesure qu'on s'éloigne de l'objet ; et si les deux impressions rétiniennes se rapprochent au delà d'une certaine limite, l'organe visuel ne les perçoit plus comme distinctes, mais comme une seule impression. Il est clair que le pouvoir de distinction sera d'autant plus grand que les deux impressions rétiniennes peuvent se rapprocher davantage sans confluer pour notre sens intime, et vice-versa : l'acuité visuelle est en raison inverse de la grandeur de l'image rétinienne qui est encore démêlée.

Nous ne pouvons pas aller mesurer la grandeur des images rétiniennes.

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OU plutôt l'étiartemeat entre les deux points rétinieas éclairés, mais la grandeur de 1 image rélinienue se calcule aisément (voir page 58C) si on connaît la grandeur de l'objet et sa distance à l'œil. Souvent, on se dispense même de calculer la grandeur de limage rétinienne, et on n'envisage que l'angle visuel, l'angle akb formé par les lignes qui joignent les points extrêmes de l'objet au centre optique de l'œil, ou aussi à l'œil tout simplement. A une même grandeur de l'image rétinienne correspond toujours le même angle visuel. A. mesure que nous nous éloignons de nos deux points objectifs, l'angle visuel décroît, et pour une valeur limite de cet angle, les deux points se confondent. Plus l'angle visuel sous lequel se présentent les deux points peut devenir petit sans qu'ils se confondent, et plus l'acuité visuelle sera grande: l'acuité visuelle est donc aussi en

Fig. 237.

raison inverse du plus petit angle visuel sous lequel nous distinguons encore deux points.

On remarquera aussi que la même image rétinienne a,3 (fig. 237) peut être produite par des objets de grandeurs très diverses, AB, A'B' etc., placés à des distances différentes ; il faut seulement que l'angle visuel soit toujours le même.

L'expérience a prouvé que la généralité des hommes distinguent encore deux points sous un angle visuel d'une minute. Cet angle a été adopté comme une moyenne, bien que chez beaucoup de personnes il descende à une demi-minute. Les personnes qui ne distinguent plus deux points sous un angle d'une minute (mais sous un angle plus grand) ont une acuité visuelle défectueuse. Un angle visuel d'une demi-minute correspond à une grandeur rétinienne de 3-4 mikro-millimètres, c'est-à-dire à 3-4 cônes dans la fovea centralis.

Dans la pratique oeulistique, on se sert, pour déterminer l'acuité visuelle, non pas de deux points, mais de lettres et de figures imprimées. L'acuité visuelle constitue un élément précieux de diagnostic pour beaucoup de maladies oculaires. On admet qu'un œil à acuité visuelle normale distingue des carectères d'impression ordinaire sous un angle de 5 minutes (Snellen) .

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La grandeur d'une image rétionne n'a donc aucun rapport direct avec la grandeur de l'objet, puisque le même objet peut produire des images rétiniennes de grandeurs très diverses, et que des objets de grandeurs très inégales peuvent produire la môme image rétinienne. Nous ne voyons donc pas les objets avec leurs grandeurs véiitables ; nous les voyons sous une grandeur angulaire ; mais nous jugeons de leurs grandeurs réelles à l'aide de toutes sortes de moyens non contenus dans l'impression rétinienne, comme du reste nous le verrons plus loin.

La question du plus petit angle visuel nous mène directement à celle (entamée déjà à la page 023) de savoir quels élé aents rétiniens sont impressionnés par la lumière. En effet, pour que deux images rétiniennes punctiformes restent distinctes devant le sens intime, il faut que les éléments rétiniens sensibles à la lumière soient en aussi grand nombre et ayent des dimensions aussi petites que l'exige le plus petit angle visuel. Les cônes et les bâtonnets satisfont à cette exigence dans la fovea centralis, sur laquelle se forment toujours les images des objets que nous lixons. — On pourrait même s'attendre à trouver une acuité visuelle encore plus grande que celle qui correspond ù un angle visuel d'une demi-minute ; ce d rnier en eflfet correspond à 3-4 cônes de la fovea cetitralis. A cela on a répondu que pour que deux impressions rétiniennes soient perçues comme distinctes, il ne suflit pas qu'elles touchent deux cônes voisins, car une source lumineuse d'intensité double, formant son image entre eux cônes voisins et à cheval sur les deux produirait le même etïot ; il faut que les deux impressions soient séparées par un côno non éclairé, ou moins éclairé que les deux autres.

Une question différente de la précédente est celle de V unité photo-sensible de la rétine. Les imperfections dioptriques de l'œil (astigmatisme irrégulier, voir plus loin) et la diffraction de la lumière sur le bord pupillaire de l'iris rendent toujours plus ou moins diffuse l'image rétinienne d'un point lumineux. On a calculé qu'en vertu de ces imperfections du système dioptrique de l'œil, l'acuité visuelle ne pourrait pas être supérieure à ce qu'elle e^t, même en supposant que chaque cône soit composé à son to.ir d'un ceriain nombre d'élémen.s sensibles, distiacts l'un de l'autre (Altmann, Dubois) La question de 1' t unité rétinienne photosensible » n'est don,; pas résolue par ce qui précède, et le fait que l'acuité visuelle réellement observée coïncide avec le maximum possible de par les imperfections du système dioptrique, ne prouve rien en cette question. Nous croyons avoir démontré ailleurs qu'en réalité chaque cône de la tnacula lutea, se compose de plusieurs unités photo-sensibles. Les preuves sont tirées de certains phénomènes de vision entoptique, dont l'exposé nous entraînerait trop loin.

L'acuité visuelle est de plus une fonction de l'indépendance fonctionnelle des unités rétiniennes photo-sensibles (dans la fovea centralis). Il ne suflit pas qu'il y ait des points rétiniens sensibles à la lumière en assez grand nombre, et ramassés en un assez petit espace ; il faut encore que l'influx nerveux provoqué par la lumière dans un de ces points soit conduit isolément à travers les diverses couches rétiniennes jusque dans les centres psychiques. Eiîectivement, Gajal signale que dans la fovea, il n'y a pas la confluence, la réduction des voies d'innervation qui existe dans le restant de la rétine. A chaque cône de la fovea fait suite une voie à peu près isolée jusque dans les centres. Les cellules ganglionnaires y sont bipolaires. Dans le restant de la rétine, où l'acuité visuelle est

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beaucoup moindre ; plusieurs cônes et plusieurs bâtonnets sont reliés à la même fibre du nerf optique (voyez p G26).

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