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LES PROPRIÉTÉS DE LA VIE ÉLÉMENTAIRE

est exclusivement ou plus spécialement adaptée à une fonction déterminée.

La cellule peut réagir par un mouvement. L'amibe, clans des conditions convenables de milieu et de température, présente des mouvements protoplasmiques : il émet des prolongements qui s'étalent en constituant des pseudopodes irréguliers; — les myxomycètes se*déplacent par un glissement pseudopodique de leur protoplasma; — dans l'intérieur de certaines cellules végétales, on constate des mouvements de brassage de la masse protoplasmique D'autres cellules possèdent le mouvement ciliaire (protozoaires ciliés, cellules vibratiles) ou vibratile. D'autres enfin possèdent la contractilité (fibres musculaires).

La cellule peut réagir par une sécrétion. La levure placée dans un milieu nutritif convenable fabrique de l'invertine qu'elle déverse dans le milieu ; — le protozoaire qui a englobé des particules solides sécrète autour d'elles un liquide digestif. Chez les êtres pluricellulaires, certaines cellules (cellules glandulaires) possèdent spécialement cette propriété, et, selon leur structure, fournissent un suc doué d'une composition et par suite de propriétés déterminées.

La cellule peut réagir par une absorption et une assimilation. Le protozoaire, dans un milieu convenable, s'imbibe de certaines des substances de milieu, les fixe en son protoplasma, et, par un mécanisme obscur, en fait soit des substances de réserve, soit des substances vivantes. La cellule hépatique des animaux supérieurs fixe, sous forme de glycogène, le sucre qui lui est fourni ; la cellule adipeuse accumule les graisses ; les cellules en général se chargent de produits dont elles tirent les éléments de leur accroissement et de leur multiplication.

La cellule peut réagir par mulliplication ou division : elle donne parle phénomène bien étudié de la division caryocinétique (ou caryocinèse) des cellules nouvelles, possédant chacune son protoplasma et son noyau t;t manifestant chacune ses propriétés vitales. Cela s'observe chez les êtres uniceliillaires et chez les êtres pluricellulaires soit pendant la phase de développement, soil pcindant l'àgo adulte.

Telles sont les manifestations principales de la vie élémentaire : mouvement, sécrétion^ assimilation, division. Une cellule possède toutes ces propriétés ou seulement une ou plusieurs d'entre elles, suivant son organisation et suivant la phase de son évolution.

Les agents qui provoquent les réactions cellulaires, qui mettent en jeu l'irritabilité cellulaire, sont dits excitants. Ce sont des agents mécaniques (choc, pression, section, tiraillement), physiques (chaleur, lumière, électricité), ou chimiques. Tantôt la cellule réagit quelle que soit la nature de l'excitant employé; tantôt la réaction ne se produit que pour un excitant déterminé et pour une intensité convenable de cet excitant.

La cellule réagit activement, avons-nous dit. Lorsqu'on soumet du fer à des chocs répétés, il peut réagir en s'échauffant, se courbant, se brisant; mais dans tous les cas l'énergie mise en jeu tire toujours son origine et la tire en totalité de l'énergie mécanique des chocs : le fer est passif, il peut recevoir, emmagasiner, transformer de l'énergie; il n'en fournit pas. Il en est tout autrement de la cellule vivante. En elle, il y a, ou il peut y avoir, disproportion remarquable entité Vexcitation et la i^éaction au point de vue énergétique. On peut, par une excitation électrique représentant une quantité d'énergie infiniment petite, provoquer une contraction musculaire accomplissant un travail mécanique inûniment plus grand. Sans doute, la matière vivante ne crée pas d'énergie , mais elle l'emprunte à des combinaisons chimiques accumulées dans son protoplasma, où elles constituent des réserves énergétiques. La cellule vivante se comporte comme un explosif : une excitation énergétiquement minime peut provoquer des effets immenses grâce à la libération brusque de l'énergie accumulée dans les molécules de l'explosif : une étincelle électrique agissant sur un amas de poudre peut provoquer des phénomènes de destruction terribles. Les réactions vitales sont explosives. Ce mode de réaction de la cellule vivante explique la nécessité de la nutrition : il faut réparer l'usure qui résulte nécessairement du fonctionnement de la cellule. Il ne saurait donc y avoir de vie prolongée sans nutrition, puisqu'il n'y a pas de manifestation vitale sans usure. Dans un cas seulement la nutrition n'est pas nécessaire, c'est lorsque les manifestations vitales ne se produisent pas, c'est dans le cas de mort apparente.

Nous avons défini la cellule histologiquement : une masse protoplasmique nucléée. Cette définition peut être transportée en physiologie. On peut démontrer, par les expériences de mérotomie, qu'une cellule n'accomplit ses fonctions vitaleft qu'autant qu'elle possède protoplasma et noyau. Divisons

une amibe en deux parties : l'une contenant le noyau et une partie du protoplasma, l'autre ne contenant que du protoplasma; le premier fragment, nucléé, continuée se mouvoir, à se nourrir, à se diviser; le second, uniquement protoplasmique, après avoir pendant quelque temps encore présenté des mouvements, englobé et digéré les particules solides, demeure immobile, se désagrège et se dissout dans le milieu ambiant. Chez les rhizopodes à coquille, une section mérotomique étant pratiquée, le fragment nucléé régénère sa coquille ; le fragment anucléé se désagrège sans avoir reconstitué son enveloppe. Le stentor, infusoire cilié, peut être divisé en plusieurs fragments, les uns contenant une partie du noyau avec du protopiasma, les autres ne contenant que du proto plasma; les premiers se reconstituent chacun en un être semblable au stentor primitif; les seconds ne tardent pas à se désagréger et à disparaître. Chez les animaux supérieurs enfin, lorsqu'on sectionne une fibre nerveuse, on sépare le neurone en deux parties : l'une nucléée, l'autre anucléée, cette dernière dégénère, la î>remière conserve son organisation et pousse un bourgeon reconstituant le filament séparé.

La cellule physiologique comprend donc les mêmes éléments que la cellule histologique et, comme cette dernière, peut être définie une masse de protopldsma avec un noyau. Les expressions protopiasma et noyau ont une valeur morphologique et physiologiqne mais n'ont pas de signification chir mique. Le protoplasma en particulier ne peut être défini chimiquement : ce n'est pas une substance de composition déterminée, devant ses propriétés fondamentales à cette substance chimique déterminée; — c'est un organite formé par un certain nombre de substances chimiques dont les proportions et peut-être la nature peuvent varier et varient d'une cellule aune autre et dans une même cellule suivant les conditions de nutrition, d'évolution et de fonctionnement. Le protopiasma et le noyau sont définis par leur organisa* tion morphologique, non par leur composition chimique.

Les êtres vivants se distinguent des êtres non vivants par l'ensemble de leurs propriétés.

Les êtres vivants présentent une organisation : nous avons indiqué la complexité de la cellule. On a dit que le cinstal est lui aussi organisé. C'est vrai; mais il y a loin de la structure infiniment simple du cristal, vraisemblablement formé par la juxtaposition dans un ordre géométrique de parties

semblables entre elles, à la structure infiniment complexe de la cellule.

Les êtres vivants dérivent d'un être semblable à eux, soit directement, soit indirectement par une série de formes intermédiaires. Il n'y a pas de génération spontanée. Il n'en est pas de même des corps chimiques qu'on peut engendrer par synthèse ou décomposition de corps différents.

Les êtres vivants sont irritables et nous avons indiqué les modes divers de manifestation de cette irritabilité : mouvement, sécrétion, assimilation, division, propriétés que ne présentent pas les êtres non vivants.

Tous les êtres vivants meurent. Définir la mort est chose aussi impossible que définir la tue. Nous avons distingué des phénomènes de vie d'ensemble résultant des réactions des cellules les unes sur les autres, et des phénomènes de vie élémentaire, propres à la cellule. De même nous distinguons la mort de l'organisme par cessation des manifestations de la vie d'ensemble et la mort de la cellule par cessation des manifestations deia vie élémentaire.

Chez les animaux supérieurs, la mort élémenlairft suit de près la mort d'ensemble sans toutefois que les deux morts se superposent exactement. La dissociation est plus nette chez les animaux inférieurs et même chez les vertébrés à sang froid. Si on décapite une grenouille, on ne supprime pas immédiatement tous les phénomènes de la vie d'ensemble : les réactions réflexes se produisent encore pendant plusieurs heures; le cœur peut continuer à battre rythmiquement pendant plusieurs jours. Ce n'est que peu à peu, par degrés insensibles, que disparaissent |ccs phénomènes de la vie d'ensemble. Mais cette disparition ne constitue pas la mort absolue de l'organisme : les divers tissus conservent encore leurs propriétés spéciales pendant un temps plus ou moins long suivant les conditions ambiantes et suivant leur structure, de sorte qu'après avoir assisté à rétablissement progressif de la mort de l'organisme, on assiste à l'établissement progressif de la mort élémentaire. II n'est pas plus possible de déterminer le moment de la mort physiologique (puisque la mort physiologique n'est pas un phénomène brusque) que de définir ou la mort ou la vie.

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