ABERRATIONS
d'une image complètement sans défaut est cependant empêchée par Certaines propriétés que Toeil partage avec presque tous les instruments d'optique, savoir :
1. Aberration chromatique. — Chacun sait que la lumière blanche est décomposée par la réfraction, parce que ses éléments colorés possèdent une réfrangibilitè différente. Si donc il part de la lumière blanche d*un point d'un objet, ce point devra avoir dans Tœil une série d'images successives au lieu d'une seule, la première pour les rayons les plus réfrangibles (violets) , la dernière pour ceux qui le sont le moins (rouges). En conséquence il ne peut jamais y avoir dans l'œil d'accommodation complète pour un point blanc. Si l'accommodation s'effectue, par exemple, de telle sorte que le point d'image des rayons violets tombe sur la rétine, les autres couleurs forment des cercles de diffusion concentriques qui sont d'autant plus grands que la couleur s'éloigne plus du violet ; et comme dans le centre tous les cercles de diffusion et le point violet se couvrent, il en résulte une tache blanche avec des bords colorés. Si l'accommodation s'effectue pour une couleur moyenne, verte par exemple, il en résulte évidemment deux séries de cercles de diffusion colorés ; ceux-ci se couvrent en partie sur les bords, de sorte que des couleurs complémentaires (voy. plus bas) tombent les unes sur les autres, et les bords paraissent blancs presque partout. Cette dernière circonstance fait que dans la vue ordinaire on n'aperçoit pas les bords colorés; ceux-ci sont en général presque insignifiants, à cause de la faible faculté de dispersion des milieux de l'œil (à peu près égale à celle de l'eau distillée. Helmholtz), et disparaissent complètement à eôtè de la plus forte impression de lumière blanche du centre. Peutêtre aussi la disposition des divers milieux de l'œil a-t-elle une action achromatique (analogue à celle du flint et du crown-glass des instruments d'optique). Pour percevoir distinctement les bords colorés, il faut donc accommoder l'œil non pour une couleur moyenne, mais pour une couleur extrême (rouge ou violet) ; le moyen le plus simple consiste à ne point accommoder l'œil pour l'objet lui-même. On se sert pour cela de différentes méthodes, dont l'examen ne peut trouver place ici. ^ On comprend facilement que Tétend^ie et la portée de la vue distincte varient suivant les coulei^rs Les points d'éloignement et de proximité pour la lumière violette doivent être beaucoup plus proches que pour la lumière rouge.
2. Aberration sphérique (monochromatique). — Les rayons qui partent d'un objet ne peuvent se réunir de nouveau pour former une
354 ABERRâTIOKS.
véritable image, que s'ils tombent sur les suriaces sphèriqoes réfringentes à une irés-petite distance de Taxe, comme on a déjà po le voir plusieurs fois. Cette condition est satisfaite en partie par Tins, qui empoche un grand nombre de rayons de pénétrer dans Toeil par les bords. D*un autre côté, les défectuosités sont atténuées par ce fait que quelques-unes des surfaces réfringentes sont des ellipsoïdes, de sorte que la convexité diminue beaucoup Ters les bords, et que de plus, les rayons latéraux dans le cristallin ne traversent que les couches extérieures dont le pouvoir de réfraction est beaucoup moindre que celui des couches intérieures. Mais cette correction est rare ment exacte ; tantôt elle est insuffisante, et tantôt elle d^asse la mesure ; aussi en résulte-t-il presque toiyours, surtout quand la pupille est dilatée, une certaine aberration qui se manifeste nécea» sairement par des cercles de diflusion, et conséquenunent par des images confuses, bien qu'on ne s'en aperçoive que rarement. — Quelques autres formes de l'aberration monochromatique sont compriseï dans ce qu'on nomme :
Vastigmatume (Helmholtz, Rnapp, Donders). — a. L'astigmatisme dit irréguUer consiste en certaines irrégularités de courbure des sn^ faces réfringentes qui empêchent la réunion dans un point d'un faisceau de rayons homocentriques ; chaque petite section de la surface a son image particulière, de sorte qu'un objet comme un point donne une image en forme d^étoile (étoiles fixes). La cornée montre en outre certaines irrégularités passagères (larmes, etc.).
b. L'astigmatisme régulier consiste en une différence de courbure des surfaces réfringentes en divers méridiens de l'œil, dont les plus écartés l'un de l'autre se nomment méridiens principaux. Le plus convexe est généralement le méridien vertical, le moins convexe le môridien horizontal. I.a distance du foyer est donc différente pour les deux méridiens, de sorte que l'œil peut être myope dans le premier et hypermétrope dans le second. Il est vrai qu'en général la différence est si faible qu'on ne peut la reconnaître que si on regarde au loin deux traits fins parallèles; on peut les distinguera une bien plus grande distance s'ils se trouvent dans la position verticale que dans la position horizontale. Quand l'asti gmatisHie a atteint un haut degré, on doit le corriger au moyen d'un verre plus fort dans une direction que dans l'autre, ou plus simplement dont la courbure n'est que dans un sens, c'est-à-dire par des verres à surface cylindrique.
3. Fluorescence, — Tous les miheux de l'œil possèdent cette propriété. Le cristallin est le plus fluorescent, le corps vitré l'est le
Doins. (Helmholtz, Setschenow, (legnauld.) Si donc la rétine ne peut itre excitée que par des ondes lumineuses d'une certaine longueur ▼oj. plus bas) , notre faculté de perception se trouve développée MUT la fluorescence dans le sens des ondes les plus petites (rayons lUra-violets). (Sur les limites réelles, voy. plus bas.)
4. Polari$ation, — Si Tœil reçoit du bleu polarisé ou de la lumière »ntenant du bleu (si Ton regarde , par exemple, le del à travers un îkolj ou simplement avec l'oeil, car les rayons bleus du ciel sont déjà x>larisé8), on remarque une espèce de figure en forme de buisson Haidinger) qui suit le mouvement des yeux. Les propriétés biréfrïn- ;ente8 des milieux de Tœil qui ont été constatées (Jamin, Valentin) ne suffisent pas pour expliquer ce phénomène. Il résulte des fibres [probablement aussi biréfringentes) de la tache jaune (voy. plus bas) qui, frappées sous des angles difTérents par la lumière polarisée et en absorbant ici moins, là davantage, produisent ainsi la figure mentionnée. (Uelmboltz.) Nous ne pouvons traiter ici ce sujet avec plus de détails.
Ce qu'il advient de la lumière dans VosiL
Les rayons lumineux qui ont pénétré dans Tœil y sont en partie ab80ii>é8» mais aussi en partie réfléchis, et de telle sorte qu'ils prennent pour sortir de l'œil le chemin par lequel ils sont entrés. Chaque faisceau de rayons homocentriques, en supposant Taccommodation complète, se réunit après la réfraction en un point de la rétine transparaite et probablement dans la couche extérieure des bâtonnets (1). Chaque bâtonnet peut être considéré comme un prisme d'un trèsgrand pouvoir de réfraction qui, par sa base, touche à la choroïde, et le long de ses faces se trouve en contact avec une substance intermédiaire faiblement réfringente. (Brûcke.) Les rayons qui divergent après leur réunion dans l'image atteignent alors soit directement la choroïde, soit la face latérale du bâtonnet, et cette dernière sous un angle si obtus que ce n'est pas une réfraction mais une réflexion totale qui a lieu dans la substance intermédiaire ; il en résulte que ces rayons doivent être finalement jetés sur la choroïde ; ils sont presque tons absorbés par le pigment noir de celle-ci ; le reste de la lumière est réfléchi et se réunit de nouveau soit directement (rayons axiaux),
[1] D'après les recherches les plus récentes, c*iest seulement dans ce qu'on nomme les membres externes des bâtonnets ou dans ceui des cônes tout à fait semblables» (Voy» plus bas.)
soit après réflexion sur les parois des bâtonnets dans le point de l'image. De là la lumière sort de l'œil et retourne à l'objet suivant des lois optiques connues. Par cette disposition se trouvent èrités k passage de rayons d'une partie de la rétine à l'autre , les interférences, etc., et la vue distincte est rendue possible. C'est aussi la nd* son pour laquelle le fond de l'ceil parait obscur à l'obsenrateur qui regarde la pupille.
Pour le voir briller, l'observateur devrait faire de sa propre rétine le point de départ de rayons qui seraient perçus à leur retour, après la réflexion subie dans l'œil du sujet. On atteint ce but artificiellement au moyen des ophtkalmoscopei. Ils consistent essentiellement en ceci : que la lumière d'une flamme est projetée sur i'ceil observé comme si elle venait de l'œil qui observe. Un des plus simples (Helmholtz) consiste en une pile de plaques de verre qui sert à li fois de miroir et de milieu transparent. On fait arriver par die dans fœil que l'on observe les rayons d'une source de lumière placée latéralement. Les rayons, à leur retour, ne sont renvoyés à la source qu'en partie par les plaques ; une partie traverse ces plaques et arrive dans Tœil de l'observateur qui se trouve derrière elles. L^œil examioé ainsi parait briller d'une lumière diffuse. Pour obtenir une image distincte de la rétine, on place entre le miroir et l'œil de Tobsemteur une lentille concave qui en donne une image (virtudie) trèsclaire. On peut naturellement remplacer la pile de plaques par oo miroir plan ou concave qui laisse passer par une ouverture ceotnle une partie des rayons à leur retour. De là dérivent d'autres formes de rophthalmoscope. ( De Ruete, de Coccius. ) Entre la source de lumière et le miroir (plan), on place une lentille convexe pour godcentrer les rayons. S'il ne s'agit pas d'obtenir une image prédse de la rétine, mais seulement de la voir éclairée d'une lumière diffuse, il sutSt de se ser\'ir du procédé suivant (Brûcke) : L'œil que l'on vent observer regarde un point brillant placé tout prés, mais en s'adaptaol pour un objet éloigné. Au lieu du point de réunion, il se produit alors un cercle de diffusion sur la rétine. Les rayons réfléchis ne se réunissent pas à leur point de départ, mais soit au delà à une grande distance, soit point du tout (parallèles ou divergents). Si l'œil de l'observateur se trouve dans le cône des rayons qui reviennent, protégé, s'il le faut par un écran contre l'impression de la flamme, il voit le fond de Iffil du sujet illuminé d'une lumière rouge. Le fond de Tœil des albinos et des animaux est éclairé parce que la lumière y pénètre par la sclérotique et la choroïde. Ce brillant de l'œil est surtout considérable chei
les animaux dont le pigment noir d'une partie de la choroïde est rem* placé par une membrane claire, fortement rëflectrice » que Ton nonune tapis chez beaucoup de mammifères, principalement les carnassiers et les cétacés, chez les poissons, etc.
Lieu d'excitation du nerf optique.
Les rayons qui tombent sur la rétine n'arrivent à être perçus que parce que les terminaisons du nerf optique qui s*y trouvent sont excitées par les vibrations de Téther d'une façon encore inconnue pour nous. Les seules terminaisons nerveuses qui reçoivent la lumière sont les canes et les bâtonnets, et en voici les preuves :
1 . Le point par où pénétre le nerf optique , et où la rétine sans cônes et sans bâtonnets ne se compose que des fibres de ce nerf, est incapable de percevoir la lumière, c'est la tache obscure ou tache de Mariette. Si Ton fixe le point A avec Tœil droit (en tenant le gauche fermé) d'une distance environ
quatre fois aussi grande que la distance AB, le point B est complètement invisible. L'image du point A tombe en effet à l'extrémité de la ligne visuelle et celle de B sur la place d'entrée du nerf optique éloignée en dedans de cette extrémité d'environ 3 1/3'"* ; A disparait de même si l'on fixe B avec l'œil gauche de la même distance. (Sur le rAle de Ui tache de Mariotte dans le champ visuel, voy. plus bas.)
2. La fovea centralis de la rétine et la tache jaune qui l'entoure, qui ne contiennent toutes deux que des cônes et des bâtonnets et point de fibres du nerf optique, sont propres à la vue la plus perçante. (La fifvea centralis se trouve presque exactement à l'extrémilé de la ligne visuelle, de sorte que l'image d'un objet regardé fixement tombe sur cette place.) Comme la fovea centralis ne contient que des cônes, que la tache jaune en contient un grand nombre (chacun d'eux entouré d'un cercle de bâtonnets) et le reste de la rétine très-peu (chacun d'eux entouré de plusieurs cercles de bâtonnets), on est en droit de conclure que les cônes sont encore plus propres à recevoir la lumière que les bâtonnets. (Voy. plus bas quelques détails sur la fonction de ces deux sortes d'éléments.)
3. Les vaisseaux de la rétine qui se trouvent derrière la couche des fibres nerveuses, mais devant la couche des bâtonnets et des cônes,
S68 VISIOK.
jettent sur cette dernière, quand Tœil est éclairé du dehinrs, une ombre qui peut être perçue entoptiquement dans certaines conditions qui seront expliquées plus bas, et c*est là une preuve certaine que les cônes et les bâtonnets sont les élémoits sensibles à la lumière. 11 est constaté par des mesures exactes que Tombre provient des vaisseaux de la rétine et non d'autres situés par devant. L'ombre change de place à chaque mouvement de la source lumineuse, et comme on peut mesurer entoptiquement ce changement de lieu, oo peut , par cela même , facilement calculer la distance qui sépare la surface de perception du corps qui y projette son ombre. Or, cette distance concorde parfaitement avec la distance mesurée qui sépare les vaisseaux de la rétine des bâtonnets. (H. Mûller.)
Les organes terminaux (cônes et bâtonnets) sont donc seuls directement excitables par les vibrations de l'éther, et non les fibres nerveuses elles-mêmes, ni dans la rétine, ni dans le tronc du nerf optique. Hais toute excitation du nerf optique en un point quelconque de son parcours ou de ses terminaisons, au moyen d'un excitant ordinaire (mécanique, électrique, etc.), produit la sensation de la lumière, sensation qui constitue par conséquent Yénergie spécifique de ce nerf. Les excitants mécaniques, tels que la contusion ou la section da tronc nerveux , produisent une illumination instantanée de toot le champ visuel ; une pression sur l'œil, et par conséquent sur une partie de la rétine, produit également une figure brillante en forme de cercle sur la partie du champ visuel qui lui correspond, c'està-dire qui se trouve en face ; dans les yeux sujets à une excitation maladive, le seul contact du sang qui parcourt la rétine suffit pour donner naissance à des phénomènes lumineux; enfin, un changement soudain d'accommodation dans l'obscurité, à cause du tiraillement du bord antérieur de la rétine qui en résulte, produit l'apparition d'une frange brillante sur le bord du champ visuel. (Purkinje, Czermak.) Les excitants électriques (direction d'un courant constant à travers l'œil, variations de ce courant) ont pour effet des phénomènes lumineux particuliers dans lesquels les diverses parties de la rétine arrivent à la perception. (Ritter, Purkinje.) (Pour ce qui est de l'influence de l'excitation électrique sur la sensation des couleurs, voy. plus bas.)
La lumière n'a besoin d'agir qu'un temps extrêmement court pour exciter la rétine ; la durée de l'étincelle électrique suffit. Si la durée se prolonge , l'excitation devient plus intense et la rétine se fatigue. C'est ce qui explique : \^ les images persistantes négatives (voy. plus
bas) ; 2*" la sensibilité bien plus grande de la rétine après un long séjour dans l'obscurité ; 3® Teffet considérable d'excitations lumineuses intermittentes, comparé à celui d'excitations prolongées ; l'intermittence produit son action la plus forte quand elle a lieu de dixsept à dix-huit fois par seconde (Brûcke), probablement parce que l'excitation nouvelle agit au moment où l'organe visuel se relève à peine de la première.
Qtudités des sensations lumineuses.
Toutes les vibrations de l'éther n'ont pas le pouvoir d'exciter les organes terminaux du nerf optique. Celles dont la longueur d'onde dépasse celle qui correspond à la ligne A de Frauenhofer (rayons ultra-rouges, thermiques) ne possèdent point la propriété d'excitation et sont par conséquent invisibles; les vibrations dont la longueur d'onde est inférieure à celle qui correspond à la ligne H (rayons ultraviolets, chimiques) excitent si faiblement la rétine qu'il faut des appareils particuliers pour les rendre visibles.
L'invisibilité des rayons ultra-rouges a conduit à l'étude de la diathermansie des milieux de l'œil, étude de laquelle il résulte que ces milieux absorbent 90 pour i 00 des rayons caloriflques. (Brûcke, Janssen.) Par rapport aux diverses parties du spectre prises séparément, la diathermansie des milieux de l'œil est à peu prés la même que celle de l'eau (Franz) ; ils laissent donc passer assez de rayons ultrarouges pour qu'on ne puisse expliquer leur invisibilité que par leur incapacité d'exciter la rétine. Les rayons ultra-violets, difficilement visibles, se montrent avec une couleur gris de lavande quand on les a rendus artiflciellement visibles en cachant le reste du spectre (naturellement sans l'aide de corps fluorescents autres que les milieux propres de l'œil. (Helmholtz.)
Les vibrations de l'éther capables de produire une excitation occasionnent l'impression de sensation lumineuse, du moment que cette excitation est conduite des organes terminaux dans la rétine aux organes centraux du nerf optique dans le cerveau. V intensité (élongation, hauteur d'onde) des vibrations détermine la force des impressions; la /on^eur des ondes , au contraire, détermine dans ces impressions des différences spécifiques que l'on désigne sous le nom de couleurs. Le spectre solaire, qui fuit arriver simultanément dans l'œil des rayons de toutes les longueurs d'onde capables d'impressionner, montre aussi toutes les couleurs les unes ù côté des
autres. Outre ces couleurs que Ton nomme simples, il en est d'autres que Ton nomme couleurs mélangées. L'impression de ce dernier genre de couleurs est acquise par la conscience » soit lorsque des rayons de différente longueur d'onde (diverses couleurs simples) se réunissent en un système qui en est comme le résultat et qui vient frapper la rétine, soit lorsque les fibres du nerf optique sont excitées simultanément par plusieurs rayons de couleur diverse. Dans les deux cas les mêmes couleurs simples donnent les mêmes couleurs mélangées. La couleur mélangée la plus complexe est le blanc ^ couleur de la lumière solaire non décomposée. Il résulte ou bien du mélange de toutes les couleurs simples du spectre qui proviennent précisément de la décomposition de la lumière du soleil, ou bien du mélange de quelques-unes d'entre elles. Si deux couleurs simples donnent le blanc comme couleur résultant de leur mélange, l'une est dite couleur complémentaire de l'autre. Les couleurs mélangées ellesmêmes fournissent du blanc avec certaines couleurs simples ou d'autres couleurs mélangées.
Nous appelons notr la sensation de l'absence d'une impression lumineuse sur une place de la rétine sensible à la lumière.
Les deux modes de mélange de couleurs mentionnés plus haut privent être réalisés de la manière suivante :
1® Formation d*un système (Tondes résidtani de rayons divers ou d'ondes différentes. — a. La source de la lumière elle-même en fournit un semblable que le prisme décompose en ses couleurs simples. — 6. On amène dans l'œil plusieurs rayons colorés provenant de différentes sources , de manière à les faire tomber sur la même place de la rétine. Voici les moyens les plus simples d'arriver à ce résultat : On observe une couleur à travers une plaque de verre posée obliquement, laquelle envoie en même temps dans V(&1 me autre couleur par réflexion (Helmholtz) ; ou bien , en reproduiaMit l'expérience de Scheiner déjà mentionnée, on place dans les deux petites ouvertures deux verres diversement colorés ; les deux cônes de rayons ont alors des couleurs différentes. Si alors on accommode l'œil de telle sorte que les deux cercles de diffusion se couvrent en partie, la place de la rétine commune à tous deux s'éclaire d'une couleur mélangée. (Czermak.)
2. Excitation de la rétine ou d'éléments correspondants de la rétine par différentes couleurs, — a. On met à proih la propriété de persistance des excitations que possède la rétine (voy. plus bas), et l'on fiil tomber sur Tœil diverses couleurs (au moyen d'un cercle coloré), de
VISION. 30t
lie sorte que l'excitation produite par la première se fasse encore ntir, quand la seconde entre exaction. — b, Onfaitagir des couleurs Rérentes sur deux points identiques des deux yeux. (Voy. plus bas.) Voici les couleurs mélangées provenant de deux couleurs simples elmholtz) :
Rouge et violet donnent pourpre,
Rouge et bleu — rose,
Rouge et vert — jaune mat,
Rouge et jaune — orange,
Vert et bleu — bleu verdâtre,
Jaune et violet — rose,
Jaune et vert — jaune verdâtre,
Vert et violet — bleu pâle,
Bleu et violet — bleu d*indigo.
▼oici les couleurs complémentaires de couleurs simples (Helmks) (les longueurs d'ondes représentent des cent-millioniémes de ace (i) :
Couleur. Longueur d'onde. Couleur complémentaire. Longneur d'onde.
Rouge S4S5 Vert bleuâtre 1818
Orange 2244 Bleu 1809
Jaune d'or 2102 Bleu 1793
Jaune 2605 Bleu d'indigo 1716
Vert jaunâtre 2082 Vioi^ 1600
C!e fait remarquable, que le résultat d'un mélange de couleurs est même, que la combinaison s'effectue par les vibrations de Téther dans les appareils nerveux excités, ne devient intelligible que si ri admet la théorie sur la perception des couleurs soutenue d'abord r Young, relevii récemment par Ilelmholtz et que Max Schultze In a étayée de preuves anatomiques.
L*idée que la perception de toute couleur simple ou composée pront d'une forme particulière d'excitation du même élément nerveux itredit à un haut degré le principe des énergies spécifiques déjà ntionné. D'après ce principe, on doit admettre que sur chaque ce de la rétine appropriée à la perception des couleurs il se trouve 1 une seule mais plusieurs terminaisons de fibres nerveuses difTé-
1) Dans l'optique physiologique de Helmholti on trouve milUonièmet (probableit par faute d'impression) ; cette erreur est passée dans presque tous les traide physiologie. •— H.
rentes, et que chacune de ces fibres est excitée par une couleur fvticulière dont elle produit l'impression dans le sensorium. Une couleur mélangée serait ainsi décomposée comme par un prisme ^ou comme un son par des résonnateurs), et chacune de ses composantes exciterait la fibre qui lui correspond. Dés lors, que ce soit la cooleor mélangée comme telle ou bien ses composantes chacune pour soi qui frappent la rétine ; que ces dernières arrivent à l'œil rapide ment Tune après l'autre, ou se distribuent sur les points correspondants des deux rétines, la sensation sera toujours la même.
On ne peut déterminer a priori combien on doit admettre i chaque point de la rétine d'éléments propres à percevoir les couleurs; le plus petit nombre imaginable serait probablement de trois (Young), un pour chacune des trois couleurs principales : rouge, jaune et bleu. En vérité, leur nombre parait être beaucoup plus grand.
Les recherches auatomiques les plus récentes ont démontré presque jusqu'à la certitude que les cônes sont les éléments de la rétine qui perçoivent les couleurs. (H.* Schultze.) On doit les considérer conune des amas de terminaisons nerveuses ; ils paraissent striés kmgitudinalement et se réunissent en une fibre épaisse consistant en lui faisceau de cylindres-axes trés-flns qui se dispersent entre les coucha granuleuses. La faculté de perception des couleurs varie conséqueiuinent dans la rétine suivant que les cônes y sont plus ou moiib répandus. Les bâtonnets ne sont très-probablement doués que d'au pouvoir quantitatif pour distinguer la lumière. Us se transforment en un seul cylindre-axe.
La théorie de Young, Hehuholtz et Schultze s'appuie encore sur les faits suivants :
1. Les oiseaux de nuit (hlhou, chouette, chauve-souris) manquent complètement de cônes et n'ont que des bâtonnets (M. Schultze) ; cela doit leur suffire pour distinguer des différences de lumière purement quantitatives (clair el obscur).
2. La faculté de distinguer les couleurs chez Thomme atteint sou maximum dans la fovea ceritralis où il n'y a que des cônes, diminue vers la périphérie à mesure que les bâtonnets se présentent et nunque complètement vers les bords de la rétine où les cônes se trouvent isolés. (Aubert, Schultze.) On constate même ici des irrégularités qualitatives dans la perception des couleurs. (Voy. plus bas.)
7). Très-souvent un vice de la Mie empêche de distinguer les couleurs (dyschromalopsie, daltonisme), quelques-unes d'entre elles ou une seule. Si c'est le rouge qui manque (exemple le plus fréquent de
YISION. S63
cette anomalie), il parait noir, et les couleurs mélangées qui en contiennent ont le môme aspect (pie si le rouge faisait défaut (le blanc, par exemple, parait bleu verdàlre). Cet état ne peut être expliqué que par Tabsence ou une incapacité de fonction des éléments sensibles à la couleur rouge. Comme il est des gens atteints de daltonisme ^ qui sont cependant excités par un rouge très-fort , ce n'est pas un manque absolu qu'il fout admettre, mais une imperfection qui peut varier graduellement. Les parties périphériques de la rétine sont ordinairement insaisibles au rouge jusqu'à un certain point ; le blanc y parait verdâtre ; de même vers les limites de la perception, c'est-à-dire quand l'image colorée est très-petite, le rouge est aussi la couleur qui se dérobe le plus facilement à la senattion (Aubert) ; il semble donc que les éléments des cônes sensibles au rouge ont besoin d*une excitation plus forte que les autres, et, de plus, qu'un certain nombre de cônes doivent être excités, pour que la perception des couleurs puisse avoir lieu. Ainsi peuvent s'expliquer tous les phénomènes déjà mentionnés. Les courants électriques donnent de faibles sensations de couleur^ quand ils traversent le nerf optique ; le champ visuel parait vjolet quand le courant est ascendant et rouge jaune quand il est descendant. (Ritter.) Dans les deux cas, les fibres sensibles au rouge parai9> sent moins excitées que les fibres sensibles au bleu et au jaune.
4. La théorie de Young trouve encore un appui important dans les rapports complètement analogues de l'organe de l'ouïe. (Voy. plus bas.)
La façon dont la lumière mélangée est décomposée dans les cônes est encore complètement incompréhensible. Mais il se présente chez les oiseaux une organisltion de ces éléments qui jette quelque lumière sur leur faculté de percevoir les couleurs. Les cônes de la rétine des oiseaux sont des éléments simples, car ils ne sont unis qu'à un seul cylindre-axe; dans le sens de la théorie de Schultzc, ils sont donc des bâtonnets et contiennent, entre la partie interne et la partie externe (voy. plus bas), une boule graisseuse rouge chez les uns, jaune chez les autres et chez d'autres encore tout à fait incolore. 11 est à croire que les bâtonnets de la première espèce ne transmettent que de U lumière rouge aux éléments sensibles, ceux de la sei*.onde de la lumière jaune, ceux de la troisième peut-être du blanc. La perception des couleurs parait donc ici être distribuée entre plusieurs bâtonnets, dont quelques-uns ne peuvent être excités que par la lumière d'une couleur particulière. Cette pluralité de bâtonnets correspond à un cône cbex l'homme. (Schultze.) Les bâtonnets pigmentés manquent
complètement à la chouette ; il ne lui reste que des bâtonnets incolores.
On distingue facilement dans les bAtpnnets et les cônes deux parties différentes, Tune interne et l'autre externe. (M. Schultze.) La partie externe, pareille pour les cônes et les bâtonnets, est composée de p^ts corps cylindriques réguliers, est fortement réfringente , et se noir cit presque toujours sous Taction de Tacide hyperosmique. C'est évidemment un appareil de réflexion. La partie interne est différente chez les bâtonnets et les cônes ; chez les premiers, elle est ausri mince que la partie externe ; chez les seconds, elle est en forme de fuseau et montre des stries longitudinales; sa nature est évidemment nerveiise. La ligne de démarcation entre les deujL parties est bien tranchée et doit réfléchir totalement la plus grande partie des rayons venant de l'intérieur. La lumière qui pénétre dans la partie externe est absorbée par la choroïde ou réfléchie de nouveau également vers la partie interne. Comme, de plus, dam la rétine des oiseaux la boule graisseuse pigmentée qui sépare les couleurs se trouve entre la partie Interne et la par^e externe, on peut se figurer, sans s*en rendre bien compte, que cette partie interne qui renferme les éléments de perception n'estpas excitée par la lumière qui tombe directement sur elle , mais seulement par la lumière déjà réfléchie par la partie externe. (M. Schultze.)
11 a été dit plus haut que de chaque point d une image qui se trouve sur la rétine on arrive au point correspondant de l'objet si Ton tire le rayon visuel (ligne de direction) 4||ui les joint. C'est dans cette direction également que la conscience transfère à Textérieur la cause de toute impression lumineuse produite par l'excitation d*un élément de la rétine. On verra plus loin à quelle distance sur cette ligne l'image est transférée ; admettons pour le moment que ce tran>fcrt s'effectue de telle sorte que tous les objets paraissent situés dans un plan qui se trouve devant l'œil. Ce plan se nomme le champ visuel. Or, la conscience se représentant toujours Tétat d'excitation de tous les éléments de la rétine dans Tordre qu'ils occupent sur cette membrane, il en résulte qu^un champ visuel est toujours vu. Ce champ parait noir quand toute excitation fait défaut ; à chaque élément de la rétine excité correspond un point brillant, à chaque élément non excité un point noir sur la place du champ visuel diamétralement opposé. Ce dernier est donc exactement rempli des
mêmes images, mais renversées, qui se trouvent sur la rétine; mais celles-ci étant renversées par rapport aux objets vus , ceux-ci apparaissent droits dans le champ visuel.
La tache aveugle n'occasionne dans le champ visuel aucune lacune perceptible. L'absence d'excitation optique, dont l'effet sur nous se désigne sous le nom de notr, ne peut être évidemment sentie que là où se trouvent des terminaisons nerveuses sensiblesé la lumière. Or, il n'y en a aucune dans la tache aveugle ; celle-ci se comporte donc vis-à-vis de la lumière comme une place quelconque de la peau : nous n'éprouvons pas avec la main la sensation de noir, bien que nous n'en recevions aucune impression lumineuse. Les impressions produites autour de la tache aveugle se trouvant donc localisées dans le champ visuel au moyen des rtiyons visuels, la conscience doit logiquement percevoir le besoin de points brillants intermédiaires et parait en effet se les représenter d'après les règles de la vraisemblance. (E. H. Weber.) C'est pourquoi dans rexpérieace déjà citée (p. 357), à la place où Tobjet disparait, ce n'est point une tache noire que l'on voit ; mais la couleur du fond (le blanc du papier) se prolonge pardessus la lacune.
Comme chaque place de la rétine ne contient 4^'un nombre déterminé d'organes terminaux nerveux (bâtonnets ou c^nes), chaque image ne peut se composer que d'un nombre limité d'impressions lumineuses séparées dans l'espace et formant entre elles une espèce de mosaïque ou de broderie. Mais la mosaïque est si fine qu'elle produit l'effet d'un dessin continu. Le même objet devra apparaître avec d'autant plus de netteté que son image sera distribuée entre un plus grand nombre d'éléments de la rétine susceptibles de perception. La netteté de la perceptitti d'un objet déterminé dépend donc : l*" de la grandeur de son image sur la rétine , c'est-à-dire on le verra avec plus de précision à une petite distance que dans le lointain ; 2« de la position de la place de la rétine où tombe son image ; les éféments de perception se trouvent en eflet rassemblés en plus grand nombre dans la dépression centrale (fovea centralis) et la tache jaune que sur le bord de la rétine ; si l'image d'un objet tombe sur le milieu de celle-ci, c'est alors qu'à distance égale il sera perçu avec le plus de clarté. Aussi , quand on considère attentivement un objet (quand on le fixe)^ l'œil est tourné de telle sorte que l'image de l'objet tombe sur la tache jaune. De plus, un objet n'est en général reconnaissable que si son image sur la rétine occupe un nombre suffisant d'éléments doués de perception, de telle sorte que la conscience reçoive un
366 IMAGBS.
assez grand nombre d'impressions distinctes dans Fespace pour caractériser la forme de Tobjet. On a trouvé que deux points d'une image sur la fovea centralis doivent être éloignés l'un de l'autre d'au moins 0mm Q()2 pom* ^tre perçus séparément; sur les autres parties de la rétine, la distance doit être encore plus grande. En conséquence, des objets très-petits ou trés-éloignés ne sont point recoonaissables.
La grandeur (le diamètre) de l'image produite ^sur la rétine est évidemment toujours déterminée par la grandeur de l'angle vtnd que forment entre elles les deui lignes de direction extrêmes d*aii objet; cW pourquoi l'on dit ordinairement que les objets ne peuvent plus être perçus sous un très-petit angle. Pour les reconnaître encore dans ce cas, Tangle visuel doit être agrandi artificiellement; chacun sait qu'on se sert pour cela des télescopes ei des microscopes, des premiers pour les objets trés-éloignés, des seconds pour les objets de très-petite dimension.
On peut déterminer de diverses manières la plus petite distance à laquelle deux points d'une image sur la rétine peuvent encore être perçus séparément (Volkmann) : i" Deux fils très-fins ou deux lignes maintenues à une distance égale de l'œil sont rapprochés peu à pen jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus être distingués l'un de l'autre, et alors on calcule l'espace qui sépare leurs images sur la rétine. 3* On considère sur un pendule oscillant un point très-rapproché du point de rotation à des distances différentes , jusqu'à ce que son mouvement ne soit plus perceptible. Dans ces expériences on doit toujours tenir compte de l'irradiation. (Voy. plus bas.) D'après les anciennes mesures, la plus petite distance perceptible sur la rétine concordait avec la grandeur des diamètres des cônes telle qu'on l'estimait alors (0,004 millim.). Les deux grandeurs ont été trouvées plus petites dans les mesures récentes , mais on peut encore affirmer qu'il y a entre elles un rapport étroit. Les cônes de la fovea centralis ont environ 0'°°',002 de diamètre ; mais il semble qu'on ne doive prendre en considération que la surface comprise entre le membre interne et le membre externe ^ et le diamètre de celle-ci est d'envirmi 0'"",00i. (Schultze.)
La manière dont est disposée la mosaïque des éléments de la rétine est d'une certaine importance pour la perception des petites images; pour ce qui est de la tache jaune, c'est régulièrement dans les sections rhombiques de cercles qui se coupent en forme de guillochis que les cônes sont situés. (M. Schultze.)
ss détails d'une image se distinguent les uns par leur différence lat, les autres par leur difTérence de couleur. Pour ces derniers, oesse avec laquelle ils sont perçus dépend non pas du nombre éléments de la rétine en général , mais du nombre des éléments îs de la perception des couleurs (cônes) qui sont couverts par ige. Sur le milieu de la rétine tous les détails sont également fn», parce qu*il ne s'y trouve que des cônes ; mais vers la périîe la faculté de distinguer les couleurs diminue beaucoup plus iement que la faculté de distinguer les différences d'intensité de Biière.