CHAPITRE VI
Electricité déreloppée par U prettion et par la chaleBr.
215. Nous avons vu que deux surfaces quelconques s'électrisent par le frottement, l'une prenant le fluide vitré et l'autre le résineux ; nous avons vu pareillement que la tension de l'électricité qui se développe dans ces circonstances dépend de la nature des corps, de félat de leur surface , et de leur température. Mais , cette cause mécanique n'est pas la seule qui puisse décomposer ou séparer les fluides : sous certaines <
SEGTiOM H, — ÉLECTRICITÉ.— CHAP. VI.
les chanf^eoiaiU de précition et de température peuvent ans«i développer de réleclricité.
SI6. Développement de Vélectriciié par preBêion. — Oo poee on disque de métal sur un taffetas gommé; on le relève ensuite , au moyen d'un manche isolant , après ravoir un peu pressé , et Ton trouve de Télectricité résineuse sur ce disque , et de la vitrée sur le taffetas. Celte expérience, que l*on doit à M. Libes, n'ofPre pas un caractère décisif : Tadhérence qui s'établit entre la sorftice visqueuse du vernis produit un efiFel assez analoffae au ft-ottement. Mais M. Hatly est parvenu à développer de réleclricité dans un grand nombre de corps à surfoces lisses et polies , et dans de telles circonstances que le phénomène est bien certainement dû à la pression et non pas au frottement. Par exemple « un fk^agment de spath calcaire , à faces parallèles , étant pressé pendant un instant entre les doigts, acquiert une charge très-sensible d'électricité vitrée ; il en est de même de la topaze , de la chaux fluatée , du mica , de Parragonlte, du quartz, et de plusieurs autres substances : toutefois , l'espèce d'électricité qu'elles prennent dépend de la nature du corps qui les presse. M. Hatty a découvert en même temps une propriété très-curieuse des cristaux électriques par pression : c'est la faculté qu'ils ont de conserver leur électricité pendant plusieurs heures et quelquefois même pendant plusieurs jours. La chaux carbonatée est , sous ce rapport , la substance la pins reflMrquable : elle possède une telle force canser- 99irice, qu'après avoir été pressée un instant, elle doaoe encore , au bout de atiMe jours , des signes électriques sensibles (Annalee de Physique et de Chimie , t. 5). C'est sur celte propriété que repose la construction de raiguille électrique de M. HaUy, représentée dans la figure 514 ; elle ressemble & Taiguille ordinaire, avee cette seule différence , qu'à l'une des extrémités , an lien d*un petit globule de métal , se trouve adaptée une petit lame de chaux carbonatée cc'^ que l'on électrise en la pressant entre les doigts ; cet électroscope , conservant très-bien sa force primitive , est un des plus simples et des plus commodes pour comparer approximativenMnt les tensions électriques des différents corps qu'on lui présente. Ainsi , la faculté de développer de réleclricité par une pression donnée , celle de prendre tel ou tel fluide , et celle de le conserver plus ou moins longtemps , sont autant de caractères qui peuvent servir à distinguer et à classer les cristaux.
S17. Dee électricités produites par la chaleur. — La tourmaline a la propriété d'attirer et de repousser les corps légers : dans les Indes, et surtout à Ceylan , oà cette pierre est très-commune , on s'amuse de celte propriété depuis bien des siècles , à peu près comme au Èm^ de Platon les Grecs s'amusaient des attractions de l'aimanU Un phénomène aussi curieux ne pouvait échapper à l'attention des voyageurs ou même des commerçants. Les Hollandais firent connaître les tourmalines en Europe, et , depuis une centaine d'années , les propiiélés électriques dont elles jouissent exercent la
fOinUKT. — tUl. »l PITSIQVI.
sagacité des physiciens. Voici les résultats généraux qui ont été découverts et constatés par Canton , Wilson , Priestley, Bergmann, JBpinus et Hatty.
!• Quand une tourmaline est électrique , elle présente touijours vers les extrémités de son axe deux pôles contraires, l'un agissant par du fluide vitré, et l'autre par du fluide résineux : sa région moyenne ne donne aucun signe d'électricité. Les fluides électriques qui se développent dans la tourmaline sont donc distribués à peu près comme les fluides magnétiques , qui deviennent libres dans un aimant cylindrique ou prismatique.
2« Une tourmaline étant brisée transversalement pendant qu'elle est électrique, chacun de ses fragments ofl^ deux p^les, disposés dans le même sens que les pôles primitifé; autre analogie remarquable entre le fluide électrique des tourmalines et le fluide magnétique des aimants.
Il était nécessaire d'énoncer ces deux lois générales de la distribution des fluides dans les tourmalines, pour comprendre les conditions du développement de réleclricité et les singularités qu'elles présentent.
3« Pour chaque tourmaline , il y a deux limites de température entre lesquelles sont compris tous les phénomènes électriques ; au-dessus de la limite supérieure et au-dessous de la limite inférieure , la tourmaline se comporte comme les autre corps , et ne manifeste plus d'électricité polaire. Ces limites paraissent être souvent 10* et 150* ; elles sont en général peu différentes pour des tourmalines de même dimension , mais elles varient avec la longueur.
4« Entre ces limites, quand on chauffé une tourmaline régulièrement , c'est-à-dire de manière qu'elle éprouve à peu près les mêmes accroissements de chaleur sur tous les points de sa surface , ses pôles électriques commencent à paraître , le vitré à un bout , le résineux à l'autre , et ils restent ainsi durant tout le temps que la température change et s*élève»
5« Une tourmaline ayant ses pôles par échaufferoent, si on la refroidit régulièrement , ses pôles disparaissent un inslant pour reparaître ensuite , mais , en changeant de position , le vitré prenant la place du résineux ei vice versa, et ses pôles, par refroidissement, inverses des premiers, se maintiennent pendant tout le temps que la température change et s'abaisse,
6<> La vertu polaire semble dépendre du changement de température, de telle sorte qu'à une température donnée, une tourmaline peut se présenter dans trois états différents, savoir : à Tétat naturel, si elle a été maintenue longtemps à celte température; avec ses pôles par échauflîemenl, si elle yarrive en s'échauffent ; avec ses pôles par reflroidissement, si elle y arrive en se refh^idissant.
7* M. Hatty a quelquefois remarqué an renversement des pôles pendant l'élévation de température , et un renversement contraire pendant le refroidissement : ce phénomène qni ne se produit pas toujours, pourrait dépendre d'une différence de température entre