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Système nerveux

Physiologie. — La Physiologie est cette partie des sciences biologiques qui étudie les organismes vivants, à l'état d'activité.

On la divise en physiologie des plantes et physiologie des animaux. Cette dernière doit seule nous occuper.

La Physiologie, d'après son étymologie («pû^itç, nature et Xôyo;, discours), serait la science de la nature. Le mot physiologie avait réellement cette signification pour Aristote, à une époque où la science de la nature comprenait un ensemble de connaissances relativement restreint. Actuellement, le nombre de faits scientifiquement établis est tellement considérable, que le génie d'un seul homme serait incapable de les embrasser tous ; d'où la nécessité d'une division dans les sciences. La physiologie dans son acception moderne, est limitée à l'étude des êtres vivants; encore partage-t-elle cette étude avec la morphologie (anatomie et embryologie). Leur ensemble constitue la biologie ou science de la vie.

La morphologie et la physiologie étudient donc le même sujet, l'organisme vivant, mais à des points de vue différents.

La morphologie s'occupe de l'organisme à l'état statique ou de repos, elle détermine la structure, la forme, l'agencement des jmrties, démonte le mécanisme pièce à pièce, recherche les lois d'après lesquelles sont construits les rouages qui constituent le corps des êtres vivants. C'est une science descriptive.

La physiologie a des visées bien différentes : elle cherche à pénéti'er le jeu de ces rouages, à foramler les lois d'après lesquelles fotictionnent les mécanismes vivants. L'observation pure ne lui sulUt plus : c'est avant tout une science expérimentale, conquérante, interrogeant la nature par les mêmes procédés que ceux de la physique et de la chimie.

Plusieurs des termes de la définition précédente ont besoin de quelques mots d'explication. Nous examinerons successivement ce qu'il faut entendre par organismes vivants, quelle est la nature de leur activité, et sur quels caractères est basée leur division en plantes et animaux.

Organisme vivant. — Un organisme vivant est un être nettement limité vis-à-vis du monde extérieur, ayant une individualité propre, une forme typique, constituant un ensemble formé de parties hétérogènes, à structure compliquée, à composition chimique tout à fait caractéristique (combinai-

sons de G avec H, 0, Az, etc.). Sa durée est limitée : il parcourt depuis la naissance jusqu'à la mort une succession de phases déterminées. Tout organisme est formé par un autre organisme plus ou moins semblable à luimême, et peut dans certains cas coopérer lui-même à la formation d'un autre organisme.

Mais ce qui caractérise surtout l'être vivant au point de vue du physiologiste, c'est l'activité qui règne dans toutes ses parties, ce sont les échanges continuels d'énergie et de substance qui s'établissent entre lui et le monde extérieur. En efifet, la fonction fondamentale qui distingue les organismes vivants, de tous les corps de la nature, celles dont découlent toutes les autres fonctions, c'est la nutrition et la dénutrition, l'assimilation et la désassimilation. L'être vivant est le siège d'un mouvement de transformation incessant : il s'approprie des éléments qu'il puise autour de lui, il s'accroît en les transformant en sa propre substance ; il associe ainsi pour un temps donné une partie de la matière inerte à sa propre destinée. Mais en même temps, il se produit un travail en sens inverse : ces particules empruntées au monde extérieur, après avoir joué leur rôle pendant quelque temps, peuvent finalement être rejetées au dehors.

La nutrition et la dénutrition consistent essentiellement dans des réactions chimiques, les unes endotliermiquefi (phénomène de synthèse, de réduction, Anabolisme), les autres exothermiques (oxydations, hydratations, etc.. Métabolisme). Dans ces dernières, les pins importantes au point de vue de la physiologie animale, les affinités chimiques se saturent plus intimement; et l'énergie chimique, qui est mise en liberté, se manifeste sous forme de mouvement mécanique, de chaleur, d'électricité, parfois même de lumière. La matière vivante contient en effet, sous forme de combustible riche en Carbone et en Hydrogène, une provision considérable d'énergie de tension qui est constamment en voie de se transformer en énergie actuelle (i).

Ce mouvement de transformation peut être puissament activé par certaines influences extérieures, qui ébranlent brusquement l'équilibre moléculaire de la matière vivante, et auxquelles on donne le nom d'excitants (excitants ou stimulus électriques, calorifiques, mécaniques, chimiques). Il se produit alors une véritable explosion d'énergie, sous l'influence du stimulus extérieur. Ce dernier agit comme force de dégagement, à la façon de l'étincelle qui enflamme la poudre, et qui met brusquement en liberté la force prodigieuse de tension accumulée dans le corps explosif et la transforme en force vive.

Nature de l'activité des êtres vivants. — Les phénomènes qui se

(1) « La respiration n'est qu'une combustion lente de Carbone et iPHydrogène. Les animaux qui respirent sont de véritables corps combustibles qui brûlent et se consument » (Lavoisier, Sur la respiration des animaux, 1777),

déroulent dans les êtres vivants étaient autrefois rangés dans trois catégories que l'on considérait comme entièrement distinctes (l).

1° Phénomènes matériels manifestement identiques à ceux présentés par la nature inanimée. Exemples: Les corps vivants sont attirés vers le centre de la terre et obéissent dans leur chute aux mêmes lois que les corps bruts. La marche des rayons lumineux dans l'œil est rigoureusement conforme aux lois de l'optique.

2** Phénomènes matériels paraissant spéciaux aux êtres vivants et pour lesquels l'ancienne physiologie avait imaginé des forces spéciales, dites vitales (vitalisme). Exemples : la contraction du protoplasme, celle de la fibre musculaire, la sécrétion glandulaire, la digestion stomacale, la production de la chaleur animale. Ce sont principalement ces phénomènes que l'on étudie en physiologie.

L'école physiologique moderne n'admet pas de distinction fondamentale entre les faits consignés sous les deux rubriques 1° et 2°. Elle pense avec Desga-Rtes, que les lois de la nature étant immuables, les corps organisés ne sauraient s'y soustraire. L'organisme de l'hc^mme, aussi bien que celui des animaux, fait partie intégrante de l'univers et comme tel, est soumis aux deux grandes lois de la conservation de la matière (Lavoisier 1789) et de la conservation de l'énergie (J. R. Maykr, 1842, Helmholtz, Joule) -). L'être vivant ne peut ni créer, ni détruire la matière : de même il ne peut ni détruire le mouvement, ni l'engendrer de rien.

Son activité se borne à transformer la matière ou l'énergie empruntées au monde extérieur. La machine animale est soumise aux lois de la mécanique, de la physico-chimie ordinaire, comme une vulgaire machine à feu. Toutes deux, en ce qui regarde leur activité matérielle, peuvent être ramenées au même schéma : une machine à vapeur consomme du combustible, transforme l'énergie de position, accumulée dans la houille ou le bois, en énergie calorifique d'une part, en travail ou énergie de mouvement de l'autre. En dernière analyse, son mouvement lui vient du soleil, puisque c'est l'énergie cinétique des rayons solaires qui, dans les parties vertes des végétaux, décompose l'aci le carbonique, et met l'oxygène en liberté, tandis que le carbone sert à édifier les tissus du bois de la plante.

L'organisme humain, celui des animaux, semble opérer par un mécanisme analogue : lui aussi brûle du combustible riche en charbon et en hydrogène (nos aliments), consomme de l'oxygène fourni par la respiration, et produit de l'acide carbonique ; lui aussi transforme une partie de l'énergie devenue libre par ces oxydations, en travail mécanique, une autre partie en chaleur, en électricité, etc. Notre corps est donc une ma-

(1) Nous laissons de côté les faits rentrant dans la morphologie: multiplication, accroissement, évolution des cellules et des organismes.

(2)J. H. Mayeh, Liebig's Annalen, XLII, 1842 ; H. Helmholtz, Ueber die Erhaltung der Kraft, 1874.

chine chimique, puisant, comme la machine à vapeur, la somme de son énergie clans les rayons du soleil: le bœuf mange l'herbe et nous mangeons le bœuf.

« Il n'y a donc en réalité qu'une physique, qu'une chimie, qu'une mécanique générale, dans laqulele rentrent toutes les manifestations phénoménales de la nature, aussi bien celles des corps vivants que celles des corps bruts. Tous les phénomènes en un mot qui apparaissent dans -l'être vivant, retrouvent leurs lois en dehors de lui, de sorte qu'on pourrait dire que toutes les manifestations de la vie se composent de phénomènes empruntés, quant à leur nature, au monde cosmique extérieur, mais possédant seulement une morphologie spéciale, en ce sens qu'ils sont manifestés sous des formes caractéristiques, et à l'aide d'instruments pliysiologiques spéciaux. Sous le rapport physico-chimique, la vie n'est donc qu'une modalité des phénomènes généraux de la nature, elle n'engendre rien, elle emprunte ses forces au monde extérieur et ne fait qu'en varier les manifestations de mille et mille manières » (Cl. Bernard).

La science de la vie n'est donc qu'un cas particulier de la physico-chimie ordinaire (du Bois-REYMOîiD) ; et l'hypothèse atomique, qui ne considère dans l'univers que des atomes en mouvement, et qui sert de base à la physique et à la chimie modernes, paraît également applicable aux êtres vivants. Elle peut donner une explication satisfaisante des phénomènes matériels dont les organismes sont le siège. Fut-elle reconnue fausse, encore ne pourrait-on lui dénier le mérite d'avoir fait faire à la physiologie des progrès immenses. Autant l'hypothèse de la force vitale était stérile et impuissante, autant l'hypothèse mécanique s'est montrée féconde et riche en découvertes.

Gomme conclusion, nous dirons que l'on peut provisoirement définir la physiologie, en disant que c'est la physique et la chimie des organismes vivants.

3" Phénomènes psychologiques, connus immédiatement par la conscience, Ces phénomènes se sont montrés peu accessibles à l'investigation expérimentale ; tout au plus a-t-on pu déterminer scientifiquement quelques unes des conditions accessoires de la manifestation de la pensée, par exemple la durée des actes psychiques, les relations qui existent entre l'intensité des sensations et celle des excitants qui les produisent, etc. La psychophysique inaugurée par les travaux de V. Weber, Feghner(I), Helmholtz, WuNDT, Delbœuf, etc. est de création trop récente pour qu'il soit possible de prévoir l'avenir qui lui est réservé.

L'hypothèse atomique, qui est la pierre angulaire des sciences physiques et de la physiologie proprement dite, ne semble pas appelée à jeter grande lumière sur la psychologie. En partant uniquement de la matière telle que les physiciens et les chimistes se la représentent, il est difficile de conce-

(1) G. T. Fecii>eu, EU'itiente der Psychophysik, 1860.

voir qu'un pur agrégrat d'atomes de Carbone, d'Hydrogène, d'Azote, d'Oxygène, etc. en mouvement, ait conscience de sa propre existence, puisse s'intéresser aux changements mécaniques dont il est le siège et éprouver par exemple des sensations de bien-être, (juand il est ébranlé d'une certaine façon. « Il est radicalement impossible d'expliquer par <- n'importe quelle combinaison d'atomes en mouvement, pourquoi l'aecord « parfait do-mi-sol me fait plaisir et pourquoi le contact d'un corps brûlant a me fait mal » (du Bois-Reymond).

Toute conception moniste, c'est-à-dire ayant la prétention d'expliquer par les mêmes lois, les phénomènes physiques et les actes psychiques, sera conduite à nier la constitution atomique de l'Univers; ou bien, si elle prend comme point de départ la matière nue des physiciens, à la doter de propriétés nouvelles, à lui accorder, par exemple, un germe de conscience. Mais c'est là sortir du cadre que nous nous sommes tracé, lequel ne comprend que l'étude des phénomènes matériels dont l'organisme vivant est le siège.

Animaux et plantes. — I^a division des êtres vivants en animaux et végétaux paraît aussi naturelle que simple, tant qu'on se borne à comparer entre eux des représentants relativement supérieurs des deux règnes. Rien de plus facile que de distinguer un mammifère d'une plante, un lapin par exemple d'un rosier.

Le lapin est doué de sensibilité et exécute des mouvements volontaires. Ses tissus sont incapables de créer de toutes pièces les substances dont ils sont formés : ses aliments doivent consister en matériaux déjà organisés, élaborés par le règne végétal. L'organisme de l'animal est le siège de phénomènes d'oxydation très énergiques, il absorbe de l'oxygène, consomme du charbon et de l'hydrogène, et exhale de l'eau et de l'anhydride carbonique. Il transforme de cette façon une somme considérable d'énergie de tension, en énergie de mouvement, en chaleur, en électricité, parfois en lumière.

Le rosier au contraire est fixé au sol, il ne manifeste ni volonté, ni sensibilité. Il exhale de l'oxygènu ; il absorbe de l'anhydride carbonique, de l'eau, de l'ammoniaque ; il les réduit sous l'influence des rayons solaires, et fal)rique ainsi de toutes pièces de l'albumine, de la graisse, de la fécule, etc. L'énergie cinétique de la radiation solaire est emmagasinée, transformée par lui en énergie de tension.

Le végétal fonctionne donc, sous l'influence des rayons lumineux, comme un appareil de réduction, accumulant dans ses tissus l'énergie de la radiation solaire. Le protoplasme animal, vivant aux dépens du protoplasme végétal, est avant tout un appareil d'oxydation, qui dévore incessamment du combustible et dissipe en peu de temps l'épargne lentement accumulée par le végétal (J. R. Mayer) 1).

En réalité, le rosier et le lapin sont formés d'un grand nombre de cellules, petites unités vivantes, qui, elles, présentent de part et d'autre, la plus grande analogie de propriétés. Mais les similitudes s'accentuent et les différences

(1) J. R. Mayer. Die ovj^auische Bew.'eyiniir, HeUbrouu, 1845.

s'effacent de plus en plus, si l'on descend l'échelle des êtres vivants, si l'on compare entre eux les organismes végétaux, et animaux les plus simples, formés de protoplasme à peine différencié. Il est impossible alors de tracer une ligne de démarcation fixe entre les deux règnes, de donner un critérium certain de l'animalité. D'après la doctrine transformiste (Darwinisme), les plantes et les animaux représentent deux rameaux divergents, issus d'une môme souche, ayant pour point de départ commun la matière vivante primitive, le protoplasme.

Ce serait d'ailleurs une grave erreur de croire à une différence radicale de propriétés, entre le protoplasme du végétal et celui de l'animal. Tous deux sont à la fois le siège de phénomènes d'oxydation et de réduction, qui s'y déroulent côte à côte. Chez l'animal, les phénomènes de réduction atteignent, dans les parties vertes, une énergie extraordinaire, et masquent dans la plupart des cas les oxydations qui s'y passent toujours, et qui paraissent liées à l'essence môme de la vie (1). Il suffit de soustraire momentanément les tissus végétaux à l'action de la lumière, ou de s'adresser aux parties privées de chlorophylle, pour constater que la vie du végétal est également accompagnée d'une véritable combustion, d'une absorption d'oxygène, d'une production de G0-. Paul Bert a montré que le blé germe d'autant plus lentement que l'on abaisse davantage la tension de l'oxygène dans l'air qui le baigne. De Saussure savait déjà qu'une atmosphère exempte d'oxygène est promptement mortelle aux plantes les plus vigoureuses telles que les Cactus.

Dès que la tension de CO^ atteint une certaine valeur (quelques centièmes d'une atmosphère), ce gaz devient nuisible au protoplasme sur lequel il agit comme un poison stupéiiant. Une atmosphère contenant ' U de GO^ est mortelle aux animaux supérieurs et suspend le phénomène de la germination chez les plantes. De Saussure avait également constaté que les plantes périssent dans une atmospiière de G0=*. Heureusement l'anhydride carbonique produit dans le protoplasme ne peut s'y accumuler, il tend incessamment à s'en écliapper et à se répandre dans le milieu cosmique extérieur, en vertu des lois de la simple diffusion : car l'air et l'eau dans lesquels vivent les animaux et les plantes, ne contiennent généralement que des traces de GO^.

Les anesthésiques : éther, cliloroforme, agissent sur tous les êtres vivants de la même façon. A petite dose, ils endorment, suspendent l'activité du protoplasme ; à dose élevée, ils le tuent. Claude Bernard, dans une expérience mémorable, plaçait séparément, sous différentes cloches de verre renfermant chacune une éponge imbibée d' éther, un oiseau, une souris, une grenouille et une sensitive. L'oiseau était paralysé au bout de quatre à cinq minutes, la souris immédiatement après, puis venait le tour de la grenouille. La sensitive résistait le plus longtemps, mais au bout d'une demi-heure environ, elle était anesthésiée également. L'attoucliement des folioles ne déterminait plus leur abaissement ; tandis que la même excitation produit une contraction immédiate des folioles, sur une sensitive normale (~).

Dans quel règne classer les Myxomycètes (•^), ces masses de protoplasme nu

(1) Pfj.Ucer, Die physiolof^ische Verbrenituiig, Arch. f. d. g. Physiol., X, p. 251.

(2) Cl. Bernard, Leçons sur les phénoinènes de la vie, communs aux animaux et aux végétaux, pp. 258 et suiv.. Pains, 1878.

(3) A. DE Bary, Morphologie u. Physiologie der Pilze.

(plasraodie) qui rampent à la surface du tan et des végétaux en décomposition (fleur du tan), émettant des prolongements contractiles à la façon de l'amibe, englobant sur leur passage les débris organiques et s'en nourrissant ? Tout nous porte à en faire des animaux. Mais examinons-les à une autre période de leur existence, au moment de la fructification. La plasmodie se ramasse en boule, s'entoure d'une enveloppe rigide et donne naissance à d'innombrables spores, semblables à celles de plantes dont la nature végétale ne peut être mise en doute.

On croyait autrefois pouvoir caractériser les tissus végétaux par la présence de certaines substances organiques : je citerai notamment la cellulose, dont est formée l'enveloppe des cellules végétales, la chlorophylle et l'amidon, que l'on trouve dans leur protoplasme. On sait aujourd'hui que ces substances n'existent pas dans tous les végétaux et qu'on les rencontre, elles ou leurs analogues, dans les tissus de quelques animaux. L'enveloppe de cellulose manque à la plasmodie des myxomycètes (plantes) : Gakl Sghmidt a montré que le manteau des Tuniciers (animaux) était formé d'une variété de cellulose qu'il appela tunicine. La chlorophylle ne se rencontre chez les plantes que dans les parties vertes, aériennes. Beaucoup de végétaux inférieurs ou parasites n'en contiennent pas du tout. D'autre part, la chlorophylle a été signalée chez un certain nombre d'infusoires, de radiolaires, chez l'hydre d'eau douce. P. Geddes l'a retrouvée chez une planaire marine. Il faut cependant ajouter que, d'après Brandt, la chlorophylle que l'on rencontre chez les animaux, ne leur appartiendrait pas en propre. Ce qu'on a pris jusqu'ici pour des grains de chlorophvlle seraient de petites algues vertes, vivant au sein des tissus animaux. Il v aurait là un curieux exemple de symbiose, d'association de deux organismes différents exemple analogue à ce que nous présentent les lichens. L'animal hébercreant la plante dans ses tissus, vivrait eu réalité en parasite aux dépens de cette dernière, qui lui fournirait l'oxygène et la nourriture. Quant à l'amidon, ils est représenté dans le règne animal par un isomère, le glycogène ou amidon animal. D'ailleurs l'amidon n'existe pas chez toutes les plantes. Il est remplacé par le glycogène chez les myxomycètes. Leo Errera a montré qu'il en est de même chez les mucorinées et les champignons ascomycètes.

Si tous les animaux vivent en dernière analyse aux dépens du règne vétrétal il existe par contre un petit nombre de plantes qui se nourissent en partie d'aliments empruntés au règne animal (Darwin (1), Hooker). Les feuilles des Drosera, Dionaea, Nepenthes et de quelques autres plantes carnivores emprisonnent les insectes qui viennent se poser sur elles. L'animal est étouffe, puis digéré par un suc sécrété par la feuille : les résidus non liquéfiables, non assimilables par la plante, sont ensuite rejetés au dehors.

Les plantes parasites, telles que l'orobanche, se nourrissent d'ailleurs comme les animaux, de matières déjà élaborées par un autre organisme.

Eléments histologiques. — La définition de l'être vivant, donnée à la pac^e 1 convient à tous les organismes indistinctement, animaux et végétaux, à l'homme aussi Jjien qu'aux êtres les plus siuiples, formés d'une seule cellule. Mais il sulfit d'en peser les termes avec quelque attention, pour s'apercevoir qu'elle s'ap-

(1) Ch. Dahwin, Inaecii\^oroii« planta.

plique également aux parties de l'organisme, aux cellules dont sont formés les organismes compliqués. De ce chef, on pourrait croire la délinition fautive : il n'en est rien cependant. Les éléments histologiques qui entrent dans la constitution de notre corps, sont bien et dûment de petits organismes, au même titre que les êtres inférieurs formés d'une seule cellule.

Que l'on examine au microscope un globule blanc de notre sang, un leucocyte (fig. 1), qu'on le compare à une amibe d'eau douce (fig. 3) et l'on sera plus frappé

Fig. 1. — Changements successifs de forme d'un leucocyte du sang de grenouille, d'après Engelmaun. (Le noyau n'est pas visible.) Fort grossissement.

des analogies que des dissemblances. Tous deux sont formés d'une masse hyaline, molle, plus ou moins visqueuse, parsemée de traînées granuleuses et de vacuoles, présentant une structure probablement fort compliquée, changeant incessament de forme, et contenant un petit corps solide à contours nets, à position centrale, le noyau (le noyau peut manquer dans certains cas). Cette masse mobile, structurée, couiposée d'eau, de matières albuminoïdes et de quelques autres substances, c'est la matière vivante par excellence, la base physique de la vie

Fig. 2. — Phases successives du mouvement de VAmoeba radiosa, d'après Hartlng ; », noyau, >.•, vacuoles, v', vacuole contractile, d, naviciile englobée par le protoplasme. Grossissement 150.

(Huxley), le Protoplasme (vpûjros, premier, v\â<riioi,, de ir^dara-u, je forme), qui chez tous les êtres vivants, animaux et plantes, présente les mômes caractères fondamentaux.

Sghleiden découvrit le premier que tous les orgahes, tous les tissus des plantes, sont au début formés de cellules, et Sghv^ann démontra peu de temps après, qu'il en est de môme pour les organes et les tissus des animaux (1) . Chez tous les êtres vivants, le protoplasme des éléments cellulaires primitifs est comparable à celui de l'amibe, tant pour la forme extérieure que pour les pro' priétés physiologiques principales.

(1) ScHWANN, Mikr, Vntersnchungen, Berlin, 1839.

Si l'amibe est un petit organisme, chez lequel se retrouvent en miniature les principales fonctions qui caractérisent l'aninial supérieur (automatisme, irritabilité, contractilité, respiration, nutrition, reproduction, etc.), il en est de même du leucocyte. Le leucocyte exécute des mouvements en l'absence de toute excitation extérieure : automatisme. Ces mouvements consistent dans l'expansion et le retrait de prolongements contractiles : contractilité. Des mouvements énergiques peuvent être provoqués par une irritation extérieure souvent minime : irritabilité. Le leucocyte consomme de l'oxygène, brûle le charbon, l'hydrogène dont il est fait, et produit de l'anhydride carbonique et de l'eau : respiiation. Il puise, dans le milieu qui l'entoure, des particules qu'il incorpore à sa propre substance : nutritioti. Il en rejette d'autres au dehors : excrétion. Enfin, il est capable de se reproduire, de donner naissance à d'autres leucocytes, ou tout au moins il descend d'un autre amas de protoplasme semblable à lui-même : reproduction. Comme l'amibe, il parcourt depuis la naissance un cycle de phases typiques.

Nus nerfs, nos muscles, nos glandes, tous nos organes en un mot, sont formés par des groupes de cellules. Ces cellules, au début, représentent des amas de protoplasme indifférent, à propriétés uniformes, très semblables à celles de l'amibe, <lu leucocyte. A mesure que ces éléments se développent, ils se différencient : la forme aussi bien que la fonction se spécialise, suivant la loi de la division du travail physiologique. Quelques unes des propriétés physiologiques s'exagèrent, se développent aux dépens des autres. La contractilité se perfectionne chez les éléments musculaires, l'automatisme caractérise le système nerveux central, l'irritabilité n'est nulle part aussi développée que dans les cellules spéciales aux organes de sens, etc. Mais les autres propriétés fondamentales de l'amibe existent également en germe dans tous ces éléments.

Chaque leucocyte, chaque cellule représente donc un petit organisme en miniature, un individu physiologique ; et notre corps est un agrégat, une culonie formée d'innombrables unités vivantes. Chaque partie a sa vie propre ; et la vie de l'ensemble n'est que la résultante de l'activité de toutes ses parties.

Ceci nous explique comment des parties séparées du corps peuvent continuer à vivre souvent fort longtemps, quand ou les place dans des conditions favorables.

LiEBERKÙHN a VU persister pendant 85 jours les mouvements amiboïdes des globules blancs dans le sang de salamandre, conservé à l'intérieur d'un tube de verre.

Paul Bkrt (1) a constaté que des pattes, des queues de rat, séparées du corps, continuent à vivre pendant plusieurs jours, peuvent ensuite être introduites sous la peau d'un animal de môme espèce, contracter des relations vasculaires avec cet organisme nouveau, y vivre, y prospérer. « Une partie du corps séparée des centres nerveux, et placée dans des conditions do nutrition favorables, continue à se nourrir ; et môme, si elle n'a pas atteint encore son développement entier, poursuit régulièrement son évolution, s'ossifie, atteint dans le temps ordinaire sa forme et ses dimensions normales » (Paul Bekt).

La chirurgie fuit de nombreuses applications de ces transplantations de tissus vivants (greffe animale).

(1) Paul Bkht, Journal de Hobin, lB68, An», des se. nat., Zoolouiet ô' sér., t. V.

Cette indépendance des cellules se manifeste après la mort encore plus que pendant la vie. On a vu sur des suppliciés, les cellules vibratiles se mouvoir quarante-huit heures après la mort. Chez des grenouilles putréfiées et abandonnées dans l'eau depuis plusieurs semaines, on peut encore trouver des cils vibratils en mouvement. Chez les animaux supérieurs, chaque élément meurt à son heure, suivant sa résistance. Pendant la vie au contraire, tous ces éléments sont dans une certaine mesure soumis à l'influence de la vie générale : ils réagissent les uns sur les autres et s'influencent réciproquement par l'intermédiaire de la circulation et du système nerveux. Les cellules musculaires du cœur, par exemple, vivent ensemble et meurent séparément, suivant l'expression

d'ENOELMANN.

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