MOUVEMENT DU CŒUR
Ces valvules (à droite lairicuspide, à gauche la bicuspide ou milrale) consistent en deux plaques membraneuses, qui s'attachent par une large base aux parois de Torifice, et dont les bords libres sont fixés aux colonnes charnues du cœur par les cordes tendineuses. A Tétat de repos, elles pendent mollement dans le ventricule; mais dès qu il se fait eu céhii-ci une plus forte pression que dans loreillelte, elles sont refoulées vers le haut, et comme les cordes les empêchent de se replier dans Toreillette, leurs bords intérieurs se pressent l'un contre Tautre et produisent une fermeture complète (1).
(i) LE théorie de l'occlusion des orifices auriculo-ventriculaircs donnée par M. Herinann est celle qui est la plus généralement admise. En 1805, nous avons publié dans le Journal d'Anatomie et de Physiologie de M. Ch. Robin, un mémoire sur des expériences que nous avons faites pour vérifier cette occlusion. Nos expériences nous ont démontré ce qu'a^'aientdéjà soutenu plusieurs auteurs : Parchappe, Laennec, Spring, etc., que, pendant la systole du cœur, les valvules auriculo-ventriculaircs sont abaissées, et non relevées. « l\ est hors de doute, dit l^ennec, ({uc la contraction des muscles papillaires doit abaisser tt non relever les val>'ules. » De même, pondant la systole, et pai* conséquent pendant la réplétion du ventricule, il est impossible, comme le répètent la pïupajj^ des auteurs, que les valvules soient abaiss<!>es et appliquées contre les parois du ventricule ; elles flottent au contraire autour de l'orifice auriculo-ventriculaire, comme on peut s'en assurer en versant de l'eau dans un cœur d'animal quelconque. La densité du sang étant encore plus grande que celle de l'eau^il est évident que les valvules auront encore plus de tendance à gagner la partie sujK'rieure d'une masse sanguine.
Depuis la publication de ce mémoire, nous avons encore pu constater facilement, au moyen des courants continus agissant sur un cosur ouvert, que pendant la systole du ventricule les valvules étaient abaissées et fortement tenduiis contre les parois internes jdes ventricules. Donc, elles ne i>euvent pas servir h l'occlusion <les orifices auriculo-ventriculaires. .
Comment peut donc se faire cette occlusion, si nécessaire ])cudaiit la systole? Kos exp<!'riences nous ont conduit* à admettre que l'orilice auriculo-ventriculaire est complètement fermé T)ar le rapprochem(»nt des parois et par la contraction des fibres musculaires qui se trouvent au pourtour de cet orifice.
L'anatomie nous démontre d'abord (fue toutes les fibres musculaiics du co'.ur jiartent et entourent les orifices auriculo-musculaii'cs; de niiuiièrc àJ^ rétrécir fortement lorsqu'elles entrent en contractions. ^
Preuves pkijsiologiques. — De toutes les preuves physiologiques qui viennent à l'appui de notre théorie, la plus simple de toutes, connue aussi la plus convaincante, est le serrement qu'éprouve le doigt introduit dans l'orifico auri:ulo-venlriculaire au moment de la svstole.
Quoique dans les conditions où Ton opère l'animal soit afl'aibli et par la perte de sang et par les désordres graves que l'on a déterminés, et que, par coiséquent, le cœur ne possède plus son énergie normale, il y a un fait surprenant : c est la force avec la<iuelle le doigt se tmuve serré. Cette constriction éprouvée est telle, qu'il est presque impossible de retirer son doigt dans le moment. Cela s'accorte parfaitement avec laspect extérieur des ventricules. A la flaccidité des vonlricbles, disent MM. Chauveau et Faivre, sucièdent la rigidité et la tension, et il y i vraiment quelque chose (V extraordinaire dans cette transformation radicale et nstantauée [loc. cit., p. 407).
Nous avons opéré sur un chien de moyenne tnille, et il est ceiiain pour nous que la constriction ({u'éprouve le doigt introduit dans l'anus est bien moins énergique
Immédiatement après la fermeture des valvules auriculo*ventriculaires commence la systole des ventricules. La fermeture des valvules est encore consolidée par la contraction simultanée des colonnes charnues (muscles papillaires), et les ventricules en se contractant
que celle qu'éprouve le doigt introduit dans l'orillce auriculo-ventricuiairc. Il nous parait impossible qu'un pareil clfct soit dû à la pression exercée par les valvules gonflées; car des membranes minces et mobiles sont loin de donner au doigt une {lareille sensation. Notre témoignage cependant a peut-être une valeur minime, et nous préférons nous appuyer ici encore sur l'autorité des maîtres.
Senac a observé que si l'on insinue le doigt dans les ventricules, on sent que « la cloison palpite, se resserre et devient plus dure. » {Traité du cœur, i7i9, t. II, p. 25.)
Depuis, tous les expérimentateurs ont constaté le môme fait. MM. Chauveau et Faivre, Gavarret, Marey, etc., rapportent avoir séftti le doigt comprimé au moment de la systole, seulement ils attribuent cet effet à la pn^sence des valvules.
« Quand on porte, dit expressément Beau, le doigt indicateur à U'avers une plaie faite à l'oreillette sur l'orifice auriculo-ventriculaire, on trouve cet orifice fermé et imperméable au sang pendant le repos du ventricule ou le second temps.» {Gazette hebdomadaire, 1862.) Le moment appelé par Beau repos du ventricule pourrait bien n'être que la fin de la systole.
M. BoulUaud est tout aussi explicile: n Si Ton introduit le doigt, conmie je l'ai lait, dans un orifice auriculo-ventriculaire, ce doigt éprouve une forte pression, se sent serré de toutes parts pendant la systole du ventricule. Ce serrement disparait aussitôt que cesse la systole et que commence la diastole, pour reparaître dès que la systole succède à celle dernière.» (Discours à V Académie de médecine, 1S64.) Toutes ces expériences ont été faites chez le cheval; on ne "peut donc objecter que le doigt est d'une épaisseur trop grande, comparativement à la largeur de l'orifice.
Nous avons encore fait l'expérience suivante : Par une [>laie faite ù l'oreillette droite d'un chien chez lequel on pratique la respiration artificielle, nous avons introduit un tube de verre assez résistant, quoique d'un diamètre moyen. Au lieu de pousser ce tube jusqu'au fond du ventiMCule, nous l'avons maintenu près de la base, de manière que sou extrémité dépasse à peine l'orifice auriculo-ventriculaire, et que la valvule tricuspide puisse jouer librement. Si la valvule tricuspide avait pour but de fermer l'orifice auriculo-ventriculaire, il devrait arriver que, pendant la «systole, le sang ne pourrait refluer du ventricule dans le tube. Le contraire a lieu. A chaque systole, on voit le sang s'élever dans le tube et même en jaillir, si le tube n'est piint trop long, ou surtout si l'animal n'est pas trop exsangue. Si l'on maintient l0»tube dans l'oreillette, il n'y a jamais d'oscillations aussi fortes. Cette expérience démontre nettement que ce ne sont pas les valvules qui ferment les orifices auriculo-ventriculaires, mais que ces orifices sont effacés par la contraction des fibres musculaires.
Quanta l'usage des vahules, nous l'avons résumé dans ces conclusions qui se trouvent à la fin de notre mémoire :
!• Pendant la systole, les orifices auriculo-ventriculaires sont effacés par la contraction des fibres musculaires et le rapproclieinent des parois sur lesquelles ' reposent ces cliiffres.
2* La contraction des muscles papillaires a pour effet d'abaisser les valvules et de les appliquer contre les parois ventriculaires.
5* A la fin de la diastole et au premier moment de la systole, les valvules sont légèrement gonflées et flottent autour des orifices auriculo-ventriculaires.
4* Les valvules ont les usages suivants : a. pendant le temps très-court employé par l'orifice auriculo-ventriculaire pour s'effacer, elles empêchent le sang de re-
eO MOUVEMENT DU CŒUR.
projettent avec une grande force tout leur contenu dans les artères {aorta et pidnumalis). Dès que la systole cesse, la haute pression ferme les valvules semi-lunaires à l'origine des artères, de telle sorte qu*un retour du sang dans les ventricules relâchés est impossible. Après une courte pause pendant laquelle, comme il a été dit, les ventricules se remplissent du sang des oreillettes déjà pleines, le jeu reconunence avec la systole de celles-ci.
Les valvules semi-lunairet sont trois membranes, en forme de poches de voiture, adaptées au contour de l'entrée de» artères. Pendant que le sang se précipite dans les artères, elles sont pressées contre les parois de celles-ci. Hais dès que la pression y devient plus grande que dans les ventricules. Mes s'abattent et se joignent l'une l'autre par leurs bords qui forment comme une étoile à triple rayon. Dans celte position, elles présentent une cloison solide contre les ventricules.
fluer en masse dans Toreillette; b. elles refoulent le sang vers les orifices artériels ; c, eUes chassent du ventricule le sang engouffiré entre elles et les parois correspondantes; d. elles rendent le contour des orifices aurtculo-ventriculaires lisse et uni.
5* La grande valve forme une partie de Torifice auriculo-ventriculaire gauche; de plus, elle protège l'orifice aortique et forme une paroi membraneuse contre laquelle s'applique la paroi veniriculaire externe. Toute une grande classe d'animaux vient confirmer la théorie que nous proposons. Ghex les oiseaux, le cœur droit ne possède pas de valvule. Remarquons en même temps que, chex les oiseaux, le système vasculaire est des plus importants et des plus perfectionnés. Au lieu de valvule, on trouve un muscle très-fort, un véritable sphincter. Si l'absence de valvule démontre que l'orifice auriculo-ventriculaire se trouve fermé par la contraction des fibres musculaires, la disposition de ce sphincter chez les oiseaux confirme également l'usage que nous avons indiqué pour les valvules auriculo-ventriculaires. Ce sphincter, en eflét, n'est pas adhérent dans toutes ses parties à la paroi externe, H n'y adhère qu'à sa partie supérieure. La partie inférieure est libre et flotte dans le ventricule. U y a donc, entre la paroi et ce sphincter, une impasse assex considérable, dans laqueUe pénètre le sang pendant la réplétion du ventricule (cette impasse répond à celle qui existe pendant la diastole entre les valvules et les parois ventriculaires). Au moment de la systole, le sang qui se trt^e au pour^ tour de l'orifice auriculo-ventriculaire, au lieu de s'échapper dans WreilleCte, est refoulé vers la pointe et vers l'orifice artériel.
Cette théorie a, de plus, l'avantage d'expliquer les observations pathologiques qui ne peuvent rentrer dans la théorie de l'occlusion des orifices auriculo-Tentriculaires par les valvules. Beau ayant constaté que dans certains cas de rétrécissement des orifices auriculo-ventriculaires, il y avait un souffle au premier temps, avait été conduit à proposer de nouvelles théories physiologiques sur les mouvements du cœur. La théorie physiologique a été démontrée complètement fausse, mais les faits pathologiques observés par lui et par d'autres cliniciens n'en subsistent pas moins. Ces derniers peuvent parfaitement s'expliquer sans être obligés de modifier les principes fondamentaux de la théorie de Harvey, en admettant le mode d'occlusion que nous croyons avoir démontré. En eflet, les altérations fonctionnelles du tissu musculaire cardiaque, empêchent l'occlusion d'être bien complète, et peuvent ainsi produire l'insuffisance et tous les syroptAmes qui en sont la conséquence. E. 0.
Les artères coronaires qui pourvoient de sang la substance du cœur prennent leur origine dans l^aorte, quelquefois si profondément que leurs orifices sont couverts par les valvules fixées aux parois. [Une fermeture complète semble cependant n'avoir jamais lieu, parce que les valvules n'adhèrent pas intimement à la paroi de Taorte. (Rûdinger.)] Pendant la systole des ventricules il ne pénètre en elles que peu ou point de sang ; mais elles se remplissent pendant la diastole sous la haute pression qui règne dans la première partie de l'aorte. Les réseaux musculaires des ventricules ne s'emplissent donc pas de sang artériel pendant qu'ils sont contractés, mais seulement au moment où ils se relâchent; alors le sang pénètre facilement et produit de lui-même, par la turgescence des pwois, un élargissement indépendant de toute autre cause qui favorise son introduction pendant la diastole. (Brûcke.)
11 résulte de ce que nous avons dit plus haut sur la systole des oreillettes, que vraisemblablement elles ne se vident jamais de tout le sang qu'elles contiennent, et qu'il doit toujours se faire dans les veines un choc en retour, qui, en dehors du thorax, n'est que rarement perceptible (comme pouls des veines). L'importance des oreillettes consiste en ce qu'elles rendent la réplétion des ventricules indépendante* de la tension qui existe dans le système des veines, et qu'elles contribuent à la fermeture des valvules auriculo-ventriculaires. (Ludwig.) Déplus, si les oreillettes manquaient, il se ferait au moment de la diastole des ventricules une diminution soudaine de pression qui se répandrait en arrière dans le système veineux ; mais, comme la partie terminale du système veineux (l'oreillette) rétrécit son ouverture au moment de la diastole des ventricules, il s'ensuit que, dans le système veineux, la pression est à peu près constante. Les oreillettes exercent donc aussi une action régulatrice sur le mouvement du sang dans les veines.
La forme du cœur non contracté (ou mieux des deux ventricules) est en général une espèce de cône en biais, dont la base (une coupe transversale par la limite auriculo-ventriculaire) forme une ellipse (1). Par la systole des ventricules cette forme se change de telle sorte que la base s'arrondit et que l'axe d'abord oblique devient vertical, et il se produit un cône droit. Ce changement de forme joint à |a déviation de l'axe et à la position particulière du cœur occasionne
(1) Nous donnons ci-joint U forme du cœur au moment de sa systole et de sa diastole. Nous avons obtenu ces ligures par la photographie, en nous fondant sur ce qu'un objet en mouvement donne sur les épreuves photographiques des images